Entrainement 101: les fondamentaux

J’ai, depuis quelques jours, l’honneur et l’avantage d’avoir une mission de « tutorat » d’élèves de première et deuxième année de mon ancienne école d’ingénieurs (Centrale Lille) pour des projets perso qui n’ont rien à voir avec leur futur métier. En mode « défi »: monter un projet qui parait difficile, et y arriver. Comme on est dans l’univers personnel, rien à voir avec la technologie ou la gestion d’entreprises. Ayant proposé mon soutien dans des domaines qui me passionnent (la musique et le sport, ce qui ne surprendra pas les lecteurs de ce blog), je vais me retrouver à tutorer divers challenges sportifs, orientés course à pied ou musculation.

Une bonne base de travail pour réussir ces défis est d’avoir un minimum de compréhension du fonctionnement de l’organisme et des règles d’un entrainement efficace, et comme je m’adresse à des futurs ingénieurs, j’imagine que comprendre un peu ce qui se passe sous le capot sera plus efficace et intéressant que d’avoir des plans d’entrainement abscons sans logique apparente.

Je vais donc faire ici quelques rappels qui seront aussi utiles au futur marathonien qu’apprenti crossfitteur, puis dans des posts suivants discuterai de la spécificité de chaque thématique – tout le monde comprendra qu’il ne faut pas faire la même chose pour réussir un marathon ou balancer une barre d’haltéro de 50 kilos au dessus de sa tête. En essayant d’avoir une approche la plus scientifique possible et avec quelques détours par la biologie.

Je donnerai dans la mesure du possible les références de ce que j’avance.

Je remercie par avance mon propre coach, Raphael Puech, avec qui je travaille depuis 2 ans, de tout ce que j’ai appris à son contact. Et aussi mes potes Rémi et Greg, avides bloggers avec lesquels j’ai souvent des longues conversations sur ces sujets et dont les blogs sont des mines d’information intéressante.

1. Motivation et sacrifices : tout a un prix

Avant de se lancer dans la physiologie, on va parler cerveau et envie.

Une anecdote pour illustrer le sujet, discutée dans mon dernier post. Un copain me dit qu’il veut un 6-pack (abdos qu’on voit bien dessinés, souvent sur des mannequins huilés et bourrés de stéroides anabolisants). C’est vrai que c’est cool sur la plage, ca donne l’illusion que toutes les filles vous regardent. En fait elles s’en foutent, c’est en général pas ca qui va les mettre dans votre lit, mais c’est un autre sujet 🙂 … Moi aussi je veux un 6-pack ! En fait c’est facile: il suffit de faire tomber son taux de masse grasse à moins de 10%. Une bonne grève de la faim de 2 mois, 6 pack garanti.

Donc je lui dis: « Facile, tu te mets en restriction calorique pendant quelques mois, donc plus de picole, plus de gros plats de pâtes faits par la mamma (il est italien) ni de gorgonzola tartiné sur de la bonne baguette fraiche ». Il m’arrête tout de suite. « Ha ben non ça c’est pas possible, j’y arriverai jamais ». Et je lui réponds du tac au tac « C’est pas grave, mais dans ce cas oublie ton 6 pack et trouve un autre défi qui soit compatible avec les plaisirs de l’existence qui te paraissent indispensables à ton équilibre psychologique ». Fin de l’histoire.

Dit autrement : s’entrainer pour un défi, c’est se faire violence. Notre état naturel d’équilibre (l’homéostasie disent les biologistes) consiste à en faire le moins possible pour économiser l’énergie que nous consommons en permanence. Notre cerveau fonctionne encore comme il y a 50.000 ans, quand l’énergie était rare et qu’on pouvait se faire bouffer par un prédateur à chaque détour d’un sentier.

C’est très bien de se faire violence, on va y revenir. La satisfaction d’atteindre un objectif qui parait impossible est une sensation fantastique, qui vaut bien les sacrifices consentis et permet de progresser en tant qu’athlète et personne en général. Mais il faut en être bien conscient quand on se lance dans un défi physique, parce qu’une des clés et pour y arriver est d’accepter les contraintes que ça va générer sur votre mode de vie. C’est super de courir quand il faut beau et qu’on a le temps, mais se lever à 5 heures du mat par une pluie battante pour aller faire des 400 m sur une piste en hiver, c’est moyen agréable. Et pourtant, c’est le lot du coureur de fond qui veut progresser. Vous voyez l’idée. Avant de vous embarquer dans un défi, mesurez bien ce que ca implique pour votre quotidien (principalement du temps à passer, de l’inconfort et des contraintes alimentaires et de mode de vie) et signez un contrat avec vous même où vous vous engagez à le faire.

Après une fois que le pli est pris et surtout qu’on voit que les contraintes permettent de progresser et de se rapprocher de son objectif, ca peut même devenir agréable de grelotter sous la pluie ou de vomir après une séance de CrossFit un peu rude :-). Il y a aussi tout un tas de moyens de rendre la routine d’entrainement plus facile (aller voir sur ce sujet James Clear, l’auteur d’Atomic Habits.)

Règle #1:

Anticipez bien l’impact que votre entrainement va avoir sur votre quotidien et assurez vous que c’est jouable, psychologiquement et au niveau de votre organisation. Etant anciens étudiants de prépa, vous savez ce que c’est de sacrifier du temps et du plaisir pour un objectif supérieur donc ca ne devrait pas vous poser problème.

Checklist :

  • Quel est mon objectif ?
  • Quels sacrifices vais-je devoir faire sur mon quotidien pour y arriver ?
  • Suis-je prêt à les faire ?
  • Est-ce que je dispose du temps et de l’environnement nécessaire ?

2. Qu’est-ce que l’entrainement ?

Avant de vous lancer dans votre défi, votre organisme est dans état initial x, par définition incapable de relever le défi (sinon c’est pas un défi, c’est du foutage de gueule). Il va donc falloir amener l’organisme à produire les adaptations physiologiques qui vont l’amener à être capable de réaliser le défi. Comment générer cette adaptation de la manière la plus efficace possible ? En s’entrainant.

S’entrainer, c’est pas faire de l’exercice physique au hasard genre courir un jour avec les potes, faire un tennis le lendemain et une sortie à vélo le Dimanche. Tout cela est bel et bien et a des impacts positifs, tant physiologiques que sociaux, mais ne va pas orienter l’organisme pour qu’il produise des adaptations précises correspondant à ce que vous voulez arriver à faire.

L’organisme est économe, et ne s’adapte que si la production de l’adaptation est vitale. Il faut donc appliquer un stress spécifique (surtout physiologique mais aussi psychologique) qui va forcer l’organisme à produire ces adaptations.On appelle ca aussi l’hormèse, sur des aspects purement biochimiques. Un élément toxique à haute dose peut être générateur d’adaption à faibles doses. Mais pas toujours, le concept est donc à manipuler avec précaution et non, ça ne justifie pas l’homéopathie qui est une fumisterie intellectuelle de premier ordre. Na.

La bonne nouvelle c’est que notre corps, contrairement à une machine, est hautement adaptatif. Il réagit rapidement au stress et se transforme pour que le même stress, appliqué la prochaine fois, ait moins d’impacts physiologiques. Du coup à l’étape n+1, on pourra appliquer un stress plus important qui générera une adaptation additionnelle, etc.

Jusque là tout va bien. Là où ca se complique, c’est que l’organisme n’est pas capable de produire une adaptation importante en peu de temps. C’est la suite répétée et planifiée de stress marginalement plus importants au fil du temps qui produit l’adaptation désirée. Un stress trop élevé va détruire l’organisme, ce qui n’est pas le but visé. Il y a d’ailleurs une histoire célèbre, dont je ne sais pas si elle est vraie, qui est celle du premier coureur de marathon (Philippides, en 490 avant JC), courant d’Athènes à Sparte pour annoncer une victoire à une bataille et tombé raide mort en arrivant après avoir couru comme un dératé pendant 40 bornes. Et à contrario si votre entrainement ne génère pas assez de stress (comme je l’ai fait une fois, m’entrainant sur une machine elliptique parce que j’avais la flemme d’aller courir et peur de me blesser), les adaptations attendues n’auront pas lieu et vous n’y arriverez jamais.

Autrement dit, l’entrainement efficace consiste a appliquer la juste quantité de stress physiologique avec régularité pour générer les adaptations attendues.

Pas assez de stress : pas d’adaption, il ne se passe rien;

Trop de stress : blessures (la mort n’est pas si commune quand même).

Du coup, on voit qu’on avoir un problème d’asymptote. Quand le corps s’adapte, il faut augmenter le stress appliqué pour avoir un stimulus qui continue à être adaptatif. Mais on ne peut pas augmenter les stimuli à l’infini parce qu’on n’a pas le temps et que les adaptations ont une limite. Aucun plan d’entrainement ne peut permettre de courir un marathon en une heure, parce que le corps humain n’en est pas capable. Donc à moment donné les adaptations devront forcément s’arrêter. On atteint alors, si l’entrainement a été bien fait, son « optimum génétique » – autrement dit la performance maximale possible sur le sujet désiré que permet notre ADN. Et, oui, le monde est injuste, et donc certaines personnes naissent avec un ADN qui va leur permettre de courir un marathon en 2 heures 5 et d’autres en 3 heures 10. Moyennant le plan d’entraînement adéquat évidemment, et l’envie de faire les sacrifices nécessaires pour y arriver.

Et il faut donc avoir un plan qui dose correctement le stress, juste assez mais pas trop, sur un horizon temporel défini. Un mathématicien dirait que c’est la recherche d’un optimum. On a pas mal de recul sur le sujet, mais il y a encore des écoles de pensées qui s’affrontent à propos des meilleurs plans d’entrainements pour atteindre un objectif donné, que ce soit pour la course à pied ou la muscu. Heureusement, on ne vise pas la performance de l’élite mondiale ici donc on va pouvoir rester dans des logiques qui sont bien connues et qui ont fait leurs preuves.

Un autre point, très frustrant mais hélas réalité physiologique incontournable : les adaptations générées sont temporaires. Autrement dit, dès que vous arrêtez votre entrainement, vous régressez à vitesse V. C’est hyper frustant, et c’est aussi pour ca qu’il faut éviter les blessures à tout prix ! 2 mois sans courir (par exemple à cause d’une blessure, ce qui m’est arrivé souvent) et on a l’impression de repartir à zéro. C’est pas tout à fait vrai, certaines adaptations sont durables mais globalement la performance diminue. Encore une fois, l’organisme est une machine à minimiser l’énergie dépensée pour assurer sa survie. Les adaptation sont couteuses en énergie. Fabriquer des mitochondries pour produire plus d’ATP (le carburant de notre organisme) ou augmenter la quantité de fibres musculaires, ca coûte cher. Tant que l’organisme considère que c’est indispensable à la survie, il s’execute de bonne grâce. Si les stimuli extérieurs diminuent ou s’arrêtent, la bonne grâce devient … de la bonne graisse, si j’ose dire – l’énergie ingérée est stockée dans des endroits qui nous énervent quand on se regarde dans la glace, en prévision de possibles pénuries d’énergie parce que c’est la stratégie qui maximise la survie à court/moyen terme.

Dernier point : les adaptations ont lieu hors du temps d’exercice.

On ne fabrique pas du muscle quand on lève de la fonte, mais dans les heures et les jours qui suivent (et notamment pendant le sommeil, c’est pour ca que les athlètes de haut niveau dorment beaucoup). Et il faut donc espacer les entrainements ayant le même objectif adaptatif pour que l’organisme fasse son travail de réparation et de construction. Et réserver régulièrement des périodes avec un stress hebdomadaire moindre là encore pour permettre les adaptations attendues. On parle de « deload » ou de « tapering » en muscu ou en course. C’est particulièrement important avant une compétition. Et assez intuitif: vous n’allez pas vous mettre une cartouche en courant 40 bornes la veille de votre marathon, ca tombe sous le sens. En fait on le fait régulièrement, et il y a un consensus pour dire « trois semaines de charge, une semaine de récup ». Il faut faire suffisamment d’efforts pendant la semaine de récup pour ne pas perdre en adaption, mais suffisamment peu pour que l’organisme récupère.

Règle #2

Construisez votre plan d’entrainement pour atteindre votre objectif, avec progressivité et sans jamais forcer. Ménagez des périodes de « deload ».

Certaines applications comme training peaks calculent un ratio du stress du jour sur une moyenne mobile d’une plus longue durée et vous aident à voir quand il faut lever le pied, mais en ce qui concerne la course ou la muscu, le rythme « trois semaines intenses, une semaine cool » est quasi universellement appliqué.

