Trois articles intéressants en passant

Je vais moins poster sur FB et plus sur le blog, parce que sur FB tout disparait très vite, y compris pour moi quand je me dis « tiens, j’ai lu tel ou tel article, où est le lien ? »

Donc entre hier soir et ce matin, quelques pistes de réflexion que je partage avec vous …

  • Peter Attia sur la démarche scientifique. Avec en prime une vidéo bien vintage de Richard Feynman, un grand physicien américain qui explique en une minute ce qu’est la méthode scientifique. Un must-see pour votre prochain diner-débat avec des fans d’astrologie ou de créationnisme. L’article est ici. Vous pouvez creuser son site, il a plein de trucs passionnants sur l’alimentation en général et la cétose en particulier.
  • Art de Vany sur le rôle du glucose comme signal … pour faire du gras. Art trace son sillon depuis un moment, et a toujours des approches originales. Et si la boisson de récup après l’exercice faisait … grossir ? Lui, si j’ai bien compris, attend 4 heures avant de manger (après le sport) pour favoriser les mécanismes d’autophagie.  Voilà l’abstract du papier :« Glucose, muscle, stem cells and fat tissues.

    High glucose exposure sends stem cells that regenerate muscle along a differentiation path that leads them to become apipocytes instead of muscle. In other words, a muscle stem cell that ought to become a muscle cell or new myodomain in muscle transdifferentiates under glucose stimulation to become a fat cell. That is how your muscles undergo fatty degeneration and glucose is the culprit.

    Regeneration of mesenchymal tissues depends on a resident stem cell population, that in most cases remains elusive in terms of cellular identity and differentiation signals. We here show that primary cell cultures derived from adipose tissue or skeletal muscle differentiate into adipocytes when cultured in high glucose. High glucose induces ROS production and PKC activation. These two events appear crucial steps in this differentiation process that can be directly induced by oxidizing agents and inhibited by PKC siRNA silencing. The differentiated adipocytes, when implanted in vivo, form viable and vascularized adipose tissue. Overall, the data highlight a previously un-characterized differentiation route triggered by high glucose that drives not only resident stem cells of the adipose tissue but also uncommitted precursors present in muscle cells to form adipose depots. This process may represent a feed-forward cycle between the regional increase in adiposity and insulin resistance that plays a key role in the pathogenesis of diabetes mellitus.

    Aguiari, P., Leo, S., Zavan, B., Vindigni, V., Rimessi, A., Bianchi, K., et al. (2008). High glucose induces adipogenic differentiation of muscle-derived stem cells. Proceedings of the National Academy of Sciences, 105(4), 1226–1231. »

    Pour les courageux, l’article complet est ici. C’est une étude avec des boites de pétri, un modèle animal et 8 candidats (des rats) donc ça ne va pas révolutionner les pratiques nutritionnelles du sportif demain :-). Mais quand même …

  • Josh Mittledorf qui est moins connu, mais que je suis depuis quelques années, qui travaille plutôt sur la longévité avec une approche de statisticien (son métier d’origine) et qui a fait un bouquin intéressant sur le sujet. Et là il nous sort un post sur l’importance considérable des relations sociales, le couple, la famille, les amis pour la longévité. C’est pas un scoop parce que c’est une caractéristique des Blue Zones, mais savoir que vos télomères vont rétrécir plus vite si vous êtes stressés, et si vous vous engueulez avec votre moitié, ça devrait inciter à une vie plus zen. Article ici.

Special bonus (ca c’est la semaine dernière et les trajets en voiture) :

  • Dans la même mouvance, un podcast très intéressant de Sam Harris sur le thème « on est plus heureux quand on a conscience qu’on va mourir ». Un peu contre-intuitif au premier abord 🙂 mais très vrai.  C’est ici.
  • Et vous voulez vraiment vous mettre les neurones en ébullition, le dernier podcast sur la conscience avec Anil K. Seth (3 heures …) est remarquable, même si après deux écoutes j’ai l’impression d’avoir compris 25% du contenu.
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Un dimanche après-midi à Paris

Un post dédié à ….

Toutes les personnes que j’ai croisées dans Paris cet après-midi, emmitouflées dans moult couches, bonnets, doudounes, gants et j’en passe.

Et aussi au policier qui m’a gentiment faire remarquer que c’était interdit par la loi d’être torse nu et en short dans Paris.

Rencontres

Près du Pont Alexandre, je me-move sagement dans le couloir de bus après m’être fait dépasser par un immonde et puant « BigBus » ; Je savoure d’avoir retrouvé toute la largeur de la voie … mais une voiture de police s’approche et se met à ma vitesse. D’habitude les policiers sont plutôt sur le mode « waou » quand ils voient un mec torse nu en plein hiver sur un engin à trois roues étranges.

Là je m’attendais à un truc du genre « c’est rigolo votre engin » mais en fait j’ai droit à 
« vous savez que c’est interdit d’être torse-nu en ville ? »

Heu, non, mens-je. Ha bon ?
« Oui m’sieu, c’est juste autorisé sur les plages ».
Je saisis une perche imaginaire « … Sur les quais juste en bas c’est Paris Plage »
… mais d’abord c’est même pas vrai.
Je prends mon air contrit, genre, j’le f’rai plus m’sieu, promis …
Il repart en me lançant « Je compte sur vous ».

On se retrouve trois feux rouges plus loin, devant le Musée d’Orsay. Il a la flèche pour tourner et je le laisse passer.
Il s’arrête de nouveau « M’enfin, vous exagérez !!!»
Pardon ? J’ai fait quoi encore ?
« Je vous ai dit de remettre votre t shirt ».
C’est vrai que j’ai une boule de fringues accroché devant : un bonnet, des gants et un t-shirt … qu’on voit à peine.
Je tente le coup « mais je n’ai pas de t-shirt, ça fait 10 ans que je fais ça et personne ne m’a jamais rien dit ».
Le pandore prend un air soupçonneux (il a raison) – « c’est pas un t-shirt ça ?  »
« non, non, ce sont des gants et un bonnet ».
J’ai droit à un regard noir et ça commence à me gaver, je glisse …
« vous savez, c’est bon pour la santé, le froid, je fais faire des économies à la sécu ! »
Ils ont sans doute autre chose à faire que me coller un PV pour attentat à la pudeur, et nos routes se séparent.

Ce qui est marrant c’est que j’ai croisé des centaines de policiers (y compris aujourd’hui) lors de mes pérégrinations torsenuesques dans Paris. Qu’est-ce qui fait qu’un policier décide de me faire une remarque, on un pouce levé ? Est-ce qu’un jour je vais réellement prendre une prune pour attentat à la pudeur … A suivre 🙂

A part cet épisode marée-chaussesque, j’ai eu quelques interactions plus ou moins marrantes aujourd’hui. Il y a le classique « vous allez prendre froid » qui cette fois m’a été lancé par un éboueur.
Il y a aussi la réaction des enfants « mamaaaaaan ! Il est tout nu le monsieur » (à noter la confusion très fréquente. Je ne suis pas tout nu).

Quelques pouces levés de conducteurs, des sourires, des « c’est génial ce truc » et même une voiture qui a ralenti pour prendre une photo près des Tuileries.

Un gros con que je contourne près de l’Alma et qui me lance « y’a une piste cyclable !  » Ben oui connard, sauf qu’elle est pleine de piétons, de mômes en trottinette et de touristes qui font des selfies en veux-tu en voilà.  C’est d’ailleurs super irritant de voir comme personne ne respecte les couloirs de vélo.

Il y a plusieurs endroits à Issy les Moulineaux où il y a bien deux voies vélo et une voie piéton. Ben non, les piétons sont toujours sur la voie vélo. Et évidemment le dimanche après-midi il y a beaucoup d’enfants en train d’apprendre vélo, roller, sous un contrôle plus ou moins laxiste des parents. Bon vous allez me dire si j’ai envie de faire une perf j’ai qu’à aller à Longchamp, et vous aurez raison. Je n’ai percuté personne, ni gamin fonçant sans rien regarder, ni mamie en vélo électrique zigzaguant sur les deux voies.

Et en rentrant mon voisin, marathonien septuagénaire qui sort ses poubelles et me mitraille de questions sur ma machine bizarre. Lui en son temps il faisait du … ski à roulettes pour s’entrainer au ski de fond. Sans freins 🙂

Expériences sensorielles

Le vélo et le me-mover m’obligent à une attention visuelle qui me fait être plus sensible aux détails (morceaux de verres sur la route et humains en mouvements sur des trajectoires et des objets divers susceptibles de me percuter) et à la beauté visuelle en général.

C’était difficile de ne pas s’arrêter toutes les 3 minutes aujourd’hui parce que la lumière était absolument fantastique. J’ai fait des photos que je poste ici et pour une fois je n’ai rien retouché. Tant la lumière de l’après-midi que du soir étaient fabuleuses.

J’ai pas pu m’empêcher de faire quelques selfies débiles, c’est ainsi. Allez, on y va  !

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Première vue de la Tour Eiffel des quais. Nuances de vert sur le pont.

 

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J’ai pas eu la patience d’attendre le passage du métro aérien !

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Pierre et or. Ca rigole pas là haut. Y’a du mouvement !

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Je ne vais pas me plaindre mais quand même, c’est pas cool pour les voitures.

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Notre Dame côté arrière. Je vais peut-être finir par me convertir. 

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Et une selfie qui ressemble à un montage, une !

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On est encore en mode crue, même si il y a 50 cm de moins qu’en début de semaine …

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Le Grand Palais …

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Réverbère et or

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Tour Eiffel en feu …

 

En ce qui concerne le froid … j’ai passé un peu plus de deux heures par 5-7 degrés, à une vitesse entre 15 et 25 km/heure.

J’avais un peu peur pour les mains, et finalement …  je n’ai pas eu froid du tout. Malgré les nombreux arrêts photo.

Alors évidemment quand je croise les gens emmitouflés de la tête aux pieds, y compris en courant ou en faisant du vélo je ne peux pas m’empêcher de faire le parallèle avec la nourriture et ce paradoxe qui nous fait rechercher le confort (pour de bonnes raisons il y a 30.000 ans) et qui nous affaiblit tellement aujourd’hui.

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Non non je ne suis pas congelé 🙂 Mais surement un peu givré !

Pour ce ceux qui auront lu ce post jusqu’au bout, la morale de l’histoire est que  le froid
« tempéré » n’est pas notre ennemi. Faire ça par -30 serait une toute autre histoire mais tant qu’on est autour de zéro pour quelques heures on peut vraiment voyager léger.

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Le parcours

That’s all folks.

Je vais de ce pas aller lire la version française du livre de Wim Hof 🙂

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Addiction et motivation

Ca fait un bout de temps que je fais des cercles (ou que je tourne en rond), tel le vautour cherchant sa proie, autour de la thématique addiction / alimentation / décision / discipline  et comme je suis enfin un peu en vacances …  je me suis dit que j’allais m’y atteler et produire un petit billet bien bordélique et confus.

Qui est dédié à moi même personnellement, mais aussi tous mes amis, enfants, proches qui soit …

…Fument comme des pompiers en me disant c’est pas grave ça tue pas/j’arrête demain/chuis trop stressé là tuwa mais dès que ma vie est plus facile promis ou

…Picolent trop mais c’est pas grave parce que c’est socialement acceptable et puis l’alcool c’est convivial  ou

…Fument des joints toute la journée en disant c’est mon choix et ça me va très bien  ou

…Mangent des glucides 12 fois par jour, prennent du poids et m’expliquent que c’est parce qu’ils ont des mauvais gènes ou des os trop lourds.

Les mauvais esprits me demanderont pourquoi je ne mets pas les sportifs orthorexiques dans le lot mais la mortalité liée à l’excès de sport par rapport à celles causées par le tabac, l’alcool, et l’excès de nourriture est un pouillème d’epsilon donc c’est vraiment pas le débat même si un mec qui fait un triathlon par jour pendant un mois est surement un peu cogné, mais c’est pas ça qui va le tuer (et personnellement, j’aurai plutôt tendance à admirer ce type de folie).

Vous pourrez trouver cela un peu éloigné de mes thématiques habituelles (surtout l’addiction) mais pour moi tout est lié. En tout cas dans ma vie personnelle ça l’est, et c’est ce que je vais essayer de montrer dans ce  post. Vous me direz si pour vous c’est pareil (mais je suspecte que oui …).

