Open CrossFit 2018 : suite et fin

Deux centimètres.

Mon menton est à deux centimètres de la barre.

Je tends mon cou telle une girafe qui aurait juste dévoré les œuvres complètes de Lamarck, mais pour autant je n’ai pas de vertèbre qui pousse par miracle.

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Putain de barre !!!

De toute façon, le problème ce n’est pas le cou, mais les biceps. Impossible de finir cette contraction musculaire qui me permettrait de me hisser un tout petit peu plus et de faire ma douzième traction, et de ré-enchainer sur les thrusters, qui finalement sont moins difficiles que je ne l’imaginais.

Il me reste une minute, soit environ une soixantaine de secondes. Dans ces cas là, on compte les secondes, et certaines sont bien plus longues que d’autres. Est-ce que ce sera suffisant pour refaire un petit stock de créatine phosphate et me propulser au-dessus de cette putain de barre ? J’essaye une prise en pronation, plus facile, je me concentre, je respire, j’imagine un tigre à dents de sabre qui va me déchiqueter le postérieur si je ne me hisse pas à la hauteur voulue, sans succès.

Puis je jure et je peste et résiste à l’idée de bourrer ma barre d’haltères de coups de pieds rageurs, ce qui joindrait le ridicule à l’inutile. Après quelques tentatives, je décroche, au sens propre et figuré, et je regarde les dernières poignées de secondes s’écouler. 7 minutes, c’est fini.

C’était la dernière épreuve des opens CrossFit 2018, le 18.5. Une échelle croissante de trois : trois thrusters (pour les francophones : une combinaison de front squat et de presse épaule), trois chin to bar (traction menton au dessus de la barre), puis six, puis neufs, puis douze, mais la douzième traction aura raison de mes capacités de contractions musculaires. Sur le papier, ça a l’air facile … mais évidemment l’effort répété de plus en plus long et sans récupération aucune sature très vite les muscles en lactates et probablement plein d’autres trucs. De quoi, je ne sais pas, mais au bout d’un moment la machine s’arrête. Enfin, la mienne.

Fin de l’épreuve, fin des Opens. J’ai même pas eu le temps de transpirer. Un check avec mon juge, un newyorkais basané avec un épais accent espagnol. Lui non plus n’est pas très content de son score, et en plus je l’ai battu – même si la différence d’âge fait que mon épreuve était nettement plus facile que la sienne.

Finalement cette histoire m’aura bien occupé pendant pratiquement 2 mois. De la décision initiale de participer (abandon total de l’égo et de la peur du ridicule) aux savants calculs pour savoir comment découper les séries  et d’avoir fait ça sur trois continents, c’est quelques belles leçons (en plus des courbatures).

18.5 : Age is not just a number

Dernière leçon des Open : quand tu es vieux, tu lèves moins lourd et tu fais des exercices plus faciles. Même en Rx (niveau théorique, par opposition à « scaled », épreuve simplifiée). Implicitement, on considère que le niveau ne change pas de 25 à 45 ans, et ensuite on lève le pied. En gros, la difficulté de mes épreuves est la même que celle d’une femme dans la force de l’âge. Ça va paraître évident à beaucoup de monde, ben oui t’es vieux, t’es moins fort. Au marathon aussi les temps de qualifs ne sont pas les mêmes en fonction de l’âge. Mais quand même ! Je préfèrerais me dire que mon niveau passable est lié à mon manque d’entrainement plus qu’à ma vieillerie, mais non.

On va mettre ça sur le compte de ce qu’on veut, déni de réalité, tout ça. Le fait est que même si les signes extérieurs sont indéniables et acceptés (quoique qu’un petit tirage des paupières me tente de temps à autre …), dans la tête ça ne change pas, à part quelques mots qui disparaissent de temps en temps. Et ça n’a pas d’importance, ce n’est pas une raison de lever le pied … au contraire : il reste moins de temps. J’ai toujours un âge indéfini, et ce n’est pas mon âge qui me définit.

Je suis sans doute hyper-réactif au discours dans lequel j’ai grandi : « la vieillesse est un naufrage » et « qui veut aller loin ménage sa monture » … mais j’ai quelques épaves autour de moi aussi même si mes antécédents familiaux sont plutôt excellents. J’aurais bien aimé réussir convaincre mon père de s’initier au bonheur des kettlebells, mais ce sera dans un autre univers.

18.3 : Dépassement

L’autre leçon, toujours utile, c’est la dialectique subtile entre la gestion de ses propres limites et la tentative de dépassement de soi. Beaucoup de crossfitteurs expliquent qu’ils ont réussi à faire des trucs pendant les opens qui ne « passaient pas » à l’entrainement, et c’est vrai. Adrénaline, énergie collective, encouragements, compétition …

Ma modeste expérience en la matière était sur le 18.3. Séries décroissantes de deadlifts et push presses (soulevé de terre et presse épaule avec appel des jambes). J’assure le coup en faisant l’épreuve en mode « Scaled » (plus facile, poids inférieurs et presse épaule remplacée par des pompes à genoux) le vendredi matin et puis un copain de la box m’explique que si je le fais en mode Rx, même une seule rep, j’aurai un meilleur classement.

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18.3, première (scaled)

Bon, il faut deadlifter 85 kilos : fastoche. Le deadlift, ca fait pas trop peur, et j’ai déjà soulevé plus de 100 kilos. Et puis, si tu peux pas soulever, ben tu peux pas, la barre va pas te tomber sur la gueule, elle est déjà au sol 🙂  Mais ensuite il faut passer 42,5 kilos au-dessus de la tête. Tout ce qui est bras tendus, c’est une autre paire de manches (c’est le cas de le dire), de bras et surtout d’épaules. C’est à la fois un geste glorieux, de puissance et de victoire, mais il est complexe et puis j’ai pas des épaules de gymnaste. Et j’ai jamais levé autant. Donc je me dis mesquinement que je me contenterai de faire les deadlifts, c’est pas comme si ma vie en dépendait ou que je sois dans le top 3 du classement mon. Mais je me fais rappellera l’ordre par Yann, le coach qui me juge. « Ben tu prépares pas ta barre pour les push press ? » « J’vais pas y arriver » « T’en sais rien, essaye quand même». J’ai pas envie de montrer que je me chie dessus, enfin pas trop, et puis la box est vide à part Pauline qui s’entraine (et qui envoie du bois), alors allons-y.

Je vais passer mes 21 deadlifts tranquillement, et après il me reste quelques minutes pour le overhead. Le contrat est rempli, c’est que du bonus, alors j’en fais un.
Et puis mes épaules ne se disloquent pas, ma colonne vertébrale n’expulse pas les disque intercostaux (inter-costauds ?) comme des pépins de pastèque et Yann me regarde un peu narquois « ben tu vois ? allez, tu as le temps de faire la série de 21 ».
Alors je recommence. Une fois, deux fois … évidemment ça se corse sur la fin et j’ai l’impression d’être un vieux machin qui bringueballe et tremble de partout et là aussi les dernière centimètres pour arriver à verrouiller les coudes deviennent de plus en plus longs. Mais les 21 passent dans le temps, à ma grande surprise. Et pour mon plus grand bonheur évidemment, parce que rien ne vaut de réussir un truc dont on se pensait incapable 5 minutes auparavant.

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Les barres du 18.3

18.2 : Tribu

Dakar.

Ses taxis antédiluviens, ses rues crasseuses avec les magasins à ciel ouvert, ses micro-commerces alimentaires et … sa salle de cross-fit. Identifiée sur Facebook (qui peut parfois être utile quand il n’est pas en train de piller nos infos persos). Je m’y suis précipité dès mon arrivée, ai été accueilli à bras ouverts, participé à deux WODs et pris rendez-vous pour faire l’open Samedi matin, en mode vidéo parce que le gérant de la salle n’est pas encore un juge assermenté.

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La box de Dakar

Le seul problème c’est que j’ai eu la mauvaise idée de manger une salade de tomates la veille et subséquemment passé une grande partie de la nuit à me déshydrater en position assise. Et qu’en plus j’ai un début de crève.

Bref, je fuis de partout, mais est-ce une raison pour  fuir aussi … mon engagement ?