3. Douleur et inconfort

Le stress que nous allons infliger à notre organisme pour le modifier va nécessairement nous faire passer par des moments désagréables. Que ce soit d’avoir le coeur qui cogne dans les tempes ou les nausées lors de séances de course où on approche de sa fréquence cardiaque maximale, les muscles qui brulent lors des répétitions, les pensées négatives quand on est « dans le dur » … s’entrainer n’est pas toujours une partie de plaisir, et tout athlète passera par des moments pendant l’entrainement (ou l’épreuve sportive) où son cerveau lui dit de lâcher l’affaire. Et le coach ou les copains ou les autres athlètes vont le pousser, le maintenir « allez, bravo, encore un tour, accroche toi, etc. » et c’est toujours des moments émotionnellement intenses. Et il faut s’accrocher dans ces situations. Et comme le dit mon coach – c’est pas de la douleur, c’est de l’inconfort. Ca va s’arrêter et c’est en resistant à l’inconfort qu’on progresse.

Par contre il ne faut pas confondre ça avec la douleur annonciatrice de la blessure, et ce n’est pas toujours simple. On peut avoir des petites douleurs ici et là qui disparaissent à l’échauffement. Ou qui au contraire vont empirer au cours de la séance, ou sur les suivantes. Et tout cas pour moi. A maintes reprises je n’ai pas voulu écouter les signaux que me donnait mon corps et ca s’est toujours mal fini ! Comme le Marathon de la Rochelle dont j’ai couru la moitié du parcours avec une déchirure musculaire au grand fessier, que je raconte ici. J’ai mis 6 mois à m’en remettre. L’héroïsme ou l’idée qu’une volonté de fer va triompher de la douleur est une erreur. La douleur c’est votre corps qui vous dit que le stress cumulé qu’il a subi récemment est trop élevé. Il faut l’écouter sinon vous allez le payer dans un délai assez court. J’insiste dessus parce que … j’ai vraiment du mal avec ca, tout comme plein de copains coureurs et j’ai eu des tendinites d’Achille à répétition , une épine calcanéenne, une déchirure musculaire, et mon cas est plutôt banal.

Règle #3 :

Si vous êtes dans l’inconfort, continuez votre séance. Si vous avez mal, arrêtez. Et apprenez à faire la différence entre les deux.

4. Mesure

Pour résumer ce qui a été dit précédemment : nous voulons transformer un système (notre corps) en utilisant un plan qui va exercer des stress mesurés et répétés pour le rendre capable de produire un effort déterminé à un moment donné. Pour savoir si le plan mis en oeuvre est efficace et nous approche de notre objectif final, il faut mesurer tout ça, en permanence. Pour la course à pied, ca va être courir plus vite, plus longtemps. Pour la muscu ça va être déplacer des charges plus lourdes, peut être plus longtemps également. Et il va aussi falloir mesurer le stress appliqué et son impact. La mesure est notre boussole dans cette aventure. Elle a une dimension subjective et objective.

Subjectif : il existe une échelle de perception de la difficulté d’un effort, appelée Echelle de Borg. On va s’en servir pour mesurer l’intensité de la séance d’entrainement. Il est important d’apprendre à se connaitre et identifier l’effort produit.

Objectif : la perception de l’effort est en fait liée à la modification de paramètres physiologiques: accélération de la fréquence cardiaque, du rythme respiratoire, accumulation des lactates dans les muscles (la sensation de brulure dans les muscles sur des efforts puissants et dans la durée), type de filière métabolique utilisée pour produire l’effort, etc.

La technologie de mesure a énormément évolué depuis une trentaine d’années et on peut facilement mesurer un paquet de variables.

La base de tout (pour la course du moins) est la fréquence cardiaque (FC pour les intimes). On peut acheter un cardiofréquencemètre pour quelques dizaines d’euros (modèle le moins cher à 18 euros chez Decathlon) ou plusieurs centaines (modèles haut de gamme chez Garmin ou Polar) qui offriront tout un tas de fonctions complémentaires, comme des prévisions de temps sur des compétitions, le temps d’appui au sol, le nombre de foulées par minute … Quel que soit votre budget et votre appétence technologique, iIl n’est pas raisonnable de vouloir s’entrainer pour une course comme un semi ou un marathon sans avoir de cardio – notamment parce que les séances vont toujours être orientées sur une fréquence cardiaque cible; je détaillerai ça dans un autre post.

Le cardio va également vous permettre de trouver votre fréquence cardiaque maximum (FC Max, inconfort à la clé garanti !), qui vous permettra d’étalonner la FC à utiliser sur tel ou tel type de séance.

Les données peuvent être recueillies par des applications sur smartphone qui permettent du coup de tracer les séances et faire d’autres calculs et analyses. La plus courante est Strava. Training peaks est bien aussi. Les fabricants de matos (Décathlon, Garmin, Polar) ont leurs propres applis qu’on peut interfacer avec ces applis généraliste.

On peut aussi s’amuser à faire ses propres calculs. Excel est notre ami. Moi j’aime bien, pour mesurer ma progression, le rapport vitesse moyenne sur fréquence cardiaque. Quand on progresse on arrive à courir plus vite à iso-fréquence cardiaque. Et à réduire la fréquence cardiaque à iso-vitesse. Mesure à faire après échauffement, sur par exemple 1 kilomètre.

Pour la muscu on peut se passer d’outil de mesure, les poids sont écrits sur les haltères 🙂 Si on est vraiment narcissique on peut mesurer le tour des biceps et des cuisses aussi ! Mais il est indispensable de tenir un log des séances pour voir, par exemple, comment on peut faire plus de répétitions avec les mêmes charges, ou le même nombre de répétitions avec des charges plus lourdes. Noter ses sensations, et le cas échéant l’impact du mode de vie (éviter les séances brutales les lendemains de cuite par exemple !)

Une autre mesure intéressante est la mesure de la variabilité de la fréquence cardiaque (HRV). En gros ca indique votre niveau de stress physiologique et si vous le suivez régulièrement vous pouvez voir l’impact des séances et suivre votre niveau de forme global. j’utilise une bague Oura qui mesure ca et plein d’autres choses et j’y suis un peu accro je dois dire.

Et si vous voulez perdre du poids, que ce soit pour vous alléger sur un marathon ou juste réduire votre taille de pantalon, il est indispensable de compter les calories, sauf à utiliser des méthodes comme Weight Watchers qui en fait transforment les calories en points. L’application myfitnesspal marche très bien. Mais y’en a plein d’autres.

Règle #4

Outillez vous pour le suivi de votre entrainement avec les outils de mesure adéquats pour votre pratique, et au minimum un cahier de suivi / tableau excel pour monitorer vos progrès.

Principales sources utilisées dans ce post :

The little black book of workout motivation (Mike Matthews)

Practical Programming for Strength Training (Mark Rippetoe)

Posts à suivre: plus de détails sur les plans de course à pied et la progression en muscu.

Quelques photos pour illustrer le post:

En apesanteur à Dakar
Arrivée du Marathon de Chicago : après l’effort, le réconfort 🙂
Mesure : volontaire pour une expérimentation sur le Marathon de Paris avec des capteurs partout ! et plutôt grassouillet à l’époque !
Mesure : test VMA à Mon Stade
Effort et inconfort : sueur qui ruisselle pendant une épreuve de CrossFit
Un peu de stress supplémentaire : entrainement par -10° à Iowa City
Dans le dur : derniers kilomètres du Marathon de Londres
Entrainement : tours de pistes à Issy les Moulineaux

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Paléophil, le retour !

Après quasiment deux ans sans rien écrire ici subitement l’envie me revient.

Je ne sais pas où je vais trouver le temps de m’y remettre … peut-être en passant moins de temps à regarder CNN et les night-shows américains qui ne m’amusent plus vraiment.

La politique, qu’elle soit américaine ou française, fait partie des sujets où, qu’on soit informé ou non, ca ne change pas grand chose à nos vies. Sauf dans les diners entre potes où tout le monde commente sur l’ineptie de telle ou telle décision gouvernementale « ah non mais quand même cette incompétence c’est incroyable » mais le fait est qu’incroyable ou pas, le fait de l’énoncer ne sert pas à grand chose – sauf à monter une association ou un parti politique; mais ce n’est pas mon intention ni en général celui des commentateurs avisés ou indignés.

C’est comme quand on gère une entreprise, tout le monde a un avis mais quand on est à la barre c’est une autre histoire et la posture de commentateur est bien plus confortable. Etant dans un métier (le marketing) auquel personne ne comprend rien mais sur lequel tout le monde a un avis (« ouah attends j’ai une super idée créative de la mort qui tue ») je suis bien servi 🙂

Et en ce moment avec le COVID on est particulièrement gatés, tout un chacun ayant son idée sur la meilleure stratégie et s’offusquant soit de l’incompétence de nos élites soit de leur corruption.

J’ai passé ces dernières années choqué en permanence par Trump et ses horreurs, mais n’ayant pas le droit de vote aux US à part m’indigner de son cynisme et de la connerie de sa « base » et autres supporters de QAnon, ca ne me fait pas vraiment avancer – à part affiner ma grille d’analyse sur la bêtise humaine et les tours que nous jouent notre cerveau, ce qui est un plaisir narcissique et assez inutile, l’expérience me prouvant que cette acuité ne me protège pas tellement dans mon quotidien finalement, à part pour accepter de lâcher prise.

Donc écrire, oui, mais sur des sujets qui me touchent directement et qui peuvent aussi te toucher, ami lecteur lâchement abandonné en rase campagne. Donc revenir à des fondamentaux, le sport, l’alimentation, la navigation complexe entre notre cerveau de primate et le monde actuel – qui restent des sujets importants et où mettre mes idées à plat et écrire quelques lignes ici pourra peut-être faire bouger celles qui sont dans ta tête. Avec ma marque de fabrique qui est de connecter des choses improbables. Là on va avoir la muscu, Bezos, Dawkins, des spaghetti et des abdos. Hang in there.

Tournant toujours autour des questions de motivation par rapport aux efforts nécessaires à l’entretien de notre véhicule irremplaçable, au moins pour l’instant, j’ai lu récemment un petit bouquin, « the black book of exercice motivation », qui disait en substance – s’entrainer, c’est dur. Ce qui est simple, c’est de se laisser aller, c’est pour ca que la plupart des gens le font.

Étonnamment (ou pas) je suis tombé hier sur la même idée dans un contexte on ne peut différent : La lettre annuelle aux actionnaires de Jeff Bezos. Oui je lis ça aussi, en essayant d’éviter le vertige de « ah si j’avais acheté des actions Amazon en 1997 ». La dernière en date est remarquable, comme d’habitude (elle est ici ). Et elle se termine par une citation de Richard Dawkins, une de mes idoles intellectuelles et qui a largement contribué à façonner ma vision du monde depuis ma lecture du « gène égoiste ».

Là c’est un passage de « the blind watchmaker » – l’horloger aveugle – que je peux traduire approximativement comme suit:

« Repousser la mort demande du travail. Livré à lui-même – ce qui se passe après la mort – le corps a tendance à revenir à un état d’équilibre avec son environnement. Si vous mesurez des variables telles que la température, l’acidité, la teneur en eau ou le potentiel électrique dans un corps vivant, vous constaterez généralement qu’elles sont très différentes de la mesure correspondante dans l’environnement. Notre corps, par exemple, est généralement plus chaud que son environnement et, dans les climats froids, il doit travailler dur pour maintenir cette différence. Lorsque nous mourons, le travail s’arrête, la différence de température commence à disparaître et nous finissons par avoir la même température que notre environnement. Les « efforts » pour éviter d’être en équilibre avec la température ambiante varient selon les espèces, mais toutes font un travail comparable. Par exemple, dans un pays sec, les animaux et les plantes s’efforcent de maintenir la teneur en eau de leurs cellules, en s’opposant à la tendance naturelle de l’eau à s’écouler d’eux vers le monde extérieur sec. S’ils échouent, ils meurent. Plus généralement, si les êtres vivants ne s’efforcent pas activement de l’empêcher, ils finissent par se fondre dans leur environnement et cessent d’exister en tant qu’êtres autonomes. C’est ce qui se passe lorsqu’ils meurent.« 

Donc pour vivre et se différencier de l’environnement, il faut produire des efforts qui consomment de l’énergie. On pourrait pousser la métaphore, comme le fait Bezos sur l’entreprise (se différencier des autres pour survivre dans l’écosystème économique) ou l’individu (cultiver ses différences pour avoir une valeur sociale).

Mais revenons à l’activité physique volontaire.

Lever de la fonte, aller courir, même si l’activité peut se révéler plaisante avec l’habitude, c’est toujours se faire violence d’une certaine manière au nom d’un objectif « lointain », que ce soit avoir un corps qui soit plus conforme à une image idéale, être en meilleure santé, ou vouloir s’aligner sur une compétition. Et c’est au final le degré de brutalité qu’on est capable de s’appliquer qui détermine l’efficacité de la démarche. No free lunch. Donc c’est toujours « quel plaisir instantané est tu prêt à sacrifier au nom de ton objectif à long terme » et notre cerveau est vraiment pas fait pour fonctionner comme ca dont il faut une sacrée dose de cortex pour y arriver.

Lire le livre ne permet pas magiquement de se lever à 6 heures du mat pour lever de la fonte pendant une heure mais me fait réfléchir à mes propres difficultés à sacrifier un plaisir gustatif, un temps perdu, pour atteindre un objectif précis.

