Cross (neo) phyte

Pour tous mes potes (et les autres) qui me regardent bizarrement quand je leur dis que je « me suis mis » au CrossFit et que je ne cours pratiquement plus. Une petite explication, en espérant qu’elle soit inspirante pour votre propre pratique sportive.

Sandy et Grego

Mes premiers contacts avec le CrossFit remontent à un paquet d’années, 2012 pour être précis. C’est Grego (https://firstquartilerunners.wordpress.com) qui m’avait trainé dans la box Reebok sur la 5ème avenue et j’avais découvert avec surprise ce monde de kettlebells, barres d’haltères et autres agrès. C’était l’année de Sandy, marathon annulé, et nous avions déambulé (et couru) dans Manhattan pendant une semaine. A l’époque, Grego commençait sa journée par quelques KB swings, un paquet de pompes et une douche froide et je le regardais faire en me demandant qui était le plus barré de nous deux.

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Back in the day …

Et puis il m’a offert « Power Speed Endurance » de Bryan Mc Kenzie, crossfit appliqué au triathlon. J’ai regardé le bouquin avec intérêt : Bryan parlait de la méthode « Pose » pour courir, zero drop et sentir la chute vers l’avant et ça me parlait bien. Par contre, Box Jump, Squats et autres, aucun intérêt et je suis retourné faire mes tours de piste en essayant juste d’aller plus vite sans me blesser (note : j’ai pas réussi). J’ai quand même acheté quelques kettlebells et un bouquin sur le sujet et je me suis mis à faire quelques swings et autre cleans dans mon jardin, et puis, la course a repris le dessus.

Movnat

J’ai aussi regardé MovNat dont j’ai été fan pendant quelques mois (ceci dit je pense toujours que c’est une excellente méthode de culture physique). J’ai écrit quelques posts sur le sujet après mon stage d’initiation, et là encore, le soufflé est retombé.

Mais une idée d’Erwann Le Corre est restée gravée dans ma mémoire : bouger, c’est vital, et quand on est expert dans un seul compartiment (mettre un pied devant l’autre le plus vite possible et le plus longtemps possible), ça limite les possibilités et ça atrophie beaucoup de choses. Quid de grimper, de soulever, de sauter ?

Il n’est pas interdit de réfléchir …

Plusieurs autres concepts ont évolué en parallèle dans mon univers personnel …

Le cerveau sert à bouger avant tout, la pensée consciente est un plus évolutionnaire mais absolument pas sa fonction première. La dichotomie cerveau/corps, fruit de l’hypertrophie de notre cortex préfrontal est une vaste connerie (Oui, Descartes, c’est à toi que je pense). Les expériences sensorielles et la confrontation à des mouvements inconnus et nouveaux sont au moins aussi importantes que la lecture ou la réflexion pour l’entretien du paquet de gras, de flotte et de protéine qui nage entre mes deux oreilles. Pour le pur intello que j’ai été longtemps cette découverte est une sacrée épiphanie mais comme dit l’autre y’a que les cons qui ne changent pas d’avis !

Je vieillis, comme tout le monde autour de moi. La sarcopénie me guette ! Bon, elle finira par gagner, mais pas sans quelques batailles. Mes autres lectures  « évolutionnaires » montrent bien que l’organisme est en arbitrage permanent pour allouer les ressources là où cela parait nécessaire compte tenu des stimuli qui sont appliqués.

Qui vois-je comme modèles de personnes qui vieillissent bien (ie avec un cerveau et un corps qui fonctionne toujours correctement) ? Certes quelques coureurs, mais aussi des gens comme Art de Vany, dont j’avais dévoré le « new evolution diet » lors de sa parution et qui, à 80 balais bien sonnés, affiche toujours une patate de dingue et un cerveau super affuté. Et il fait quoi comme activité ? il lève de la fonte, et a toujours été très critique de l’endurance et de ses effets à long terme.

Ajoutons à cela deux ou trois études qui établissent une corrélation directe entre le pourcentage de masse musculaire et la probabilité de décès à court terme et ça peut motiver un peu pour, à défaut de prendre de la masse musculaire, essayer d’éviter de la perdre trop vite …

La perspective de continuer à chasser une poignée de secondes sur des courses ne m’excite plus tellement. Ca serait cool de me tester sur un ironman, mais je n’ai pas le temps de m’entrainer 15 heures par semaine et je nage comme une enclume. Il y a l’ultra bien sur mais là encore l’entrainement consiste à enchainer des séances à faible allure et à faire encore et toujours du volume … ce qui m’excite encore moins, même si c’est sans doute intéressant de faire des longues courses.

Bienvenue au Trapèze

Tout ça combiné m’a amené à pousser la porte du trapèze il y a quelques mois. Faut dire que le fait d’avoir une box à 10 minutes de vélo de la maison est super pratique.

Les premiers contacts sont à la fois rudes et chaleureux.

Rudes parce que … à part courir, je ne sais rien faire de mon corps ! Bon j’exagère, quelques pompes, une demie traction, à peine sauter à la corde.

Il faut aussi rentrer dans je jargon infernal et toutes ses abréviations : DU, OHS, AMRAP, RFT, DL … et après … faire les exercices.

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Qui a dit « jargon » ??? (box à Iowa City) 

La mobilisation de mes ressources (bien limitées) de proprioception est une nécessité vitale. La première barre posée sur les épaules fait mal et pèse 20 kilos, même à vide. Sur les premiers squats j’ai les quadris en feu, littéralement, et pourtant c’est pas la partie de mon corps qui est la plus faible, merde, ça fait 20 ans que je cours.

Du coup il y a cette énorme remise à zéro des compteurs : je ne sais rien faire.

La bonne nouvelle, c’est que je m’en fous et que je suis là pour apprendre, et qu’il y a toujours une version « mode dégradé » des exercices, donc matière à transpirer et à progresser quelque soit le niveau. Tu sais pas faire des tractions ? pas de souci, voilà un élastique (ou une box) pour commencer. Pas d’OHS (pompes avec le corps à la verticale) ? no problemo, tu vas faire une variante.

Et puis … on est en groupe, avec un coach. Une fois avalé la pilule du non ego et compris que de toute façon chacun travaille à sa propre progression, quel que soit son niveau, il y a matière à challenge tous les jours, et la présence du coach, qui peut rectifier telle ou telle position (et te gueuler dessus à la fin quand t’en peux plus) est précieuse. C’est pour la bonne cause, donc on va mettre ça aussi dans la catégorie « chaleureux » 🙂 et non, je ne vise personne 🙂

Everyday is a surprise

Chaque séance est différente, même si le format échauffement / compétence / force / endurance est toujours généralement respecté. Et peut poser un challenge à chaque fois : soit pour exécuter des mouvements inconnus, soit pour décider à quel point charger les barres, soit la pure endurance (le coureur n’imagine pas comme le cardio peut monter dans les tours quand on lève des charges lourdes, mais je vous assure qu’on arrive au SV2 en moins de temps qu’il n’en faut pour faire 5 backsquats). Une fois apprivoisée la peur de la blessure (qui ne garantit pas, hélas, qu’elle n’arrivera pas, mais pour l’instant je m’en sors mieux qu’en courant) c’est plutôt la peur de l’échec qui rode et qu’il faut maitriser ; dialogue intérieur toujours complexe pour se sortir de sa zone de confort, mais pas trop.

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Qui a dit « zone de confort » ?

Un des points qui m’étonne le plus et qui a dézingué quelques un de mes préjugés sur l’imbécillité de la musculation c’est la complexité des mouvements et l’intelligence corporelle (et la connaissance de l’anatomie) nécessaires pour une bonne exécution.

Lever une barre, c’est compliqué, très technique, et très intense. Qu’on travaille en force pure ou en endurance.

Bizarre comme la barre pèse de plus en plus lourd à chaque round. Il faut aller chercher l’énergie je ne sais pas où … Comme je crois vraie la théorie du « gouverneur central » (le cerveau alloue plus ou moins d’énergie à l’effort en fonction de l’arbitrage nécessité de l’effort / risque pour l’organisme) cette confrontation est permanente. Allez, encore un.

C’est un peu comme un fin de marathon ou de séance de fractionné finalement, où il faut juste regarder la fenêtre de temps immédiate – je finis cette série, après on verra. Sauf qu’il faut garder une « forme » propre, ce qui n’est pas le cas en course.