Non mais vraiment, t’as tous ces défauts ?

Ancien fumeur qui, après 15 ans d’abstinence totale, à part un joint de temps en temps, se retrouve régulièrement dans un cycle « je reprends, j’arrête ». Je recommence, une ou deux, trois semaines après je suis à 15 par jour, je me dis que c’est complètement con, j’arrête, et puis trois mois après j’en reprends une ou deux, etc. et c’est comme ça depuis deux ou trois ans.

Je suis aussi un ancien « gros ». Je ne suis pas trop inquiet par rapport a fait de reprendre subitement 20 kilos mais on ne sait jamais, après 10 ans sans fumer je ne pensais jamais que je pourrai reprendre un jour, et pourtant, c’est le cas.

Et puis quand j’ouvre une bouteille de vin le soir, si je ne fais pas attention, elle s’évapore très vite.

En ce qui concerne le sport j’ai eu des périodes on et off. La plus grande période off ayant été … de 2 à 30 ans, étant gamin je haissais le sport, et il me le rendait bien.

Le virus de la couse m’a pris à 34 ans, et avant ça j’ai fait un peu d’équitation. La course quand on a des objectifs c’est facile, on prend son plan et hop, il suffit de savoir lire (un peu) et compter en minutes au kilomètre. Le crossfit c’est plus compliqué, quand on est en WOD on peut se laisser porter (enfin, façon de parler)  mais c’est plus dur à l’extérieur (en voyage ou en vacances par exemple).

Vous avez donc face à vous un individu somme toute furieusement ordinaire :

  • Quelques objectifs dans la durée pour lesquels j’ai du mal à avoir la discipline que je voudrais avoir (et donc que je vais avoir du mal à atteindre).
  • Un quotidien  ponctué de batailles consommatrices d’énergie autour de comportements que je considère addictifs et qui me font chier ; j’en gagne certaines, j’en perds d’autres … et je ne suis pas satisfait du score.

Algorithmie

On va commencer par essayer de décortiquer un peu l’addiction, ou disons les désirs non désirables, et on passera à la discipline après…

La cigarette illustre plusieurs mécanismes qui se déroulent à la suite et se renforcent mutuellement :

  • Contextes déclencheur : le café, l’apéro avec les potes,…
  • Emergence de l’envie : « Aaah j’ai envie de m’en griller une petite, tiens. »
  • Illusion de contrôle par rapport à ce qu’on désire et dont on sait qu’on ne devrait pas y succomber (merde je me mets à parler comme un télévangéliste de l’Alabama). Allez, juste une. Demain j’arrête. Seigneur, délivrez-nous de nos tentations !
  • Pilote automatique. Passé les bornes y’a plus de limite. Une devient deux puis trois et le processus se stabilise chez moi autour de 10,15, ce qui doit correspondre à un seuil chimique de saturation de certains récepteurs du cerveau…
  • Capacité à inventer un narratif pseudo-rationnel totalement bidon pour justifier le comportement et réduire la dissonance cognitive associée. Pour les autres et surtout pour soi-même – et pour quelque chose qui n’amène pas de plaisir autre que de satisfaire l’addiction.

De la survie à l’addiction : de la vertu au vice …

On va retrouver exactement les mêmes processus avec des produits moins (ou différemment) toxiques que la cigarette : l’alcool, toutes les autres drogues, mais aussi ceux nécessaires à la survie, comme … les aliments.

Et c’est une des clés, parce que le paléo qui sommeille en moi sait qu’un des deux master algos qui pilotent notre existence est le désir de survie (et de donc de prolonger notre existence le plus longtemps possible).  Si les mêmes principes s’appliquent pour un comportement indispensable à la survie mais qui peut aussi devenir mortifère (l’alimentation) et une addiction qui vous emmène directement dans le cercueil, il y a du détournement  de processus mentaux dans l’air.

Le premier point à réaliser est la surpondération du présent par rapport au futur lors d’une prise de décision, qui est un biais fort du fonctionnement cognitif. Une expérience faite avec des enfants sur le principe de « je te donne un bonbon tout de suite, si tu peux le garder jusqu’à demain je t’en donnerai un autre, si tu le manges tout de suite, tu n’en auras pas demain » montrait qu’une grande partie préférait la gratification immédiate. Même si certains pouvaient attendre sans problème, ce n’était pas la norme.

Ça s’explique simplement – le cerveau fonctionne en mode « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ». Dans un environnement dangereux où la ressource énergétique est limitée c’est une stratégie rationnelle. Si je ne mange pas la carcasse d’animal que je viens de trouver tout de suite en me disant que demain je vais en trouver une meilleure, je prends un risque inutile. La notion de plaisir est directement liée à ça – le désir (et le plaisir qu’on tire de l’action) renforce des comportements vertueux pour la survie. Satisfaire sa faim immédiatement (et pas plus tard) ou prendre du plaisir lors d’un rapport sexuel sont les deux idées les plus évidentes, mais je pourrais aussi citer des comportements sociaux comme se mettre en valeur / se sentir utile dans une communauté … ou cancaner – qui sont des fonctions sociales super importantes et si vous ne me croyez pas allez donc clore votre compte Facebook et arrêtez de vous plaindre de votre boss 🙂

Le cerveau est en mode anticipation permanente et quand un stimulus se présente, boom. Le désir arrive vite et doit être satisfait tout de suite, pas demain.

Dopamine et mécanismes de renforcement

Le master neurotransmetteur responsable de tout ça c’est la dopamine, que nous produisons en masse pour alimenter le système de récompense, qui sont dans des structures que nous partageons pour la plupart avec les autres mammifères dont je vais vous épargner les noms savants. Le point important c’est que le système est fait pour nous pousser à l’action, et qu’il se renforce tout seul et que pour les fonctions basiques comme la nourriture, il est largement inconscient.  Et il ne connaît pas nos objectifs à long terme – il fonctionne dans l’immédiat. Et évidemment en cas de fatigue ou de stress (excès de cortisol) il est plus difficile de résister à l’appel de la dopamine, qui a quelques autres caractéristiques intéressantes :

  • Les comportements de récompense immédiate se renforcent les uns les autres. Les addictions sont souvent multiples. Difficile de dire si cette « cross-stimulation » a une explication évolutionnaire ou pas (de toute façon on s’en fout) mais ce qui est sûr c’est que dans notre environnement super stimulant, craquer sur une récompense immédiate a des effets collatéraux.
  • Evidemment la satisfaction est de courte durée (puisque le but est de nous pousser à réitérer l’action autant que possible).
  • La dopamine est indispensable à l’apprentissage et autre fonctions importantes et sa carence est dangereuse (maladies dégénératives) donc il faut de toute façon stimuler nos centres de plaisir d’une manière ou d’une autre, mais tant qu’à faire, en essayant de ne pas se détruire !

Le fonctionnement des neuro-transmetteurs dans le cerveau est subtil mais finalement basé sur peu de molécules : Chemical-Structures-of-Neurotransmitters

Il y a un ballet perpétuel entre dopamine, sérotonine, et endorphines dans notre cerveau, et il faudrait que je regarde cela d’un peu plus près pour en parler de manière intelligente. Et ce schéma ne montre pas les autres hormones (comme le cortisol) qui vont avoir une influence globale sur tout ce système.  Mon point, c’est que nous sommes une usine moléculaire et que tout ce que nous ressentons, notamment les désirs, est piloté par de la chimie même si nous avons l’illusion que c’est nous qui décidons.

D’ailleurs un paradoxe étonnant des humains c’est à quel point nous valorisons les émotions non rationnelles (être éperdument amoureux, fou de rage, ému aux larmes …) qui sont 100% chimiques et hors contrôle cortical – alors que c’est le cortex et notre capacité à agir rationnellement et pas dominé par nos instincts qui nous différencie (en général …) du règne animal … en tout cas, qui fait de nous, pour l’instant, l’espèce qui a le mieux réussi à se développer et l’hyper-prédateur ultime.

Je ne sais pas combien de temps ça va durer, mais c’est encore un autre sujet.

Hyper-stimulation

Un point qu’on a tendance à oublier c’est le bombardement cognitif que nous subissons en permanence. Nous réagissons vivement aux stimuli visuels, les aires visuelles sont les plus développées dans le cerveau comparativement aux autres sens.  On oublie que l’invention de l’image reproduite (la photo) est somme toute récente et son utilisation à des fins promotionnelles encore plus.  Les circuits neuronaux affinés pendant quelques centaines de milliers d’années pour reconnaître un fruit ou un légume comestible, se jeter dessus, et se sentir bien après pour avoir envie de recommencer nous servent principalement maintenant à analyser des images, ou sinon le contenu de notre frigo. Baladez-vous en ville et essayez de compter la quantité d’images d’aliments (ou de boissons) que vous voyez en 5 minutes. Je ne vais pas parler ici de l’hyper-stimulation sexuelle avec notamment la pornographie parce que ce n’est pas le sujet mais c’est le même principe.

Le problème de l’hyper-stimulation c’est qu’elle « sature » les circuits de récompense et on en devient accro – pensez aux likes de Facebook qui fonctionnent sur le même principe (sauf que là on détourne l’aspect « reconnaissance sociale par le groupe » qui était aussi un facteur important de survie).

Donc … pas si étonnant qu’on bouffe trop et mal, qu’on picole, qu’on fume et qu’on passe trop de temps sur les réseaux sociaux  puisque notre cerveau de primate reçoit en permanence des messages appellant à une gratification immédiate, et qu’il n’est pas vraiment formaté pour gérer ça. Et que le marketing des grosses sociétés qui produisent de la bouffe industrielle ou des applications, si il fait bien son travail, s’appuie sur ces processus pour nous rendre accro. Et comme si il fait mal son travail le directeur du marketing se fait lourder ou la société se fait bouffer par un concurrent, y’a pas de raison que ça s’arrête de sitôt.

En ce qui me concerne, pour la bouffe, je vais réagir à 80% à des stimuli visuels (ouvrir mon frigo me donne envie de manger ce qu’il y a dedans) et 20% olfactifs (l’odeur des croissants devant la boulangerie, ou du plat qui mitonne dans la cuisine).

Tromper nos instincts ?

Heureusement, nous avons un cortex pré-frontal plus développé que les autres primates, et qui peut nous aider à mettre à distances ces comportements instinctifs qui deviennent dysfonctionnels dans notre monde moderne.  Les clés pour résister sont conceptuellement simples et pratiquement difficiles à mettre en œuvre. Mes petites recettes personnelles …

  1. Le mieux pour résister c’est de ne pas avoir à résister !Ne pas s’exposer à la situation. Si je sais que j’ai tendance à me jeter sur une tablette de chocolat quand je suis énervé ou fatigué, s’il n’y en a pas dans les placards de la cuisine, mon désir ne sera pas assez fort pour me faire prendre ma voiture et de trouver un magasin ouvert 24×7 pour en acheter (ça c’est plutôt un truc de fumeur – merde c’est dimanche soir il me reste une cigarette dans le paquet et le tabac vient de fermer).
  2. Si on ne cède pas le désir en fait passe rapidement.Le cerveau envoie un signal espérant déclencher un comportement, si le comportement n’a pas lieu, il va passer à autre chose. Se donner une pause de 5 ou 10 minutes lorsqu’on a une envie urgente, ça marche assez bien.
  3. Si par contre on cède, c’est open bar.On croit se débarrasser de l’envie en l’acceptant et c’est le contraire qui se passe. Je suis sidéré de voir comme je peux manger, boire ou fumer de manière totalement mécanique, sans aucun focus sur ce qui est censé déclencher le comportement, à savoir éprouver du plaisir, une fois que j’ai commencé. Comme si le fait de céder à mon envie me faisait passer en pilote automatique sur le mode « on ne sait pas combien de temps ça va durer, profitons en ».
  4. Avoir un objectif de niveau supérieur et plus lointain qu’on peut brandir et dont on tire une satisfaction supérieure.Genre « je veux perdre 5 kilos en étant en alimentation cétogène » ou « je vais courir un marathon dans 3 mois ». Pour la cigarette ça coule de source : « je ne veux pas m’empoisonner et littéralement voir partir mon argent en fumée ». C’est évidemment plus difficile que la non exposition, parce que la bataille intérieure a lieu et le dialogue entre le moi présent et le moi futur est toujours délicat.
  5. L’importance du groupe social auquel nous nous identifions et avec lequel nous passons le plus de temps. C’est un peu la même chose que le point 1, mais en mode collectif.Je discutais du post avec mon épouse ce matin (non, je ne remonte pas le temps, je suis en train de ré-éditer le post) et elle m’expliquait comme elle se comporte différemment en fonction du groupe social dans lequel elle évolue, et comme la discipline qu’elle recherche dans la vie est plus ou moins possible selon qu’elle est dans un environnement ou un autre. C’est vrai pour tout le monde. Déjà, il y a cette idée intéressante, dont je ne sais pas si elle est vraie, qui est que « nous sommes la somme des 5 personnes avec lesquelles nous passons le plus de temps ». Si votre groupe de potes de références ce sont des obèses mangeurs de pizza, buveurs de bière et fumeurs, qu’est-ce que vous allez faire quand vous allez passer une soirée avec eux ? Leur expliquer que vous êtes en alimentation cétogène ? Non, vous allez vous empiffrer de pizza et vous finir à la bière. Juste pour satisfaire la pression de conformité sociale. Ou réduire votre propre dissonance cognitive.