Donc tout est arbitrage entre des objectifs en tension. Ce week-end lors d’un déjeuner arrosé avec les potes musiciens avec lesquels je joue, la conversation roule sur l’apparence physique et le batteur nous lâche « moi je voudrais un 6-pack pour me la péter sur la plage ». Etant moi-même actuellement dans les affres du bon gras qui recouvre les abdos je lui dis gentiment (en lui resservant une louche de riz en sauce) que la seule méthode c’est la restriction calorique et arriver à moins de 10% de masse grasse. Et donc, comme il est italien, je porte le coup de grâce en lui disant qu’il peut oublier les carbonara pendant quelques mois. Quoi ? Plus de pâtes ? Impossible ! Bon ben voilà. Pâtes ou 6-pack il faut choisir … qu’est qui amènera plus de bonheur sur la durée .. parader sur la plage ou manger des bonnes pâtes ? le débat est clairement posé, et une fois dit comme ca, permet de mieux savoir pourquoi on va consentir ou pas certains sacrifices.

En l’occurence mon objectif actuel est de revenir à un poids qui me convienne – ayant lâché la bride pendant le confinement et surtout abandonné les longues séances d’endurance qui était quasi quotidiennes il y quelques années. En 2014-2015, j’allais bosser à vélo et je faisais souvent une séance de course à pied le midi. Donc des semaines à 8-10 heures d’entrainement massivement bruleur de calories. Le passage au CrossFit, changement de mode de vie, et le dilemme « prise de masse musculaire = calories en excès et entrainement aérobie long = cortisol = catabolisme » a fait long feu chez moi.

La pensée magique qui me consume parfois (qui a dit « tout le temps » dans la salle ?) m’a laissé penser que mes habitudes keto/one meal a day et la dimension HIIT du CrossFit me protégeaient du stockage massif de calories mais force est de constater que nenni.

Rentrant d’un trip familial au brésil avec mon épouse (familial = nourriture en continu de 10 heures du matin au coucher, arrosée de litres de bière) j’ai le courage de monter sur la balance. Ouch. Bon en réalité il suffit de regarder une photo mais là encore le cerveau est trompeur. Ni rides, ni gras. La balance, non.

Et un soir je regarde une vidéo d’un culturiste qui dézingue toutes les « magic bullets » sur la perte de poids. Hint: il n’y a pas de magic bullet. Certes toutes les calories ne se valent pas mais la seule manière de perdre du poids est de se mettre en déficit calorique. C’est con, mais imparable.

Et augmenter la dépense, ben faut bouger plus, et longtemps. Marcher une heure va cramer 2 à 300 calories (note: un croissant fait 450 calories), courir, faire du vélo entre 600 et 800. Faire trois circuits de squats, push press etc, même avec des poids lourds et le coeur qui monte à 160 plus ne va pas faire maigrir (ou alors, 6 mois plus tard quand la masse musculaire aura augmenté).

Bon alors il va falloir que je refasse un peu d’endurance (et manger moins évidemment). Myfitnesspal est devenir mon meilleur ami ou ennemi, ca dépend des jours.

Il y aura des posts à suivre sur le sujet.

PS pas encore familier avec le nouvel éditeur WP, la galère pour mettre des intertitres ! Le prochain post sera plus lisible, promis 🙂

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Six String Theories

Avertissement

Ceci n’est pas un post qui devrait être sur ce blog. Il fait 12.000 mots.

Ca ne parle ni de sport, ni de nutrition, ni de biochimie, ni de politique, ni de religion mais … de guitares, et de tout ce qu’elles m’ont amené depuis quasiment un demi siècle. Ce blog a toujours été mon véhicule d’expression personnelle, et en ce moment j’ai plutôt envie de raconter des histoires que de vouloir convaincre la planète du bien-fondé de mes idées (qui, vous l’aurez remarqué, ont souvent tendance à changer).

Là je vous invite plutôt à un voyage, l’histoire de ma longue relation avec les guitares et tous les méandres qui l’accompagnent. Laissez-moi vous y perdre, si vous aimez la musique et/ou si vous jouez de la guitare, il y aura sans doute de quoi vous faire résonner. Et sinon, faire le parallèle avec vos propres objets fétiches, on en a tous.

Remerciements

Eric Clapton, mon maître es-pentatoniques, à qui j’ai piqué le titre du post en rajoutant un pirouette quantique (quand même).

Mes parents, mon épouse, mes enfants, mes potes puisque même si on parle ici d’objets, ils sont une trame liée et entretenue avec eux tous, et c’est pas fini !

Mention spéciale pour mon vieux pote et maître initiatique en matière rock’n’rollienne Laurent, qui m’a fait le plaisir de fouiller dans sa propre mémoire pour préciser quelques éléments du début de l’histoire, et s’est transformé en relecteur assidu. Qu’il en soit ici remercié officiellement!

Préhistoire

Je me souviens clairement de ma première rencontre avec une guitare électrique. Je devais avoir 12 ou 13 ans, un groupe de potes qui jouait dans une « boum ». Je n’ai pas connu les surprises parties mais j’ai connu les boums, la négo avec les parents pour tirer l’heure du retour le plus tard possible. C’était avant d’avoir une Mobylette, sur laquelle je suis rentré souvent éméché, roulant approximativement sur les routes sinueuses de Dordogne.

Un concert ! Je ne sais plus ce qu’ils jouaient, mais le guitariste avait une guitare multicolore (une Emperador, copie japonaise de ES 335, mais ça je l’ai su bien après) et un gros son distordu qui m’a laissé bouche bée.

Guitareemperador

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Deux modèles d’Emperador. La mienne était sunburst, mais avec les micros stéréo.

A l’époque ma culture musicale était rudimentaire. Mes parents écoutaient assez peu de musique, quelques Django Reinhart avec Grapelli et le Hot Club de France, du New-Orleans. Je me souviens des bends rares de Django et la clarinette de Sydney Bechet. Du blues, déjà, mine de rien. Un peu de classique, aussi, pour me dérouiller les oreilles : Pierre et le Loup, Casse-Noisette, qui porte bien son nom … Et des chanteurs engagés révolutionnaires et totalement inconnus : Henri Tachan, Francesca Solleville. Quand j’avais 10-11 ans, mon père me ramenait des 45 tours quand il allait à Paris. Il allait chez un disquaire et demandait les 45 tours à la mode. Ça a commencé par Joe Dassin, et puis j’ai demandé des trucs en anglais. Je me souviens de Let It Be, puis My Sweet Lord et cette pochette bizarre en mode nain de jardin.

Mes parents m’ont mis au piano quand j’avais 10 ans parce qu’un de leurs collègues prof d’anglais leur avait dit que j’avais une bonne oreille (hélas non absolue). En fait l’anglais m’a toujours passionné ; peut-être parce que nous avions fait un trip dans la perfide Albion l’année précédente, où ils m’avaient acheté des Tintin en anglais. Je cultiverai par la suite mon anglophilie en allant trainer au rayon « 33 tours » du Monoprix pour apprendre par cœur les paroles de chansons, à l’époque souvent imprimées sur la pochette intérieure protégeant le précieux sillon des 33 tours.

Ils sont allés acheter un piano droit à Bordeaux et j’ai commencé sans conviction à prendre des cours avec une prof septuagénaire aux doigts tout ridés. Quand je lui ai dit que je voulais jouer des trucs plus modernes que la Méthode Rose et le Déliateur, elle m’a sorti « Le petit nègre », de Debussy. C’est sûr que c’était moderne. Même si j’adorais jouer le prélude 28 de Chopin que Gainsbourg a allègrement pillé ensuite, et dont j’ai écouté avec passion les disques période anglaise … l’Anamour, avec ses guitares claquantes et ses envolées de violons.

Après j’ai dit que je voulais faire de la guitare, ils m’ont acheté une guitare classique et j’ai pris des cours avec un autre prof, septuagénaire également, qui en plus empestait la vieille pipe (avec du tabac). J’ai réussi à négocier l’achat de « Deep Purple In Rock » chez l’unique disquaire de Périgueux et commencé à écouter en boucle cette lave sonore, musicalement incompréhensible, mais qui me plaisait bien. Sweet child in time, c’était de circonstance. Mes potes de 3ème m’ont acheté « School’s Out », d’Alice Cooper, pour mes 12 ans. Là aussi, ça faisait du bruit. Évidemment le son de la guitare électrique n’avait rien à voir avec celle de Django, et j’avais bien envie de pouvoir faire la même chose. Je me souviens aussi de «Parachute Woman» des Stones, acheté au supermarché du coin. Un single issu de Beggar’s Banquet, ce qui m’intrigue un peu, l’album est sorti en 68, j’avais alors 8 ans. A moins qu’il ait mis quelques années pour arriver en Dordogne ?

Mon père qui aimait la belle technologie avait un magnéto Grundig à bandes qui pouvait faire du « sound on sound », comme un Revox. Je m’en suis emparé rapidement et m’amusais à faire du multipiste en empilant des parties de guitares en mode « wall of sound », et c’est une habitude qui m’est restée. L’autre chose, à part le prénom, que je partage avec Phil Spector. Mais par contre je n’ai tué personne, moi.

Première(s) guitares et émois musicaux

Donc je tombe en arrêt devant cette guitare au son fantastique. A la fin du concert je vais discuter avec le guitariste, Marc, je lui dis que je trouve sa guitare extraordinaire et il me propose de me la vendre. Avec quelques bonnes notes au collège, j’arrive à convaincre mes parents de l’acheter, avec petit ampli Fender Champ (à trois potards). Un jour je saurai qu’il a été largement utilisé sur Layla, mais ce sera bien après. Là c’est juste un truc assez petit pour ne pas effrayer mes parents.

J’avais aussi un copain, Jacques, branché plutôt folk ; on écoutait ensemble America et CNSY. Ça me plaisait bien aussi et lors d’un trip à Paris je traine mes parents chez Paul Beuscher et repars avec quelques song-books et une 12 cordes Epiphone.

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En train de déchiffrer America avec l’Epiphone, dans l’herbe …

Pourquoi 12 et pas 6 ? Je me suis dit « qui peut le plus peut le moins » et si y’a des cordes en trop je pourrai toujours les enlever. Et sinon, plus, c’est mieux et c’est différent. Hé, les gars, moi j’ai une 12 cordes, hein, attention. Même si j’arrive pas à faire un barré, c’est une 12 cordes. J’avais sous-estimé le cauchemar de l’accordage et du passage des accords de 7eme majeure chers à America (sol si ré fa#), mais ça le faisait quand même. Je passerai des années à me prendre le chou sur les song-books, trouvant que les accords sont trop simples (à part le Sol majeur 7) pour être dignes de mes héros et ne permettant pas de retrouver les sons que j’entends. La réalité est un peu plus compliquée, Neil Youg et ses potes ont effectivement écrit des paquets de hits avec 3 accords et une petite descente chromatique de ci de la ( je devrais dire de si de la) et un sus 4 qui traine pour annoncer le refrain. Mais Steven Stills était aussi un expert en open tuning : bonne chance pour y arriver avec un arrangement pour piano si personne ne vous dit qu’il est en DADGAD ou autre. Il battait les femmes aussi, personne n’est parfait, et les héros artistiques ne sont pas forcément des belles personnes, surtout quand elles sont ivres ou défoncées.

Je ne sais plus laquelle est arrivée en premier, l’Epiphone 12 cordes ou l’Emperador … peu importe ; l’électricité a ma préférence. Le Fender a évidemment un son clean de chez clean : pour faire tordre un Champ, faut le mettre à fond, et encore. Difficile à faire dans la maison familiale, et je suis trop timide pour tout mettre à 10. C’est pas du tout le son que j’avais entendu lors du concert. Déçu, je rappelle Marc – et là il me parle de « pédale de distorsion ». Quezaco ? Marc, bricoleur introverti, électronicien en herbe, s’était fait une fuzz avec deux transistors au germanium, et évidemment pas question de me la vendre. Bon prince, il me dit que je peux trouver une pédale équivalente dans le magasin d’instruments de Périgueux.

Ouah Wah, ça fuse !

J’ai oublié la marque, mais je reviens chez moi avec une « Fuzz Wah ». Wah, Ouah ! Là ça change tout, et je commence à me trimballer un peu partout avec mon Emperador, mon Champ et ma FuzzWah, et parfois l’Epiphone quand je décide de massacrer quelques morceaux d’America autour d’un feu de camp. Horse with no name, je suis désolé de t’avoir fait tant de mal.

A l’époque je lis Best et Rock et Folk, remplis de photos de musiciens et de pubs de guitare. Je dévore les articles de Philippe Manœuvre et rêve devant les images. Je me souviens de photos de Keith Richards …

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Et d’une pub Ibanez, une page avec 50 guitares différentes, genre caverne d’ali-baba pour guitaristes.