Skills

Comme on travaille sur plein de dimensions simultanément (force, puissance, agilité, endurance) les challenges et la combinatoire sont infinis. Et l’organisme va faire ses propres arbitrages, personne n’est excellent partout. Moi par exemple, je suis nettement plus souple que la plupart de mes petits camarades :-). Et du coup, on apprend plein de choses. La mécanique du mouvement est disséquée dans tous les sens.

Tribu

La tribu des crossfitters est assez différente de celles des runners (sans blague ?) …  Même si je ne suis pas le seul a avoir ma collec de t-shirts marathon.

Evidemment, la dimension athlétique du sport par rapport à l’optimisation de la masse musculaire du marathonien (tout dans les cuissots, le moins possible ailleurs) donne des morphologies assez antinomiques, je ne m’étendrai pas là-dessus, on va croire que je ne fais ça que pour voir des éphèbes en nage :-).

La densité de tatouages est également nettement plus élevée 🙂 mais j’attendrais de d’être capable de faire quelques WODs à Rx avant de commencer à me pencher sur le sujet sérieusement sur mon cas personnel :-).

Non, le plus étonnant et intéressant est la passion pour le sujet et cette camaraderie forgée dans l’effort commun (surtout à 7 heures du matin …) . Ca donne un peu l’impression que tout le monde est en apprentissage permanent et en recherche d’optimisation. Ce qui est plutôt cool.

Un cocktail intéressant d’individualisme et de collectif… que je défriche à peine. Mais ayant pratiqué à Boulogne et à … Iowa City …  j’ai retrouvé la même passion des coachs et diversité des participants. Et le « well done » à la fin du WOD, qui est toujours un grand moment rituel 🙂 .

Un peu l’équivalent de la prière avant le repas, d’une certaine manière.  Juste apprécier et acter le moment présent.

Crossfit en liberté

Et puis s’il n’y a pas la box, on peut juste se faire son WOD tout seul en combinant quelques mouvements simples. A partir du moment où on combine intensité, explosivité et on va finir dans le rouge, on est bon.

Pumpkin Battle

Je suis passé ce matin à la box qui organisait une compétition amicale avec une autre box en région parisienne. En spectateur …

J’ai pris quelques photos. C’était juste une épreuve (les équipes s’affrontent sur plusieurs). 100 sauts à la corde double (à partager entre les deux membres de ‘l’équipe), 10 « wall climb » (5 chacun, il faut faire les pieds au mur et toucher le mur avec le ventre, et pendant ce temps le partenaire tient un disque de 20 kilos) et le plus possible de lever de barre à 60 kilos si j’ai bien compté. Et ceci en 3 minutes, avec une minute de récupération entre chaque et le dernier à 4 minutes. Le gagnant est celui qui a totalisé le plus de levé de barre.

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Ze battle …

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Echauffement …

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Master of Ceremony … No Bull !

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Double under

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Wall Climb

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1, 2, 3, … 50, 51, …

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Explosivité, endurance …

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Ca passe …

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On va chercher la dernière rep …

Alors, ça vous tente ?
Ou après avoir lu le post et les photos vous trouvez vraiment ça trop barré ?

J’en ferai d’autres 🙂

 

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Guitare magique

L’appel de l’objet …

Dans la nasse matérialiste dans laquelle nous vivons, avec des tentations permanentes, on est obligé de se blinder pour résister aux sollicitations qui nous bombardent. Mais des fois, on craque, et on a tous nos sujets de prédilection, ou de vulnérabilité, selon l’angle sous lequel on voit les choses. Moi j’ai quelques failles assez béantes de ce point de vue, et notamment … les guitares.

C’est une pathologie classique chez les musiciens, source d’engueulades ou de mensonges de couple  fréquents chez les addicts que nous sommes. Avec le temps j’ai appris à plus trop culpabiliser sur le sujet, notamment par la fréquentation d’amis nettement plus barrés que moi sur ce sujet.

Normal ou anormal ?

C’est un des drames de Facebook, on peut vite se lier avec des gens ayant les mêmes passions que vous mais les vivant de manière plus intense, ce qui fait se sentir tout à fait normal. Il y a quelques années, quand on me demandait combien de guitares j’avais, je me justifiais toujours, et puis j’ai rencontré des mecs qui avaient des collections de dingue, allant jusqu’à avoir 5 ou 6 exemplaires du même modèle (et je ne parle pas de Slash ou de Clapton, dont c’est le métier, mais d’amateurs passionnés comme moi).

Bon et puis j’ai des potes qui peuvent dépenser 3.000 euros pour acheter des roues de vélo pour gagner quelques dixièmes de secondes sur un triathlon, qui ne leur servent à rien, alors acheter une belle guitare qui ne vous fera pas jouer mieux ni gagner votre vie avec, c’est pareil.

Reverb

J’ai découvert le site Reverb en début d’année, une espèce de Ebay spécialisé dans les instruments de musique. On trouve de tout, de la pelle chinoise à  100 euros au modèle de pré-prod de la PRS Santana offerte pour la modique somme de 100.000 USD, et quelques Les Paul rarissimes qui frôlent le demi-million. De quoi passer des heures à rêvasser, on peut se faire des wish-lists et être informé quand le prix d’un instrument convoité baisse … et faire une offre, que le vendeur acceptera ou pas.

PRS

Je suis tombé dans la marmite PRS il y quelques années, en voyant une guitare incroyablement belle dans un magazine anglais. C’était une « Private Stock », guitare faite en demi-mesure, avec les bois choisis par le client dans la réserve personnelle de Monsieur Paul (PRS ce sont ses initiales, Paul Reed Smith). J’ai appelé le magasin, ils ne l’avaient plus puisque c’était une commande spéciale, mais ils m’ont proposé d’en faire une dans le même esprit, j’ai accepté et j’adore cette guitare. Qui n’est pas typique de PRS (c’est une 513, pour les spécialistes) mais dont j’apprécie le côté hybride et évidemment totalement unique.

509

Il y a quelques années PRS sort un nouveau modèle sur la même philosophie, la 509 (5 micros, 9 sons. 513 c’était 5 micros, 13 sons. J’aime avoir le choix). J’écoute quelques clips sur YouTube, ça me plait bien. Je me fais une wish-list sur Reverb … Les prix sont très variables en fonction de la finition, entre 2.500 et 11.000 USD. Il y a aussi le modèle spécial de John Mayer, qui n’est pas spécialement jolie mais qui sonne du feu de dieu;  elle est aussi à 11.000 USD et c’est pas dans mon budget. Enfin, c’est surtout que je sais que ça dépasse les capacités de tolérance de mon épouse, et que c’est dur à cacher. Ceci dit elles ont toutes été vendues en 3 minutes et maintenant il y en a une sur Reverb à 14.000 USD.

Porn

Bref, je mate régulièrement les 509 sur Reverb. Chacun ses obsessions, chacun sa pornographie! Et paf, il y en a une sublime, un orange rouge … une guitare en feu. Bon, trop cher. Faut dire que j’ai déjà acheté deux PRS en début d’année. Mais bon dieu qu’elle est belle comme dirait mon ami Nikola Sirkis.

Et un jour … elle n’est plus là. Ah crotte. J’ai l’impression d’être l’adolescent qui a repoussé au lendemain pendant toute l’année scolaire la déclaration de sa flamme à la jolie demoiselle de la classe d’a coté, et qui, une fois résolu à la rentrée, se rend compte qu’elle a déménagé et qu’il ne la reverra jamais.

Bon, je suis un grand garçon, je fais mon deuil et la vie continue ; je regarde de temps en temps pour voir si elle réapparait et puis rien. Et comme je suis un peu con parfois, je ne pense même pas à regarder si le même modèle est dispo dans d’autres sites en ligne (alors qu’en fait c’est un modèle de série …). Non, tant pis.

Alerte!

Et puis un soir (ou un matin), une alerte dans mon mail : « la PRS 509 Blood Orange 10 Top est de nouveau en vente «  . Argh ! Je suis précisément à ce moment là dans un aéroport, à Montréal en route pour New-York et avec très peu d’heures de sommeil. Je regarde, fébrile « bon dieu qu’elle est belle » … et je me rends compte qu’on peut faire une enchère inversée. Tiens donc. En train de bidouiller avec l’interface pour voir quels ont été les prix refusés (ce que le logiciel vous indique gentiment), je tape un prix très bas, et appuie sur entrée par mégarde. Ha ha ! le psy qui sommeille en toi, ami lecteur, ricane dans sa barbe et dit « acte manqué, mon jeune ami ! ton inconscient t’a trahi ! » Oui, bon, ça va. Sur le coup je me dis « ah merde » et après « de toute façon le prix est trop bas, le vendeur va m’envoyer chier », et je vais prendre mon avion.