Je décide que non. En plus cette épreuve je peux la faire en mode Rx ; Dumbell squats à 34 kilos, ça passe. Bon c’est encore une putain d’échelle montante et ça va vite piquer mais ça dure 12 minutes, c’est pas comme un marathon non plus.

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Plus que 40 secondes … 

Là ce qui est génial c’est de débarquer dans une ville où on ne connaît personne, et se retrouver dans un terrain de jeu familier, et de rentrer en relation immédiatement par ce biais. Ce qui est une expérience assez unique et m’a fait réaliser la force unificatrice du sport pratiqué ensemble, indépendamment de la couleur, de la religion ou des opinions politiques.

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Un peu de réconfort dans un monde de brutes … 

Paradoxalement, je me sentirai nettement moins bienvenu dans la Box à Manhattan, que ce soit par le coach ou les autres participants.

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Crossfit Hell’s Kitchen

Mais le new-yorkais est un être humain particulier ; et j’ai quand même pu faire mon open donc l’essentiel est sauf, et puis, ça venait peut être de moi, après tout.

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Les 10 commandements

18.4 : Autonomie et responsabilité

Comment on gère un événement qui implique 500.000 personnes tous les week-ends ? En responsabilisant les participants, et ça aussi c’est vachement intéressant.

D’abord, à chaque épreuve, il faut réfléchir à sa stratégie. Dans mon cas : Rx ou Scaled ? Le 18.1 et le 18.4, je les ai faits deux fois. Et ensuite : comment on s’y prend, à quelle vitesse, comment on « breake » pour récupérer, est-ce qu’on va la faire une fois ou deux, etc, etc.. Je me suis vu à faire un tableau Excel pour calculer mes temps, et tout le monde se pose ce type de questions.

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Il faut convertir les livres en kilos aussi ! 

Mis à part le fait que c’est nettement plus challengeant et intéressant que la course à pied (marathon : tu cours à 4 :20 au kilo pendant 30 bornes et si ensuite il te reste du jus, tu essayes de faire 4 :15) c’est, comment dire, responsabilisant. Ce qui va de pair avec la relative complexité des mouvements, les cours de biomécanique et d’anatomie implicites dans les WODs. Si tu comprends rien, ça va pas le faire.

Et puis on se débrouille entre nous. On organise l’espace de compétition, on mesure, on discute. Un petit côté méticuleux et libertarien. Comme les premières « garage gyms » où on décide de ce qu’on va faire en toute autonomie. Et on se juge, en étant à la fois le plus impartial possible sans être sadique. No rep ! Oui, tu as raison, elle était pourrie cette rep.

 

18.1 : Open, c’est vraiment open

J’ai fait le 18.1 en mode scaled parce que j’étais incapable de faire le premier mouvement de l’épreuve en mode Rx (toes to bar, toucher la barre avec les orteils en étant suspendu, remplacés par des simples abdos). Ca m’a permis de démarrer tout ce bazar.

Bien sur, on peut aussi s’aligner sur un marathon et viser de faire 5 heures. Mais c’est pas pareil. Parce que dans le Crossfit la gradation de l’effort en fonction des capacités est réelle, et permet à chacun de se confronter à ses propres limites, quel que soit le niveau.

Je trouve que cette dimension « universelle », qui correspond vraiment à la volonté du fondateur est super, en ces temps où le monde entier bouffe n’importe quoi, fait n’importe quoi ou rien comme sport et attend des pilules magiques pour résoudre ses problème.

J’insiste là dessus parce qu’en général ce qu’on retient des Open ce sont le top 0,001% qui réalisent des performances hallucinantes, mais en fait le CrossFit est vraiment une méthode qui se veut universelle et accessible. Qu’on peut ne pas aimer ou critiquer, bien sûr. Il y a des lacunes dans le crossfit (notamment la dimension « avoir un adversaire »), et il y a d’autres approche (comme MovNat) qui sont aussi focalisées sur la fonction, et d’autres que je ne connais surement pas.

Mais bon … je suis allé dans une salle de sports classique entre deux opens. Pleine de machines à 15.000 balles le bout, pour bien travailler les muscles en isolation et nous rassurer sur l’efficacité du travail. Y’a des poulies, des câbles, des plaques, ca brille et ça ressemble à tout un tas d’aliens, et chacun est dans son coin (en train de regarder des séries télé sur son téléphone …) et personne ne se parle (et sans doute personne ne progresse réellement non plus).

Il y a peu de matos dans une box : des haltères, des barres d’haltéro, des anneaux, mais tous les mouvements sont des mouvements complexes et fonctionnels. Au final ce qui compte c’est de faire fonctionner son corps le mieux possible, quel que soit le niveau, et ça se fait collectivement.

Et réussir à faire faire des épreuves sportives aux 4 coins du monde, à plus de 500.000 personnes, pendant 5 semaines, de tous niveaux, avec une organisation totalement autonome, c’est quand même un sacré tour de force. Je sais je me répète mais ça continue à me bluffer totalement.

Rendez vous l’année prochaine pour les Open 2019 ?

Vu mon classement assez pourave (2862 sur 4321 dans ma catégorie), c’est sur qu’il y a de la marge de progression !!!

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Si vous voulez voir les épreuves

Ou mon premier post sur les open … ou celui sur Dakar

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Transpiration anonyme

Séance de test LSee hier dans une salle de sport quelconque (mais très bien équipée) dans Paris.  Nous inventons notre propre protocole sur place, au feeling. L’idée est de voir ce qui brule du gras ou pas …
Au menu :
  • 30 mn de course sur tapis à 70% FC max. Ha ça rappelle des souvenirs, j’arrive à tenir à 11,5 pendant 20 minutes puis suis obligé de ralentir à 10,5 pour que ma FC ne dépasse pas 155. J’ai couru plusieurs marathons à plus de 12 de moyenne, bon, il faut s’y faire, l’adaptation physiologique est toujours transitoire …
  • 10 minutes de KB Swing en 30/30 @16 kg
  • 10 minutes de squat KB @2×16 kg en 30/30 (ça pique vraiment, ça m’a rappelé le 18.2)
  • un vrai tabata au rameur (20 on 10 off *8)
Tout ça entrecoupé de piqures aux doigts multiples évidemment et avec un cardio décathlon dont je découvre avec étonnement la qualité de l’appli et la facilité d’utilisation, l’essayer c’est l’adopter, en plus il cause directe avec le téléphone, donc on n’a rien au poignet qui pourrait être fracassé par une KB !
Où il s’avère que les squats chargés ça fait vraiment monter le cardio, surtout si on allonge la série (là on faisait 10-11 sur 30 secondes). Le tabata évidemment aussi (et ça ne dure que 4 minutes en tout).
A part ça une salle de gym par rapport à une box de CrossFit ‘est vraiment triste, et courir 30 minutes sur tapis à vitesse constante c’est vraiment chiant.

 

Chacun est dans son coin.
Beaucoup regardent des séries télé sur leur téléphone : bonjour la concentration et la conscience du geste effectué ! Certains font absolument n’importe quoi : quand je cours, ma voisine est à 6,5 à l’heure sur un tapis et va faire ça pendant une heure, les yeux rivés sur son smartphone, en train de regarder une série débile.
Aucune discussion, aucun échange. Mes quelques grognements en fin de série de squats m’attirent des regards étonnés : faire du bruit à l’effort, c’est OK en Crossfit, pas en salle !
Et les machines, ben c’est des machines. Il y a une espèce de dimension totalement désincarnée à faire des gestes hyper simplifiés et pas naturels, sur des objets rutilants desquels on essuie méticuleusement sa sueur après l’effort, pour le prochain, quand il y en a.
A comparer avec mon corps qui tremble de partout comme un vieux camion africain quand je fais mes derniers push press (presse épaule avec appel des jambes) pour le 18.4, et les rigoles de sueur en fin de WOD.
Y’a pas photo, comme on dit.
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Le bonheur du monde …

Quoi de mieux un samedi matin, avant de d’engager dans une journée qui va être pleine de bonheur (Ikea + montage de meubles …) de s’interroger sur le bonheur du monde ?