    J’ai la particularité d’avoir toujours été « multi-groupes » avec ces dernières années un pied dans le business, un dans la diététique, un dans le sport (oui ça fait beaucoup, je suis un quadrupède qui s’ignore) et je mesure bien l’influence que ces groupes de référence ont sur mon comportement. Ma récente chute dans la marmite crossfit me le montre bien. Je n’ai osé dire que je fumais que le jour où un camarade de WOD (que je ne dénoncerai pas) a sorti son paquet de tabac à rouler lors d’une conversation post-exercice. Sinon, j’avais honte, tout simplement. Mais avec les potes musiciens et la bière de fin de répète, pas de souci. Par contre ils m’ont toujours pris pour un dingue par rapport à mes activités sportives mais c’est pas grave ce ne sont pas les seuls 🙂

    Un très bon moyen de combattre vos addictions est de vous inclure dans un groupe qui les rend impossible à assumer au quotidien, et qui va valoriser le fait des les dépasser. Le groupe « ketogains » sur FB qui fait une promotion intensive de l’alimentation cétogène et des kettlebells très lourdes est plein d’anciens obèses (littéralement) dont la vie a été sauvée par ce groupe de support. Un genre d’alcooliques anonymes pour obèses.  Hors le fait que je pense de plus en plus que la muscu est une excellente activité pour être heureux et en bonne santé longtemps et que donc j’ai envie de faire partie d’une branche de cette tribu-là … choisissez un groupe de référence dans lequel les addictions que vous voulez combattre sont juste pas possibles, ça aide grandement.  Et vous génèrerez plein de dopamine quand vos camarades vous inciterons à lever des poids plus lourds, plutôt que de vous griller une dernière pour la route.

Le retour de la dissonance cognitive

Quand on en discute avec un fumeur (ou quand je me regarder fumeur), la capacité à se raconter des histoires pour limiter la dissonance cognitive est hallucinante. « Mais non c’est pas si toxique que ça » ou « bah je crois en la science, je suis sûr qu’on aura trouvé un traitement avant que j’aie un cancer » ou « oui, tu as raison, j’arrête la semaine prochaine (mais il dit ça depuis 10 ans)». Je vous laisse deviner quel est mon argument préféré ….

Notez bien que je ne suis pas en train de critiquer sur le mode « c’est dingue d’être aussi con », non, je reste plutôt sidéré par notre irrationalité, qui est en fait une rationalité détournée et utilisée à mauvais escient.

Synthèse qui n’en est pas une

Bon j’ai dit quoi ? Que nous sommes programmés pour réagir positivement à des stimuli censés être vertueux mais que dans notre environnement actuel ils sont détournés. Ce mécanisme très puissant de désir et de recherche de satisfaction immédiate s’active sur des actions qui vont nous certes nous donner du plaisir (ou nous donner l’impression de nous donner du plaisir, dans le cas de la cigarette) mais qu’il vaudrait mieux pour nous  ne pas désirer. Et qu’une des clés pour résister est d’avoir des objectifs clairs qui permettent d’acter « non je ne vais pas le faire pour telle et telle raison ».

On est dans un empilement qui ressemble à ça :

  • J’ai envie de ça / je fais faire ça (manger le croissant, fumer la cigarette);
  • Je voudrais ne pas en avoir envie;
  • J’invoque un objectif rationnel et plus lointain pour résister;
  • Des fois ça marche, des fois pas.

Décisions, image de soi et état intérieur

En fait nous sommes constamment en train de faire ce type d’arbitrages. Là je suis dans un avion en train d’écrire un post. C’est une activité pour moi agréable – plaisir immédiat de l’écriture et plaisir différé de l’appréciation que j’espère en recevoir socialement. Mais je pourrais aussi prendre du plaisir à regarder un film de super-héros complètement con avec des cascades  de malade. Il se trouve que j’aime ça, j’avoue, j’ai vu tous les Fast& Furious.

Pourquoi écrire et pas regarder le film ? Sans doute parce que j’accorde globalement plus de valeur à l’écriture qu’à regarder des films, parce que c’est un acte créatif et pas passif, et que ça marque beaucoup de points sur mon auto-évaluation personnelle, mon image idéale, le « qui ais-je envie d’être » et le « comment je désire être perçu socialement ».

La capacité à résister va dépendre aussi largement de l’état mental. Fatigué et/ou tendu, ou avec un bon jet-lag dans la tronche, les petites batailles deviennent beaucoup plus difficiles.

Les comportements addictifs sont largement construits sur des mécanismes inconscients à l’origine vertueux et une des clés pour s’en débarrasser est de s’auto-programmer des objectifs qui seront incompatibles avec et de réussir à y accorder suffisamment de valeur et vont imposer une discipline de vie.  Nous y voilà.

Discipline

La motivation et la discipline : c’est encore tout un autre sujet.

Nous admirons en général les personnes qui arrivent à faire des trucs exceptionnels et/ou  font preuve d’une volonté de fer. Quand on creuse un peu le sujet, le fait d’arriver à faire des choses hors du commun passe par une obsession pour le sujet et la capacité à absorber répétition après répétition routinière – que ce soit des gammes à la guitare, des séances de course à pieds ou du kipping à la barre fixe. Ou des formules de math.

La discipline est une de mes bêtes noires.

Même si j’ai su m’astreindre à des plans d’entrainements marathon (et survivre à 3 ans de prépa !), mon fonctionnement mental normal est plutôt de partir le nez au vent à la découverte du grand inconnu ! J’ai longtemps cru que le talent et la performance étaient indépendants de l’énergie investie … C’est complètement faux, qu’on parle de performance intellectuelle, sportive ou artistique. Certes nous sommes tous différents et plus ou moins doués pour performer sur tel ou tel sujet;  mais c’est la pratique qui fait tout, et qui permet d’intérioriser suffisamment la tâche à accomplir pour la faire au mieux et la mécaniser totalement. Travailler comme une bête pour donner l’impression d’une simplicité absolue disait Ségovia, le grand maitre de la guitare classique.

Donc il faut pratiquer. Il faut de la discipline.  L’objectif est en fait moins important que la capacité à accepter le plan. Dire « je veux courir un marathon en moins de 3 heures » ne vaut rien si on ne sais pas se coller au plan d’entrainement idoine.  C’est plus efficace de dire « je vais m’entrainer 10 heures par semaine » et accorder de l’importance au respect du volume de temps à passer que d’obséder sur l’objectif et ne pas faire ce qui faut pour : blessure et frustrations garanties.

Il y a là encore un autre paradoxe que je comprends intellectuellement mais pour lequel il est difficile de franchir le pas : plus une vie est structurée volontairement, et plus on est libre … d’une certaine façon. Disons que c’est une manière d’être libre qui va produire des résultats. Parce qu’on s’impose la structure volontairement et que la pratique va nous rendre meilleurs et nous permettre d’atteindre nos objectifs. Et qu’avoir de la structure au quotidien réduit les « frictions », les micro-décisions qui consomment un peu d’énergie mentale à chaque fois. C’est pour ça que si on veut maigrir c’est bien de simplifier les menus (limiter les options) … ou que certains businessmen préoccupés par le devenir du monde ont une garde-robe de vêtements tous identiques (Jobs ou Zuckerberg) histoire de ne pas se demander le matin comment s’habiller. Bon, y’a aussi sans doute du travail de marketing de l’image perso aussi, hein.

La capacité à formaliser des objectifs et des règles de vie simplifie grandement les processus de décisions personnels et en fait disparaître un certain nombre, et permet de conserver son énergie mentale pour des choix plus importants.

Les objectifs sont éminemment personnels ; chacun son truc pour trouver sa place dans son écosystème relationnel et social et chacun ses envies. On ne va pas avoir les mêmes désirs à 30 et à 60 ans – mais ce qui est sûr c’est que plus on vieillit et plus on est conscient que la vie est une course contre la montre qu’on finit toujours par perdre.

Ce qui chez moi fait émerger l’idée que l’important c’est le chemin, et le chemin, c’est la discipline quotidienne. Avoir des objectifs clairs et réalistes permet de structurer le quotidien et de se le réapproprier. Et ces objectifs doivent se décliner sous forme de routine. La difficulté, c’est de réussir à prendre du plaisir dans des activités routinières, ou de réussir à ne pas se poser la question.

Conclusion ?

Bon … je ne suis pas sûr qu’il y aie une conclusion claire à cette histoire. A part que c’est bientôt la nouvelle année et que c’est un bon moment pour réfléchir à ce qu’on a fait et ce qu’on voudrait faire. Et ne plus faire. Et essayer d’y arriver.

A part ça je n’ai pas touché une cigarette depuis que je suis monté dans l’avion, il y a une semaine, sans difficulté. Par contre, ne pas boire de bière, au Brésil c’est très difficile … et avoir une discipline sportive quotidienne, quand on est en groupe familial c’est pas trivial non plus.

Si vous avez vos propres recettes / expériences vécues par rapport à ces problématiques, les commentaires sont ouverts !

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Cross (neo) phyte

Pour tous mes potes (et les autres) qui me regardent bizarrement quand je leur dis que je « me suis mis » au CrossFit et que je ne cours pratiquement plus. Une petite explication, en espérant qu’elle soit inspirante pour votre propre pratique sportive.

Sandy et Grego

Mes premiers contacts avec le CrossFit remontent à un paquet d’années, 2012 pour être précis. C’est Grego (https://firstquartilerunners.wordpress.com) qui m’avait trainé dans la box Reebok sur la 5ème avenue et j’avais découvert avec surprise ce monde de kettlebells, barres d’haltères et autres agrès. C’était l’année de Sandy, marathon annulé, et nous avions déambulé (et couru) dans Manhattan pendant une semaine. A l’époque, Grego commençait sa journée par quelques KB swings, un paquet de pompes et une douche froide et je le regardais faire en me demandant qui était le plus barré de nous deux.

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Back in the day …

Et puis il m’a offert « Power Speed Endurance » de Bryan Mc Kenzie, crossfit appliqué au triathlon. J’ai regardé le bouquin avec intérêt : Bryan parlait de la méthode « Pose » pour courir, zero drop et sentir la chute vers l’avant et ça me parlait bien. Par contre, Box Jump, Squats et autres, aucun intérêt et je suis retourné faire mes tours de piste en essayant juste d’aller plus vite sans me blesser (note : j’ai pas réussi). J’ai quand même acheté quelques kettlebells et un bouquin sur le sujet et je me suis mis à faire quelques swings et autre cleans dans mon jardin, et puis, la course a repris le dessus.

Movnat

J’ai aussi regardé MovNat dont j’ai été fan pendant quelques mois (ceci dit je pense toujours que c’est une excellente méthode de culture physique). J’ai écrit quelques posts sur le sujet après mon stage d’initiation, et là encore, le soufflé est retombé.

Mais une idée d’Erwann Le Corre est restée gravée dans ma mémoire : bouger, c’est vital, et quand on est expert dans un seul compartiment (mettre un pied devant l’autre le plus vite possible et le plus longtemps possible), ça limite les possibilités et ça atrophie beaucoup de choses. Quid de grimper, de soulever, de sauter ?