En arrivant à New York j’ai un message du vendeur qui me dit gentiment que je me fous un peu de sa gueule, mais que bon, on peut discuter. Et il a un magasin de musique à 50 bornes au nord de Manhattan … hum, hum, je pourrais aller y faire un tour juste pour voir, j’ai rien à faire de la journée ?

On échange deux trois messages, il me file son numéro de portable, je fais une autre offre en disant qu’il n’aura pas de frais de livraison parce que je peux passer chercher la guitare l’après-midi même.

Il me dit d’accord, il faut prendre tel train et je peux venir te chercher à la gare.

Alea Jacta Est

Je la voulais, je vais l’avoir. Je risque quelques soucis domestiques mais c’est bientôt mon anniversaire, ce qui est un excellent prétexte à dépenses inutiles mais sympathiques.

Me voilà somnolant dans un train de banlieue qui m’amène à Ossining, petite bourgade fleurie sur les bords de l’Hudson.

Univers parallèles

Mon vendeur vient me chercher et m’amène dans son magasin, on papote comme deux vieilles commères – Il a une école de musique, un magasin, sa femme est chanteuse et ils ont un groupe ensemble ; l’idée me traverse l’esprit que j’aurais pu avoir cette vie, complètement centrée autour de la musique, et sans mourir de faim (ce qui est le problème de la plupart des musiciens) et sans avoir un talent d’envergure planétaire (ce qui est définitivement mon cas) mais avec une passion inextinguible tant pour le sujet musical que pour l’objet guitaristique. Une belle guitare, ça me parle toujours.

J’essaye la bestiole, on échange paiements et factures via gmail et paypal (vive la techno) et je repars dare dare dans mon hotel en plein Manhattan avec le nouvel objet de mon désir. Au passage il me file sa méthode de guitare que je potasse dans le train et qui m’encourage à réviser mes pentatoniques en regardant CNN.

Good vibrations

Je n’aurai pas écrit ce post si par la suite cette guitare ne m’avait pas inondé de vibrations positives de manière totalement incongrue.

Faire 15 minutes de gammes tous les soirs en étant à l’hôtel m’a donné envie de retravailler un peu mon instrument, chose que je n’ai jamais fait par flemme, outrecuidance et orgueil (pas forcément dans cet ordre). Ne serait-ce que pour ça, c’est déjà un beau cadeau. Pourquoi celle-là et pas une autre, mystère, et sans doute à cause du lien furtif et intense avec le vendeur. Et puis, plus on vieillit, plus on se rend compte que c’est le chemin qui compte et pas l’objectif Comme en course, comme en cross-fit, comme au travail. Oui, James Clear est passé par là aussi.

On the road again

Le jour du départ, j’ai prévu ma stratégie – je garderai la guitare avec moi en cabine dans un étui souple et je mettrai le flight-case en soute, vide.

Je prends un taxi bringueballant, comme Manhattan en a le secret, avec  un chauffeur qui freine et accélère en cadence régulière. Nous n’échangeons pas un mot pendant le trajet, mais en arrivant et en déposant mes bagages je vois bien qu’il est intrigué. « man is it a guitar in this case » « yep, wanna see it ? » « sure » et j’ouvre la valise sur le trottoir de l’aérogare « man this thing is awesome and it’s the same color as your jacket » (oui, j’ai aussi un blouson en cuir orange) « it’s really cool » et sur ces entrefaites, nous savourons ces quelques secondes de connivence et je vais prendre mon avion.

Diminished scales

A la sécurité comme je suis un mec chanceux, mon vieux mac est tiré à la loterie pour être testé, alors je fais le pied de grue en attendant que le mec qui fait les tests s’en occupe.

Il a l’air un peu space, voire carrément à la rue. Il chope mon ordi, lui insère des cotons-tiges dans tous les orifices possibles, et après me regarde fixement. « is it a guitar you have in that bag ? »

Je me demande si il va vouloir la démonter pour s’assurer que je ne transporte pas de la cocaine dedans, je ne sais pas sur quel pied danser. « yes, yes, it’s a guitar, you wanna check it too? » – « what type of guitar? what music do you play » -« well, blues, rock, this kind of stuff »

Et là il s’approche de moi, plante son regard dans le mien et j’ai peur. « man, you have to play DIMINISHED SCALES » … « DIMINISHED SCALES is like salt and pepper to music, man. A little goes a long way, makes music more spicy, have fun with your guitar ».

On aurait pu s’assoir et faire un boeuf et parler de pentas aussi … C’était juste surréaliste, mais très cool. Une seconde de vraie interaction humaine dans un océan de machines, de bureaucratie et d’angoisse terroriste.

Je savoure cet autre moment surréaliste et passe les heures suivantes à faire mes notes de fraise en écoutant de la country.

Love is in the air

Au moment d’embarquer, quand je monte dans l’avion je n’ai même pas le temps de dire “cette chose est précieuse” que le chef de cabine se rue sur moi – « ha vous avez une guitare, donnez-la moi, c’est fragile ces petites bêtes, je vais la ranger et en prendre soin, ne vous inquiétez pas ». « ah vous jouez ? » « bah un peu … »

Cool; je papote un peu avec une hôtesse qui me demande où j’ai acheté mes inov-8 avec leurs lacets orange, retourne dans mes tableaux Excel et quelques heures plus tard, le chef de cabine vient me voir “tout va bien” “oui, oui, ça va” “vous aimez le champagne “ “bah ça ne se refuse pas” … il disparait et revient quelques minutes plus tard avec une vraie coupe en verre “bon celui-là, il vient de la première, c’est un millésimé blanc de blancs, vous m’en direz des nouvelles”. Je me pince, descend le verre, et m’enfile quelques coupettes en me disant que parfois, le service Air France est vraiment au-dessus de la moyenne. Tout comme le champagne d’ailleurs. J’ai juste un peu peur d’être tellement dans le cirage en arrivant que je vais oublier que j’ai une guitare à récupérer.

Champagne!

Mais non. D’une part je suis encore lucide, et d’autre part le chef de cabine me repère de loin, et quand je passe, me souffle « vous avez vraiment une très belle guitare, elle mérite une petite bouteille de champagne » – et il me refile une bouteille du millésimé de première classe avec un grand sourire.

Je suis un peu abasourdi – c’est la première fois qu’on m’offre une bouteille et je me dis que cette gratte doit vraiment avoir des bonnes vibrations. Normal pour un instrument me direz-vous.

Back in the saddle

Le soir même je répète avec mes amis habituels. Malgré l’absence de sommeil nous avons une énergie de dingues et ma PRS sonne du feu de dieu. L’alchimie du son en répète est complexe et ça peut être génial ou totalement pourri. Là on est tous satellisés.

It’s all about sharing …

Je ne sais pas pourquoi j’ai envie de partager cette histoire. Peut-être pour dire que certains objets créent du lien, que la musique est un truc universel dont je ne me lasse pas, et que j’avais envie de laisser une trace de cette jolie histoire.

En attendant la prochaine guitare 🙂

 

 

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Journal d’un nageur de l’ère post-Trump

Je ne pensais pas écrire de post sur le sujet et puis … un commentaire FB est devenu une diatribe et je vous la livre donc ici. Les aéroports ont une fonction inspirante pour moi visiblement. Une bulle cognitive hors du quotidien qui me permet d’allumer quelques neurones de plus que d’habitude 🙂 . En plus je viens d’avoir une idée pour un autre post qui va être assez lourd … mais j’ai 50 heures de boulot prévues dans mes 10 heures de vol donc ça va attendre un peu 🙂

Alors c’est quoi le voyage cette fois ?

Paris Nairobi via … Amsterdam. Départ 10:15, arrivée 21:45. Ouch. Bin oui y’a pas de vol direct le Mardi.

J’en profite pour dire que j’étais perdu au terminal 2F parce qu’il n’y a pas de contrôle de passeports (it’s Europe, stupid !) et que ça va vaaaaaachement plus vite. Moins de contrôles, plus de fluidité … hum, c’est bon de se le rappeler par les temps qui courent, non ?

Par contre le Salon Air France est nettement moins bien qu’au 2E. Oui je deviens snob. Quand j’avais la chance de pouvoir y rentrer avec ma femme c’était super top et maintenant je fronce les sourcils et me pince le nez parce qu’il y a trop de monde et que la vue est pourrie.