La WHO publie une étude tous les ans sur le sujet, basée sur des enquêtes dans tous les pays du monde (donc subjectif) et ensuite corrélé à quelques facteurs explicatifs qui sont :

  1. Le PNB du pays (l’argent ça ne fait pas le bonheur, mais ça aide, surtout quand il permet de sortir du seuil de la pauvreté, après, c’est plus compliqué …),
  2. Le système de support social. on parle ici du système privé (la famille, les amis, la congrégation religieuse) mais pas  public (assurance maladie et chômage), ce qui est un peu étonnant de mon point de vue …
  3. L’espérance de vie en bonne santé. Ca se passe de commentaires.
  4. La liberté de faire ses propres choix de vie. Idem.
  5. La générosité dans la structure sociale. La question est « avez vous donné à une organisation charitable le mois dernier ? »
  6. La perception de la corruption ambiante
  7. Tout le reste (qui compte quand même en général beaucoup).

Je ne suis pas un expert en stats mais j’imagine qu’ils ont fait des régressions et des analyses de corrélations pour trouver ces variables explicatives. Elles me paraissent logiques; lors de discussions en Afrique ou au Brésil la corruption des politiques est souvent un élément central de frustration, par exemple. Et aussi en France ou aux US- qu’elle soit réelle ou perçue, voir le succès des populistes sur le thème « tous pourris ».

La perception de liberté est aussi un élément intéressant – surtout quand on croit comme moi assez peu au libre arbitre. Mais même si on n’a pas de libre arbitre, c’est important de croire qu’on en a. Je prends ma position avec une pincée de sel, n’ayant jamais été marié de force contre une dot animale ni forcé à faire un métier que je haïssais juste pour survivre économiquement. Mais je vois cela sous l’angle de l’éducation, et du progrès technique. Quand dans un pays il y a suffisamment de richesse produite et d’éducation, on n’est pas obligé de faire la même chose que son père (si on est un garçon) ou être mariée de force pour renforcer la structure du clan (si on est une fille). Et c’est un cercle vertueux – même si le prix à payer est dans doute une distension du lien social familial.

Du coup ça dessine en filigrane une société idéale : suffisamment de richesses (à partager relativement équitablement tout de même), des liens sociaux forts (cf les blue zones et les études récentes qui montrent que la longévité est corrélée à l’insertion sociale), vivre le plus longtemps possible en bonne santé, pouvoir décider de sa vie, se sentir dans un environnement empathique, y compris pour les inconnus, et qu’il n’y aie pas trop de « free riders », tricheurs qui vont utiliser leur pouvoir pour s’en mettre plein les fouilles.

Et les gagnants sont … les pays scandinaves (Finlande, Norvège, Danemark, Islande).

Une pensée un peu attristée pour les US, pays que j’aime profondément, et qui, empêtré dans son bourbier idéologique religion-guns-conservatisme-individualisme forcené-injustice sociale regarde toujours ces pays avec dédain (« trop d’impôts ! sont tous communistes ! ») alors qu’ils s’enfoncent eux même dans une spirale infernale (et que la perception du bonheur diminue chez les américains). Votez pour Trump en 2020 les gars, vous êtes sur la bonne voie!

Je dis régulièrement que la preuve du pessimisme culturel des français se trouve dans le classement très bas de la France dans cet index, mais je raconte des conneries, la France n’est pas si mal placée : 23ème. Sachant que nos voisins européens sont répartis dans un nuage assez vaste :

  • Suisse : 5ème
  • Hollande : 6ème
  • Autriche : 12ème
  • Irlande : 14ème
  • Allemagne : 15ème
  • Belgique : 16ème
  • Luxembourg : 17ème
  • Angleterre : 19ème
  • Espagne : 36ème
  • Italie : 47ème

Je pourrais passer la journée à écrire sur le sujet, mais j’ai un meuble à monter 🙂

Je vous laisse à vos propres réflexions. Moi ce sera : que font dont les pays scandinaves de très différent de nous pour être en tête du classement alors que notamment au niveau climatique ce sont des pays très rudes ? Et comment maximiser la perception de bonheur personnel indépendamment des variables extérieures ?

Ci-joint le lien vers l’étude.  Et si vous avez a flemme de l’ouvrir, le classement :

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Il y a bien d’autres choses dans le dossier, notamment toute une analyse des migrations et de leurs conséquences dans les pays de départ et d’arrivée. L’argent que les migrants envoient à leurs proches dans leur pays d’origine représente au total environ 500 milliards de $.

Joyeux week-end (sous la pluie).

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Pensées éparses sur l’Afrique – 2 (Kenya)

Exceptionnellement je voyage en Business entre Dakar et Nairobi, espérant pouvoir dormir un peu (départ Dimanche 4 heures de l’après-midi, arrivée Lundi 6 heures du mat). Certes les sièges sont larges, mais le 737 est tellement vieux qu’il n’y a ni prises de courant, ni écran vidéo .. et un cendrier dans les toilettes. Je me console en écrivant la trame du post précédent et picolant plus que de raison, ce qui se traduira évidemment par une migraine carabinée à l’arrivée.

Wifi à l’aéroport; Ouf. Entre Orange qui m’inonde de messages incohérents et d’alertes sur ma consommation de data, ça me rassure sur ma capacité à communiquer avec mon taxi, trouvé sur un site internet en deux coups de Google – et qui me Whatsappe dès mon arrivée.

Je passe l’immigration sans souci, bien que le document que j’ai uploadé sur le site « e-citizen » pour justifier de ma visite sur le territoire ne soit pas valide puisque c’est celui …. de l’année dernière. Je voulais tester la rigueur du process, j’ai vu ! De toute façon, les mecs avant moi dans la file « visa » le font sur place, en griffonnant un formulaire sur leur cuisse en trainant leur valise, et c’est même moins cher que de le faire en ligne ! Cherchez l’erreur …

Devant le guichet, on me demande la preuve de mon visa qu’évidemment je n’ai pas imprimé. Je sors mon mac et présente fièrement la copie de la facture faite pour mes frais, à l’écran. Ça suffira pour passer.

Il y a quelque chose de totalement grotesque à être à 6 heures du mat en train de farfouiller dans ses dossiers d’ordi, pour sortir une preuve d’achat de visa inutile et qui plus est non conforme légalement, face à une personne en uniforme qui vous regarde gravement avant de vous demander de laisser vos empreintes digitales et de faire une photo. L’important c’est de passer avec le sourire. Je souris beaucoup … est-ce l’Afrique qui déteint sur moi ? Vu ma couleur de peau, ça ne ferait pas de mal pour que je me fonde un peu plus dans le paysage !

Mon chauffeur de taxi, aussi sombre de peau que jovial de caractère m’emmène au parking et nous nous retrouvons tous les deux devant une caisse de péage qui cache un ordi tournant sous Windows, qui est planté et nous demande de faire CTRL ALT SUPPR mais y’a pas de clavier sur une caisse de péage évidemment ! Ca augure bien de mon workshop tiens !

Passée la surprise de me retrouver avec une conduite à droite, je papote avec mon chauffeur. Il m’explique qu’il est obligé de jongler entre plusieurs applications de taxi et des petits jobs à côté pour joindre les deux bouts. Comme partout ailleurs dans le monde, Uber est une usine à sous-prolétariat exploité avec une promesse mensongère. J’espère que ce sera une des bulles qui éclatent … J’aime quand la valeur amenée par la techno est raisonnablement partagée entre toutes les parties prenantes, et je n’ai vraiment pas l’impression que ce soit le cas avec Uber. La question du partage de la richesse produite par la techno reste brulante, surtout quand on voit les effets sur les laissés pour compte, qui se défoncent aux opioïdes et votent pour des crétins qui vont juste faire empirer la situation. L’Amérique va retrouver sa gloire passée imaginaire en mettant des taxes sur l’acier ? L’acier c’était stratégique il y a 50 ans, le monde a un tout petit peu changé depuis et ça montre juste une totale incompréhension de la transformation numérique du monde. Tiens, allez, je vais sortir une slide …

Il est où l’acier, là, exactement ?A-ha-2017_Keynote.jpg

Salaire moyen à Nairobi, 300 USD par mois. Le prix de ma nuit d’hôtel, à peu de choses près. La course est à 40 USD mais une fois qu’il a payé la compagnie de taxi qui lui a filé la course et le mec à qui il emprunte la voiture (un particulier …) et payé l’essence, il lui reste en 10 ou 15 pour une course qui va durer plus de deux heures. Il ne se plaint pas, il me dit juste comment ça fonctionne. La question qui reste sans réponse dans notre conversation, c’est : « est-ce que le progrès économique fera reculer la corruption ? ». C’est une putain de bonne question, de poule et d’œuf, entre démocratie et progrès économique … Parce que l’économie a besoin d’un certain degré de transparence et de règles claires pour pouvoir fonctionner efficacement, même si tout business a tendance à essayer de devenir monopolistique pour maximiser ses marges, cf. Peter Thiel. Je n’ai pas la réponse à ce paradoxe, et lui non plus.