Il n’est pas interdit de réfléchir …

Plusieurs autres concepts ont évolué en parallèle dans mon univers personnel …

Le cerveau sert à bouger avant tout, la pensée consciente est un plus évolutionnaire mais absolument pas sa fonction première. La dichotomie cerveau/corps, fruit de l’hypertrophie de notre cortex préfrontal est une vaste connerie (Oui, Descartes, c’est à toi que je pense). Les expériences sensorielles et la confrontation à des mouvements inconnus et nouveaux sont au moins aussi importantes que la lecture ou la réflexion pour l’entretien du paquet de gras, de flotte et de protéine qui nage entre mes deux oreilles. Pour le pur intello que j’ai été longtemps cette découverte est une sacrée épiphanie mais comme dit l’autre y’a que les cons qui ne changent pas d’avis !

Je vieillis, comme tout le monde autour de moi. La sarcopénie me guette ! Bon, elle finira par gagner, mais pas sans quelques batailles. Mes autres lectures  « évolutionnaires » montrent bien que l’organisme est en arbitrage permanent pour allouer les ressources là où cela parait nécessaire compte tenu des stimuli qui sont appliqués.

Qui vois-je comme modèles de personnes qui vieillissent bien (ie avec un cerveau et un corps qui fonctionne toujours correctement) ? Certes quelques coureurs, mais aussi des gens comme Art de Vany, dont j’avais dévoré le « new evolution diet » lors de sa parution et qui, à 80 balais bien sonnés, affiche toujours une patate de dingue et un cerveau super affuté. Et il fait quoi comme activité ? il lève de la fonte, et a toujours été très critique de l’endurance et de ses effets à long terme.

Ajoutons à cela deux ou trois études qui établissent une corrélation directe entre le pourcentage de masse musculaire et la probabilité de décès à court terme et ça peut motiver un peu pour, à défaut de prendre de la masse musculaire, essayer d’éviter de la perdre trop vite …

La perspective de continuer à chasser une poignée de secondes sur des courses ne m’excite plus tellement. Ca serait cool de me tester sur un ironman, mais je n’ai pas le temps de m’entrainer 15 heures par semaine et je nage comme une enclume. Il y a l’ultra bien sur mais là encore l’entrainement consiste à enchainer des séances à faible allure et à faire encore et toujours du volume … ce qui m’excite encore moins, même si c’est sans doute intéressant de faire des longues courses.

Bienvenue au Trapèze

Tout ça combiné m’a amené à pousser la porte du trapèze il y a quelques mois. Faut dire que le fait d’avoir une box à 10 minutes de vélo de la maison est super pratique.

Les premiers contacts sont à la fois rudes et chaleureux.

Rudes parce que … à part courir, je ne sais rien faire de mon corps ! Bon j’exagère, quelques pompes, une demie traction, à peine sauter à la corde.

Il faut aussi rentrer dans je jargon infernal et toutes ses abréviations : DU, OHS, AMRAP, RFT, DL … et après … faire les exercices.

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Qui a dit « jargon » ??? (box à Iowa City) 

La mobilisation de mes ressources (bien limitées) de proprioception est une nécessité vitale. La première barre posée sur les épaules fait mal et pèse 20 kilos, même à vide. Sur les premiers squats j’ai les quadris en feu, littéralement, et pourtant c’est pas la partie de mon corps qui est la plus faible, merde, ça fait 20 ans que je cours.

Du coup il y a cette énorme remise à zéro des compteurs : je ne sais rien faire.

La bonne nouvelle, c’est que je m’en fous et que je suis là pour apprendre, et qu’il y a toujours une version « mode dégradé » des exercices, donc matière à transpirer et à progresser quelque soit le niveau. Tu sais pas faire des tractions ? pas de souci, voilà un élastique (ou une box) pour commencer. Pas d’OHS (pompes avec le corps à la verticale) ? no problemo, tu vas faire une variante.

Et puis … on est en groupe, avec un coach. Une fois avalé la pilule du non ego et compris que de toute façon chacun travaille à sa propre progression, quel que soit son niveau, il y a matière à challenge tous les jours, et la présence du coach, qui peut rectifier telle ou telle position (et te gueuler dessus à la fin quand t’en peux plus) est précieuse. C’est pour la bonne cause, donc on va mettre ça aussi dans la catégorie « chaleureux » 🙂 et non, je ne vise personne 🙂

Everyday is a surprise

Chaque séance est différente, même si le format échauffement / compétence / force / endurance est toujours généralement respecté. Et peut poser un challenge à chaque fois : soit pour exécuter des mouvements inconnus, soit pour décider à quel point charger les barres, soit la pure endurance (le coureur n’imagine pas comme le cardio peut monter dans les tours quand on lève des charges lourdes, mais je vous assure qu’on arrive au SV2 en moins de temps qu’il n’en faut pour faire 5 backsquats). Une fois apprivoisée la peur de la blessure (qui ne garantit pas, hélas, qu’elle n’arrivera pas, mais pour l’instant je m’en sors mieux qu’en courant) c’est plutôt la peur de l’échec qui rode et qu’il faut maitriser ; dialogue intérieur toujours complexe pour se sortir de sa zone de confort, mais pas trop.

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Qui a dit « zone de confort » ?

Un des points qui m’étonne le plus et qui a dézingué quelques un de mes préjugés sur l’imbécillité de la musculation c’est la complexité des mouvements et l’intelligence corporelle (et la connaissance de l’anatomie) nécessaires pour une bonne exécution.

Lever une barre, c’est compliqué, très technique, et très intense. Qu’on travaille en force pure ou en endurance.

Bizarre comme la barre pèse de plus en plus lourd à chaque round. Il faut aller chercher l’énergie je ne sais pas où … Comme je crois vraie la théorie du « gouverneur central » (le cerveau alloue plus ou moins d’énergie à l’effort en fonction de l’arbitrage nécessité de l’effort / risque pour l’organisme) cette confrontation est permanente. Allez, encore un.

C’est un peu comme un fin de marathon ou de séance de fractionné finalement, où il faut juste regarder la fenêtre de temps immédiate – je finis cette série, après on verra. Sauf qu’il faut garder une « forme » propre, ce qui n’est pas le cas en course.

Skills

Comme on travaille sur plein de dimensions simultanément (force, puissance, agilité, endurance) les challenges et la combinatoire sont infinis. Et l’organisme va faire ses propres arbitrages, personne n’est excellent partout. Moi par exemple, je suis nettement plus souple que la plupart de mes petits camarades :-). Et du coup, on apprend plein de choses. La mécanique du mouvement est disséquée dans tous les sens.

Tribu

La tribu des crossfitters est assez différente de celles des runners (sans blague ?) …  Même si je ne suis pas le seul a avoir ma collec de t-shirts marathon.

Evidemment, la dimension athlétique du sport par rapport à l’optimisation de la masse musculaire du marathonien (tout dans les cuissots, le moins possible ailleurs) donne des morphologies assez antinomiques, je ne m’étendrai pas là-dessus, on va croire que je ne fais ça que pour voir des éphèbes en nage :-).

La densité de tatouages est également nettement plus élevée 🙂 mais j’attendrais de d’être capable de faire quelques WODs à Rx avant de commencer à me pencher sur le sujet sérieusement sur mon cas personnel :-).

Non, le plus étonnant et intéressant est la passion pour le sujet et cette camaraderie forgée dans l’effort commun (surtout à 7 heures du matin …) . Ca donne un peu l’impression que tout le monde est en apprentissage permanent et en recherche d’optimisation. Ce qui est plutôt cool.

Un cocktail intéressant d’individualisme et de collectif… que je défriche à peine. Mais ayant pratiqué à Boulogne et à … Iowa City …  j’ai retrouvé la même passion des coachs et diversité des participants. Et le « well done » à la fin du WOD, qui est toujours un grand moment rituel 🙂 .

Un peu l’équivalent de la prière avant le repas, d’une certaine manière.  Juste apprécier et acter le moment présent.

Crossfit en liberté

Et puis s’il n’y a pas la box, on peut juste se faire son WOD tout seul en combinant quelques mouvements simples. A partir du moment où on combine intensité, explosivité et on va finir dans le rouge, on est bon.

Pumpkin Battle

Je suis passé ce matin à la box qui organisait une compétition amicale avec une autre box en région parisienne. En spectateur …

J’ai pris quelques photos. C’était juste une épreuve (les équipes s’affrontent sur plusieurs). 100 sauts à la corde double (à partager entre les deux membres de ‘l’équipe), 10 « wall climb » (5 chacun, il faut faire les pieds au mur et toucher le mur avec le ventre, et pendant ce temps le partenaire tient un disque de 20 kilos) et le plus possible de lever de barre à 60 kilos si j’ai bien compté. Et ceci en 3 minutes, avec une minute de récupération entre chaque et le dernier à 4 minutes. Le gagnant est celui qui a totalisé le plus de levé de barre.

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Ze battle …

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Echauffement …

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Master of Ceremony … No Bull !

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Double under

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Wall Climb

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1, 2, 3, … 50, 51, …

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Explosivité, endurance …

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Ca passe …

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On va chercher la dernière rep …

Alors, ça vous tente ?
Ou après avoir lu le post et les photos vous trouvez vraiment ça trop barré ?

J’en ferai d’autres 🙂

 

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Guitare magique

L’appel de l’objet …

Dans la nasse matérialiste dans laquelle nous vivons, avec des tentations permanentes, on est obligé de se blinder pour résister aux sollicitations qui nous bombardent. Mais des fois, on craque, et on a tous nos sujets de prédilection, ou de vulnérabilité, selon l’angle sous lequel on voit les choses. Moi j’ai quelques failles assez béantes de ce point de vue, et notamment … les guitares.

C’est une pathologie classique chez les musiciens, source d’engueulades ou de mensonges de couple  fréquents chez les addicts que nous sommes. Avec le temps j’ai appris à plus trop culpabiliser sur le sujet, notamment par la fréquentation d’amis nettement plus barrés que moi sur ce sujet.

Normal ou anormal ?

C’est un des drames de Facebook, on peut vite se lier avec des gens ayant les mêmes passions que vous mais les vivant de manière plus intense, ce qui fait se sentir tout à fait normal. Il y a quelques années, quand on me demandait combien de guitares j’avais, je me justifiais toujours, et puis j’ai rencontré des mecs qui avaient des collections de dingue, allant jusqu’à avoir 5 ou 6 exemplaires du même modèle (et je ne parle pas de Slash ou de Clapton, dont c’est le métier, mais d’amateurs passionnés comme moi).

Bon et puis j’ai des potes qui peuvent dépenser 3.000 euros pour acheter des roues de vélo pour gagner quelques dixièmes de secondes sur un triathlon, qui ne leur servent à rien, alors acheter une belle guitare qui ne vous fera pas jouer mieux ni gagner votre vie avec, c’est pareil.

Reverb

J’ai découvert le site Reverb en début d’année, une espèce de Ebay spécialisé dans les instruments de musique. On trouve de tout, de la pelle chinoise à  100 euros au modèle de pré-prod de la PRS Santana offerte pour la modique somme de 100.000 USD, et quelques Les Paul rarissimes qui frôlent le demi-million. De quoi passer des heures à rêvasser, on peut se faire des wish-lists et être informé quand le prix d’un instrument convoité baisse … et faire une offre, que le vendeur acceptera ou pas.

PRS

Je suis tombé dans la marmite PRS il y quelques années, en voyant une guitare incroyablement belle dans un magazine anglais. C’était une « Private Stock », guitare faite en demi-mesure, avec les bois choisis par le client dans la réserve personnelle de Monsieur Paul (PRS ce sont ses initiales, Paul Reed Smith). J’ai appelé le magasin, ils ne l’avaient plus puisque c’était une commande spéciale, mais ils m’ont proposé d’en faire une dans le même esprit, j’ai accepté et j’adore cette guitare. Qui n’est pas typique de PRS (c’est une 513, pour les spécialistes) mais dont j’apprécie le côté hybride et évidemment totalement unique.

509

Il y a quelques années PRS sort un nouveau modèle sur la même philosophie, la 509 (5 micros, 9 sons. 513 c’était 5 micros, 13 sons. J’aime avoir le choix). J’écoute quelques clips sur YouTube, ça me plait bien. Je me fais une wish-list sur Reverb … Les prix sont très variables en fonction de la finition, entre 2.500 et 11.000 USD. Il y a aussi le modèle spécial de John Mayer, qui n’est pas spécialement jolie mais qui sonne du feu de dieu;  elle est aussi à 11.000 USD et c’est pas dans mon budget. Enfin, c’est surtout que je sais que ça dépasse les capacités de tolérance de mon épouse, et que c’est dur à cacher. Ceci dit elles ont toutes été vendues en 3 minutes et maintenant il y en a une sur Reverb à 14.000 USD.