A propos de passeport et de frontières, je voulais vous dire ça: tous ceux d’entre vous qui ont des potes qui veulent voter Marine, plutôt que de leur faire la morale ou de brandir les mânes d’Hitler, ce dont hélas tout le monde se fout, faites leur un petit kado: un livre qui s’appelle « Journal d’un nageur de l’ère post-Trump », de Olivier Silberzahn. Il raconte la vie dans une france Marine … ça tombe bien parce que c’est un nageur .

Olivier n’est pas un écrivain, c’est un bloggeur que j’ai connu par l’intermédiaire de mon pote Rémi Fack, photographe, sportif et méditatif (son blog ).

Il me fait l’honneur de me considérer comme une de ses inspirations, donc mes dizaines d’heures passer à écrire sur Trump auront an moins servi à quelqu’un .

Mais c’est pas pour ça que je vous recommande de l’offrir.

C’est parce qu’il décrit très simplement, sans grands effets de manche, le délittement qui attend au tournant toute société qui se replie sur elle même, pour des raisons bêtement économiques. Les importations sont plus chères, les autres pays se vengent en mettant des taxes sur nos produits, qui se vendent moins à l’étranger, et tout le système se nécrose comme une mitochondrie qui n’a plus d’ATP à processer.

Olivier est probablement chef de projet dans une grande SSII française (Vous pouvez le trouver sur Linked In, c’est son vrai nom, c’est pas rigolo, on peut tout savoir) et ce qu’il raconte sur les projets informatiques et la beauté du code, les « cathédrales conceptuelles » est aussi intéressant que sa politique fiction et son analyse des bulles de consonnance cognitive dans lesquelles nous nous enfermons, avec l’aide de Facebook notamment.

Je ne suis qu’à la moitié du livre (son éditeur a mis 1 mois pour me l’envoyer dans une belle enveloppe écrite à la main …) mais précipitez vous dessus et surtout, offrez le aux fans de Marine.

C’est pas en se retournant vers un passé mythique et fantasmé qu’on avancera, parce que le monde d’aujourd’hui, ben, il fonctionne pas comme le monde d’hier. Et oui, ça fait peur, mais j’imagine que 1933 ça faisait peur, 1929 ça faisait peur, 1939 ça faisait peur, 1962 ça faisait peur, etc, etc.

Le repli sur soi, c’est jamais, jamais la bonne solution.

That’s all folks !

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I’m alive

I’m Aliiiiiiiiiiive ….

Sia pousse un hurlement calibré dans la chanson éponyme, avec juste ce qu’il faut de durée et de cassure finale à la fin pour me donner la chair de poule. Drôle d’expression pour le mammifère que je suis ! Capacité d’un artefact culturel, la musique, à toucher directement mes ganglions basaux et court-circuiter mon cortex. Grandeur et misère de Sapiens. Puisqu’on parle de poule, je vais quand même vous pondre un post assez conséquent (temps de lecture annoncé : 16 minutes).

Allez donc vous chercher un café.

La bonne nouvelle c’est que le post est lisible en pièces détachées.

Un bon titre pour un blog qui prend la poussière ! Tellement de changements lors des 12 derniers mois qui vont être la matière principale du post. Pas tant pour faire un Facebook bis, mais plutôt pour mettre ça à plat et partager ce que tout cela m’a fait apprendre et les réflexions que ça génère.

Saut dans le vide

Salarié depuis que j’ai commencé à travailler (je tairai la date par pudeur), mes derniers jobs, où j’avais le plus de responsabilités, ou plus exactement les titres les plus ronflants, ont été totalement surréalistes. Quelques trimestres dans un mélange aléatoire de Pagnol, Kafla et Ubu. Trahisons et mouvements de menton derrière chaque porte close. Plus le marigot est petit, et plus on passe de temps à se battre sans que ce soit réellement utile. Comme des rats trop nombreux dans une cage, qui ont besoin de trouver des boucs émissaires à massacrer pour éviter la dépression.

Il y aurait matière à roman … j’y ai pensé, humoristique et managérial, mais ça me ferait trop ressasser.J’ai quand même interagi avec un sacré paquet de cons, plus ou moins méchants, plus ou moins compétents.

J’ai pensé aussi à une chaine YouTube avec quelques parodies. J’aime l’humour comme modalité pédagogique et j’ai appris beaucoup de tous ces dysfonctionnements imposés. Ça pourrait être « Trucs et astuces pour foutre le bordel dans votre propre boite, démotiver vos salariés, et glisser donc lentement vers l’abime en regardant fièrement l’horizon lointain de la terre promise ».

La boite précédente était d’un autre tonneau … de whisky.  CEO alcoolique au bide parallélépipédique, cherchant la baston à la fin des soirées Corporate et menaçant d’envoyer les Hells Angels chez moi en cas de mauvais résultats financiers, en ayant évidemment tout oublié le (sur)lendemain. J’ai eu la faiblesse de croire sa promesse « J’ai déjà fait croitre des sociétés et gagné plein d’argent avec, fais-moi confiance, je sais faire » alors que mon instinct me disait que c’était un abruti (fort justement).

Ça m’a couté un paquet de blé en actions chèrement achetées et qui ne valent plus grand chose aujourd’hui. Il aura sans doute fait un infarctus ou une acidocétose alcoolique avant que le cours soit revenu au prix d’achat …

Se fier à son instinct, je vais revenir dessus parce que c’est une leçon que j’ai eue à réapprendre plusieurs fois ensuite.  Ne jamais faire confiance aux gens qui vous disent « fais-moi confiance ! »  …

Subitement je ne suis plus salarié. Diantre. Première option envisagée : me consacrer à mes nombreux loisirs, en mode pré-retraite. Ecartée très vite, il me faut de l’utilité, et il m’est conceptuellement impossible de ne pas gagner ma vie, quel qu’en soit le niveau. J’ai appris quelques bricoles que je dois être capable de monnayer … et pour le coup j’en ai ma claque d’être salarié et je veux pouvoir me déplacer librement.

Ces 12 mois d’agent économique indépendant et quasi-autosuffisant, m’ont appris un paquet de trucs. La réorganisation de la vie professionnelle a un effet déflagrateur sur tout le reste. Petit abécédaire, dans un désordre relatif.

Comédie humaine

Amis

Diplômé d’une grande école de commerce, une partie de mes amis est aussi du réseau, anciens copains de promo etc. J’ai cependant largement pratiqué la mixité sociale, et les rencontres alchimiques aléatoires et passionnelles (musique, sport, etc.) forment finalement la majorité de mes amis.

Ça commence comme ça, et ça fait assez mal les premières fois. Camarade de promo, copine de longue date qui éclate de rire quand je lui propose mes services payants, ça remet les pendules à l’heure vite fait.

Le pote plein de sollicitude surtout préoccupé de mettre en scène sa propre réussite. Un peu comme la jolie femme qui se fait accompagner d’un thon pour se valoriser. « Ah mon vieux ! Pas trop dur ? T’inquiète, je vais te filer un coup de main ! Au fait, tu as vu ma nouvelle GT3 et mon appart de ouf ? ». C’est tellement gros que c’est plutôt marrant, et ça permet de visiter l’appart de ouf en faisant des « oh » et des « ah ».

A contrario, d’autres vous appellent régulièrement pour vous demander où vous en êtes et comment ça avance. Juste comme ça. Incroyable comme ça fait du bien.

Le tri se fait en mode automatique, en fait, et ce qui devient structurant dans l’avenir des relations c’est l’attention authentique portée. Si vous voulez faire le ménage dans vos relations, dites à vos relations que vous avez un cancer ou que vous êtes dans la merde professionnellement et regardez qui vous rappelle. C’est vite vu.

Ex-collègues

Ca dégage pas mal là aussi mais c’est logique. Le lien du travail collectif peut donner lieu à de vraies amitiés qui survivent au changement de crèmerie (j’en ai) mais pour la plupart c’est juste ce qu’il faut pour se supporter au quotidien.

Et puis celui qui est parti, il est parti. Double effet kiss cool : tu n’es plus dans la tribu, tu as osé faire ce que je voudrais bien faire, ha si je pouvais … Et entendre en boucle les histoires sur l’inanité du boss (y’a pas de raison que ça change) ou autres plaintes répétitives, c’est totalement inintéressant. Des collègues avec qui j’adorais les échanges intellectuels ont disparu de mon radar … je ne les ai pas tellement rappelés non plus, il faut dire. Entre ex-collègues réussir à ne pas passer la moitié de l’échange sur ce qui se passe dans la société et cancaner sur tel ou tel c’est difficile ! Quand on y arrive ça signe une vraie relation qui peut se développer indépendamment de la référence à l’entreprise d’origine, mais c’est finalement rare.