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Mon interprétation perso de la pub Ibanez des 70s

A l’époque ils ne font que des copies de guitares US, le logo est toujours rondouillard et je crois que c’est une marque espagnole. Je ne retrouve plus la pub sur internet, mais il y avait tout Fender et tout Gibson. A force de lorgner les pubs je me rends compte que mon Emperador ressemble fort à une ES 335 Gibson et un jour je découpe un logo dans Rock & Folk que je vais coller sur la tête de la guitare, de travers, avec du scotch et de la peinture à maquettes, et je crânerai fièrement, en vil imposteur que je suis, avec ma fausse Gibson. Déjà poseur 🙂

Premier groupe

Ma vraie fausse Gibson me permettra d’intégrer un groupe local … avec Marc, qui me l’a vendue, et de commencer à répéter dans un garage.

De l’avis du batteur, Laurent , j’ai été « embauché » parce que je savais jouer le solo de Sympathy For The Devil. Enfin, j’ai réussi à lui faire croire que je savais le jouer. Il faut dire que l’avais passé un paquet d’heures à écouter en boucle Get Yer Ya Ya’s Out, fasciné par le petit bout de larsen au début du solo de Keith Richards… et tout le reste.

Malgré mon apprentissage classique, je fais tout à l’oreille et, tel un Champollion périgourdin, découvre tout seul la première position de penta mineure en Mi, et les doubles stops piqués à Chuck Berry. Il me faudra plus de temps pour comprendre qu’on peut aussi faire une penta majeure sur les mêmes accords et apprendre la partie rythmique géniale de Keith Richards. Sur les photos des livrets de « l’Age d’Or des Rolling Stones » on le voit aussi avec une Dan Amstrong en plexiglass. La Les Paul noire, surtout celle à 3 micros, reste une guitare qui me fascine, dans son élégance intemporelle. Il parle aussi de sa guitare à 5 cordes faites sur mesure dans une longue interview à Philippe Manœuvre que je connais par cœur tellement je l’ai lue et relue … et qu’on voit sur quelques photos de la tournée Européenne de 72.

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La Dan Amstrong custom 5 cordes de Keith Richards

On s’appelle « Electric Phallus » parce qu’à cet âge, le pénis, ça travaille tout le monde même si ça ne sert pas encore à grand-chose. Le groupe sera effectivement un véhicule efficace pour attirer les filles : je construirai mon image sociale adolescente sur le « moi chuis musicien » : plus efficace sur la gent féminine que « moi j’ai 19 de moyenne en maths », surtout quand on a deux ans d’avance, pas de poils au menton et qu’on mesure 20 cm de moins que les concurrents pour accéder à l’échange de fluides corporels.

On joue du Steppenwolf, quelques Stones, et du MC5, des punks énervés de Detroit, à l’opposé de la soul de Motown. Quand on travaille à la chaine dans les usines automobiles qui vendent le rêve américain inaccessible couvert de chrome et qui ne tient pas la route, il faut bien trouver un moyen de se défouler pendant le week-end. J’aime leur musique, mais pas assez pour craquer sur une Mosrite, dont je trouve la forme horrible, avec le micro manche décalé, quelle idée !

Laurent est un encyclopédiste du rock. Il a trois ans de plus que moi. A 15 ans ça fait toute la différence ; maintenant il y a prescription. Il va régulièrement à Paris acheter des précieux « imports », qu’on écoute à fond les ballons dans la maison bourgeoise de ses parents, l’après-midi. On arrive même à faire venir les flics lors d’un combo répète/blind test.

C’est lui qui me fera écouter mes premiers Aerosmith : Toys in the Attic, Rocks. Des gros riffs, la talk box de « Sweet Emotion », des chorus ad-lib noyés dans la réverb, des arpèges à la 12 cordes. La classe absolue. Et puis aussi « Layla » de Derek and the Dominoes. Je trouve Clapton « facile à jouer », je le sens bien. Layla, Have you ever loved a woman : l’expression pure de ce qu’on peut faire avec des pentas, le lyrisme en plus.

Plus tard je remonterai le temps et ira écouter ses maitres à lui, Robert Johnson, et les trois rois (BB, Freddy, Albert). Du son le plus gras au plus incisif, la palme revenant à Albert, sa pipe, sa Flying V montée à l’envers, ses amplis à transistors et ses bends de malade sur 3 notes ½. Je lirai un jour une interview de Van Halen expliquant que le seul guitariste avec lequel il a peur d’être sur scène, c’est Albert. Un bend de trois tons contre une avalanche de tapping, y’a pas photo.

Et je resterai collé à Clapton, dont j’ai tous les albums, un paquet de DVDs de concerts, et trois biographies. Un sacré collectionneur de guitares, lui, un amour immodéré des Strats, des jolies femmes et des costards Armani. Mention spéciale pour la Strat dorée à l’or fin qu’il utilise sur le concert de Montreux, et celle avec des peintures géométriques, bien loin des volutes psychédéliques de la SG qu’il utilise avec Cream, peinte par le même couple de hippies qui a aussi décoré la Rolls de John Lennon.

 

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Clapton et la SG « The Fool »

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La Strat dorée de Clapton

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Lennon et sa Rolls

Fender passion : Strat ou Tele ?

Alors justement, la Strat… Je traine toujours dans le magasin de guitares de Périgueux, il n’y en a pas des masses mais il y a une Strat en bois naturel de toute beauté. J’ai du passer des heures à baver dessus au lieu de réviser mes interros de math … C’est l’époque où Dark Side of the Moon démarre son carton planétaire, et parmi les posters qui décorent ma chambre il y a Gilmour avec sa Strat noire, et aussi Clapton … avec une Explorer. Et Keith Richards, évidemment.

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Clapton et son Explorer modifiée

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Gilmour, black strat, Dark side of the Moon

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Keith et ses carburants

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Keith et la Dan Armstrong en plexi

La Strat est hors de portée financière, l’Explorer bien lointaine et exotique mais il y a aussi une Telecaster noire, d’occasion, dans un autre magasin (oui, il y avait deux magasins de musique à Périgueux dans les années 70, c’est dingue, non ?).

Je ne sais plus comment j’arrive à convaincre mes parents de m’acheter une autre guitare. Tant que j’ai des bonnes notes, tout est possible. Une Fender, une vraie ! Que je ramène fièrement dans le groupe. Marc a aussi une Telecaster, mais lui, bricoleur barré, a coupé les deux cornes pour la faire ressembler à la « teardrop » Vox qu’utilisait Brian Jones dans les Stones en 65-66.

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Brian Jones avec une vraie Vox Teardrop

Il en tire un son acéré à la Wilko Johnson, la distorsion, pas question, et il a le même type de jeu rythmique énervé et précis.

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Marc et sa « Teardrop Tele »

Les pochettes

Ma discothèque initiale se limitait à Deep Purple in Rock, Schools Out, et Get Yer Ya Ya ‘s Out : la sainte trinité.

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Je m’étoffe musicalement et passe des heures à analyser les pochettes sous toutes les coutures. Les Stones évidemment, tous les albums. Les Beatles ? Pouah, quelle horreur … même si j’ai eu quelques échanges de salive animés sur « And I love her » et les larmes qui suivent en général quelques semaines plus tard.
Bowie aussi (Alladin Sane, jeu de mots sur « a lad insane » – un type givré, le frère de Bowie était schizophrène … et le solo de piano incroyable sur « Time », mais aussi les grosses guitares grasses de Mick Ronson sur Ziggy Stardust), Alice Cooper encore, Pink Floyd, Deep Purple toujours, Status Quo, Crosby Stills Nash & Young, America … J’écoute aussi beaucoup de prog rock, Genesis, Yes mais là les guitares ne sont pas en avant, tellement les orchestrations sont complexes. Suis aussi un grand fan de Michel Polnareff, et des incontournables Moustaki et Le Forestier, qui font la joie des feux de camps avec une guitare sèche, mais dont les pochettes sont sans intérêt.
Et il y aura aussi les Runaways, le premier groupe de Joan Jett. Elle a 16 ans, moi aussi … fantasme absolu.

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Logique, il y a souvent des guitares sur les pochettes d’albums. Je me souviens particulièrement de « Love it to death » d’Alice Cooper.

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Les deux SG, dont une blanche à trois micros et une avec Bigsby. C’est encore l’époque où les musiciens originaux du groupe jouent (assez approximativement d’ailleurs), avant d’être remplacés en studio par le duo infernal Dick Wagner et Steve Hunter. Qui jouent aussi sur Rock’n’roll animal de Lou Reed, avec l’intro de Sweet Jane de 8 minutes noyée dans du phasing.

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« Frampton Comes Alive », encore une Les Paul à trois micros. Perdue dans un accident d’avion et miraculeusement retrouvée et restaurée 30 ans plus tard. Et de la talk box à la pelle (Frampton, Beck, Perry … trois grands utilisateurs). Blue Oyster Cult (l’intro de «The Reaper », encore deux SG, …), et Ted Nugent avant qu’il ne tourne mal avec ses délires sur le deuxième amendement, qui tire des larsens féroces de son ES 175 ¾, ce qui dénote une approche bien personnelle du gros son.

Un peu plus tard (76) dans le panthéon des pochettes indélébiles, arrive Wired, de Jeff Beck.

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Wired recto, Strat

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Wired verso, Les Paul

Je ne sais plus comment je tombe sur Beck (Laurent me souffle que c’est lui qui ne l’a fait découvrir, c’est bien possible) … A la première écoute je reste comme un lapin planté dans la lumière des phares. Un de mes albums de référence encore aujourd’hui. Mentions spéciales pour le larsen dans le solo de Led Boots et les sons de chorus dans Come Dancing et surtout Goodbye Pork Pie Hat. J’ai appris récemment qu’il avait utilisé un Ring Modulator pour avoir ce son incroyablement gras et dense, et je ne sais toujours pas comment il a fait. Du coup je vais acheter tous ses albums et découvrir son histoire incroyable. J’irai le voir un paquet de fois en concert, toujours sidéré par son jeu totalement organique (j’ai d’ailleurs fait un post là-dessus il y a quelques années, ici). L’intro de « Going Down », « Beck’s bolero » avec un Jimmy Page fantôme et tout ce qu’il fera ensuite une fois qu’il aura jeté ses médiators à la poubelle …Il reste mon guitariste préféré à ce jour.

Mon prof de guitare classique de l’époque, qui n’était plus le vieillard enfumé initial, mais un jeune gars qui se polit les ongles au papier de verre tous les jours, a chez lui un Silverface Fender et une SG et m’explique que quand on sait jouer du classique on peut tout faire. Il me prêtera sa guitare de concert quand je vais passer l’option musique du bac, avec un prélude de Villa Lobos, et me proposera de suivre un cursus de guitare classique au lieu d’aller en prépa. Inutile de dire que ce n’est pas du goût de mes parents, même si pour eux c’est moins pire que de vouloir être le Keith Richards périgourdin. Mon admiration pour lui s’écroulera à cause de Jeff Beck. Un jour je lui amène Wired pour qu’il l’écoute, il me le rendra la semaine suivante avec un haussement d’épaules : « bah c’est du blues quoi ». Je ne lui pardonnerai jamais (même si c’est pas entièrement faux !) et j’achèterai religieusement tous les albums de Beck en le vouant aux gémonies.

A la même époque je fais mon premier « vrai » concert, avec ma Telecaster, dans un tout petit club de Périgueux.

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La caverne, qui portait bien son nom !

L’occasion d’une rencontre avec un ami d’ami bien plus vieux que moi, qui le restera jusqu’à son décès l’année dernière. Fou de musique et vendeur les week-ends dans un magasin de hi-fi, son studio parisien est rempli de vinyles du sol au plafond et il écoute ça sur des grosses JBL propulsées par un ampli à lampes McIntosh. Il me vendra ma première chaine hifi, avec une paire de L36 qui me suivra pendant quelques décennies, et me fera découvrir notamment Lynyrd Skynyrd, Sweet Home Alabama, les groupes à trois guitares et ces sons de Strat qui font grincer des dents. RIP.

Aleas

Un accident de vélomoteur me cloue au lit pendant quelques mois. Mes grands-parents viennent habiter à la maison. Mon grand-père, postier de nuit, passionné d’électronique, avait appris tout seul à réparer des postes de radio à lampes, qui remplissaient la salle de bains de son minuscule appartement parisien : les bains c’était pour les bourgeois.

Il profitera de son passage pour me bricoler une disto maison, avec un schéma trouvé dans une revue d’électronique. C’est fou ce qu’on peut faire avec trois transistors, deux diodes et quelques résistances. Moi je ne serai jamais très bon avec le fer à souder, à peine capable de recabler les micros d’une guitare, même si mes études ultérieures me permettront de comprendre comment tout cela fonctionne.

La découverte de la transformée de Fourier (décomposition d’un signal complexe en une somme d’harmoniques à fréquences multiples) et des différentes classes d’amplification (A, AB, D …) rangera le « mojo » chers à beaucoup de guitaristes au rang des mythes fondateurs, m’aidant à comprendre que la « magie » du son est en fait une somme d’imperfections et de non-linéarités dans la chaine de traitement du signal, posé par les limites de la technologie du moment. Au final ce ne sont que des paquets d’électrons qui se déplacent, et qui finissent par faire bouger des molécules d’air qui viennent taper sur nos tympans. Et on fait avec les moyens du bord. On invente la classe A/B pour économiser de l’énergie par rapport à la classe A qui certes sonne bien mais dissipe les 2/3 de l’énergie électrique en chaleur.