Porn

Bref, je mate régulièrement les 509 sur Reverb. Chacun ses obsessions, chacun sa pornographie! Et paf, il y en a une sublime, un orange rouge … une guitare en feu. Bon, trop cher. Faut dire que j’ai déjà acheté deux PRS en début d’année. Mais bon dieu qu’elle est belle comme dirait mon ami Nikola Sirkis.

Et un jour … elle n’est plus là. Ah crotte. J’ai l’impression d’être l’adolescent qui a repoussé au lendemain pendant toute l’année scolaire la déclaration de sa flamme à la jolie demoiselle de la classe d’a coté, et qui, une fois résolu à la rentrée, se rend compte qu’elle a déménagé et qu’il ne la reverra jamais.

Bon, je suis un grand garçon, je fais mon deuil et la vie continue ; je regarde de temps en temps pour voir si elle réapparait et puis rien. Et comme je suis un peu con parfois, je ne pense même pas à regarder si le même modèle est dispo dans d’autres sites en ligne (alors qu’en fait c’est un modèle de série …). Non, tant pis.

Alerte!

Et puis un soir (ou un matin), une alerte dans mon mail : « la PRS 509 Blood Orange 10 Top est de nouveau en vente «  . Argh ! Je suis précisément à ce moment là dans un aéroport, à Montréal en route pour New-York et avec très peu d’heures de sommeil. Je regarde, fébrile « bon dieu qu’elle est belle » … et je me rends compte qu’on peut faire une enchère inversée. Tiens donc. En train de bidouiller avec l’interface pour voir quels ont été les prix refusés (ce que le logiciel vous indique gentiment), je tape un prix très bas, et appuie sur entrée par mégarde. Ha ha ! le psy qui sommeille en toi, ami lecteur, ricane dans sa barbe et dit « acte manqué, mon jeune ami ! ton inconscient t’a trahi ! » Oui, bon, ça va. Sur le coup je me dis « ah merde » et après « de toute façon le prix est trop bas, le vendeur va m’envoyer chier », et je vais prendre mon avion.

En arrivant à New York j’ai un message du vendeur qui me dit gentiment que je me fous un peu de sa gueule, mais que bon, on peut discuter. Et il a un magasin de musique à 50 bornes au nord de Manhattan … hum, hum, je pourrais aller y faire un tour juste pour voir, j’ai rien à faire de la journée ?

On échange deux trois messages, il me file son numéro de portable, je fais une autre offre en disant qu’il n’aura pas de frais de livraison parce que je peux passer chercher la guitare l’après-midi même.

Il me dit d’accord, il faut prendre tel train et je peux venir te chercher à la gare.

Alea Jacta Est

Je la voulais, je vais l’avoir. Je risque quelques soucis domestiques mais c’est bientôt mon anniversaire, ce qui est un excellent prétexte à dépenses inutiles mais sympathiques.

Me voilà somnolant dans un train de banlieue qui m’amène à Ossining, petite bourgade fleurie sur les bords de l’Hudson.

Univers parallèles

Mon vendeur vient me chercher et m’amène dans son magasin, on papote comme deux vieilles commères – Il a une école de musique, un magasin, sa femme est chanteuse et ils ont un groupe ensemble ; l’idée me traverse l’esprit que j’aurais pu avoir cette vie, complètement centrée autour de la musique, et sans mourir de faim (ce qui est le problème de la plupart des musiciens) et sans avoir un talent d’envergure planétaire (ce qui est définitivement mon cas) mais avec une passion inextinguible tant pour le sujet musical que pour l’objet guitaristique. Une belle guitare, ça me parle toujours.

J’essaye la bestiole, on échange paiements et factures via gmail et paypal (vive la techno) et je repars dare dare dans mon hotel en plein Manhattan avec le nouvel objet de mon désir. Au passage il me file sa méthode de guitare que je potasse dans le train et qui m’encourage à réviser mes pentatoniques en regardant CNN.

Good vibrations

Je n’aurai pas écrit ce post si par la suite cette guitare ne m’avait pas inondé de vibrations positives de manière totalement incongrue.

Faire 15 minutes de gammes tous les soirs en étant à l’hôtel m’a donné envie de retravailler un peu mon instrument, chose que je n’ai jamais fait par flemme, outrecuidance et orgueil (pas forcément dans cet ordre). Ne serait-ce que pour ça, c’est déjà un beau cadeau. Pourquoi celle-là et pas une autre, mystère, et sans doute à cause du lien furtif et intense avec le vendeur. Et puis, plus on vieillit, plus on se rend compte que c’est le chemin qui compte et pas l’objectif Comme en course, comme en cross-fit, comme au travail. Oui, James Clear est passé par là aussi.

On the road again

Le jour du départ, j’ai prévu ma stratégie – je garderai la guitare avec moi en cabine dans un étui souple et je mettrai le flight-case en soute, vide.

Je prends un taxi bringueballant, comme Manhattan en a le secret, avec  un chauffeur qui freine et accélère en cadence régulière. Nous n’échangeons pas un mot pendant le trajet, mais en arrivant et en déposant mes bagages je vois bien qu’il est intrigué. « man is it a guitar in this case » « yep, wanna see it ? » « sure » et j’ouvre la valise sur le trottoir de l’aérogare « man this thing is awesome and it’s the same color as your jacket » (oui, j’ai aussi un blouson en cuir orange) « it’s really cool » et sur ces entrefaites, nous savourons ces quelques secondes de connivence et je vais prendre mon avion.

Diminished scales

A la sécurité comme je suis un mec chanceux, mon vieux mac est tiré à la loterie pour être testé, alors je fais le pied de grue en attendant que le mec qui fait les tests s’en occupe.

Il a l’air un peu space, voire carrément à la rue. Il chope mon ordi, lui insère des cotons-tiges dans tous les orifices possibles, et après me regarde fixement. « is it a guitar you have in that bag ? »

Je me demande si il va vouloir la démonter pour s’assurer que je ne transporte pas de la cocaine dedans, je ne sais pas sur quel pied danser. « yes, yes, it’s a guitar, you wanna check it too? » – « what type of guitar? what music do you play » -« well, blues, rock, this kind of stuff »

Et là il s’approche de moi, plante son regard dans le mien et j’ai peur. « man, you have to play DIMINISHED SCALES » … « DIMINISHED SCALES is like salt and pepper to music, man. A little goes a long way, makes music more spicy, have fun with your guitar ».

On aurait pu s’assoir et faire un boeuf et parler de pentas aussi … C’était juste surréaliste, mais très cool. Une seconde de vraie interaction humaine dans un océan de machines, de bureaucratie et d’angoisse terroriste.

Je savoure cet autre moment surréaliste et passe les heures suivantes à faire mes notes de fraise en écoutant de la country.

Love is in the air

Au moment d’embarquer, quand je monte dans l’avion je n’ai même pas le temps de dire “cette chose est précieuse” que le chef de cabine se rue sur moi – « ha vous avez une guitare, donnez-la moi, c’est fragile ces petites bêtes, je vais la ranger et en prendre soin, ne vous inquiétez pas ». « ah vous jouez ? » « bah un peu … »

Cool; je papote un peu avec une hôtesse qui me demande où j’ai acheté mes inov-8 avec leurs lacets orange, retourne dans mes tableaux Excel et quelques heures plus tard, le chef de cabine vient me voir “tout va bien” “oui, oui, ça va” “vous aimez le champagne “ “bah ça ne se refuse pas” … il disparait et revient quelques minutes plus tard avec une vraie coupe en verre “bon celui-là, il vient de la première, c’est un millésimé blanc de blancs, vous m’en direz des nouvelles”. Je me pince, descend le verre, et m’enfile quelques coupettes en me disant que parfois, le service Air France est vraiment au-dessus de la moyenne. Tout comme le champagne d’ailleurs. J’ai juste un peu peur d’être tellement dans le cirage en arrivant que je vais oublier que j’ai une guitare à récupérer.

Champagne!

Mais non. D’une part je suis encore lucide, et d’autre part le chef de cabine me repère de loin, et quand je passe, me souffle « vous avez vraiment une très belle guitare, elle mérite une petite bouteille de champagne » – et il me refile une bouteille du millésimé de première classe avec un grand sourire.

Je suis un peu abasourdi – c’est la première fois qu’on m’offre une bouteille et je me dis que cette gratte doit vraiment avoir des bonnes vibrations. Normal pour un instrument me direz-vous.

Back in the saddle

Le soir même je répète avec mes amis habituels. Malgré l’absence de sommeil nous avons une énergie de dingues et ma PRS sonne du feu de dieu. L’alchimie du son en répète est complexe et ça peut être génial ou totalement pourri. Là on est tous satellisés.

It’s all about sharing …

Je ne sais pas pourquoi j’ai envie de partager cette histoire. Peut-être pour dire que certains objets créent du lien, que la musique est un truc universel dont je ne me lasse pas, et que j’avais envie de laisser une trace de cette jolie histoire.

En attendant la prochaine guitare 🙂

 

 

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Journal d’un nageur de l’ère post-Trump

Je ne pensais pas écrire de post sur le sujet et puis … un commentaire FB est devenu une diatribe et je vous la livre donc ici. Les aéroports ont une fonction inspirante pour moi visiblement. Une bulle cognitive hors du quotidien qui me permet d’allumer quelques neurones de plus que d’habitude 🙂 . En plus je viens d’avoir une idée pour un autre post qui va être assez lourd … mais j’ai 50 heures de boulot prévues dans mes 10 heures de vol donc ça va attendre un peu 🙂

Alors c’est quoi le voyage cette fois ?

Paris Nairobi via … Amsterdam. Départ 10:15, arrivée 21:45. Ouch. Bin oui y’a pas de vol direct le Mardi.

J’en profite pour dire que j’étais perdu au terminal 2F parce qu’il n’y a pas de contrôle de passeports (it’s Europe, stupid !) et que ça va vaaaaaachement plus vite. Moins de contrôles, plus de fluidité … hum, c’est bon de se le rappeler par les temps qui courent, non ?

Par contre le Salon Air France est nettement moins bien qu’au 2E. Oui je deviens snob. Quand j’avais la chance de pouvoir y rentrer avec ma femme c’était super top et maintenant je fronce les sourcils et me pince le nez parce qu’il y a trop de monde et que la vue est pourrie.

A propos de passeport et de frontières, je voulais vous dire ça: tous ceux d’entre vous qui ont des potes qui veulent voter Marine, plutôt que de leur faire la morale ou de brandir les mânes d’Hitler, ce dont hélas tout le monde se fout, faites leur un petit kado: un livre qui s’appelle « Journal d’un nageur de l’ère post-Trump », de Olivier Silberzahn. Il raconte la vie dans une france Marine … ça tombe bien parce que c’est un nageur .

Olivier n’est pas un écrivain, c’est un bloggeur que j’ai connu par l’intermédiaire de mon pote Rémi Fack, photographe, sportif et méditatif (son blog ).

Il me fait l’honneur de me considérer comme une de ses inspirations, donc mes dizaines d’heures passer à écrire sur Trump auront an moins servi à quelqu’un .

Mais c’est pas pour ça que je vous recommande de l’offrir.

C’est parce qu’il décrit très simplement, sans grands effets de manche, le délittement qui attend au tournant toute société qui se replie sur elle même, pour des raisons bêtement économiques. Les importations sont plus chères, les autres pays se vengent en mettant des taxes sur nos produits, qui se vendent moins à l’étranger, et tout le système se nécrose comme une mitochondrie qui n’a plus d’ATP à processer.

Olivier est probablement chef de projet dans une grande SSII française (Vous pouvez le trouver sur Linked In, c’est son vrai nom, c’est pas rigolo, on peut tout savoir) et ce qu’il raconte sur les projets informatiques et la beauté du code, les « cathédrales conceptuelles » est aussi intéressant que sa politique fiction et son analyse des bulles de consonnance cognitive dans lesquelles nous nous enfermons, avec l’aide de Facebook notamment.