Rêveurs

J’ai rencontré des doux dingues aussi. Ceux-là ils sont sympas, ils croient savoir où ils vont mais leur boussole est cassée ou indique juste la mauvaise direction. C’est difficile de se faire une opinion, des fois, entre le rêveur et le génie, quand on n’a pas l’habitude et qu’on a peur de se tromper. On a envie d’y croire à son rêve, comme lui. On peut changer le monde et gagner un peu d’argent, c’est cool non ? Finalement la meilleure méthode c’est un 50/50 de gut feel (je le sens ou je le sens pas ?) et de Warren Buffett 101: si je ne comprends pas, j’investis pas. Et c’est un ET, pas un OU. S’il n’y a pas les deux, feeling ET de plan clair et d’explication du pourquoi du comment, partez en courant à toutes jambes. La phrase « alerte rouge »  c’est « Non mais tu ne peux pas comprendre ».

Parasites

On peut se faire largement sucer la moelle. Filer un coup de main par ci, un coup de main par là en espérant un peu de réciprocité (une de mes marottes, la réciprocité). C’est subtil la réciprocité. Quand je file un coup de main à quelqu’un (c’est à dire que j’alloue gratuitement de mon temps pour résoudre un de ses problèmes) j’en attends d’autant plus de retour qu’il est loin de mon cercle intime. Pas tout de suite évidemment, mais dans le principe. Evidemment il y a des free-riders, le chimpanzé vagabond qui baise les femelles pendant que le mâle dominant a le dos tourné. Qui demandent, demandent, demandent, et le jour où vous avez besoin d’un truc ils sont trop occupés.

Ou des boites qui vous font bosser gratos en avant-vente en promettant monts et merveille ensuite mais qui ne prennent pas vos appels ensuite. J’ai passé quelques dizaines d’heures à fignoler des ppt pour une boite de conseil parisienne sans autre retour que de me rendre compte à quel point ils étaient nuls. Ce qui est toujours ça de pris, je vous l’accorde.

Belles personnes

Je viens de rajouter ce paragraphe en relisant le post, qui peut donner l’impression que j’ai rencontré que des tocards. Illusion d’optique, on ne parle que des trains qui n’arrivent pas à l’heure. J’ai fait un paquet de très belles rencontres personnelles et professionnelles, des gens éthiques, sensés et sympas … avec qui je travaille désormais évidemment. Si vous les cherchez, vous en trouverez.

Ethique

Help yourself

Aide-toi, le ciel t’aidera. Si, si, les préceptes religieux religieux ont leur place ici (surtout si c’est juste la reformulation d’une évidence en rajoutant notre ami imaginaire barbu favori !

Alors oui, plus salarié ça veut dire qu’il faut trouver du travail, pas un job.

Une fois qu’on a compris ça, on devient nettement plus mobile dans sa tête, et ça transforme le rapport au travail. En fait … je travaille plus qu’avant à l’insu de mon plein gré. Autrement dit : sans rechigner ni me plaindre ! L’impératif d’efficacité s’impose comme une évidence : si je ne fais rien, il ne se passe rien. Ça rebondit sur les autres compartiments de la vie et ça rend la procrastination plus difficile. Salarié, c’est différent. On peut être totalement inefficace, glander ou faire des trucs inutiles (genre des tableaux Excel 100×100 pour tenter de prévoir l’avenir, ha ha) , le salaire tombe toujours à la fin du mois.

La leçon, c’est : ne pas hésiter à demander et à proposer. Etre lucide sur ses capacités et ses compétences. Bilan de compétences quotidien ! Une bonne question à se poser c’est « Qu’est-ce que je sais faire, indépendamment de mes diplômes et ma formation ? ». On peut découvrir une propriété intellectuelle intéressante et monnayable. Il faut aussi être prêt à se prendre des portes dans la figure donc réussir à gérer à peu près son égo. Et se protéger des parasites (voir plus haut). Le temps, c’est une ressource qu’on ne retrouve jamais. La seule, en fait.

Humilité, lucidité

Je me suis engagé dans quelques aventures qui m’ont consommé beaucoup de temps et pas donné de résultat. J’en avais discuté avec un ami qui m’avait prévenu du côté casse-gueule du sujet et conseillé de passer mon chemin, sur des arguments fort rationnels. Je ne l’ai pas écouté. J’ai eu tort. Notre capacité à nous embarquer dans l’illusion est considérable, surtout si elle brille de mille feux. La seule manière que j’ai trouvé pour réduire ce risque c’est d’en discuter avec des proches et de leur demander de me donner tous les arguments contre. Inconfortable mais salutaire. L’égo nous pourrit la vie, rendons-lui la pareille :-).

Et de ne plus me lancer dans des sujets pour lesquels je n’ai aucune compétence sur la base de « je devrais y arriver ».  Même si ça me démange en ce moment :-), j’ai une féroce envie d’importer des véhicules improbables.

Liberté

Jamais autant été libre, et jamais autant travaillé. Le travail en liberté n’est pas le même que le travail en captivité. Filons cette métaphore animale sympatique ! Liberté, sentiment d’utilité, d’efficacité de production (parce que nécessité) et donc un cerveau qui carbure à plein parce que vous êtes responsables de votre futur, personne d’autre.

On est aussi au milieu de la savane à la merci des prédateurs alors il faut faire un peu gaffe à ses fesses et assurer ses arrières. Mais découvrir cette autonomie et ne supporter que les contraintes qu’on s’impose soi-même … c’est le pied. On pourrait aussi faire un parallèle avec le stress chronique (qui vous tue) ou intense (qui vous stimule et vous renforce).

Discipline

Parlons de contraintes, tiens. Moi qui n’avais pas fait une note de frais moi-même depuis quelques décennies, toujours à la bourre, toujours en retard, faisant tout à la dernière minute. Là j’ai dû checker quelques centaines d’items dans ma to do list avant de me mettre à écrire ce post. Sans que personne ne me force.

En fait, je pense de plus en plus que le secret de la réussite, ou au moins d’une vie où on minimise les frustrations, c’est la discipline et la régularité. Pas glamour du tout. Dans la vie moderne nous avons tellement de trucs à gérer, un tel niveau de complexité systémique qu’on ne peut pas s’en sortir sans discipline. Et la meilleure c’est celle qu’on s’impose à soi-même.

Comment on implémente? Je n’ai pas trouvé la recette complète. Disons que j’ai trouvé des recettes mais elles sont trop drastiques à mon goût (genre se lever à 4 :30 du matin et se coucher à 8 heures, et suivre une routine régulière de méditation et de sport).

Juste essayer de se lever tôt et de faire du sport avant de travailler. C’est vrai qu’on a cette impression de réappropriation du temps – je commence ma journée en prenant du temps pour moi, pour mon développement personnel. Ayant passé des décennies dans l’excès inverse, en retard du moment où je me lève jusqu’au moment où je me couche, la différence est flagrante. La discipline permet la maitrise. Et était sans aucun doute indispensable à nos ancêtres, parce qu’ils avaient zéro système de protection.

On peut l’appliquer partout : nutrition, sport, apprentissage de nouvelles compétences. Même si pour l’instant tout couvrir en même temps est difficile.

Nous avons une capacité de décision limitée. Plus on structure le quotidien et plus c’est facile.

La discipline c’est la capacité à troquer une satisfaction immédiate pour une satisfaction plus grande plus tard, et notre cerveau a un peu de mal avec ça. Certains sont plus gâtés par la nature que d’autres. On a pu faire des expériences avec des enfants sur le mode « tu as un bonbon tout de suite ou si tu attends 15 minutes tu en as deux » et tous n’y arrivent pas évidemment, et ceux qui arrivent réussissent mieux socialement quelques années plus tard (ce qui est injustement biologique).

Bon je fais le malin mais il m’arrive encore trop souvent de me retrouver à surfer sur des sites improbables et à me demander ce que je fous là, cortex débranché et en pilote automatique.