Un micro magnétique de guitare (d’ailleurs ce n’est pas un micro à proprement parler, il n’y a pas de membrane, c’est un transducteur qui génère un courant électrique alternatif dont la fréquence est proportionnelle celle de la vibration de la corde) ne reproduit pas le spectre de fréquence linéairement. Le Humbucker, comme son nom l’indique, a été inventé pour supprimer les ronflettes des micros simple bobinages, ce qui se paye par une bosse dans les médiums ; une distorsion écrête et du coup rajoute des harmoniques ; certains modes d’amplification vont favoriser les harmoniques paires, d’autres les harmoniques impaires ; un haut-parleur de 12 pouces coupe toutes les fréquences au-delà de 5000 Hz, ce qui compense naturellement un paquet d’harmoniques générées par la distorsion.

Il suffit d’écouter le solo original de « Sympathy for the Devil », sur Beggars Banquet, qui a visiblement été enregistré directement sur la table de mixage, sans ampli, pour entendre cette brillance agressive qui vrille les oreilles, mais quand on demande de faire ami-ami avec Lucifer, c’est de bonne guerre. Je ne sais pas si on brule en Enfer, mais il y a sans doute des sons qui percent les tympans !

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Keith en train d’enregistrer « Sympathy for the Devil » avec sa Les Paul 3 micros

Neurologie et évolution

N’oublions que notre cerveau est une machine à donner du sens et que, d’un point de vue de l’évolution, l’oreille humaine a évolué pour détecter les menaces de l’environnement et nous permettre de communiquer efficacement. Oliver Zacks, neurologue fou de musique, raconte des histoires fascinantes dans son livre « Musicophilia ». Notamment le fait que les bébés naissent en général avec l’oreille absolue (la capacité à détecter la hauteur d’une note sans aucune référence, comme on voit les couleurs) mais que cette capacité interfère avec la compréhension du langage, où en général le sens est indépendant de la hauteur tonale, sauf quand ma femme est en colère . Donc le cerveau coupe ces circuits neuronaux et se focalise sur les mots, qui sont bien plus importants pour la survie. Il y a aussi les histoires incroyables de synesthésie (perceptions secondaires générées par stimulus sur une autre sens, en général voir des couleurs quand on entend des sons) qui est un dysfonctionnement cérébral très courant chez les musiciens de haut niveau. Pourquoi on parle de blues et de blue note ? tiens, c’est peut-être pour ça que j’aime les guitares bleues, pour jouer du blues 🙂

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Je m’emmerde tellement pendant les cours en Terminale que je passe mon temps à dessiner des guitares dans mes cahiers. Notamment les cours de Philo, qui ne me passionnent pas vraiment. J’ai appris récemment (en regardant l’excellent documentaire Life in 12 bars) que Clapton faisait pareil, et il a fait des très chouettes dessins de ses idoles de l’époque et de leurs guitares.

Guitares (1)

 

Je vis dans un univers imaginaire, maquillé comme Alice Cooper, je chante comme Polnareff, j’ai un boa dans mon sous-sol, je joue de la guitare comme Keith Richards, j’invente des guitares improbables, ma mobylette est un chopper Harley, je fais des tournées mondiales les groupies se disputent ma virginité mais la femme de ma vie c’est Joan Jett, qu’on se le dise !

Retour à la réalité : je passe le bac, je suis reçu et vais me la couler douce un été avant de rentrer dans l’enfer des prépas (c’est ce qu’on dit). La récompense : acheter un « vrai » ampli, qui fait vraiment du bruit, à Paris. Inculte et arrogant (déjà :-)) je jette mon dévolu sur une tête Marshall avec un 4×12 Hiwatt, sans avoir réalisé que pour faire sonner une tête Marshall de l’époque, sans master volume, il faut le mettre à fond. Pas à 11 comme dans Spinal Tap, mais au moins à 10. Quand bien même le vendeur me recommande un MusicMan qui m’aurait sans doute mieux convenu. 50W à lampes Marshall, ça fait du bruit, et donc je n’arrive pas à avoir le son que j’ai dans la tête. Je passerai par des bricolages bizarres pour ne pas reconnaître ma faute originelle, genre faire faire une sortie préampli de mon Fender Champ pour le mettre en entrée du Marshall. Là pour le coup, ça sature sérieux, ça fait des ronflettes aussi, mais je réussirai à ne jamais m’électrocuter ! J’ai cette idée après avoir lu une interview de Ted Nugent qui fait la même chose.

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Marshall en campagne !

Le voyage à Paris me permet aussi de réaliser un autre fantasme absolu : l’album pirate ! Il y avait un magasin de disques spécialisé à Odéon, on se serait cru aux Caraïbes tellement il y a de pirates. Je ramènerai un album de la tournée Européenne des Stones en 72, la dernière avec Mick Taylor, juste avant la sortie de « Goat’s Head Soup ». Le meilleur groupe du monde, à l’époque, et putain, qu’est-ce que ça envoyait. Keith savait encore faire quelques chorus à l’époque, et avait ce son dur, peu distordu mais tellement puissant et dans ta gueule, qui fonctionnait si bien sur les rythmiques en open et les double-stops berrichons (oui elle est mauvaise, je sais).

Fin de carrière

Ma « carrière périgourdine » se terminera en apothéose, le Phallus Electrique faisant un concert en première partie de … Patrick Hernandez (si, si) dont la carrière décollera plus que la notre, avec « Born to be alive », cette resucée foireuse d’un Giorgio Moroder, qui lui assure une retraite paisible.

Un public de quelques centaines de personnes et évidemment beaucoup d’excitation. Fin stratège, je profiterai de l’opportunité pour inviter une fille du lycée dont je suis éperdument amoureux mais trop timide pour l’aborder. J’arpenterai les allées de la salle après le concert sans la trouver, mais le billet fera quand même son effet, on finira par se trouver et je resterai en couple avec elle pendant plusieurs années. Mon pote Jacques était censé enregistrer le concert, mix sortie de table, et évidemment, il oubliera.

Acte manqué ou pas, seul Oncle Sigmund pourrait le dire, mais il était déjà mort à l’époque, mon pote, lui, est toujours vivant et j’ai fini par lui pardonner cet outrage suprême. Pas sûr que ce soit une grande perte, nous étions assez approximatifs et je me souviens m’être lancé tout seul, en rappel, à jouer le riff de « Satisfaction » alors qu’aucun de nous ne connaissait la chanson, même pas moi. Entre l’adrénaline et l’adolescence, on fait parfois des sacrées conneries, celle-là ne sera pas la pire !

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Sound Check avec la Tele et la wah fuzz !

Boucherie électronique : époque punk

Ma Telecaster va me suivre dans mes divers lieux d’études, et je vais lui faire subir les pires sévices, pour me venger, sans doute.

Premier massacre, à Bordeaux, où je suis étudiant en Prépa : ayant compris qu’un double bobinage fait plus de bruit qu’un simple, je décide d’en poser un sur la Tele. A l’époque Di Marzio est à la mode dans l’aftermarket, va donc pour un Super Distorsion. Sauf qu’au lieu de remplacer le micro chevalet, je le pose au milieu. Oui, un luthier a accepté de faire ça, je devais être très convaincant à l’époque ou il crevait vraiment la dalle. Évidemment les niveaux de sortie ne sont pas vraiment compatibles mais je m’en fous, j’ai une guitare à trois micros avec plein de switchs et ça suffit à mon bonheur.

Je rencontre un gars qui me prête une Strat, une vraie, sunburst, avec un humbucking en position manche. J’adore le son de cette guitare, je découvre les positions intermédiaires, je joue beaucoup avec et quand il me propose de la vendre j’ai pas de sous, c’est un pote qui l’achète mais comme il s’en sert peu il me la laissera quelques années et c’est ma première histoire d’amour avec une Strat. Même si je pense qu’elle avait été volée lors d’un concert …

C’est l’époque des punks, Clash, Sex Pistols et aussi le premier album de Telephone qui restera mon groupe français favori. Je suis encore capable de sortir le riff de « Flipper » (on te donne trois ba-a-a-lles), faut dire aussi que j’y joue souvent au bar en face du Lycée. Il y a une section musique à la bibliothèque et on va y écouter de la musique, fort. Je fais quelques concerts par-ci par-là avec un groupe à géométrie variable. Souvenir ému d’aller à une répète à deux sur une mobylette, avec la guitare en bandoulière …

Rickenbrothers

Je découvre les Jam dans la tribu punk – hybrides de mods en réalité, et le son tranchant de la Rickenbacker de Paul Weller. Bizarrement, je n’ai jamais vraiment accroché sur les Ricken. Pourtant, j’ai embrassé des filles en écoutant des vieux Beatles, été initié à la magie de la 12 cordes électrique de Roger Mc Guinn des Byrds. Laurent, mon maitre initiatique sur pas mal de ces sujets les trouvait tellement belles qu’il achètera une magnifique 4001 même s’il ne sait pas jouer de basse du tout ! Et nous surnommera affectueusement les rickenbrothers. C’est mieux que les toxic twins (Perry et Tyler) ou les glimmer twins (Jagger Richards) !

La 4001 est actuellement en prêt permanent à la maison et utilisée régulièrement par les bassistes de passage. Gros son seventies, suffisamment polyvalent pour avoir à la fois été utilisée par Chris Squire (Yes) et Lemmy (Motorhead), qui faisait carrément des accords avec. Chacun son truc !

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C’est Lemmy !!!

Din ch’nord

Exit Bordeaux, je pars continuer mes études à Lille, entassant toutes mes possessions dans ma R5 d’occasion : ma Telecaster, mon ampli, mes L36 JBL et ma paire de santiagues. Ca suffit largement à remplir le coffre.

Étudiant en première année d’école d’ingé, je continue à torturer ma Tele. Je m’acoquine avec un électronicien fou et lui demande de me mettre un module de disto dans la guitare ; il me bricole un truc à piles qu’il met dans un boitier externe accroché à la sangle de la guitare : je viens d’inventer la guitare à électronique active :-).

Police est à la mode. Andy Summers a aussi une Tele, et je vais acheter un Chorus et un Delay (analogiques, je les ai toujours et ce sont des pièces de collection …) et commencer à noyer mon son dans des tonnes d’effets, habitude qui ne m’a pas quitté. Et je fais refaire par un luthier la finition de la guitare avec un dégradé de bleu (j’adore les guitares bleues, ne me demandez pas pourquoi) et tant qu’à faire je lui demande de chanfreiner l’arrière en mode Strat … Pour le coup, ma guitare devient complètement unique. Je joue dans le groupe de rock de l’Ecole, on fera quelques concerts, on joue Police, Joe Jackson, des Stray Cats et je ne sais plus quoi.

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Tele, trois micros, des switchs partout et du scotch !

Avec mon salaire de stage ouvrier dans une fromagerie périgourdine je m’achète un 4 pistes Tascam et une boite à rythmes Mattel (oui, ils ont fait des boites à rythmes) et je fais des prises de son de groupes Lillois. Je ferai même des maquettes où je chante et joue de tous les instruments, y compris la batterie, heureusement disparues. Je joue aussi dans un groupe local et je me ferai prêter une Les Paul pour enregistrer une maquette qui est une copie honteuse d’un morceau de Led Zep et qui sortira sur une compil … en cassette. On fait du gros rock qui tache.

Je ferai partie du comité d’organisation du Gala de l’Ecole, on fera venir Michel Jonasz en concert. J’écoute la balance de toutes mes oreilles, puis discute un peu avec son guitariste avant le concert, il a un Mesa Boogie et un son énorme. Il me regarde les yeux dans les yeux, me souffle « le secret, gars, c’est la compression », me montre une petite boite bleue, et me plante là. C’était peut-être bien Jean-Yves d’Angelo, et Manu Katché à la batterie. Ca envoyait grave.

Les outrages à la Tele se termineront à Lille, et je finirai par la remettre presque dans son état d’origine, en mettant juste un double en position manche.

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Enfin restaurée à peu près proprement

Life is a Bich

Je suis toujours hanté par les guitares de Joe Perry. Le sommet de la gloire d’Aerosmith est un peu passé, mais il y a ce live où il a un vrai catalogue de grattes sur scène, parfois en jouant deux à la fois … et cette incroyable BC Rich Bich à 10 cordes et 12 switches.

 

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Une des photos de l’intérieur de la pochette

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Double manche, avec 6 et 10 cordes !!!

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La pochette arrière, avec encore la Bich rouge …

A Lille il n’y a pas de BC Rich mais une Aria Pro II dans une boutique de la galerie marchande (plus glamour tu meurs) avec une forme bien découpée : une Urchin.  Les modèles haut de gamme ressemblent furieusement à la Bich, dans le genre usine à gaz biscornue à manche traversant 🙂

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J’ai pas les moyens, le modèle de base fera l’affaire, et elle a un vibrato aussi ! Allez hop, vendu !