Je ne suis qu’à la moitié du livre (son éditeur a mis 1 mois pour me l’envoyer dans une belle enveloppe écrite à la main …) mais précipitez vous dessus et surtout, offrez le aux fans de Marine.

C’est pas en se retournant vers un passé mythique et fantasmé qu’on avancera, parce que le monde d’aujourd’hui, ben, il fonctionne pas comme le monde d’hier. Et oui, ça fait peur, mais j’imagine que 1933 ça faisait peur, 1929 ça faisait peur, 1939 ça faisait peur, 1962 ça faisait peur, etc, etc.

Le repli sur soi, c’est jamais, jamais la bonne solution.

That’s all folks !

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I’m alive

I’m Aliiiiiiiiiiive ….

Sia pousse un hurlement calibré dans la chanson éponyme, avec juste ce qu’il faut de durée et de cassure finale à la fin pour me donner la chair de poule. Drôle d’expression pour le mammifère que je suis ! Capacité d’un artefact culturel, la musique, à toucher directement mes ganglions basaux et court-circuiter mon cortex. Grandeur et misère de Sapiens. Puisqu’on parle de poule, je vais quand même vous pondre un post assez conséquent (temps de lecture annoncé : 16 minutes).

Allez donc vous chercher un café.

La bonne nouvelle c’est que le post est lisible en pièces détachées.

Un bon titre pour un blog qui prend la poussière ! Tellement de changements lors des 12 derniers mois qui vont être la matière principale du post. Pas tant pour faire un Facebook bis, mais plutôt pour mettre ça à plat et partager ce que tout cela m’a fait apprendre et les réflexions que ça génère.

Saut dans le vide

Salarié depuis que j’ai commencé à travailler (je tairai la date par pudeur), mes derniers jobs, où j’avais le plus de responsabilités, ou plus exactement les titres les plus ronflants, ont été totalement surréalistes. Quelques trimestres dans un mélange aléatoire de Pagnol, Kafla et Ubu. Trahisons et mouvements de menton derrière chaque porte close. Plus le marigot est petit, et plus on passe de temps à se battre sans que ce soit réellement utile. Comme des rats trop nombreux dans une cage, qui ont besoin de trouver des boucs émissaires à massacrer pour éviter la dépression.

Il y aurait matière à roman … j’y ai pensé, humoristique et managérial, mais ça me ferait trop ressasser.J’ai quand même interagi avec un sacré paquet de cons, plus ou moins méchants, plus ou moins compétents.

J’ai pensé aussi à une chaine YouTube avec quelques parodies. J’aime l’humour comme modalité pédagogique et j’ai appris beaucoup de tous ces dysfonctionnements imposés. Ça pourrait être « Trucs et astuces pour foutre le bordel dans votre propre boite, démotiver vos salariés, et glisser donc lentement vers l’abime en regardant fièrement l’horizon lointain de la terre promise ».

La boite précédente était d’un autre tonneau … de whisky.  CEO alcoolique au bide parallélépipédique, cherchant la baston à la fin des soirées Corporate et menaçant d’envoyer les Hells Angels chez moi en cas de mauvais résultats financiers, en ayant évidemment tout oublié le (sur)lendemain. J’ai eu la faiblesse de croire sa promesse « J’ai déjà fait croitre des sociétés et gagné plein d’argent avec, fais-moi confiance, je sais faire » alors que mon instinct me disait que c’était un abruti (fort justement).

Ça m’a couté un paquet de blé en actions chèrement achetées et qui ne valent plus grand chose aujourd’hui. Il aura sans doute fait un infarctus ou une acidocétose alcoolique avant que le cours soit revenu au prix d’achat …

Se fier à son instinct, je vais revenir dessus parce que c’est une leçon que j’ai eue à réapprendre plusieurs fois ensuite.  Ne jamais faire confiance aux gens qui vous disent « fais-moi confiance ! »  …

Subitement je ne suis plus salarié. Diantre. Première option envisagée : me consacrer à mes nombreux loisirs, en mode pré-retraite. Ecartée très vite, il me faut de l’utilité, et il m’est conceptuellement impossible de ne pas gagner ma vie, quel qu’en soit le niveau. J’ai appris quelques bricoles que je dois être capable de monnayer … et pour le coup j’en ai ma claque d’être salarié et je veux pouvoir me déplacer librement.

Ces 12 mois d’agent économique indépendant et quasi-autosuffisant, m’ont appris un paquet de trucs. La réorganisation de la vie professionnelle a un effet déflagrateur sur tout le reste. Petit abécédaire, dans un désordre relatif.

Comédie humaine

Amis

Diplômé d’une grande école de commerce, une partie de mes amis est aussi du réseau, anciens copains de promo etc. J’ai cependant largement pratiqué la mixité sociale, et les rencontres alchimiques aléatoires et passionnelles (musique, sport, etc.) forment finalement la majorité de mes amis.

Ça commence comme ça, et ça fait assez mal les premières fois. Camarade de promo, copine de longue date qui éclate de rire quand je lui propose mes services payants, ça remet les pendules à l’heure vite fait.

Le pote plein de sollicitude surtout préoccupé de mettre en scène sa propre réussite. Un peu comme la jolie femme qui se fait accompagner d’un thon pour se valoriser. « Ah mon vieux ! Pas trop dur ? T’inquiète, je vais te filer un coup de main ! Au fait, tu as vu ma nouvelle GT3 et mon appart de ouf ? ». C’est tellement gros que c’est plutôt marrant, et ça permet de visiter l’appart de ouf en faisant des « oh » et des « ah ».

A contrario, d’autres vous appellent régulièrement pour vous demander où vous en êtes et comment ça avance. Juste comme ça. Incroyable comme ça fait du bien.

Le tri se fait en mode automatique, en fait, et ce qui devient structurant dans l’avenir des relations c’est l’attention authentique portée. Si vous voulez faire le ménage dans vos relations, dites à vos relations que vous avez un cancer ou que vous êtes dans la merde professionnellement et regardez qui vous rappelle. C’est vite vu.

Ex-collègues

Ca dégage pas mal là aussi mais c’est logique. Le lien du travail collectif peut donner lieu à de vraies amitiés qui survivent au changement de crèmerie (j’en ai) mais pour la plupart c’est juste ce qu’il faut pour se supporter au quotidien.

Et puis celui qui est parti, il est parti. Double effet kiss cool : tu n’es plus dans la tribu, tu as osé faire ce que je voudrais bien faire, ha si je pouvais … Et entendre en boucle les histoires sur l’inanité du boss (y’a pas de raison que ça change) ou autres plaintes répétitives, c’est totalement inintéressant. Des collègues avec qui j’adorais les échanges intellectuels ont disparu de mon radar … je ne les ai pas tellement rappelés non plus, il faut dire. Entre ex-collègues réussir à ne pas passer la moitié de l’échange sur ce qui se passe dans la société et cancaner sur tel ou tel c’est difficile ! Quand on y arrive ça signe une vraie relation qui peut se développer indépendamment de la référence à l’entreprise d’origine, mais c’est finalement rare.

Rêveurs

J’ai rencontré des doux dingues aussi. Ceux-là ils sont sympas, ils croient savoir où ils vont mais leur boussole est cassée ou indique juste la mauvaise direction. C’est difficile de se faire une opinion, des fois, entre le rêveur et le génie, quand on n’a pas l’habitude et qu’on a peur de se tromper. On a envie d’y croire à son rêve, comme lui. On peut changer le monde et gagner un peu d’argent, c’est cool non ? Finalement la meilleure méthode c’est un 50/50 de gut feel (je le sens ou je le sens pas ?) et de Warren Buffett 101: si je ne comprends pas, j’investis pas. Et c’est un ET, pas un OU. S’il n’y a pas les deux, feeling ET de plan clair et d’explication du pourquoi du comment, partez en courant à toutes jambes. La phrase « alerte rouge »  c’est « Non mais tu ne peux pas comprendre ».

Parasites

On peut se faire largement sucer la moelle. Filer un coup de main par ci, un coup de main par là en espérant un peu de réciprocité (une de mes marottes, la réciprocité). C’est subtil la réciprocité. Quand je file un coup de main à quelqu’un (c’est à dire que j’alloue gratuitement de mon temps pour résoudre un de ses problèmes) j’en attends d’autant plus de retour qu’il est loin de mon cercle intime. Pas tout de suite évidemment, mais dans le principe. Evidemment il y a des free-riders, le chimpanzé vagabond qui baise les femelles pendant que le mâle dominant a le dos tourné. Qui demandent, demandent, demandent, et le jour où vous avez besoin d’un truc ils sont trop occupés.

Ou des boites qui vous font bosser gratos en avant-vente en promettant monts et merveille ensuite mais qui ne prennent pas vos appels ensuite. J’ai passé quelques dizaines d’heures à fignoler des ppt pour une boite de conseil parisienne sans autre retour que de me rendre compte à quel point ils étaient nuls. Ce qui est toujours ça de pris, je vous l’accorde.

Belles personnes

Je viens de rajouter ce paragraphe en relisant le post, qui peut donner l’impression que j’ai rencontré que des tocards. Illusion d’optique, on ne parle que des trains qui n’arrivent pas à l’heure. J’ai fait un paquet de très belles rencontres personnelles et professionnelles, des gens éthiques, sensés et sympas … avec qui je travaille désormais évidemment. Si vous les cherchez, vous en trouverez.

Ethique

Help yourself

Aide-toi, le ciel t’aidera. Si, si, les préceptes religieux religieux ont leur place ici (surtout si c’est juste la reformulation d’une évidence en rajoutant notre ami imaginaire barbu favori !

Alors oui, plus salarié ça veut dire qu’il faut trouver du travail, pas un job.

Une fois qu’on a compris ça, on devient nettement plus mobile dans sa tête, et ça transforme le rapport au travail. En fait … je travaille plus qu’avant à l’insu de mon plein gré. Autrement dit : sans rechigner ni me plaindre ! L’impératif d’efficacité s’impose comme une évidence : si je ne fais rien, il ne se passe rien. Ça rebondit sur les autres compartiments de la vie et ça rend la procrastination plus difficile. Salarié, c’est différent. On peut être totalement inefficace, glander ou faire des trucs inutiles (genre des tableaux Excel 100×100 pour tenter de prévoir l’avenir, ha ha) , le salaire tombe toujours à la fin du mois.

La leçon, c’est : ne pas hésiter à demander et à proposer. Etre lucide sur ses capacités et ses compétences. Bilan de compétences quotidien ! Une bonne question à se poser c’est « Qu’est-ce que je sais faire, indépendamment de mes diplômes et ma formation ? ». On peut découvrir une propriété intellectuelle intéressante et monnayable. Il faut aussi être prêt à se prendre des portes dans la figure donc réussir à gérer à peu près son égo. Et se protéger des parasites (voir plus haut). Le temps, c’est une ressource qu’on ne retrouve jamais. La seule, en fait.

Humilité, lucidité

Je me suis engagé dans quelques aventures qui m’ont consommé beaucoup de temps et pas donné de résultat. J’en avais discuté avec un ami qui m’avait prévenu du côté casse-gueule du sujet et conseillé de passer mon chemin, sur des arguments fort rationnels. Je ne l’ai pas écouté. J’ai eu tort. Notre capacité à nous embarquer dans l’illusion est considérable, surtout si elle brille de mille feux. La seule manière que j’ai trouvé pour réduire ce risque c’est d’en discuter avec des proches et de leur demander de me donner tous les arguments contre. Inconfortable mais salutaire. L’égo nous pourrit la vie, rendons-lui la pareille :-).

Et de ne plus me lancer dans des sujets pour lesquels je n’ai aucune compétence sur la base de « je devrais y arriver ».  Même si ça me démange en ce moment :-), j’ai une féroce envie d’importer des véhicules improbables.

Liberté

Jamais autant été libre, et jamais autant travaillé. Le travail en liberté n’est pas le même que le travail en captivité. Filons cette métaphore animale sympatique ! Liberté, sentiment d’utilité, d’efficacité de production (parce que nécessité) et donc un cerveau qui carbure à plein parce que vous êtes responsables de votre futur, personne d’autre.

On est aussi au milieu de la savane à la merci des prédateurs alors il faut faire un peu gaffe à ses fesses et assurer ses arrières. Mais découvrir cette autonomie et ne supporter que les contraintes qu’on s’impose soi-même … c’est le pied. On pourrait aussi faire un parallèle avec le stress chronique (qui vous tue) ou intense (qui vous stimule et vous renforce).