Regards et enseignements divers

Fragilité et nécessité de l’économie

Une des boites avec lesquelles j’ai travaillé a déposé le bilan. C’est affreux, voir une entreprise mourir. C’est con, y’a plus de pognon pour payer les salaires des collaborateurs et on est au max à la banque. Pas de deals qui peuvent rentrer à court terme pour amener du cash ? Hop, redressement, et comme c’est juste pas possible, ben l’aventure se termine.

Si on n’a jamais vécu ça, ça peut paraître abstrait. Mais c’est putain de réel, les gens perdent leur job, des actionnaires leur pognon, des prestataires leurs factures (…) et cette entreprise ne paiera plus de taxes ou d’impôts pour nourrir la collectivité.

Penser que la richesse se produit toute seule et qu’il suffit de faire payer plus d’impôts aux acteurs existants ou arroser de subventions pour réformer un pays, c’est de la couille en boite. La richesse se crée avec des gens qui bossent, et pas au noir si possible, et qui produisent de la transformation et de la valeur ajoutée.

Valeur travail et chômage

Celle-là est un peu plus compliquée. Je pense que beaucoup de métiers vont disparaître ou être totalement transformés par l’IA dans les 20 ans qui viennent. Alors comment on fait quand on a 20 millions de chômeurs en France ? Ça c’est le problème philosophique à moyen terme.

A court terme, mes amis dans des métiers manuels où on manque de bras (chauffagiste, plombier, … ) n’arrivent pas à embaucher … parce qu’il faut se lever tôt et être à 4 pattes dans une chaufferie … des fois. Une chargée de recrutement dans une grande société de transport ferroviaire n’arrive pas à trouver des ingénieurs de maintenance français … Elle embauche des Roumains et des Africains qui ont fait un DESS en France, dont on peut très bien comprendre qu’ils en soient ravis… parce qu’ils ont la dalle.

Le rapport au travail qui est cassé, par incompréhension totale de l’économie de base qui est qu’il faut travailler pour produire de la valeur et gagner de l’argent et impression que tout est du. Et après on va voter pour Le Pen qui leur dit que le système est pourri et qu’il faut le réformer !

Je ne sais pas quel niveau de violence sociale il faut pour remettre les gens au travail mais je trouve hallucinant qu’il y a aie des centaines de milliers de jobs pas pourvus en France actuellement.

Le travail salarié risque d’ailleurs fort de se réduire encore plus, avec l’apparition de plus en plus d’acteurs indépendants, ce que les américains appellent « la gig economy ». Typiquement ce que fait Uber, qui du coup remplace la « coercition managériale » par des méthode inspirées de la psychologie cognitive pour « motiver » les chauffeurs à travailler plus longtemps ou à aller dans des zones où il peut y avoir plus de clients.  Est-ce que c’est plus éthique de demander à quelqu’un de passer 3 heures dans des réunions inutiles parce qu’on a le pouvoir de l’imposer, ou de jouer sur des ressorts psychologiques inconscients à la Kahneman pour faire bosser les gens ? Sachant que la manipulation peut être arrêtée en « un simple clic » et qu’elle rend aussi service au chauffeur. Question compliquée.

Protection, plaintes et système

Un des points les plus marquants de ma nouvelle existence est de réaliser combien le travail salarié est confortable. Une société c’est un groupe humain structuré avec des règles (même si elles peuvent être débiles), de l’infrastructure, et une garantie de revenu, et ça facilite la vie.

Et pourtant … combien de salariés se plaignent, se sentent exploités, etc., etc.

Ça ne va pas ? Barrez-vous, les gars. Faites autre chose. « Ah oui mais j’ai un crédit sur la maison ». On peut comprendre ça. Alors dans ce cas, arrêtez de vous plaindre.

En ce moment c’est à la mode de vouer le système aux gémonies, partis politiques extrêmes en tête. Cette hypocrisie et cet aveuglement me saoulent, parce que c’est de la pure connerie. D’abord les politiciens qui s’en plaignent, Marine le Pen en tête, sont des experts en siphonage de pognon public et hacking du système, justement.

Comme Trump avec son « Drain the swamp » et qui a 3.000 procès au cul. Heureusement qu’il y a un système (judiciaire notamment) ! Dans les pays développés nous avons un rapport complètement irrationnel avec nos infrastructures, on les rend coupables de tout alors qu’on ne pas vivre sans et ça va s’amplifier dans le futur. Quelques ballades en Afrique et aussi au fin fond des US cette année remettent vite les pendules à l‘heure.

Moi qui maudit les réglementations anti-pollution vu ma passion pour une auto déraisonnablement puissante,  un jogging en bord de route à Abidjan m’a vite fait changer d’avis :  les nouveaux embouteillages provoqués par la fermeture des quais semblent l’air pur des montages à côté !

La fermeture des quais à Paris est une grosse connerie, et justement un message anti-travail, super pour les vacanciers mais pourrissant la vie des gens qui bossent … à moins de se déplacer à vélo ou en transports en communs, ce qui n’est pas toujours possible.

Nous n’avons pas de mémoire, c’est un défaut de notre cerveau qui a un focus sur un passé proche. Le fait qu’il n’y ait pas eu de guerre en Europe depuis 60 ans est un fait historique incroyable mais tout le monde s’en fout et préfère taper sur la Commission Européenne. Et on traite inconsciemment les Etats comme des figures qui nous doivent quelque chose et si on crie très fort on va nous le donner. Le peuple crie ! il a raison ! Toujours pris (en France du moins) dans des fantasmes révolutionnaires avec 1789 en référence absolue. Je dois dire que la lecture de Sapiens m’a un peu fait l’effet d’une douche froide mais revigorante (toute structure sociale humaine est une histoire imaginaire collective).

On veut à la fois être protégés par la structure sociale libres – ou ne pas accepter les règles qui ne nous vont pas. Le seul moyen d’y arriver c’est de vivre dans un jeu vidéo, ce qui pourrait bien se produire d’ici quelques décennies, je pense sérieusement qu’un scénario à la Matrix est possible (et Huval Harari aussi, ce qui me permet de me mettre sous son ombrelle intellectuelle).

Epilogue

Changement de priorités sportives (quand même)

Sorti d’un groupe (l’entreprise) et d’un autre (la course à pieds). Je ne sais pas s’il y a un lien de cause à effet, ou si c’est mon épine calcanéenne qui me pourrit suffisamment la vie pour que je n’ai plus aucune envie d’aller bouffer de la piste. Quand on sort du jeu, l’étrangeté de la chose vous saute aux yeux. La mystique du héros courant à l’infini se révèle pour ce qu’elle est – une histoire imaginaire, surtout si on n’est pas champion mais coureur du dimanche (Avec 50.000 inscrits au Marathon de Paris ça en fait !). Mais ça reste amusant à regarder et puis je ne peux qu’avoir de la tendresse pour cette tribu qui m’a mis le pied à l’étrier, si j’ose dire.

Comme c’est de l’imaginaire, ça peut se retourner du jour au lendemain – comme toutes les histoires d’amour. C’est super important, structurant pour l’identité et puis, pouf, c’est disparu… alors on cherche autre chose !

Je découvre à petits pas le CrossFit, qui me tentait depuis longtemps. Comme MovNat, mais en plus structuré. Là encore réapprendre plein de choses, avec nullité parfaitement assumée. Plus dans une démarche rationnelle : avoir un corps fonctionnel sur tous les aspects, pas juste être un super système cardiovasculaire. Mais le concept de WOD est sympa, et la tribu intéressante aussi …

C’est sans doute ça la leçon. S’aimer suffisamment pour être totalement indifférent à la peur qu’on a d’être ridicule ou toute autre forme de jugement négatif.

Ce qui souvent nous inhibe le plus c’est de penser qu’on va être jugé par autrui. Mais ça n’a aucun impact sur qui on est (sauf si c’est le jugement d’un supérieur ou d’un … juge) donc on s’en fout totalement et c’est très libérateur.

Gratitude finale

Rien ne nous est dû, ni par la nature ni par la société. Les systèmes que nous construisons ne sont que ça, des systèmes imaginaires –et peuvent s’écrouler du jour au lendemain.

Nous sommes là par hasard. Disparaître aussi vite que nous sommes apparus, d’ailleurs je suis dans un avion qui pourrait bien s’écraser au lieu de se poser. Dans ce cas personne ne lira ce post, donc si vous le lisez c’est qu’il s’est bien posé et qu’il ne m’est rien arrivé de dramatique entre maintenant et la publication 🙂

Ce n’est ni juste ni logique vu de nos consciences individuelles, mais c’est comme ça.