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J’achète aussi un Cube Roland, enfin un ampli avec un master volume, qui me permet d’avoir des sons un peu tordus sans rendre les voisins sourds. Les copains des groupes de l’écosystème ont tous des guitares différentes : une SG, une Les Paul avec des mini-humbuckers, une très belle Ibanez Artist avec laquelle je ferai quelques concerts. L’Urchin me sert de monnaie d’échange pour essayer d’autres guitares …

C’est à cette époque que ma 12 cordes prendra une retraite anticipée. Laissée dans la salle de répète couverte de boites à œufs dans le sous-sol de mon école, au retour des vacances je la retrouve dans 5 centimètres de flotte avec la table complètement gondolée. Déjà pas facile à jouer, mais avec les cordes à 1 cm du manche à l’octave, c’est juste plus possible.

Massacre à la tronçonneuse

On a déjà entamé les années 80 et Van Halen a tout changé depuis 78. Les guitares deviennent encore plus anguleuses. Je me souviens de ma première écoute d’Eruption et d’être resté bouche bée devant cette avalanche de tapping. Putain, mais comment il fait pour avoir un son pareil ? On voit, dans les magazines, son Explorer découpée à la tronçonneuse (c’est en fait une Ibanez, et il l’a largement utilisée sur le premier album).

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Franken-explorer en action …

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Une lutherie raffinée 🙂

Un jour, alors que j’ai quitté l’appartement conjugal pour habiter dans une piaule de 12 m2 dans une maison bourgeoise de Roubaix dans laquelle j’arrive à peine à arriver à mon lit en me faufilant entre ma paire de JBL L36, ma tête Marshall et mon Portastudio, un autre locataire passe la tête à la porte avec une Explorer Eagle qu’il a lui-même tronçonnée, et qu’il a montée avec des Di Marzio encore plus puissants que puissants. Il a besoin d’une guitare avec un vibrato, j’ai envie de ressembler à Van Halen, hop, on fait affaire.

10 ans plus tard j’en aurai marre de cette cicatrice horrible et je m’embarque dans un projet de restauration complète de la guitare, que je vais intégralement démonter, polir, revernir (au pinceau …) et même reconstituer le bout manquant. Hélas la teinture acajou ne prend pas sur la colle et la cicatrice restera. Elle sonne bien avec sa paire de humbuckers Gibson, et j’ai mis des switchs pour splitter les micros, et un inverseur de phase qui donne ce son complètement creusé si caractéristique.

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L’explorer restaurée maison

Patine maison … elle a servi !

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Mon chapitre Lillois terminé, j’aurai découvert le hard-rock dans le dernier groupe où je joue de la guitare puis de la basse, avec des fous furieux qui ont passé quelques années en prison, la new wave et les punks (ah, Clash … Mick Jones, aussi étendé que Keith Richards à l’époque où il se faisait des shoots d’héroïne entre deux sets de tennis avec Jagger …)

Parisien

Je pars habiter à Paris, en commençant par passer 2 ans sur un campus d’école de commerce célèbre en banlieue. Les guitares sont toujours là, et j’enregistre des maquettes avec un ami chanteur pas loin de là, sur deux Portastudios en parallèle pour faire du 8 pistes :-), chez le copain qui a acheté la fameuse Strat bordelaise.

Les années 80 se terminent. Je commence à bosser, habite dans le 12ème et vais trainer à Pigalle régulièrement mais il y a aussi quelques belles boutiques près de Bastille. Premiers salaires décents, mariage, appartement, j’aménage une première pièce musique dans un appart de 55 m2 (bon ça fait aussi bureau, et il y a le piano de mon épouse, qui a eu cette lubie de vouloir un piano comme cadeau de mariage, alors qu’elle n’en joue pas). Je m’achète un clavier, un Korg M3 avec un séquenceur, commence à bidouiller le midi avec de l’audio. J’achète un gros Mac d’occase et me fais ramener un boitier de synchro d’un pote qui est en stage aux US.

Mais je n’aime pas les sons de guitare que je sors. Je n’ai pas encore compris que la distorsion d’une pédale doit passer un HP qui coupe les aigus pour sonner correctement. Un jour je tombe sur une « Cream Machine » de Hugues & Kettner et qui contient la fameuse « red box » qui émule un 4×12 ; Euréka !!! à la même époque j’achète un préampli Mesa Boogie qui a aussi une sortie simulation de HP qui marche bien avec la Telecaster, ca me permet quand même de peaufiner mon interprétation personnelle de Keith. Mais je cherche aussi toujours du gros son et du larsen …

Infinite sustain

Un jour, je tombe sur une Kramer avec un Sustainer. Sans doute une des premières, il faut deux piles de 9 volts pour l’alimenter. Sustainer + Floyd Rose : le larsen infini sans ampli !!! Je l’achète immédiatement et frôle le divorce (qui arrivera quelques années plus tard, mais pour d’autres raisons …).

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Un logo tout en finesse …

C’est ma première « vraie » guitare, où je sais ce que je fais en l’achetant. Bon, le manche n’est pas parfaitement monté, le contrôle qualité chez Kramer est assez sloppy et le mi grave a tendance à partir dans les choux si on pousse un peu. Mais y’a le sustain de la mort et je vais passer un paquet de soirées à faire du dive bombing noyé de reverb et de delay. J’ai d’un côté la Tele que j’ai monté en open de sol pour faire du simili Keith et de l’autre la Kramer pour des trucs plus sauvages.

Je vais rester comme ça un moment et surtout étoffer le côté prise de son, achetant un Tascam Midistudio 644 (8 pistes sur une cassette !!!). Avec le revival récent de l’analogique récent, on en voit réapparaitre sur les sites de petites annonces. Même des 244. Moi une fois passé au tout numérique, franchement … Je ne dois pas avoir assez d’oreille pour entendre la différence.

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Vintage technology …

Sansamp

Je commence à avoir l’occasion d’aller aux US pour le boulot. Lors d’un premier voyage à NYC je veux ramener un préampli Bogner, mais manque de pot, y’en a nulle part. Je rentre avec un SansAmp, qui est nettement moins encombrant mais qui va permettre d’accéder au gros son au casque, sans réveiller les voisins.

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Ils le font toujours, et maintenant ils l’appellent « Classic » …

Le voyage suivant je reviens avec un préampli TriAxis Mesa.

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Une autre machine increvable. Plus en production aujourd’hui mais toujours utilisé.

Ma config de scène c’est le Mesa et un multi effet Alesis, et je découvre le bonheur de programmer des presets et les #CC du midi. Mais passer d’un son hyper clean à une grosse disto en appuyant sur un switch, quel bonheur. On peut même faire varier le gain du préampli et réduire le master volume simultanément avec une pédale d’expression. Essayez de faire ça avec une tête Marshall !

Théorie

A moment donné j’en ai marre de ne rien comprendre à ce que je fais et ce que je joue. C’est sympa d’être l’artiste inspiré dont les doigts bougent par magie sur les cordes, mais c’est du pipeau, et dans des situations de groupe, c’est très pénalisant à moins d’être totalement imbibé de substances diverses, mais ça ne le fait qu’une fois.

Et puis j’ai fait du classique. En classique on apprend à lire, mais hélas on n’apprend pas la grammaire. Pourquoi on rajoute un # à chaque tonalité dans le cycle des quintes ? Mystère, faut juste apprendre par cœur fa# do# sol# … alors j’essaye de comprendre, j’achète quelques livres et tout devient plus simple.

Laissez-moi vous expliquer.

Une corde qui vibre : une fréquence. On pince la corde ou on met le doigt au milieu : fréquence double. On pince ou on met le doigt au premier tiers : fréquence 3/2, et ca s’appelle une quinte. Do, Sol. Fréquence de sol :3/2 de la fréquence de Do. On refait pareil sur le Sol, on rajoute une quinte : Sol, La, Si, Do, Ré. Fréquence du Ré : 9/4 de celle du Do. Et à coup de fractions, on couvre toute la gamme. Ça c’est Pythagore et ça pose des problèmes de convergence, et il y aura pas mal d’autres théories avant d’arriver au clavier tempéré du 17ème siècle, qui répartit les fausses notes un peu partout.

C’est passionnant, et l’harmonie c’est pareil.

On empile deux notes, ça fait un intervalle, trois notes, une triade. Suivant la gamme utilisée à la base, toujours dérivée de la gamme majeure, trois tons, un demi ton, trois tons, un demi ton, on reconstruit tout. Alors je comprends enfin les bends, passage de la tierce mineure à la tierce majeure, les sixtes que j’adore, et puis le fameux triton, qui divise la gamme en deux parties égales dans un intervalle furieusement instable (do-fa#), entre les paisibles quintes et quarte, qui n’attend que de retomber d’un côté ou de l’autre pour soulager la tension auditive.

Triton qu’on trouve dans tous les accords de 7ème de dominante, entre la tierce majeure et la septième (sol#-ré pour un mi 7) et qui est bien appuyé par exemple dans le refrain de Walk this Way d’Arosmith ou de Rock’n’roll de Led Zep… et donc présent dans tout le blues. Tension, relâchement, accord majeur et de septième de dominante, si fa qui résout en do mi, toute la musique occidentale et populaire repose sur cette construction. Impossible de faire la part de la culture et de la biologie, pourquoi le triton est tendu et la quinte relâchée, mais le secret est peut-être dans les neurones qui décodent les vibrations du tympan …

Handmade

Quelques années plus tard en amenant ma Kramer à réviser chez un luthier (les incroyables DNG) je découvre qu’on peut se faire faire une gratte sur mesure ; j’adore trainer chez eux, respirer l’odeur du vernis et du fer à souder, essayer toutes les guitares qui trainent, et germe l’idée de me faire faire une Explorer à ma sauce. On va discuter longtemps sur la forme et les specs. Ca convergera vers une config simple / simple / double splittable et un piezo dans le chevalet. Je sais, j’aime les usines à gaz :-).

Le résultat est magnifique, et me donnera le goût du custom, même si ce sont des guitares impossibles à revendre.

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En Maraude

Je me fâche avec le copain avec qui je faisais des maquettes, de toute façon, je ne serai jamais musicien professionnel, après beaucoup de maquettes et des rencontres avec des DA de maisons de disques, je suis dégoûté par le peu d’attention porté à mon travail génial et méticuleux :-). Et je comprends qu’être artiste, c’est être dépendant du goût du public et des gardiens du temple. Trop compliqué pour moi. Je ne parle pas du talent et de la motivation sans faille nécessaire, évidemment.

Beaucoup de boulot, plus le temps de jouer, des enfants qui commencent à prendre de la place dans l’appartement,  mon studio de musique devient une chambre d’enfant,  je donne mon baffle Hiwatt à un copain, vends ma tête Marshall à un jeune gars qui le met tout de suite à donf pour l’essayer, et mon Portastudio. Entretemps un collègue me laissera à demeure son combo Marshall et une Gibson Marauder, qui vaut mieux que son look un peu plastique. Un jour je la démonterai pour la faire repeindre par un pote de mon beau-fils qui fait des jolis tags mais … les tags ne seront jamais terminés, et elle est toujours en pièces détachées dans un coin de ma cave. Je n’aurai jamais dû vendre cette tête Marshall, aujourd’hui je saurais la faire sonner correctement mais ainsi va la vie. Mais comme je suis en train de divorcer, c’est le cadet de mes soucis.

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Let me be your king

Après mon divorce, je séduirai ma nouvelle compagne en lui jouant du Presley et du America sur une guitare acoustique à deux balles, achetée dans un petit magasin de musique aux US. Et puis ses enfants, qui habiteront avec nous quelques années plus tard, commencent à lorgner sur mes guitares et à les tripoter un peu. J’offre une mini Strat à son fils cadet, l’ainé préférant une BC Rich avant de se mettre à la basse. Ils me convainquent d’acheter une batterie électronique sur laquelle commencent des répètes où ils massacrent du Greenday et composent des chansons évidemment géniales.  tout en me demandant de les

Ma Tele et mon Explorer y gagneront une nouvelle vie. Le plus jeune, Steven, avec son premier groupe pré-adolescent qui lui ferai faire ses premières scènes à 12 – 13 ans, a besoin de plusieurs guitares, et ne peut se contenter de la SG que je lui ai ramené des US. A vrai dire, c’est moi aussi qui aurai une nouvelle vie musicale avec eux puisqu’il faut prêter des guitares, les accorder, chercher des partoches sur internet, aider à déchiffrer du Metallica et du Slipknot, et évidemment jouer ensemble. Et moi je leur fait écouter Aerosmith et les DVD Live de Clapton : échange de bons procédés. La transmission de savoir se renversera au bout de quelques années, et je me ferai engueuler un jour parce que j’ai la flemme de faire des allers-retours sur les arpèges et que ça manque de précision.

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Une nouvelle vie pour l’Explorer …

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Et la Tele !