Les bouchons sont monstrueux. Pas réellement pire qu’un Roissy-Sèvres mais entre les camions africains dégageant une fumée noire et dense, les bus privés aussi antédiluviens que des combis VW brésiliens, et qui triplent leurs tarifs dès qu’il pleut (Uber n’a pas inventé le yield management pour les courses !) , les motos qui se faufilent partout …une impression de bordel visqueux et géant. Et, comme partout en Afrique, des gens qui marchent, sur des bas-côtés instables et boueux, et des véhicules régulièrement en panne.  C’est assez dantesque pour mon œil européen.

Arrivée à l’hôtel. Vue de ma chambre : trois mecs qui contrôlent l’entrée, un immeuble en construction qui visiblement ne sera jamais terminé, et quelques cahutes de vendeurs de tout et n’importe quoi. Mais dedans c’est l’environnement « business international », et tant mieux parce que c’est ce dont j’ai besoin.

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Je file tester la salle de sport. Plein de matos, même un rameur et des barres d’haltéro. Pas de kettlebells, faut pas déconner non plus. Le coach local, un gros costaud qui ferait baver mes camarades du Trapèze engage gentiment la conversation en me complimentant sur ma silhouette. Comme il est difficile de résister à la flatterie même quand elle est plus grosse que ses biceps … Rosissant comme une débutante à peine pubère, je lui demande si il a déjà entendu parler du CrossFit et 5 minutes plus tard je suis en train de lui montrer des vidéos du 18.2 (non, non, pas la mienne).

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Animant un séminaire dont une des concepts clé est d’avoir un prix pour la prestation de service qui n’est pas directement corrélé au coût réel (comme une facture de mobile où on paye la même chose qu’on ai consommé 3 gigas ou 30) j’utilise souvent comme métaphore le restaurant « all you can eat » – oui certains clients vont en profiter et manger pour 4 mais en fait la plupart vont consommer raisonnablement et au global l’opération peut-être au moins aussi rentable qu’une carte avec des menus.

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Comme nous sommes dans un hôtel qui fait un buffet pour midi, émerge l’idée d’aller demander au chef comment il gère les quantités d’aliments, et de le faire intervenir dans le séminaire. Il va se prêter au jeu de bonne grâce et nous aurons un cours de diététique internationale – où j’apprends que la quantité moyenne de nourriture pour un déjeuner est de 500 grammes, que la soupe en entrée est un moyen de mettre en appétit et le fruit en dessert (sucre …) de signaler la fin du repas et d’entamer la digestion. Et le chef de nous dire que tous les matins il regarde la liste des clients, infère leur origine par leur nom et va modifier son buffet en fonction des cultures majoritaires le jour j. C’est vrai que nous sommes à une confluence entre Afrique, Inde, Moyen Orient et Europe et satisfaire tous les goûts n’est pas une mince affaire.

J’étais ravi de trouver des aubergines, de la feta et du poisson cru ; maintenant je sais pourquoi !

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Doreen, une des participantes du séminaire,  est en train d’attaquer son dessert à 14 :10 alors que nous aurions dû recommencer le séminaire à 14 :00. Elle est devant une assiette colossale, alors qu’elle doit peser 40 kilos. Un peu à court d’arguments pour la faire revenir dans la salle de réunion, Je la vanne – mais comment fais-tu pour être aussi mince en mangeant autant ? Elle pouffe de rire et me réponds – je fais beaucoup de sport ! Ah du sport et quoi donc ? je cours … après quelques échanges j’apprends qu’elle tourne en 1 :20 au semi-marathon. Ben oui on est au Kenya, j’avais juste oublié.

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Esther a 30 ans, je l’avais déjà vue lors de mon intervention l’année dernière. Alors qu’elle était en train d’acheter du rouge à lèvres sur un site internet, elle m’expliquait qu’elle avait un gros problème parce que son compagnon n’était pas originaire de la même tribu qu’elle, et que leur union allait être difficile parce que les mariages inter-tribaux, ça reste compliqué au Kenya. Reprenant de ses nouvelles, elle me dit que finalement ils se sont quittés. Et que depuis elle avait bien du mal à retrouver quelqu’un. Après quelques banalités sur la difficulté de trouver un compagnon à notre époque pour cause d’attentes de plus en plus complexes, voire quantiques, je tente « oui c’est difficile de trouver un compagnon aujourd’hui, mais c’est peut-être moins pire que d’être forcée à vivre avec quelqu’un qu’on n’a pas choisi, non ? ». « Ah oui tu as raison ! ma grand-mère a été mariée de force en quelques heures à un type qui avait un troupeau de brebis, parce qu’il a donné quelques brebis en dot à ses parents. Elle l’a détesté toute sa vie et du coup s’est consacrée à l’éducation de ses propres enfants ». Un peu plus tard elle me montrera une photo de son père, qui a entrepris des études sur le tard, les deux tous fiers et rayonnants lors de la remise de son diplôme il y a quelques mois. Des études d’informatique, qu’elle a contribué à payer.

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Nous célébrons la fin du workshop en picolant avec quelques clients. Pas un vin français sur la carte, eh oui. D’Afrique du sud je peux comprendre, c’est tout près. Mais d’Australie ?

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La conversation tourne sur les différences entre pays et ethnies, couleurs de peau et gradations de noir. Où j’apprends que le Rwanda est un pays super dynamique d’un point de vue économique (j’en étais resté au génocide d’il y a 20 ans) où les femmes sont parmi les plus belles d’Afrique, quoi que les Ethiopiennes tiennent la corde. -Et qu’il faut absolument que je visite la Tanzanie. La conversation est assez surréaliste, mais l’alcool aide à donner du sens, ou à ne pas faire attention à son absence.

Sur le trajet du retour  le taxi va passer dans une espèce de zone industrielle surréaliste, avec piste défoncées, usines géantes, et petites baraques autour desquelles des humains venus de je ne sais où s’agglutinent (c’est un raccourci, ne vous inquiétiez pas …) .  Le tout dans l’habituelle puanteur du diesel et une poussière rouge fine et pénétrant partout.

A l’aéroport je tombe sur une superposition d’affiches qui résument complètement ce que j’ai senti pendant ces quelques jours en Afrique, et se passent de commentaires !

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Les deux images se font face … et ce sont bien les deux faces du pays. Sauf que les banques ont intérêt à se sortir les doigts pour pas se faire bouffer par les opérateurs téléphoniques, mais c’est un autre débat !

 

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Pensées éparses sur l’Afrique

Encore un fois perché à 12.000 pieds, dans un vieux Boeing 737-700 sans prises de courant ni écran télé (vol Dakar – Nairobi), 12 heures de vol de nuit, après deux repas successifs et appréhendant l’arrivée décalqué à 5 heures du mat, j’ai la tête farcie des sensations accumulées depuis mon arrivée à Dakar il y a quelques jours, que j’ai envie de mettre à plat et de partager.

Perception subjective et revendiquée.

J’arrive, je file à l’hôtel, je fais mon workshop, je me casse – service minimum. Cette vision express a aussi l’avantage du coup de boule, autrement dit,  je constate que dès que je reste quelques jours les choses que je prends en pleine figure à mon arrivée deviennent quasi-normalité au bout de quelques jours. Magie de l’adaptation.

Je suis resté à Dakar 5 jours. Avec trois points d’ancrage : mon hôtel, le bureau, et (pour la première fois) la salle de sport (Crossfit en l’occurrence). Et mis un point d’honneur à me déplacer à pied entre ces endroits, histoire de respirer un peu autrement que derrière une vitre de voiture.

Inspiration

Respirer, justement, c’est toute une aventure. Marcher dans Dakar est une expérience olfactive qui prend littéralement à la gorge ! La ville est pleine de taxis bringuebalants, certains dont on peut identifier l’origine (Renault 21 et 19 notamment) et d’autres qui sont des Frankenstein mécaniques dont on se demande comment ils arrivent encore à rouler et … à passer le contrôle technique (oui, il y a un contrôle technique au Sénégal). Et je ne parle pas des vieux bus Mercedes, qui sont une bonne approximation de l’immortalité, finalement.