Alors chaque jour qui passe, je le savoure pour ce qu’il est. J’allais dire c’est une bénédiction, imbibé que je suis moi aussi de notre ami imaginaire barbu et de la difficulté à accepter notre total manque de maitrise sur nos vies.

Pour revenir au paradoxe de la discipline assumée qui libère, c’est l’absence absolue de sens de la vie qui me donne envie de construire, d’avancer et de m’améliorer… et surtout de l’apprécier.

 

PS – Pour ceux qui en sont familiers, vous aurez noté l’influence grandissante de Yuval Harari sur ma vision du monde actuelle et prospective. Et évidemment toujours Sam Harris, qui reste une grande source d’inspiration et de réflexion.

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Le jeûne

Mon dernier post, publié sous la bannière LSee mais du pur jus de paléophil !

http://www.blog.lsee.com/le-jeune/

Enjoy and comment !

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Abondance

Cette galerie contient 24 photos.

En contrepoint de mon post précédent, une petite galerie de photos. Je me suis amusé à dénombrer l’offre alimentaire sur une plage d’environ 100 mètres de long. Il manque encore : les marchants de fromage, de cacahouètes, de noix de … Lire la suite

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Nourriture(s) culturelle(s)

Pour changer un peu de mes posts habituels … je vous propose une petite ballade, tirée par des rennes dans le traineau d’un barbu jovial,  moins biochimique que d’habitude. Le cerveau est un organe qui consomme 20% de l’énergie quotidienne, alors réfléchir c’est aussi une bonne manière de bruler des calories 🙂 .

Pour commencer : une petite image de Noël.

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Tout est dit, non ? Le Père Noël boit du Coca, il a un IMC de 40 et il fait face à une jeune femme qui veut avoir un joli cul ferme et rebondi. Au dessus d’une chaine de pizza qui sert des portions à 2000 calories. That’s NY, baby !

Mais foin de symboles faciles. Soyons sérieux. Voilà l’idée qui me tarabuste depuis un moment: L’alimentation est au carrefour de l’instinct et de la culture, et c’est cela qui la rend si difficile à maitriser, parce que la culture, c’est des histoires qu’on se raconte, et les histoires sur nos instincts sont en général … fausses. Et tout cela fait un joli mille-feuilles difficile à décoder. 

Couche 1 : Biologie, Instinct, Nécessité

La réalité biologique est très compliquée, on sera tous d’accord là-dessus. Chacun de nous est un paquet de cellules (80 milliards) avec 10 fois plus de bactéries dans le tube digestif, des comportements innés et d’autres acquis, et un cerveau qui se recâble en permanence et des gènes qui sont activés ou pas en fonction de la manière dont nous les stimulons. Alors on est bien obligé d’avoir recours à des modèles simplifiés pour expliquer comment ça marche : le cœur est une pompe, les veines sont de la tuyauterie, etc.

Pour autant, le fondement de la vie est incroyablement simple : un système est vivant parce qu’il a la capacité d’extraire de l’énergie de son environnement pour survivre et se reproduire. Une petite poche d’entropie négative, tant qu’il est vivant, après le premier principe de la thermodynamique reprend ses droits et le désordre se remet à augmenter.

le proto-système nerveux chez les êtres multicellulaires primitifs, c’est le tube digestif. D’un point de vue phylogénétique, les premiers neurones servent à piloter la digestion, pas à réfléchir. Il parait évident que l’efficacité énergétique d’un individu par rapport  à un autre, vis à vis d’une même source d’énergie, est un avantage compétitif majeur.

Le désir de s’alimenter, à l’origine, est totalement instinctif. Tout être vivant a besoin de s’approvisionner en énergie pour se développer. Pas besoin de culture pour ça, d’ailleurs, les bactéries y arrivent très bien.

Couche  2 : Culture, Conscience, Plaisir

Le développement du système nerveux, puis de la conscience de soi et de l’intelligence entraine la création d’une sur-couche culturelle : la culture s’empare de l’alimentation.

Au départ, on peut penser que c’est simplement une manière de partager et de transmettre du savoir. Le premier élément de culture, le langage, a surement eu à voir avec la recherche de nourriture, qui était une activité collective. On trouve une plante toxique ou particulièrement nutritive – on en parle à sa tribu. Une fois l’écriture inventée, on consigne plantes, vertus, recettes de cuisine, culture (des plantes) et élevage, etc. etc.

La culture amène en parallèle la notion de plaisir, de bien et de mal aussi, et donc découple l’acte de sa nécessité biologique et l’ancre dans le désir … les histoires collectives et les règles sociales.

L’expérience vécue d’exister, notre capacité de conscience nous permet de nous regarder agir et d’avoir « plusieurs voix » dans notre tête, qui sont en dialogue intérieur permanent. J’ai une envie irrépressible de reprendre une part de tarte de Tante Annie. Non, c’est pas bien, je vais grossir. Oh et puis merde, elle est trop bonne (ou : je ne vaux pas la vexer, ou toute autre raison). J’ai vraiment la flemme d’aller au Crossfit aujourd’hui. J’y vais ou pas ? Pression sociale, estime de soi, vont décider de nos actions. Et … on se raconte des histoires. Tout le temps, en fait !

Je mange parce que j’ai envie, parce que c’est trop bon, pas parce que j’ai faim ou parce que je pense que mon organisme a besoin de tel ou tel nutriment. (Note : la sexualité, c’est exactement pareil, mais en général moins fréquent :-)). Je deviens gourmand. L’animal humain est sans doute le seul animal gourmand.

On mange pour manger, pour être en groupe, plus parce qu’on a faim … mais quand même, des aliments qui, à l’origine était plus ou moins indispensables à notre survie. Ca paraît logique, si on était attirés par des aliments qui nous détruisent, l’espèce ne ferait pas long feu.

Gourmandise … Ais-je vraiment besoin de toute cette énergie ?

Couche 3: Technologie, Abondance

La technologie, fille de la culture, amène globalement  la capacité à échapper à la famine et à amener de la nourriture en tous lieux. Situation totalement inédite pour notre espèce depuis une centaine d’année – après des millions d’années focalisés sur l’impérieuse nécessité de trouver de quoi manger, sous peine de mourir.

L’embarras du choix, tout le temps !

Maintenant, la nourriture est partout, tout le temps accessible. Notre instinct, lui , n’a pas évolué, mais notre capacité à nous raconter des histoires tourne à plein régime (j’ai osé).

Abondance et disponibilité (Supérette à Manhattan)

Exemple : quelques mythes courants

Notre culture occidentale actuelle nous dit : il faut manger trois fois par jour, prendre un petit déjeuner énergétique, manger pas trop gras, les graisses saturées ça tue, au moins 50% de glucides à chaque repas, pas trop boire d’alcool, etc.

Concernant la prise de poids, il y a aussi un grand classique : j’ai pas les bons gènes, la vie est trop injuste, mon voisin bouffe comme un chancre et il prend pas un gramme alors que moi il suffit que je regarde la vitrine d’une patisserie pour prendre 1/2 kilo. Fumisterie totale – mais tellement confortable. Enfin, sauf dans la glace. Et on noie son chagrin dans la crème glacée (irrésistible). 

La majorité, voire la totalité de ces « règles », est de la culture pur jus. Nous comparons notre corps à une machine (modèle, ou plutôt mythe) : il faut mettre de l’énergie régulièrement pour maintenir le niveau d’énergie constant. Il faut prendre des produits pour detoxifier l’organisme. Si on mange trop gras le gras bouche les artères. Nos gènes contrôlent 100% de ce que nous sommes. Etc.

Nous alimentons (ouaf) nous même ces mythes par la représentation que nous avons de notre propre fonctionnement, et notre propre désir de le contrôler. Ah moi j’ai besoin de tel ou tel truc pour bien fonctionner, je me connais, je le sais. Skinner, un psychologue cognitiviste a bien réussi à rendre des pigeons superstitieux dans une célèbre expérience, alors nous les humains, notre propre capacité à nous régaler (ouaf) en mythes totalement dénués de vérité objective est sans limite!

Des fois il y a bien des petits bouts de science derrière, mais souvent, rien du tout, ou des trucs pas très appétissants – du marketing, souvent.

Le jus d’orange, shoot de vitamines pour bien démarrer la journée ? Résultat des surplus d’orange en Floride avec les produteurs à la rechercher d’un moyen de les écouler … Euréka, sous forme de jus !