Discipline

Parlons de contraintes, tiens. Moi qui n’avais pas fait une note de frais moi-même depuis quelques décennies, toujours à la bourre, toujours en retard, faisant tout à la dernière minute. Là j’ai dû checker quelques centaines d’items dans ma to do list avant de me mettre à écrire ce post. Sans que personne ne me force.

En fait, je pense de plus en plus que le secret de la réussite, ou au moins d’une vie où on minimise les frustrations, c’est la discipline et la régularité. Pas glamour du tout. Dans la vie moderne nous avons tellement de trucs à gérer, un tel niveau de complexité systémique qu’on ne peut pas s’en sortir sans discipline. Et la meilleure c’est celle qu’on s’impose à soi-même.

Comment on implémente? Je n’ai pas trouvé la recette complète. Disons que j’ai trouvé des recettes mais elles sont trop drastiques à mon goût (genre se lever à 4 :30 du matin et se coucher à 8 heures, et suivre une routine régulière de méditation et de sport).

Juste essayer de se lever tôt et de faire du sport avant de travailler. C’est vrai qu’on a cette impression de réappropriation du temps – je commence ma journée en prenant du temps pour moi, pour mon développement personnel. Ayant passé des décennies dans l’excès inverse, en retard du moment où je me lève jusqu’au moment où je me couche, la différence est flagrante. La discipline permet la maitrise. Et était sans aucun doute indispensable à nos ancêtres, parce qu’ils avaient zéro système de protection.

On peut l’appliquer partout : nutrition, sport, apprentissage de nouvelles compétences. Même si pour l’instant tout couvrir en même temps est difficile.

Nous avons une capacité de décision limitée. Plus on structure le quotidien et plus c’est facile.

La discipline c’est la capacité à troquer une satisfaction immédiate pour une satisfaction plus grande plus tard, et notre cerveau a un peu de mal avec ça. Certains sont plus gâtés par la nature que d’autres. On a pu faire des expériences avec des enfants sur le mode « tu as un bonbon tout de suite ou si tu attends 15 minutes tu en as deux » et tous n’y arrivent pas évidemment, et ceux qui arrivent réussissent mieux socialement quelques années plus tard (ce qui est injustement biologique).

Bon je fais le malin mais il m’arrive encore trop souvent de me retrouver à surfer sur des sites improbables et à me demander ce que je fous là, cortex débranché et en pilote automatique.

Regards et enseignements divers

Fragilité et nécessité de l’économie

Une des boites avec lesquelles j’ai travaillé a déposé le bilan. C’est affreux, voir une entreprise mourir. C’est con, y’a plus de pognon pour payer les salaires des collaborateurs et on est au max à la banque. Pas de deals qui peuvent rentrer à court terme pour amener du cash ? Hop, redressement, et comme c’est juste pas possible, ben l’aventure se termine.

Si on n’a jamais vécu ça, ça peut paraître abstrait. Mais c’est putain de réel, les gens perdent leur job, des actionnaires leur pognon, des prestataires leurs factures (…) et cette entreprise ne paiera plus de taxes ou d’impôts pour nourrir la collectivité.

Penser que la richesse se produit toute seule et qu’il suffit de faire payer plus d’impôts aux acteurs existants ou arroser de subventions pour réformer un pays, c’est de la couille en boite. La richesse se crée avec des gens qui bossent, et pas au noir si possible, et qui produisent de la transformation et de la valeur ajoutée.

Valeur travail et chômage

Celle-là est un peu plus compliquée. Je pense que beaucoup de métiers vont disparaître ou être totalement transformés par l’IA dans les 20 ans qui viennent. Alors comment on fait quand on a 20 millions de chômeurs en France ? Ça c’est le problème philosophique à moyen terme.

A court terme, mes amis dans des métiers manuels où on manque de bras (chauffagiste, plombier, … ) n’arrivent pas à embaucher … parce qu’il faut se lever tôt et être à 4 pattes dans une chaufferie … des fois. Une chargée de recrutement dans une grande société de transport ferroviaire n’arrive pas à trouver des ingénieurs de maintenance français … Elle embauche des Roumains et des Africains qui ont fait un DESS en France, dont on peut très bien comprendre qu’ils en soient ravis… parce qu’ils ont la dalle.

Le rapport au travail qui est cassé, par incompréhension totale de l’économie de base qui est qu’il faut travailler pour produire de la valeur et gagner de l’argent et impression que tout est du. Et après on va voter pour Le Pen qui leur dit que le système est pourri et qu’il faut le réformer !

Je ne sais pas quel niveau de violence sociale il faut pour remettre les gens au travail mais je trouve hallucinant qu’il y a aie des centaines de milliers de jobs pas pourvus en France actuellement.

Le travail salarié risque d’ailleurs fort de se réduire encore plus, avec l’apparition de plus en plus d’acteurs indépendants, ce que les américains appellent « la gig economy ». Typiquement ce que fait Uber, qui du coup remplace la « coercition managériale » par des méthode inspirées de la psychologie cognitive pour « motiver » les chauffeurs à travailler plus longtemps ou à aller dans des zones où il peut y avoir plus de clients.  Est-ce que c’est plus éthique de demander à quelqu’un de passer 3 heures dans des réunions inutiles parce qu’on a le pouvoir de l’imposer, ou de jouer sur des ressorts psychologiques inconscients à la Kahneman pour faire bosser les gens ? Sachant que la manipulation peut être arrêtée en « un simple clic » et qu’elle rend aussi service au chauffeur. Question compliquée.

Protection, plaintes et système

Un des points les plus marquants de ma nouvelle existence est de réaliser combien le travail salarié est confortable. Une société c’est un groupe humain structuré avec des règles (même si elles peuvent être débiles), de l’infrastructure, et une garantie de revenu, et ça facilite la vie.

Et pourtant … combien de salariés se plaignent, se sentent exploités, etc., etc.

Ça ne va pas ? Barrez-vous, les gars. Faites autre chose. « Ah oui mais j’ai un crédit sur la maison ». On peut comprendre ça. Alors dans ce cas, arrêtez de vous plaindre.

En ce moment c’est à la mode de vouer le système aux gémonies, partis politiques extrêmes en tête. Cette hypocrisie et cet aveuglement me saoulent, parce que c’est de la pure connerie. D’abord les politiciens qui s’en plaignent, Marine le Pen en tête, sont des experts en siphonage de pognon public et hacking du système, justement.

Comme Trump avec son « Drain the swamp » et qui a 3.000 procès au cul. Heureusement qu’il y a un système (judiciaire notamment) ! Dans les pays développés nous avons un rapport complètement irrationnel avec nos infrastructures, on les rend coupables de tout alors qu’on ne pas vivre sans et ça va s’amplifier dans le futur. Quelques ballades en Afrique et aussi au fin fond des US cette année remettent vite les pendules à l‘heure.

Moi qui maudit les réglementations anti-pollution vu ma passion pour une auto déraisonnablement puissante,  un jogging en bord de route à Abidjan m’a vite fait changer d’avis :  les nouveaux embouteillages provoqués par la fermeture des quais semblent l’air pur des montages à côté !

La fermeture des quais à Paris est une grosse connerie, et justement un message anti-travail, super pour les vacanciers mais pourrissant la vie des gens qui bossent … à moins de se déplacer à vélo ou en transports en communs, ce qui n’est pas toujours possible.

Nous n’avons pas de mémoire, c’est un défaut de notre cerveau qui a un focus sur un passé proche. Le fait qu’il n’y ait pas eu de guerre en Europe depuis 60 ans est un fait historique incroyable mais tout le monde s’en fout et préfère taper sur la Commission Européenne. Et on traite inconsciemment les Etats comme des figures qui nous doivent quelque chose et si on crie très fort on va nous le donner. Le peuple crie ! il a raison ! Toujours pris (en France du moins) dans des fantasmes révolutionnaires avec 1789 en référence absolue. Je dois dire que la lecture de Sapiens m’a un peu fait l’effet d’une douche froide mais revigorante (toute structure sociale humaine est une histoire imaginaire collective).

On veut à la fois être protégés par la structure sociale libres – ou ne pas accepter les règles qui ne nous vont pas. Le seul moyen d’y arriver c’est de vivre dans un jeu vidéo, ce qui pourrait bien se produire d’ici quelques décennies, je pense sérieusement qu’un scénario à la Matrix est possible (et Huval Harari aussi, ce qui me permet de me mettre sous son ombrelle intellectuelle).

Epilogue

Changement de priorités sportives (quand même)

Sorti d’un groupe (l’entreprise) et d’un autre (la course à pieds). Je ne sais pas s’il y a un lien de cause à effet, ou si c’est mon épine calcanéenne qui me pourrit suffisamment la vie pour que je n’ai plus aucune envie d’aller bouffer de la piste. Quand on sort du jeu, l’étrangeté de la chose vous saute aux yeux. La mystique du héros courant à l’infini se révèle pour ce qu’elle est – une histoire imaginaire, surtout si on n’est pas champion mais coureur du dimanche (Avec 50.000 inscrits au Marathon de Paris ça en fait !). Mais ça reste amusant à regarder et puis je ne peux qu’avoir de la tendresse pour cette tribu qui m’a mis le pied à l’étrier, si j’ose dire.

Comme c’est de l’imaginaire, ça peut se retourner du jour au lendemain – comme toutes les histoires d’amour. C’est super important, structurant pour l’identité et puis, pouf, c’est disparu… alors on cherche autre chose !

Je découvre à petits pas le CrossFit, qui me tentait depuis longtemps. Comme MovNat, mais en plus structuré. Là encore réapprendre plein de choses, avec nullité parfaitement assumée. Plus dans une démarche rationnelle : avoir un corps fonctionnel sur tous les aspects, pas juste être un super système cardiovasculaire. Mais le concept de WOD est sympa, et la tribu intéressante aussi …

C’est sans doute ça la leçon. S’aimer suffisamment pour être totalement indifférent à la peur qu’on a d’être ridicule ou toute autre forme de jugement négatif.

Ce qui souvent nous inhibe le plus c’est de penser qu’on va être jugé par autrui. Mais ça n’a aucun impact sur qui on est (sauf si c’est le jugement d’un supérieur ou d’un … juge) donc on s’en fout totalement et c’est très libérateur.

Gratitude finale

Rien ne nous est dû, ni par la nature ni par la société. Les systèmes que nous construisons ne sont que ça, des systèmes imaginaires –et peuvent s’écrouler du jour au lendemain.

Nous sommes là par hasard. Disparaître aussi vite que nous sommes apparus, d’ailleurs je suis dans un avion qui pourrait bien s’écraser au lieu de se poser. Dans ce cas personne ne lira ce post, donc si vous le lisez c’est qu’il s’est bien posé et qu’il ne m’est rien arrivé de dramatique entre maintenant et la publication 🙂

Ce n’est ni juste ni logique vu de nos consciences individuelles, mais c’est comme ça.

Alors chaque jour qui passe, je le savoure pour ce qu’il est. J’allais dire c’est une bénédiction, imbibé que je suis moi aussi de notre ami imaginaire barbu et de la difficulté à accepter notre total manque de maitrise sur nos vies.

Pour revenir au paradoxe de la discipline assumée qui libère, c’est l’absence absolue de sens de la vie qui me donne envie de construire, d’avancer et de m’améliorer… et surtout de l’apprécier.

 

PS – Pour ceux qui en sont familiers, vous aurez noté l’influence grandissante de Yuval Harari sur ma vision du monde actuelle et prospective. Et évidemment toujours Sam Harris, qui reste une grande source d’inspiration et de réflexion.

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Le jeûne

Mon dernier post, publié sous la bannière LSee mais du pur jus de paléophil !

http://www.blog.lsee.com/le-jeune/

Enjoy and comment !

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Abondance

Cette galerie contient 24 photos.

En contrepoint de mon post précédent, une petite galerie de photos. Je me suis amusé à dénombrer l’offre alimentaire sur une plage d’environ 100 mètres de long. Il manque encore : les marchants de fromage, de cacahouètes, de noix de … Lire la suite

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Nourriture(s) culturelle(s)

Pour changer un peu de mes posts habituels … je vous propose une petite ballade, tirée par des rennes dans le traineau d’un barbu jovial,  moins biochimique que d’habitude. Le cerveau est un organe qui consomme 20% de l’énergie quotidienne, alors réfléchir c’est aussi une bonne manière de bruler des calories 🙂 .