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Au début des années 2000 je découvre Line6 et leurs premiers simulateurs d’amplis qui tournent sur PC, puis le fameux POD. Ma femme m’achète en même temps une Martin acoustique avec laquelle je découvre que mon fils handicapé a l’oreille absolue, le jour où il devine les notes que je lui joue sur la Martin sans que je lui dise. Début d’une longue relation complètement centrée sur la musique.

Donc … il y a beaucoup d’activités musicales avec les enfants et je reprends goût à la guitare, ou plutôt, commence à assumer mieux ma passion infantile pour cet objet magique.

Quand Line 6 sort sa Variax (guitare sans micro, avec tout un tas de sons simulés) le Père Noël en met une sous le sapin (j’ai vraiment une femme sympa !) et entre ça et le POD XT que je viens d’acheter, je vais tomber dans la marmite Line6 pendant quelques années. Il y a un soft qui permet de bricoler les guitares virtuellement (on choisit la caisse, les micros et leur placement) et c’est plus facile que de revernir une Explorer !

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La première Variax

En parallèle je prends pour la première fois de ma vie des cours, dans la même école de musique moderne que l’ainé de mon épouse (c’est d’ailleurs lui qui m’incite à y aller). Beaucoup de répètes studieuses (on travaille en groupe, principalement sur les mises en places) qui me font réaliser l’océan de mon incompétence. J’ai un prof qui lit à vue, c’est le genre de truc qui calme de suite. Je joue aussi avec Laurent, « mon » batteur périgourdin,  et Jacques, tout le monde était désormais à Paris.

Les Paul

Je découvre Larry Carlton lors du concert Crossroads de Clapton et je tombe amoureux de son son, et de son génie mélodique évidemment et je commence à lorgner sur les 335.

Un collègue collectionneur de grattes me branche avec un magasin US où il les achète, j’hésite un moment entre 335 et Les Paul et je finis par craquer pour une Les Paul reissue 58 mais dont le corps est creusé, ce qui la rend moins lourde et lui donne un son plus proche d’une 335, mais qui a un manche digne d’une batte de base-ball. Ca va devenir mon instrument de prédilection, et comme d’un seul coup j’en ai marre de la technologie et que j’ai enfin un peu compris comment marchaient les amplis, je m’offre un LoneStar Mesa Boogie, la vraie classe … A. le bestiau pèse une tonne mais ça sonne d’enfer, effectivement.

 

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Fractal

Mais la technologie va re-rentrer par la fenêtre. Un jour de 1998, peu de temps après avoir acheté le Mesa, je vois dans Guitar Player (snob que je suis, je ne lis que les canards de guitare US) une pub pour une nouvelle marque de préampli numérique, Fractal Audio. Déjà, le nom. Un Fractal, Mendelbrot, les espaces à dimension non entière … ça ne peut qu’être bien et en tous cas ça incite à la rêverie mathématique.

Je sais bien que les puristes ne jurent que par les lampes, mais pour moi un électron est un électron, un bit est un bit et E=MC2. Si on arrive à faire des images numériques, on devrait bien pouvoir faire des sons numériques, et d’ailleurs, j’aimais bien ce que j’arrivais à faire avec la Variax et le Pod XT.

Avec Fractal j’ai une intuition, la pub est bien faite, je craque … j’achète un Axe FX Ultra. Le son est là, par contre ce qu’il y a autour est assez roots. Câbles midi pour brancher le pédalier, convertisseur nécessaire pour brancher le midi sur USB pour accéder à l’éditeur, qui est en perpétuelle version béta, mais contrairement à Line6 les mises à jour du firmware pleuvent avec à chaque fois un nouvel ampli, une nouvelle pédale de disto, un nouvel algorithme de réverb et c’est Noël toutes les trois semaines ! Je réinvestis la prise de son, achète ProTools et une carte son Digidesign, et après quelques nuits passées à m’échiner sur des docs imbittables je vais réussir à m’en servir un peu et refaire des maquettes et des prises de son bourrées d’overdubs de guitares.

Fractal ne va pas me lâcher, et j’en suis à la 4ème machine que j’achète chez eux, avec toujours autant de bonheur. Et c’est comme les logiciels Microsoft, une fois habitué aux concepts et à l’interface, le coût intellectuel de la migration est élevé. Je viens de revendre mon Axe Fx II à un nouveau venu dans cet univers et après 3 heures d’explications on avait juste gratté la surface. Mais ça fait aussi partie de la magie du truc « et comment je pourrais faire ce son là ? » avec des outils impossibles à mettre en œuvre dans le monde analogique. Comme par exemple rajouter automatiquement plus de gain quand on joue dans les aigues que dans les graves. Surtout quand on n’a pas de roadie :-).

Made in China

Un jour je découvre AliBaba et les millions de copies bon marché de Fender et de Gibson qu’on peut acheter sur Internet à des fabricants chinois plus ou moins scrupuleux. Les guitares sont toujours très belles sur les photos, mais qu’en est-il en réalité ?

Après avoir bavé sur des Les Paul Supreme à 200 dollars et des Firebirds à 300, j’achète une fausse Strato Jeff Beck qui arrivera avec 6 mois de retard, n’aura de Jeff Beck que la couleur blanche. Sillet mal ajusté, manche qui a l’air en contreplaqué … j’essayerai de la faire ressembler à la 0001 de David Gilmour en mettant dessus une plaque en métal anodisée, et de la faire sonner mieux avec des Noiseless, le résultat est OK mais une imposture reste une imposture.

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L’industrie des « fake » en Chine est incroyablement dynamique (faut dire qu’ils fabriquent aussi des Epiphone, des Squier, …), tout est toujours possible et incroyablement bon marché mais … on paye cher pour avoir un faux logo. Au final il vaut mieux acheter une Harley Benton (sous-marque de Thomann) ou une Epiphone, quitte à acheter un décalcomanie Fender ou Gibson sur eBay.

Ne me regardez pas de travers, Slash et Billy Gibbons, entre autres, ont fait la même chose (pour le premier avec un luthier qui lui a fait une réplique exacte de Les Paul 58, pour le deuxième avec une Greco, copie conforme de Les Paul japonaise, souvent considérée comme mieux faite que les « vraies » Gibson de l’époque.

Considérations économico-philosophiques

Quand on s’intéresse à l’histoire des grands fabricants mythiques comme Fender ou Gibson, on réalise que ce sont des entreprises comme les autres, pilotées par le profit et soumises aux aléas des demandes des actionnaires (Fender) et à l’égo du dirigeant (Gibson).

Fender a failli faire faillite dans les années 70 après la prise de contrôle par CBS en 66, Léo ayant empoché son pognon et parti fonder MusicMan, et a décidé de délocaliser une partie de sa prod au Japon parce que la qualité des guitare US était épouvantable. Avec du pot, on pouvait tomber sur un instrument correct, mais c’était rare.

Les Strat Japon des années 70 sont considérés comme des instruments remarquables – fabriqués par le même sous-traitant qu’Ibanez. D’ailleurs, la légendaire Blackie de Clapton, revendue aux enchères 959.500 dollars après 30 ans de bons et loyaux services et autant de brulures de cigarettes sur la tête, a été fabriquée par le maitre lui-même à partir de trois strats achetée d’occase dans une boutique de Nashville en 72 pour une poignée de dollars (200 chaque).

Un bon investissement tout de même, la sueur évaporée des doigts claptoniens ayant visiblement autant de valeur que les immatériels d’Yves Klein. Si vous n’avez pas pu vous la payer, vous avez une seconde chance : une des 275 répliques exacte de Blackie fabriquées par Fender, sur lesquelles tous les pains et les pocs ont été méticuleusement analysés et reproduits. Il y en a quelques-unes sur Reverb qui apparaissent de temps en temps, pour environ 20.000 dollars. Je ne sais pas quel était le prix original de vente en 2006 … et évidemment toutes annoncent explique que cette guitare qui n’a quasiment plus de vernis sur le manche, comme l’original, n’a jamais été jouée depuis son achat. Rajouter un poc lui ferait sans doute perdre la moitié de sa valeur.

Mais vous pouvez aussi acheter une Blackie neuve, nettement moins chère (entre 1000 et 5000 euros selon l’année et le lieu de fabrication) et user le manche avec vos doigts moins habiles que ceux du maitre, et tremper le bloc chevalet dans un peu d’acide pour simuler sa paume moite quand il prend un solo de la mort. Ca vous évite les tournées mondiales, c’est moins fatiguant :-).

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Y’a de quoi se faire plaisir quand même, pour 20.000 euros !

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A la brulure de cigarette près …

Dans le même genre de de paradoxe absurde, il y a la Frankenstrat de Van Halen, qui revendiquait clairement son statut de machin bricolé. Un manche et un corps achetés pour 130 dollars, un vieux micro de ES 335 trempé dans la cire, un seul potard. Oui, sur une guitare, le potard de volume, c’est en fait le potard de tonalité ; Edward répliquera ce gag sur les Wolfgang faites avec MusicMan où le potard de volume est appelé « tone ». Qui a besoin d’une tonalité quand on joue sur un Marshall à fond ? Personne.

Après quelques séries « Artist » faites par Charvel, Fender, après avoir racheté la marque et entamé une collaboration fructueuse avec Van Halen, notamment sur les amplis EVH, fera 200 répliques exactes (jusqu’au sélecteur qui ne fonctionne pas et au micro manche qui n’est pas branché …) qui se vendent autour de 25.000 dollars aujourd’hui. Ce qui reste du pipi de chat comparé au prix d’une Les Paul Sunburst 58, qui va aller taper dans les 300K.

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Tout le monde en veut une, c’est sur !!!

C’est surement un bon placement. Nous vivons dans un monde où ce qui est authentique (même copié) prend de plus en plus de valeur puisque tout le reste, numérique, se réplique parfaitement et à l’infini.

C’est le prix astronomique des vieilles guitares, dû à leur rareté plus qu’autre chose, qui a lancé le marché des « relics » et autres « NOS ». Le gag étant que les vieilles guitares sont rares parce qu’à l’époque personne n’en voulait ! Gibson n’arrivait pas à vendre ses Les Paul, elles n’ont jamais été conçues pour être branchées dans un Marshall qui distord, mais le jour où Clapton l’a fait en 66 avec les BluesBreakers, abracadabra, la grenouille s’est transformée en prince charmant.

Et c’est pareil pour Fender. Entre le « Brownface » des années 50 qui vaut une fortune aujourd’hui à cause de la « qualité » de sa distorsion et la Strat à trois micros (parce qu’il fallait mettre un micro de plus que Gibson, et toc, pour générer de la différence sur le marché) où les fameuses positions intermédiaires 2 et 4, faussement appelées « hors phase », ont été découvertes par hasard, il y a là aussi beaucoup de sérendipité comme disent mes copains new age, et de hasard heureux dans ma terminologie personnelle.

Numérique ou analogique, encore …

Personnellement j’oscille entre les deux. Je reste fasciné par ces vieux objets, le design intemporel d’une Telecaster (51), Les Paul (52), Strat (54) que je trouve toujours beau et fonctionnel – mais c’est mon catéchisme, les images et concepts de la jeunesse ont une empreinte indélébile dans les circuits neuronaux.

Et la révolution numérique, guitares, amplis ou effets, parce que ça marche et que c’est pratique, et que c’est plus facile de modifier une guitare virtuelle que d’aller acheter un établi. Mais j’ai des potes (et plein d’artistes) qui ne jurent que par l’enregistrement analogique.

La console Neve de Sound City à qui Dave Grohl a dédié un film complet a-t-elle une âme, enfouie dans ses transistors et ses potentiomètres, une magie particulière aussi improbable que la position intermédiaire d’une Strat ou le grain d’un étage de puissance avec deux EL 34 qui écrêtent ? Des questions qui sont l’objet d’une exégèse sans fin. Les musiciens de rock ont finalement plus de points communs avec les Juifs orthodoxes qu’on ne pourrait l’imaginer.

Le feu noir qui s’éteint un peu vite

Toujours dans la mouvance numérique, et régulièrement  énervé par les guitares désaccordées dans les répètes, je découvre les nouvelles Gibson avec mécaniques automatiques et je vais craquer sur une Dark Fire, les premiers modèles où on peut changer d’accordage en tournant un potard ; enfin, presque. En fait c’est totalement inutilisable dans un contexte de scène, une vraie usine à gaz et je vais la revendre rapidement. La techno c’est bien quand c’est intuitif, sinon c’est la galère.

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AI3Y0624.jpgLe patron de Gibson de l’époque, Henry Juszkiewicz, qui vient de se faire lourder, avait parié sur la techno à mort pour changer des éternelles re-issues possibles et inimaginables. Mais même pour moi qui ai un côté technophile, c’était too much. La Firebird X avec toute son électronique embarquée a été un flop total. Et il faut dire qu’elle était vraiment moche aussi. Mais franchement, qui veut avoir un délai et un chorus dans sa gratte alors qu’il a déjà un multi-effets pour le faire ? On verra ce que James “JC” Curleigh arrive à faire. Il vient de chez Levi Strauss, donc aussi confronté à la même problématique. Faire des reissues de 501 et innover en même temps. C’est difficile de concilier tradition et modernité au sein d’une même marque, et les guitaristes sont des clients difficiles, pas spécialement ouverts à l’innovation.