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Necessité

Tout ce parc roule au diesel avec des joints de culasse suspects, vu la densité de fumées émises, dans des embouteillages énormes, et dégage une puanteur qui attaque les bronches dès la première inspiration. En discutant avec mes interlocuteurs de travail, le taux de cancers est en progression massive dans le pays et y’a pas à aller chercher très loin pour réaliser que cette pollution massive est sans doute totalement délétère pour la santé.

En miroir, parce que se balader en Afrique renvoie évidemment à mon environnement en France et aux USA – on comprend mieux l’importance des mesures anti-pollution, l’absurdité à postériori d’avoir fait la promotion du diesel pendant des décennies … mais Paris ou Manhattan sentent définitivement moins mauvais que les grandes métropoles africaines, et c’est tant mieux pour leurs habitants.

Nécessité

Pour autant,  ils n’ont pas tellement le choix, parce que l’infrastructure actuelle ne permet pas d’avoir des voitures modernes, avec obsolescence programmée et boitier de contrôle indispensable pour la moindre opération de maintenance. Même si un superbe garage BMW en face de l’hôtel nargue tous les taxis jaunes et noir, et que j’ai failli me faire rouler dessus quelques grosses BM et autres Range Rover lors de mes déplacements pédestres dans la ville. Commentaire du chauffeur de taxi m’amenant à l’aéroport quand un X6 rutilant nous double sur l’autoroute, copie conforme surréaliste d’un autoroute française au milieu du désert, « Ha ça c’est un politicien ou un footballeur» … Je vous laisse juger en votre for intérieur lequel des deux est le plus légitime socialement pour faire fortune.

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Désir

Ce grand écart entre richesse/pauvreté est une tarte à la crème sur laquelle je ne vais pas m’étendre, mais il y a un autre qui m’intéresse plus:  celui entre tradition et modernité, coutumes locales et mondialisation.

Comme dans tous les pays en développement, l’urbanisation est chaotique, c’est sale, pas fini, il y a des ordures à chaque coin de rue. Je me plains souvent de l’aspect hyper- structuré et régimenté de la vie parisienne (parcmètres, …) mais je ne sais pas finalement s’il y a une alternative autre au terrain vague avec trois ou quatre personnes qui vont surveiller votre bagnole moyennant une petite pièce – activité également très commune au Brésil.  Avec le progrès et l’accroissement de la richesse locale, ils en arriveront à la même chose parce que … je ne sais pas ce qu’il peut y avoir comme autre chemin dans la recherche de plus de fluidité dans l’environnement urbain.

Touriste

Je me ballade dans la rue, rentrant du boulot. Je suis dans l’Afrique « carte postale » : gens assis ou debout dont on se demande ce qu’ils font, vigiles nonchalants devant les immeubles, mendiants avec enfants, vendeurs de tout et n’importe quoi (cartes de téléphone, oranges, objets divers, jusqu’au Monopoly), et tout le monde est prêt à entrer en transaction avec vous.

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Superposition quantique

La seule manière de s’en sortir est d’adopter la stratégie du serveur de restaurant, regarder à travers les gens et en cas d’abordage feindre l’absence totale d’intérêt ou l’incompréhension. Voire expliquer qu’on n’est pas français pour être tranquille (Dire qu’on est allemand, ça marche pas mal). Ça peut paraître un truc de gros con, mais lors de ma première sortie j’ai commis l’erreur d’accepter le contact, juste parce que je m’étais arrêté pour regarder la plage ; abordage immédiat, quelques palabres, cadeau offert parce que je suis vraiment sympathique qu’on ne peut pas payer, et ensuite avalanche de demandes. 10 minutes plus tard je me sauve en lâchant 10 euros et évidemment je retrouverai le même collier « offert » par d’autre vendeurs de rue … sans doute fait en Chine d’ailleurs.

Archétype

Cela dit il y a là une espèce d’aspect primal de la relation humaine. La recherche de la transaction, et un accès à travers l’empathie. Pour la personne qui rentre en relation avec moi, je suis avant tout un moyen d’assurer sa subsistance quotidienne. Avant d’essayer de me fourguer quelque chose, il faut briser la glace.

Il y a des tas d’étude de psychologie cognitive qui montrent qu’on accepte plus facilement une demande d’un tiers si on est déjà entré en relation avec lui (par exemple, demander l’heure avant de demander une clope est infiniment plus efficace que de taper tout de go). Je comprends, mais je n’ai pas nécessairement envie de ramener un Monopoly à la maison. Donc je marche avec les yeux dans le vague.

Superposition quantique

Je croise un Casino sur ma route, j’y rentre parce que j’ai oublié de prendre deux trois trucs indispensables et là … je suis en France. Même organisation, mêmes marques, mêmes produits… mêmes prix. C’est totalement surréaliste, jusqu’à la caisse où là, cependant, tout le monde paye avec son … portable. Orange Money. La non bancarisation massive en Afrique a créé un boulevard pour les opérateurs téléphoniques qui sont devenus des banques et tout le monde paye tout avec son portable.

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Révolution technologique

Le siège de l’éditeur pour lequel je travaille est dans un immeuble entouré de petits vendeurs, fruits, cartes de téléphone, mais aussi chaussures de femme et costumes accrochés au mur. Les boutiques éphémères, finalement, ce n’est pas une invention nouvelle.

On arrive dans les bureaux et on est là encore dans un autre monde. On parle cloud, technologie, business models. Avec un mélange de locaux avides de progresser et d’enfants prodigues qui reviennent au pays après des études et des années de travail en Europe ou aux US, pour être utiles à leur pays, retrouver leur famille et que leurs enfants connaissent leurs racines.

One world

Où on voit la fonction œcuménique de la technologie, finalement, et de l’ouverture des frontières pour les études. Oui, ils travaillent dans une société américaine, oui, ils sont sénégalais et ils essayent d’harmoniser tout ça et de faire avancer leur pays et leur culture. Ils se sont ouverts à d’autres cultures, par nécessité,  et ramènent ca au pays – ils savent qu’il y a d’autres cultures et ça va faire bouger la leur.

Personnellement je trouve ça génial mais j’ai un biais, sinon je ne ferais pas ce métier.

Cette force qui tire toutes les sociétés vers le haut est vertueuse, parce qu’elle fabrique du progrès social et du brassage culturel. En une période où on parle beaucoup de fermetures de frontières, je mesure la connerie absolue de cette démarche. L’humanité progresse par le mélange et la découverte d’autres cultures, pas par la construction de murs …

Infidèle

Pour autant, le Vendredi, dans un pays massivement musulman, la prière c’est incontournable, et se mettre sur son 31 c’est important aussi. Je vais donc avoir un festival de vêtements colorés vis à vis desquels je vais faire pâle figure, si j’ose dire.

Trinité

Il y a deux autres éléments sociaux qui m’ont interpellé lors de mon séjour.

Sport

Étant en pleine phase « obsédé du CrossFit », il a fallu que je trouve une « Box » pour aller m’entrainer et faire mon épreuve du week-end. J’ai trouvé la box avec Google et Facebook (oui quelquefois c’est vraiment utile les réseaux sociaux), suis rentré en contact avec le propriétaire et j’ai pu aller y faire du sport tous les jours.

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Retrouver son environnement sportif et un langage commun en arrivant à Dakar, c’est assez remarquable. Le responsable de la box est d’origine Libanaise et a travaillé en France pendant 10 ans. Là encore, migrations diverses, et synthèse franco/américaine importée à Dakar. Avoir un intérêt et un langage commun permet de briser la glace très vite. Faisant un WOD le lendemain je vais me retrouver au milieu de 20 personnes dont je suis à peu près sûr qu’ils pourraient devenir des amis après quelques moments de transpiration commune.

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Transpiration solitaire

Le lendemain je fais la promotion de la salle vis à vis de mes interlocuteurs professionnels, qui me suivront le soir même pour voir à quoi ça ressemble. Amusement de présenter à des locaux une salle de sport à 500 mètres de leur bureau.