Pour commencer : une petite image de Noël.

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Tout est dit, non ? Le Père Noël boit du Coca, il a un IMC de 40 et il fait face à une jeune femme qui veut avoir un joli cul ferme et rebondi. Au dessus d’une chaine de pizza qui sert des portions à 2000 calories. That’s NY, baby !

Mais foin de symboles faciles. Soyons sérieux. Voilà l’idée qui me tarabuste depuis un moment: L’alimentation est au carrefour de l’instinct et de la culture, et c’est cela qui la rend si difficile à maitriser, parce que la culture, c’est des histoires qu’on se raconte, et les histoires sur nos instincts sont en général … fausses. Et tout cela fait un joli mille-feuilles difficile à décoder. 

Couche 1 : Biologie, Instinct, Nécessité

La réalité biologique est très compliquée, on sera tous d’accord là-dessus. Chacun de nous est un paquet de cellules (80 milliards) avec 10 fois plus de bactéries dans le tube digestif, des comportements innés et d’autres acquis, et un cerveau qui se recâble en permanence et des gènes qui sont activés ou pas en fonction de la manière dont nous les stimulons. Alors on est bien obligé d’avoir recours à des modèles simplifiés pour expliquer comment ça marche : le cœur est une pompe, les veines sont de la tuyauterie, etc.

Pour autant, le fondement de la vie est incroyablement simple : un système est vivant parce qu’il a la capacité d’extraire de l’énergie de son environnement pour survivre et se reproduire. Une petite poche d’entropie négative, tant qu’il est vivant, après le premier principe de la thermodynamique reprend ses droits et le désordre se remet à augmenter.

le proto-système nerveux chez les êtres multicellulaires primitifs, c’est le tube digestif. D’un point de vue phylogénétique, les premiers neurones servent à piloter la digestion, pas à réfléchir. Il parait évident que l’efficacité énergétique d’un individu par rapport  à un autre, vis à vis d’une même source d’énergie, est un avantage compétitif majeur.

Le désir de s’alimenter, à l’origine, est totalement instinctif. Tout être vivant a besoin de s’approvisionner en énergie pour se développer. Pas besoin de culture pour ça, d’ailleurs, les bactéries y arrivent très bien.

Couche  2 : Culture, Conscience, Plaisir

Le développement du système nerveux, puis de la conscience de soi et de l’intelligence entraine la création d’une sur-couche culturelle : la culture s’empare de l’alimentation.

Au départ, on peut penser que c’est simplement une manière de partager et de transmettre du savoir. Le premier élément de culture, le langage, a surement eu à voir avec la recherche de nourriture, qui était une activité collective. On trouve une plante toxique ou particulièrement nutritive – on en parle à sa tribu. Une fois l’écriture inventée, on consigne plantes, vertus, recettes de cuisine, culture (des plantes) et élevage, etc. etc.

La culture amène en parallèle la notion de plaisir, de bien et de mal aussi, et donc découple l’acte de sa nécessité biologique et l’ancre dans le désir … les histoires collectives et les règles sociales.

L’expérience vécue d’exister, notre capacité de conscience nous permet de nous regarder agir et d’avoir « plusieurs voix » dans notre tête, qui sont en dialogue intérieur permanent. J’ai une envie irrépressible de reprendre une part de tarte de Tante Annie. Non, c’est pas bien, je vais grossir. Oh et puis merde, elle est trop bonne (ou : je ne vaux pas la vexer, ou toute autre raison). J’ai vraiment la flemme d’aller au Crossfit aujourd’hui. J’y vais ou pas ? Pression sociale, estime de soi, vont décider de nos actions. Et … on se raconte des histoires. Tout le temps, en fait !

Je mange parce que j’ai envie, parce que c’est trop bon, pas parce que j’ai faim ou parce que je pense que mon organisme a besoin de tel ou tel nutriment. (Note : la sexualité, c’est exactement pareil, mais en général moins fréquent :-)). Je deviens gourmand. L’animal humain est sans doute le seul animal gourmand.

On mange pour manger, pour être en groupe, plus parce qu’on a faim … mais quand même, des aliments qui, à l’origine était plus ou moins indispensables à notre survie. Ca paraît logique, si on était attirés par des aliments qui nous détruisent, l’espèce ne ferait pas long feu.

Gourmandise … Ais-je vraiment besoin de toute cette énergie ?

Couche 3: Technologie, Abondance

La technologie, fille de la culture, amène globalement  la capacité à échapper à la famine et à amener de la nourriture en tous lieux. Situation totalement inédite pour notre espèce depuis une centaine d’année – après des millions d’années focalisés sur l’impérieuse nécessité de trouver de quoi manger, sous peine de mourir.

L’embarras du choix, tout le temps !

Maintenant, la nourriture est partout, tout le temps accessible. Notre instinct, lui , n’a pas évolué, mais notre capacité à nous raconter des histoires tourne à plein régime (j’ai osé).

Abondance et disponibilité (Supérette à Manhattan)

Exemple : quelques mythes courants

Notre culture occidentale actuelle nous dit : il faut manger trois fois par jour, prendre un petit déjeuner énergétique, manger pas trop gras, les graisses saturées ça tue, au moins 50% de glucides à chaque repas, pas trop boire d’alcool, etc.

Concernant la prise de poids, il y a aussi un grand classique : j’ai pas les bons gènes, la vie est trop injuste, mon voisin bouffe comme un chancre et il prend pas un gramme alors que moi il suffit que je regarde la vitrine d’une patisserie pour prendre 1/2 kilo. Fumisterie totale – mais tellement confortable. Enfin, sauf dans la glace. Et on noie son chagrin dans la crème glacée (irrésistible). 

La majorité, voire la totalité de ces « règles », est de la culture pur jus. Nous comparons notre corps à une machine (modèle, ou plutôt mythe) : il faut mettre de l’énergie régulièrement pour maintenir le niveau d’énergie constant. Il faut prendre des produits pour detoxifier l’organisme. Si on mange trop gras le gras bouche les artères. Nos gènes contrôlent 100% de ce que nous sommes. Etc.

Nous alimentons (ouaf) nous même ces mythes par la représentation que nous avons de notre propre fonctionnement, et notre propre désir de le contrôler. Ah moi j’ai besoin de tel ou tel truc pour bien fonctionner, je me connais, je le sais. Skinner, un psychologue cognitiviste a bien réussi à rendre des pigeons superstitieux dans une célèbre expérience, alors nous les humains, notre propre capacité à nous régaler (ouaf) en mythes totalement dénués de vérité objective est sans limite!

Des fois il y a bien des petits bouts de science derrière, mais souvent, rien du tout, ou des trucs pas très appétissants – du marketing, souvent.

Le jus d’orange, shoot de vitamines pour bien démarrer la journée ? Résultat des surplus d’orange en Floride avec les produteurs à la rechercher d’un moyen de les écouler … Euréka, sous forme de jus !

Le lait, qui permet d’avoir des os bien solides ? Il acidifie le sang, et l’organisme va enlever du calcium dans les os pour rétablir le pH sanguin, résultant des courses – moins de calcium dans l’organisme. Là encore, résultat d’une grosse campagne de promotion des producteurs de lait qui avaient besoin d’écouler leurs stocks.

Les anti-oxydants ?– plus on en mange et moins on en fabrique. Cf le post de LSee sur le sujet.

Expérience personnelle toute récente : rencontre avec une diététicienne « diplômée » l’autre jour, qui m’héberge lors d’un séjour à NY ; elle m’explique qu’elle prend un jus de citron au réveil, puis 30 minutes plus tard une potion de la société « Isagenix », puis un shake, puis, puis … bref un truc toutes les deux heures, ritualisé à mort. Je la regarde avec un oeil un peu bovin et lui dit que je suis en train de faire un jeûne de 3 jours, que j’ai une frite, une pêche, une patate pas possible (métaphorique évidemment), et que moi je crois que c’est bien plus efficace que toutes ses saloperies.  Ce à quoi elle me répond que si elle ne suit pas ce protocole … elle n’a pas d’énergie.

L’énergie est un élément central dans toutes ces histoires. A la fois réel (les aliments c’est de l’énergie) et imaginaire (je pense que mon organisme fonctionne de telle ou telle manière, je me sens plein d’énergie ou pas).

De l’énergie pour avoir de l’énergie (ou la stocker !)

Couche 4 : que dit la science ?

Le scientifique va dire qu’en fait … on ne sait pas grand-chose. Il y a quelques grandes vérités : le cycle de Krebs, la régulation de la glycémie et des mécanismes de stockage / destockage d’énergie par l’insuline, notamment. Mais ensuite … les paramètres influant la transformation de nourriture en énergie sont très nombreux et encore mal compris : influence du sommeil et du stress, cycle circadien, microbiote, etc.  Sans oublier le cerveau en « master régulateur » à deux niveaux : la partie inconsciente (la température interne augmente, je vais réduire la puissance de l’influx nerveux ) et la partie consciente (je veux finir ce marathon en moins de 3 heures et je vais y arriver).

Une fois dans l’organisme, l’énergie sert à faire fonctionner le corps (ATP), et tout ce qui est excédentaire est stocké sous forme de glycogène puis de gras. Cf sur le site LSee le post sur le métabolisme.

Lors d’une discussion chez LSee, Guillaume argumentait qu’il a plus la pêche lors de son entrainement de rugby après un bon « pré-workout snack »  qu’à jeun. Croyance ? Effet placebo ? Ce n’est pas une affaire d’énergie – son snack sera transformé en glycogène bien après la fin de son entrainement. Alors c’est quoi ? Le cerveau, gouverneur central qui décide qui s’il a vu passer de la nourriture, on peut lâcher les chevaux ? Et si il se mettait à s’entrainer systématiquement sans son snack, que se passerait il ?

Des expériences ont montré que des coureurs duraient plus longtemps si on leur faisait garder une boisson sucrée dans la bouche quelques secondes – même s’ils la recrachent ensuite. Il n’y a donc pas apport d’énergie et pourtant production de plus d’énergie ! On pense que le cerveau joue un rôle considérable dans les problématiques de fatigue et de perception d’énergie.

La morale de ce post pas très biochimique ?

Il n’y a pas que la biochimie pour comprendre nos comportements alimentaires. Le rapport à la nourriture est culturel et s’appuie sur un câblage inconscient très puissant : éducation, environnement, et aussi réaction aux odeurs, à la vue, craquages quand on est fatigué ou tendu …

Nous sommes donc pris en sandwich (hé oui) entre l’instinct et la culture. L’instinct peut nous inciter à manger plus que dont nous avons besoin. La culture nous donne des idées fausses sur notre fonctionnement interne, nous bombarde de stimulations, et nous permet de nous raconter des histoires par rapport à nos comportements instinctifs. L’organisme, lui, n’a pas de moyens de savoir que ses stocks de glycogène sont pleins, et a une capacité à stocker du gras quasi infinie. Sans doute parce que la situation énergie à gogo est tout à fait nouvelle.

Alors tant qu’on n’est pas passé dans l’obésité morbide, où là tout un tas de mécanismes se mettent à déconner à plein tube, ça peut valoir la peine de se poser quelques questions :

  • Quels sont mes propres mythes alimentaires ? A quoi je crois ? Pourquoi ?
  • Pourquoi je mange ? Parce que j’ai faim ? Pour d’autres raisons ? Lesquelles ?
  • Si j’ai faim, est-ce que c’est grave ? Comment je me sens quand j’ai faim ? Et quand j’ai trop mangé ?
  • Qu’est-ce que qui se passe dans ma tête quand je ne peux pas résister ?

En gros, manger (ou pas) en pleine conscience. Essayez. C’est assez difficile au début, mais ça vaut la peine. Un peu comme de lire ce post. Enfin, j’espère !

Ce post est largement inspiré de mes lectures récentes et les idées proviennent notamment des livres suivants :

  • Sapiens (Huval Harari)
  • The Diet Cults (Matt Fitzgerald)
  • The Word Turned Upside Down (Richard Feynman)
  • le super podcast de Harris avec David Krakauer que j’ai traduit ici.
  • Et tous les autres livres / blogs que j’ai lus qui prétendent détenir une vérité absolue sans aucun esprit critique !
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