Le lait, qui permet d’avoir des os bien solides ? Il acidifie le sang, et l’organisme va enlever du calcium dans les os pour rétablir le pH sanguin, résultant des courses – moins de calcium dans l’organisme. Là encore, résultat d’une grosse campagne de promotion des producteurs de lait qui avaient besoin d’écouler leurs stocks.

Les anti-oxydants ?– plus on en mange et moins on en fabrique. Cf le post de LSee sur le sujet.

Expérience personnelle toute récente : rencontre avec une diététicienne « diplômée » l’autre jour, qui m’héberge lors d’un séjour à NY ; elle m’explique qu’elle prend un jus de citron au réveil, puis 30 minutes plus tard une potion de la société « Isagenix », puis un shake, puis, puis … bref un truc toutes les deux heures, ritualisé à mort. Je la regarde avec un oeil un peu bovin et lui dit que je suis en train de faire un jeûne de 3 jours, que j’ai une frite, une pêche, une patate pas possible (métaphorique évidemment), et que moi je crois que c’est bien plus efficace que toutes ses saloperies.  Ce à quoi elle me répond que si elle ne suit pas ce protocole … elle n’a pas d’énergie.

L’énergie est un élément central dans toutes ces histoires. A la fois réel (les aliments c’est de l’énergie) et imaginaire (je pense que mon organisme fonctionne de telle ou telle manière, je me sens plein d’énergie ou pas).

De l’énergie pour avoir de l’énergie (ou la stocker !)

Couche 4 : que dit la science ?

Le scientifique va dire qu’en fait … on ne sait pas grand-chose. Il y a quelques grandes vérités : le cycle de Krebs, la régulation de la glycémie et des mécanismes de stockage / destockage d’énergie par l’insuline, notamment. Mais ensuite … les paramètres influant la transformation de nourriture en énergie sont très nombreux et encore mal compris : influence du sommeil et du stress, cycle circadien, microbiote, etc.  Sans oublier le cerveau en « master régulateur » à deux niveaux : la partie inconsciente (la température interne augmente, je vais réduire la puissance de l’influx nerveux ) et la partie consciente (je veux finir ce marathon en moins de 3 heures et je vais y arriver).

Une fois dans l’organisme, l’énergie sert à faire fonctionner le corps (ATP), et tout ce qui est excédentaire est stocké sous forme de glycogène puis de gras. Cf sur le site LSee le post sur le métabolisme.

Lors d’une discussion chez LSee, Guillaume argumentait qu’il a plus la pêche lors de son entrainement de rugby après un bon « pré-workout snack »  qu’à jeun. Croyance ? Effet placebo ? Ce n’est pas une affaire d’énergie – son snack sera transformé en glycogène bien après la fin de son entrainement. Alors c’est quoi ? Le cerveau, gouverneur central qui décide qui s’il a vu passer de la nourriture, on peut lâcher les chevaux ? Et si il se mettait à s’entrainer systématiquement sans son snack, que se passerait il ?

Des expériences ont montré que des coureurs duraient plus longtemps si on leur faisait garder une boisson sucrée dans la bouche quelques secondes – même s’ils la recrachent ensuite. Il n’y a donc pas apport d’énergie et pourtant production de plus d’énergie ! On pense que le cerveau joue un rôle considérable dans les problématiques de fatigue et de perception d’énergie.

La morale de ce post pas très biochimique ?

Il n’y a pas que la biochimie pour comprendre nos comportements alimentaires. Le rapport à la nourriture est culturel et s’appuie sur un câblage inconscient très puissant : éducation, environnement, et aussi réaction aux odeurs, à la vue, craquages quand on est fatigué ou tendu …

Nous sommes donc pris en sandwich (hé oui) entre l’instinct et la culture. L’instinct peut nous inciter à manger plus que dont nous avons besoin. La culture nous donne des idées fausses sur notre fonctionnement interne, nous bombarde de stimulations, et nous permet de nous raconter des histoires par rapport à nos comportements instinctifs. L’organisme, lui, n’a pas de moyens de savoir que ses stocks de glycogène sont pleins, et a une capacité à stocker du gras quasi infinie. Sans doute parce que la situation énergie à gogo est tout à fait nouvelle.

Alors tant qu’on n’est pas passé dans l’obésité morbide, où là tout un tas de mécanismes se mettent à déconner à plein tube, ça peut valoir la peine de se poser quelques questions :

  • Quels sont mes propres mythes alimentaires ? A quoi je crois ? Pourquoi ?
  • Pourquoi je mange ? Parce que j’ai faim ? Pour d’autres raisons ? Lesquelles ?
  • Si j’ai faim, est-ce que c’est grave ? Comment je me sens quand j’ai faim ? Et quand j’ai trop mangé ?
  • Qu’est-ce que qui se passe dans ma tête quand je ne peux pas résister ?

En gros, manger (ou pas) en pleine conscience. Essayez. C’est assez difficile au début, mais ça vaut la peine. Un peu comme de lire ce post. Enfin, j’espère !

Ce post est largement inspiré de mes lectures récentes et les idées proviennent notamment des livres suivants :

  • Sapiens (Huval Harari)
  • The Diet Cults (Matt Fitzgerald)
  • The Word Turned Upside Down (Richard Feynman)
  • le super podcast de Harris avec David Krakauer que j’ai traduit ici.
  • Et tous les autres livres / blogs que j’ai lus qui prétendent détenir une vérité absolue sans aucun esprit critique !
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Quelques expérimentations …

J’ai été très occupé ces temps ci à écrire pour LSee (oui je fais des rimes et alors ?)
Qui est bien aligné avec mes préoccupations personnelles, donc je me permets de vous passer le lien   et stay tuned, il y en a plein d’autres dans le tuyau !

(record du monde de post court ! Donald, sors de ce corps 🙂 )

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Crossfit : leave your ego at the door

Et si je reparlais de sport un petit peu ?

Mes derniers posts ont été très politiques. Le sujet me passionne, notamment dans ses implications sociales et technologiques, mais tout ce fonctionnement mental n’est pas possible sans un corps fonctionnel.

Mon nouveau mode de vie amène à la fois des réflexions plus sociétales et laisse moins de temps pour les activités annexes que sont le sport et la musique. Y’a pas à dire, quand on n’est plus salarié, le concept « si je ne me bouge pas le cul, l’argent ne va pas tomber du ciel » vous attrape avec insistance et ne vous lâche pas vraiment. Enfin, moi, c’est l’effet que ça me fait.

Du coup, le jogging du midi disparaît facilement, et il n’y a plus de vélotaf puisque le taf est soit à la maison soit sur un autre continent. On ajoute à cela l’absence de compétitions planifiées pour cause d’agenda chaotique et une certaine lassitude liée aux blessures à répétition  de la course à pieds et je me demande comment j’ai fait pour courir 70 bornes par semaine à certaines périodes de ma vie.

Tombé !

Une fois qu’on tombe du wagon, on regarde les autres avec un mélange d’envie et d’incrédulité : « mais qu’est-ce qui leur prend, avec leurs médailles en chocolat et les congratulations héroïques mutuelles. Ils ont tous fumé la moquette ou quoi ? ». Je dis cela avec toute l’amitié et l’admiration que j’ai pour mes amis coureurs, en sachant que j’ai eu des périodes avec et des périodes sans dans ma vie et que je boufferai surement de la piste un de ces jours mais là, en ce moment,  … aucune motivation.

La sortie matinale dans le parc reste très plaisante, les grandes balades à vélo, j’adore,  mais c’est tout.

Alors je papillonne :  testé le 7 minutes workout « il faut que je le fasse tous les jours !!! », les séances à la maison au poids du corps et pris quelques suées sympathiques. Mais il y a un truc qui manque, et je n’arrive pas à trouver la motivation pour avoir une activité régulière comme par le passé – où je me suis fait des semaines entre 6 et 12 heures de sport !

Alors – Paléophil en déshérence sportive ! diantre ! C’est juste pas possible. Il faut réagir ! Lire la suite

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Trump, deuxième

Je reste un peu comme le lapin pris dans les phares de la voiture qui arrive à toute allure avec cette histoire. J’ai envie de passer à autre chose mais aussi de passer à l’action (moi qui suis allergique aux partis politiques) et puis je pense qu’il faut parler et essayer de mettre du sens dans cet océan d’invectives et d’équarissage des faits avec les rumeurs les plus stupides et folles.

J’ai trouvé d’autres articles sur le sujet de l’information, comme celui de Wired.

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Image (c) Wired

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