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… et collective

Musique

Aimant le rock, et donc le blues, je reste fasciné que cette musique d’esclave malheureux importés d’Afrique aie conquis la variété mondiale, qui plus est partant d’un pays raciste, les USA. La pulsation primale vient de ce continent, aucun doute là-dessus en ce qui me concerne, même si les petits blancs ont mis de la rigidité binaire dans le chaloupement du shuffle ou des rythmes plus primitifs, qu’on retrouve aussi au Brésil avec la samba.

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Sans aller dans des clubs locaux j’écoute le soir les groupes qui jouent à l’hôtel ; c’est un peu aseptisé bien sûr et comme pour tous les musiciens d’hôtels il leur est bien difficile de glaner quelques applaudissements. Je vais entendre un mélange de variété internationale, jouée sur des instruments d’origine japonaise, et spécifiquement africaine ;  où je pourrai à la fois reconnaître des structures harmoniques archi-classiques posées sur des beats chaloupés et des vocaux totalement africains. Ce qui reste pour moi toujours un grand bonheur.

IMG_1346 J’avais un jour lu un article sur un projet qui consistait à faire faire de la musique ensemble entre des juifs et des palestiniens. Qui après s’être regardés en chiens de faïence au début s’étaient mis à l’ouvrage et avaient fini meilleurs amis du monde.

Conclusion

Une des idées que je tire de ce séjour c’est que certaines activités unissent les humains, favorisent la tolérance vis à vis des autres et les tirent vers le haut : la technologie, la musique et le sport (en tant que pratique personnelle, pas en tant que supporter) en font partie.

L’autre idée est que le progrès, qui va avec la techno, est inéluctable (inévitable). Les marchands de de rue disparaitront quand les supermarchés et Amazon investiront le territoire et tout le monde sera content (peut-être même eux …) parce que ça simplifiera la vie, et parce que tous les pays en voie de développement rêvent du mode de vie occidental ; leur appétence pour les marques iconiques (Adidas, Nike, Louis Vuitton, Apple, …) et la technologie mobile en sont des symboles évidents.

Même si tous les interlocuteurs avec qui j’ai discuté de la comparaison entre le mode de vie parisien et dakarois ont mis en exergue l’isolement et la complexité de la vie en grande ville et loin de la famille / tribu.

Donc … peut-être que je me plante complètement.

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et le général, il en penserait quoi de tout ça ?

 

Un grand merci à mes interlocuteurs de travail (que je ne peux pas nommer ici) et à Alex Dina, patron de Motherland Crossfit. Prepare for the unexpected 🙂 

 

 

 

 

 

 

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CrossFit Games : Première impression

Allez, rame !

« Plus qu’une minute … c’est la dernière séquence de rameur … arrête de regarder partout, y’a que le compteur de calories qui t’intéresse, concentre toi !  » … Matt, coach de la box et en l’occurrence juge de l’épreuve que je suis en train de terminer, dose tant qu’il peut encouragements et conseils, et je tire sur cette putain de chaine de rameur autant que je peux, ou disons, autant que je crois que je peux. Y’a pas, impossible d’atteindre les 1.300 calories / heure, je plafonne à 1.100-1.200, putain !

Le rameur, c’est technique ; même si c’est censé être un exercice d’endurance aérobie, la puissance musculaire joue un rôle déterminant. Bien plus que dans la course à pied … Encore des excuses que mon cerveau, sans doute alerté par l’effort inhabituel que je suis en train de fournir, fabrique à loisir. J’ai déjà fait du 1.400 cal/heure, pourtant … Il ne pourrait pas me foutre un peu la paix, mon cerveau, et me laisser essayer de battre mon propre record du monde personnel, non ?

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Le théâtre des opérations …

Excel, la carte et le territoire

Après ces 20 minutes d’enchainement de 8 situps / 10 clean & jerk / 14 calories rameur, je termine en nage mais en ayant enchainé assez peu de « reps » supplémentaires par rapport à ma première tentative, faite totalement à l’aveugle trois jours plus tôt. 359 au lieu de 354. Je suis déçu. J’avais pourtant bien fait mon tableau Excel le matin même avec plein de formules magiques pour savoir le nombre de reps à faire par minute …

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Excel, que ce soit pour le sport ou les business plans, c’est trompeur, parce que la réalité est là, tapie derrière. Et la réalité, les tableaux Excel, elle s’en tape. Mon beau projet de 400 reps en 20 minutes (40 reps de plus en 20 minutes, ça fait 2 reps par minute, fastoche) était aussi ancré dans le réel que les BP que je vois passer sur lesquels je travaille, avec des taux de croissance monstrueux sur des bases qui paraissent tout à fait rationnelles. Excel est notre meilleur ennemi 🙂

Toute cette histoire a commencé il y a quelques mois, avec l’annonce des ….

Open CrossFit 2018

Pression du groupe : « tu ne peux pas ne pas le faire » ; « tu vas voir, c’est marrant » «arrête de réfléchir et inscris toi » « ça va te faire progresser » … Je tiens à ma place dans cette nouvelle tribu, et après tout, une fois la distance prise par rapport à la performance, qui est de toute façon une illusion narcissique si on n’est pas un professionnel du sport en question, j’ai pas grand-chose à perdre à part les 20 dollars de l’inscription.  Alors allons-y. Quoi qu’il advienne, je vais apprendre des trucs. Sur moi, les autres, le monde. No excuses. No ego.

Testostérone et sueur

Un truc super agréable avec le CrossFit, peut-être spécifique à la box (et à la « team ») dans laquelle j’évolue, est que la dialectique entre « on se tire la bourre et je vais te montrer que j’en ai une plus longue que toi (déclinable à l’infini, le symbole sexuel pouvant être métaphorisé par n’importe quelle figure d’exercice …) » et la connivence forgée dans la sueur collective fonctionne très bien. Testostérone et transpiration font bon ménage. On peut se donner des conseils et se tirer la bourre ensuite. Pour moi, c’est facile, parce que vu mon âge (et ma forme) canonique je suis un peu hors concours et je ne vais pas m’aventurer à revendiquer une place de mâle alpha. Ce qui ne m’empêche pas d’être très fier de pouvoir deadlifter plus de poids que des petits jeunes: oui, m’sieu, 100 kilos ce matin, et 15 fois de suite en plus ! Tendresse et respect de me voir à leur âge, bien loin de cet univers à l’époque, entre guitares, jack Daniels, Marlboro et psychanalyse …. Ce qui compte, c’est d’être ensemble, faire un truc qui nous plait et nous aider mutuellement à progresser. Et se tirer la bourre.

Donc je m’inscris aux « Open ».

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C’est quand même un truc de dingue, une épreuve sportive qui se déroule en même temps sur toute la planète, à laquelle plus de 400.000 personnes participent, sachant que quelques centaines iront en finale : donc c’est juste pour le plaisir de la compétition pour tous les autres.

Be ready for the unexpected …

Le responsable de l’organisation, Dave Castro, le dit bien – c’est à la fois une épreuve massive et populaire, et une sélection digne des Jeux Olympiques. Les vainqueurs des Games ont le statut de héros surnaturels (Quoi ? 1346 reps ? ce type est une machine !), pratiquent le CrossFit comme un métier (8 entrainements et deux lectures de Bible par jour …) et ont des documentaires dévolus à leur gloire (si vous avez Netflix, il y a de quoi regarder). On ne va pas tellement s’intéresser à eux ici, même si les documentaires sont cool et on peut glaner quelques idées sur les techniques d’entrainement. On est toujours dans une logique de « quelle est la meilleure manière de stresser l’organisme pour le prendre plus fort et efficace », et vu les objectifs antagonistes du Crossfit, la stratégie idéale n’est pas encore gravée dans la pierre.  Pour un sport qui revendique « soyez prêts pour l’imprévisible », c’est un peu logique.

Poussez pas, y’en aura pour tout le monde !

Dans la catégorie « massif et populaire », pas d’échappatoire possible. Si on ne sait pas faire les mouvements techniques demandés dans la version Rx (clin d’œil à la prescription médicale en Latin), il y a une version « scaled » plus accessible, tout en faisant travailler les mêmes groupes musculaires. Dans le cas présent, les « Toes to Bar » sont remplacés par des « Situps ». C’est moins spectaculaire, ça fait nettement plus mal au cul, c’est sûr, mais si on ne sait pas faire les « T2B » on peut quand même jouer, et ça donné évidemment férocement envie d’apprendre à les faire.

Il y a des variations par tranche d’âge aussi. Étant dans la catégorie « senior », je dois soulever un haltère de 10 kilos, au lieu de 25. Moment de soulagement (10 kilos, c’est tout ?) immédiatement suivi de la prise de conscience désagréable de ma vieillitude. Il croit quoi, Dave Castro, que j’ai déjà de l’ostéoporose ou quoi ? En Rx c’est 17 kilos, ça reste honorable, mais je n’ai pas le droit de jouer parce que je sais pas faire les T2B, that’s life. Je ne suis pas le seul cela dit, on est plus d’un millier d’inscrits dans cette catégorie, 1212 pour être précis. Au final, ce qui compte c’est de se bouger le cul et de se mettre des challenges dans un contexte un peu structuré, et là le contrat est rempli. 10 kilos pour un clean & jerk, c’est quand même un poids de Mickey, je suis auto-vexé parce que c’est trop facile. Et effectivement, pendant l’épreuve, ça l’est.

Le CrossFit est donc une activité délibérément schizophrénique : une élite de gladiateurs qui font le show et la grande majorité des pratiquants qui veulent juste avoir un sport fun et efficace. Ce que revendique le fondateur, Glassmann, qui préconise son activité de 7 à 77 ans, et plus si affinités . Pas si différent de pleins d’autres sports, sauf que les open sont pour tout le monde, en même temps. Les marathons que j’ai couru, j’ai vu le cul des champions pendant 10 secondes, et encore ! Là on peut faire l’épreuve en même temps que d’autres, plus ou moins forts que soi. Et ça n’incite pas à regarder ses héros à la télé le cul dans le canapé en mode pizza/bière, comme le foot ou la formule 1, ce que je trouve personnellement super, ayant peu d’appétence pour le phénomène « supporter » ou « fan » (sauf pour la musique, mais c’est un autre sujet !)

Ô vieillesse ennemie …

J’ai lu il y a déjà bien longtemps que la probabilité de décès était inversement proportionnelle au % de masse musculaire. Corrélation ou causalité ?  L’entretien de la masse musculaire va de pair avec des habitudes de vie saines (sauf si vous vous bourrez de stéroïdes anabolisants …) , et à contrario quand vous faites une grosse chimio pourrie qui va dézinguer autant de cellules saines que de métastases, c’est quoi qui vous tue finalement ?

On sait quand même que le tissu musculaire sécrète tout un tas d’hormones, plutôt plus bénéfiques que celles sécrétées par les adipocytes (c’est pas un papier scientifique, c’est un article de blog, me demandez pas les références, croyez-moi sur parole J). Et aussi que les muscles ça tire sur les os, et donc ça évite qu’ils s’effritent, et surtout, surtout, que tout cela fait travailler le cerveau bien plus que de faire des mots croisés.

Mea culpa

L’intello cartésien englué dans la dialectique « c’est le cerveau ou les muscles, mais pas les deux, choisis ton camp camarade » a eu un peu de mal à arriver à cette conclusion, mais y’a que les cons qui ne changent pas d’avis … La vérité implacable c’est que notre cerveau de primate est bien plus sollicité pour coordonner un mouvement complexe que pour coller un pourcentage dans un tableau Excel. Bon, le mien en tout cas.

Vous pourrez me dire que comme ma première rencontre avec un tableur remonte à une époque où Excel n’existait pas (si, si, avant il y a eu Multiplan et Lotus 123) mes circuits synaptiques sont bien rodés, bien plus que pour lever une barre de 100 kilos.

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10 + 15 + 5 + 5 + 5 = 40 plus 1/2 barre de 20. et en prime 2,5.

J’admets l’argument. Je vous répondrai que, pour avoir une fenêtre directe sur le handicap moteur avec mon fils, tout ce qui vous paraît évident (genre marcher) ne l’est que parce que votre cerveau gère tout ce bordel biomécanique infiniment complexe avec une précision d’orfèvre à l’insu de votre plein gré.  Et vous laisse à croire que ça fonctionne tout seul et que la vraie valeur ajoutée du cerveau dans l’organisme c’est la capacité à réfléchir, avoir une représentation mentale de soi et des autres. C’est vrai aussi et c’est pour cela que nous sommes le super-prédateur absolu, mais sans cerveau, y’a pas de mouvement.

En prime, la force musculaire est finalement LA qualité fondamentale. De la même manière que si vous êtes entrainés aux efforts aérobies, votre FC pour un effort (vitesse) sera nettement moins élevée qu’un personne sédentaire, économisant donc votre cœur quand vous montez les escaliers 4 à 4 ou tapez un sprint pour attraper le bus, la force brute que vous développez rend tous les gestes du quotidien nettement moins difficiles pour votre organisme.  La bataille sans fin entre tenants de l’aérobie et de de la force  (cardio or weights ?) nécessitera un post à part entière parce que c’est une histoire aussi déjantée et intéressante que celle  du cholestérol qui bouche les artères … La réalité est que la force pure en réalité développe aussi les capacités aérobies. Ami marathonien lecteur du blog qui ne me croit pas, viens donc faire un backsquat avec 60 kilos sur le dos et mesure ta FC à la 5ème répétition, tu seras surpris !

Pause publicitaire

L’autre jour je faisais mes courses au supermarché du coin, et j’ai une double vision  entre un petit écriteau « plus de 8 kilos, on laisse dans le caddie » et le caissier scotché à sa chaise avec un IMC qui frôlait les 35.

8 kilos … Quelle blague.  Quelle tristesse plutôt. Même si je comprends que le caissier n’a pas forcément envie de soulever 10 tonnes par jour.

Compétition Œcuménique

J’ai donc fait mon 18.1 deux fois (oui, les noms des épreuves ressemblent à des versions de logiciel …). Et je suis allé voir mon classement, et je me suis dit « merde, je peux faire mieux » et « je voudrais faire la version Rx et donc je veux apprendre à faire tous ces mouvements que je n’arrive pas à faire encore ». Y’en a tellement …

En bon pro du marketing (« trouvez un marché sur lequel vous êtes le leader ») finalement réussi à trouver un sous-groupe dans lequel j’ai pas un classement si pourri dans la catégorie « 55-59 ans / Europe du sud / version Scaled). Je suis 3ème … sur 31 🙂

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Et actuellement en route vers Dakar j’irai faire mon 18.2 dans une box locale que j’ai déjà identifié, et comme je repars aux US fin Mars, sans doute le 18.5 à New-York.

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Danger du voyageur : confondre la corde à sauter avec le chargeur du mac …

On est de plein pied dans l’ère des plates-formes et de la désintermédiation ; on peut même faire son épreuve chez soi, se filmer et uploader la vidéo. C’est comme ça que j’ai pu voir un norvégien qui avait filmé son épreuve et que je me suis dit que j’allais lui niquer sa race en lui collant quelques reps dans la vue. Ce qui prouve que j’arrive à fabriquer encore un peu de testostérone 🙂

Ce matin, je me suis levé à 6 heures 15, j’ai fait mes 4 bornes en me-mover par -7° (ressenti -10, j’avais l’impression de faire une descente à ski) juste pour faire mon WOD avec mes petits camarades et nous étions tous hystériques à discuter des performances de untel et untel. Oui j’ai eu froid, et alors ?

Si vous me suivez un peu, vous savez que mon enthousiasme a une fâcheuse tendance à virer au prosélytisme parfois, mais je me soigne.  Le but de ce post n’est pas de faire un panégyrique du CrossFit et des crossfiteurs, qui sont des humains comme les autres et donc avec leur proportion de cons, de tricheurs, de mecs qui se la pètent, etc. comme dans tout groupe humain. On a toujours tendance à idéaliser le groupe auquel on décide qu’on appartient et à le penser meilleur que les autres, ça fait partie de notre fonctionnement cognitif. J’ai déjà donné :-).

Inconfort et limites psychologiques

Si panégyrique il y a, c’est plutôt de l’effort et de la mise volontaire dans des situations d’inconfort physique et mental, avec le dosage que vous voulez, en fonction de votre propre chimie interne.

Je ne sais pas pourquoi je n’ai fait que 5 reps de plus entre mes deux passages, alors que j’avais une stratégie, un tableau Excel 🙂 et que le geste que j’ai fait pour mes clean & jerk était plus simple et efficace que Vendredi. Nous sommes toujours dans des arbitrages inconscients sur ce type de truc. Tant qu’on est pas à FC max on peut toujours faire un effort supplémentaire, même si on ne peut pas tenir pendant 20 minutes. Zatopek courait en apnée jusqu’à ce qu’il tombe dans les pommes (post sur le sujet ici). Steve Prefontaine, grand coureur américain des 70s et pote de Phil Knight et un des premiers ambassadeurs de Nike (tiens, un autre post sur le sujet ici) disait que certes il était bon mais surtout il avait une tolérance à la douleur supérieure aux autres.

Dans mon cas il y a du boulot, entre l’apprentissage de nouveaux gestes techniques, la force pure, et la confrontation à la peur et l’effort (encore plus) intense. Mais au final c’est ça qui est intéressant, avoir des axes de progrès multiples. Et oser aller chercher ses limites. La prochaine fois je vomis, c’est promis 🙂 .

Miroir, miroir …

Suis-je en cela un reflet de l’époque narcissique et compétitive dans laquelle nous vivons, comme je viens de le lire dans un magazine ? Ais-je plus peur de la dégénérescence physique que la moyenne ? Franchement, je ne crois pas. Je n’ai rencontré personne dans mon entourage se déclarant satisfait d’avoir un cancer du poumon ou de ne plus pouvoir monter un escalier sans être essoufflé. Donc tout cela a vocation à vivre mieux, plus longtemps, avec le matériel génétique dont on dispose, qu’on ne peut pas changer mais dont on peut influencer l’expression.

Pour l’instant on n’a qu’un corps. Altered Carbon, la nouvelle série de Netflix, met en scène un monde où on peut en changer à loisir, et on y arrivera sans doute un jour et/où à vivre dans une réalité complètement virtuelle, à la Matrix. Mais on a un peu de temps …

Donc en attendant, aller transpirer de concert en contractant nos muscles et en surprenant notre cerveau, ce n’est pas une stratégie totalement idiote.

Et je me demande bien ce qu’il va y avoir dans le 18.2 … je vous tiens au courant 🙂

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Merci aux membres de la #team7H, et Manue, Matt, Raph, Yann, Fx, et les autres, avec lesquels les conversations post WOD ont beaucoup alimenté ce post. Et félicitations à Maria que j’ai vu passer ses premières T2B en faisant le 18.1 !

 

 

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Ce qui nous tue aujourd’hui …

J’ai plutôt l’habitude de citer Niesche (ce qui ne te tue pas …) mais qu’on soit fort ou pas ou finit toujours par mourir.

Intéressant de voir les causes, de manière globale mais aussi pays par pays si vous voulez  sur ce super article  du blog « our world in data ».

Sans surprise, les trucs qui nous obsèdent (homicides, terrorisme, …) sont bien bas sur la liste des causes. Il y a plus de suicides dans le monde que d’homicides ou d’accidents de la route (en France, 12.000 suicides, 4.000 accidents, et pour avoir une idée des ordres de grandeur, plus de 400.000 morts entre cancer, diabète, démence et maladies cardio-vasculaires).

Si on considère que la plupart des maladies cardio-vasculaires sont des maladies de civilisation et une bonne partie des cancers aussi, (au moins 20% sont des cancers des voies respiratoires donc directement imputables au tabagisme)  … on ferait mieux de dépenser du pognon en prévention et en explications sur l’hygiène de vie plutôt qu’en portiques de détection de bombes dans les aéroports. Je sais, ça coute pas le même prix et ça rapporte pas autant non plus.

Quand à la démence, qui en France est la troisième cause de mortalité (plus de 60.000 personnes par an) … ca serait intéressant de savoir ce qui est du à la prise massive de médocs et/ou une alimentation inadaptée (je me permets de rappeler que l’alimentation cétogène a des effets remarquables sur ce type de pathologies, tout comme le jeûne).

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Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, mais le confort et l’abondance que nous chérissons tant et qui nous met dans une homéostasie béate nous tuent silencieusement et efficacement.

On dirait que ça ne choque personne. Quand on essaye de secouer ce status quo (mangez moins de glucides les gars, levez de la fonte, whatever) on rencontre  peu de résonance, beaucoup de mépris, surtout de la part du corps médical (Cholestérol, diabète ? Ne changez rien, prenez des statines. Mal au dos ? Reposez vous, allez surtout pas lever des barres).

C’est râlant qu’on arrive à un tel niveau de civilisation et qu’on soit toujours piégés par nos instincts de chasseurs-cueilleurs et des mécanismes de refus de la dissonance cognitive.

Moi je m’en fous, je viens de front squatter 55 kilos en 5 x 4 reps et je suis super content. Et je sais que ça ne me rend pas immortel pour autant, même en faisant la méthode de muscu de supers héros Marvel !

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L’haltérophilie : une médecine de poids !

Je tombe sur cet article superbe de 2011 que je n’ai pas le temps de traduire, mais pour les lecteurs anglophones qui ont passé le demi-siècle, il vaut le temps de sa lecture. Et pour mes potes qui se demandent pourquoi j’ai troqué les runnings pour le cross-fit, pareil 🙂

« Instead of slowly dwindling into an atrophic puddle of sick fat, our death can be like a failed last rep at the end of a final set of heavy squats. We can remain strong and vital well into our last years, before succumbing rapidly to whatever kills us. Strong to the end. »

Je traduits quand même : « Au lieu de nous recroqueviller lentement dans une flaque de graisse maladive, nous pouvons mourir comme nous échouerions à la dernière répétition d’une série de squats bien lourds. Rester forts et pleins de vitalité dans les dernières années de notre vie, avant de succomber rapidement à ce qui nous tuera. Forts jusqu’à la fin. »

Pas mal comme programme non ?

https://startingstrength.com/article/barbell_training_is_big_medicine

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La formation continue des diététiciens aux US …

Payée par MacDonalds, Coca-Cola, etc.

Pas si étonnant, mais retirer une licence de nutritionniste parce qu’elle « ne suit pas les règles » alors qu’elle obtient des résultats, well, ça pose question. Ou pas, d’ailleurs: ca confirme le biais.
via Why Giving up My Dietitian’s License Was the Healthy Choice

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Saturée ou pas (le gras, pas la guitare)

Trouvé vite fait dans mon mail ce matin, un article du NYT sur les graisses saturées :

Qui dit que bon, c’est quand même pas si bon, bla bla bla, il faut mieux des graisses non saturées et réduire le fromage et les laitages. J’ai pas trop la patience de lire les études (j’ai un business plan sur le feu) … alors je regarde les commentaires vite fait.

Il y en a un qui est éclairant : (Ms Brody est l’auteur de l’article; et Dr Sack a fait la méta analyse en référence de l’article)

Ms. Brody, like some president, when you are wrong, you simply refuse to admit it, but rather, just double down, huh?
From the jacket of your old book, Jane Brody’s Good Food Book: Living the High-Carbohydrate Way:
“For countless readers, the best-selling Jane Brody’s Nutrition Book became their “Bible,”…in which Jane Brody demonstrated that our diet should lean more heavily on complex carbohydrates—starchy foods such as potatoes, rice, pasta, beans, and bread—than it now does.”

So how well did that potato-pasta-&-bread thing work out for America’s obesity and diabetes rates?
How much responsibility do you and Harvard’s elderly men have for those rates?

You write: “Dr. Sack’s team summarized the results of four “core” trials conducted in the 60s…”
Yes, Dr. Sacks, well over 70 years old, ignored literally hundreds of studies over the last 50 years in this latest diatribe to go back to the incorrect studies of the 1960s. The 60s.

News flash: In the 50 years since, science has advanced!
Turns out fats are actually generally good for you, not bad for you. And saturated fats are basically neutral. This is what hundreds of better, more modern studies say.
See, e.g., https://www.youtube.com/watch?v=j2DaqrKq6e0. If you want to read the literature itself, try: PMID 27547428, 26268692, 24723079, 20071648, 16467234 & 22208554.

Ms. Brody, you too are well over 70. Move passed the 1960s.

Toujours amusant de voir à qui profite le crime et de la difficulté de changer de position. Ce qui vaut pour moi aussi j’en conviens !

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