Enter PRS : you’re welcome but you can never leave …

Du coup je refais un 180 côté guitare en tombant un jour sur un test comparatif de deux PRS dans un canard anglais, dont une 513 Private Stock avec une table flammée orange de toute beauté. Aucun de mes guitaristes favoris ne joue sur PRS (enfin, Santana, quand même) mais l’objet est magnifique et je passe un coup de fil au magasin qui m’apprend que la guitare est déjà vendue mais qu’avec le Private Stock je peux avoir quelque chose d’équivalent, si j’ai la patience d’attendre et assez d’argent pour me la payer.

Je peux bien faire une folie pour fêter mon demi-siècle qui approche et je signe le bon de commande. Je vais attendre quelques mois mais ne vais pas être déçu du résultat. Sans doute ma plus belle guitare, et toute la palette de sons que j’aime avoir sous la main, puisqu’on arrive à fois à avoir des sons de Strat, de P90 et de Humbuckers. Et un vibrato en prime.

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Je baptiserai la guitare lors d’une fête d’anniversaire où je loue les services d’un groupe professionnel pour jouer avec moi, et qui se terminera en gros boeuf avec des guitares dans tous les sens. Et je la ferai résonner dans une église, accédant à la demande d’un jeune couple d’amis de jouer « Wonderwall » pour leur mariage.

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Il fallait vraiment que je les aime pour accepter ça, et surtout la suite : accompagner les mamies cul-béni qui font les chants pour la messe à suivre, avec la PRS et le Fractal (qui pour une fois n’avait pas besoin de réverb ajoutée). Etant un garçon consciencieux, j’avais fouillé sur tous les sites cathos possibles et imaginables pour trouver les grilles idoines, mais hélas les mamies elles ne savaient pas lire la musique, et ont pris toutes les chansons dans des tonalités approximatives. Un vrai dialogue de sourds :  « L’Avé Maria, vous le prenez en La ou en Sol ? » Mais comme dans les messes tout le monde chante faux avec conviction, c’est passé comme une lettre à la poste, même si j’ai juré mais un peu tard qu’on ne m’y reprendrai plus, sans en faire tout un fromage quand même.

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Getting ready for the show

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Si, si, j’ai joué ça, enfin, essayé …

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Le rig diabolique !

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Show time !

Evertune

Je vais quand même faire quelques infidélités à PRS, toujours dans mon obsession de l’instrument qui ne se désaccorde pas (sans doute traumatisé par les mamies du mariage). Un génie au fin fond des US a inventé un nouveau type de chevalet entièrement mécanique qui ne se désaccorde pas, par un astucieux système de ressorts, et une marque européenne inconnue, VGS, vend des guitares équipées de ce chevalet. Dont une avec des frettes biscornues qui permettent d’avoir une intonation juste de haut en bas du manche. J’en achète une, puis je suis tellement content du résultat que j’achète aussi une copie de Telecaster pour la monter en open G – qui ne pardonne pas vraiment les accordages approximatifs, sans doute pour cela que Keith Richard en change à chaque morceau. Mais il y a vraiment une magie dans cet open G sur télé, sans doute le sus9 qui traine toujours sur le IV qui est devenu la marque de fabrique de Keith.

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La VGS aux frettes étranges …

 

Line 6 is back

Il y a aura aussi une Line6 James Tyler sur laquelle je vais monter un capteur midi mais une fois qu’on a fait une démo de piano ou de batterie avec la guitare, je m’en lasse vite.

Elle me jouera un tour pendable, lors d’un concert fait devant tous les collaborateurs de l’entreprise dans laquelle je travaille. Cette James Tyler permet de faire des accordages virtuels avec un petit potard cranté, ce qui est sympa et facile, si on veut se mettre en Mi b, en drop D ou en open G: on tourne le potard et hop, c’est fait. Sauf que quand on est sur une scène mal éclairée et sans lunettes, et que le groupe commence 3,4 sans prévenir et que ne je démarre pas dans la bonne tonalité, c’est l’enfer total. Je passerai un « Rolling in the River » complet en mode panique, ne sachant pas dans quelle tonalité je suis réellement accordé, et essayant de transposer à la volée sans vraiment m’entendre par manque de retour. Un grand moment de solitude !!!

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Euh on est dans quelle tonalité, en fait ?

La guitare aura son moment de rédemption, encore dans une église. Je l’utiliserai pour jouer « Tears in Heaven » en acoustique, pour l’enterrement d’un copain avec qui les répètes et échanges sur les guitares et la musique auront égayé les dernières années de sa vie où il se battait avec énergie contre un mauvais cancer. Difficile de ne pas pleurer à chaudes larmes quand on joue « des larmes au paradis » dans une église pour un copain très croyant qui vient de décéder, surtout quand on est un athée convaincu. Je garde mes larmes de tristesse et de rage, je lui laisse le paradis. RIP.

De l’importance d’avoir une mutuelle

Une de mes relations Facebook, collectionneur de guitares, doit vendre une partie de son stock pour financer une note d’hôpital assez salée, et me contacte pour me demander si je suis intéressé. Je vais lui acheter deux PRS rarissimes, en me disant que c’est un bon investissement, ce qui serait sans doute le cas si je ne m’en servais pas, mais visiblement je suis guitariste avant d’être investisseur.

Deux guitares bleues quasiment identiques extérieurement. Une faite sur mesure pour une employée de PRS, pièce totalement unique donc, corps creusé, vibrato flottant. Et l’autre faite pour Howard Leese, guitariste de Heart puis mercenaire pour Bad Company.

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Twin sisters

Il a le mauvais goût de remplacer les potards habituels de PRS par des potards d’ampli Fender, mais j’ai une valise avec son adresse à Malibu avec les backstage pass de l’époque. Nice. Elle sonne d’enfer, beaucoup plus gras qu’une PRS classique. Chevalet rarissime 2Tek qui défonce la paume de la main si on n’y fait pas attention … et pèse plus qu’un âne mort.

Je lui achèterai aussi une magnifique ES 335.

Je regarde le site Reverb tous les jours pour avoir ma dose de dopamine. Il y a des PRS à gogo, toutes plus belles les unes que les autres. Le prototype de Santana qui vaut plus de 100.000 dollars, mais aussi des choses plus raisonnables. Les 513 n’existent plus, remplacées par la 408 et je tombe en arrêt devant une rouge sang flammée Top 10 en vente dans un magasin en banlieue de NY.

Elle est trop chère mais on peut faire une offre. Un matin blême à l’aéroport de Montréal où je tue le temps en attendant mon vol pour NY, je fais une offre à la moitié prix annoncé. Le mec me répond immédiatement, pas assez cher mais on peut s’arranger, j’arrive à NY dans la matinée et prend le train de banlieue pour filer l’acheter. Ca tombe bien, c’est mon anniversaire dans 3 jours. Elle m’inspirera un post que vous pouvez lire ici.

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Nature morte à la 408

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Mon épouse ne râlera pas trop, elle sait que c’est peine perdue. Et c’est mieux que la John Mayer Super Eagle II tirée à 200 exemplaires que j’ai vraiment failli acheter. 12.000 dollars, mais elle en vaudra sans doute le double dans quelques années. Si on la laisse dans un coffre-fort, ce que je ne sais pas faire.

Enfin une Strat !

Quelques mois plus tard, je vois une jolie Strat Mexique sur un site d’enchères néerlandais, en bois naturel, comme celle devant laquelle je rêvais adolescent. Je tente ma chance et remporte l’enchère.

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Strat en mode plage !

Ma première Strat ! La guitare sonne bien, et je décide de faire monter un préampli Clapton dessus. Les micros ne sont pas noiseless donc y’a de la ronflette en veux-tu en voilà mais le noise gate de l’Axe FX fait bien le job.

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La Strat en répète avec ses copines …

Même si j’adore les effets, quand j’écoute Clapton, qui fait tout un concert avec la même guitare, sans effet à part sa cabine Leslie, juste en jouant sur le volume et le préampli dans la guitare, c’est inspirant. Et effectivement la guitare est d’une versatilité impressionnante. Préampli à fond, boom, 25 dB de plus. Le Fractal, tout numérique qu’il est, supporte bien et on passe du cristallin intermédiaire à une énorme disto micro manche en deux secondes. Un régal. Je mettrai des noiseless un de ces jours. Ou achèterai une Artist Clapton. Et puis une Artist Jeff Beck pour avoir un chevalet flottant. Et m’énerver en arrivant pas à avoir le même son que le maitre alors que j’ai la même guitare. Story of my life 🙂

Epilogue

J’ai aussi commandé une guitare à un luthier fou en Australie. Perry Ormsby. Ne me demandez pas comment je l’ai trouvé, je ne sais plus. Il fait des « limited runs » de 15 à 20 guitares, un peu comme les Private Stock de PRS, dont on peut choisir les specs dans certaines limites (bois, finition du manche, accastillage).

C’était premier arrivé premier servi, il a vendu ses 20 grattes en exactement deux minutes. J’ai dû me lever à 2 heures du mat pour faire ça (heure australienne) et j’ai été le dernier. Bon j’attends la gratte depuis 3 ans maintenant … mais je garde confiance. Ce sera mon premier instrument avec des « fanned frets », on verra si ça améliore mon vibrato.

Et puis il faudra sans doute que je rajoute quelques guitares à mon arsenal. Il y a un luthier américain qui fait des répliques d’Explorer sublimes. J’aime bien les guitare rouillées de Loic Lepape aussi. Et puis des PRS … Une John Mayer Silver Eagle peut être, le boulot qu’il a fait avec le père Paul et l’aspect totalement maniaque de Mayer, capable de gloser pendant 40 minutes sur la différence de son entre les micros de sa Strat 63 et sa Strat 64 me plait bien. Comme Eric Johnson qui dit entendre la différence de son de sa Fuzz Face en fonction des piles qu’il met dedans.

Que ce soit vrai ou pas, ça fait rêver, ça entretient l’envie de jouer,  et c’est l’essentiel.

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Country Music

Aux US j’écoute régulièrement des stations de country et entre les pubs on peut découvrir quelques pépites totalement pas connues en France. Je suis tombé amoureux de Montgomery Gentry, un duo vocal, en entendant « Hell Yeah » qui mélange des Télecasters bien acides et de la pédal steel  avec un riff d’AC/DC (carrément pompé sur Highway to Hell) et un autre de « Sweet home alabama », ce qui est plus dans le style.

A force d’écouter, je me suis intéressé aux paroles. La country c’est toujours des histoires de bars, de bagnoles, de gonzesses, de mecs qui triment dur pour pas grand-chose et de Dimanche à l’église. Un bon résumé de la condition humaine en quelque sorte. Ils votent tous sans doute pour Trump mais ça ne retire rien à la poésie éternelle du truc. Ils font sans doute du CrossFit pour expier les litres de bière qu’ils s’envoient aussi 🙂

Sur l’album il y a une autre chanson qui m’a beaucoup touché et que je vous livre, avec une traduction de mon cru. Au début j’ai juste entendu « Speed » et compris que ça parlait de bagnoles et en tendant l’oreille, j’ai entendu l’histoire d’amour déçu derrière.

Qui n’a jamais écrasé l’accélérateur de rage en espérant retrouver une liberté ou une joie interdite dans le quotidien (au risque de perdre sa liberté et son permis, mais c’est une autre histoire …) ? Moi je l’ai fait plutôt deux fois qu’une et j’ai d’ailleurs perdu mon permis …

Bon voilà. Bon résumé de l’amour entre les hommes et les voitures, toujours plus prévisible  que l’amour entre les hommes et les femmes, et ceci explique peut-être cela.

Post dédié à tous mes camarades qui comptent les 1/10 se secondes sur le 0 à 100, ont des voitures qui atteignent 130 en 3ème, voire en seconde, et qui sont toujours ému par la musicalité d’une belle ligne d’échappement. Ne faites pas semblant, vous savez qui vous êtes 🙂

Si je note un peu d’intérêt pour ce poste je ferai la même chose avec Hell Yeah,  dont les paroles valent leur pesant de chemises à carreaux, d’over-sized trucks et de guitares bruyantes aussi …

Addendum : je poste en étant arrivé aux US (j’ai écrit le post dans l’avion) … après avoir fait 800 miles en une journée, et m’être fait toper par un flic à 90-100 miles/heure en fin de journée, qui m’a laissé repartir sans même me filer un PV. Je vais finir par croire qu’il y a un dieu pour les poêtes qui aiment la vitesse …

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le HUD sur la voiture avec GPS : 325 miles en ligne droite 🙂

Speed

(couplet 1)
I’m tired of spinning my wheels
I need to find a place for my heart and go to heal
I need to get there really quick
Hey mister what do you have there on that lot
That you can sell me in a pinch?

(Couplet 2)
Maybe one of them souped up muscle cars
Kind of make you think you’re stronger than you are
Color don’t matter no I don’t need leather seats
All that really concerns me is …

(Refrain)
Speed
How fast will it go
Can it get me over her quickly
Zero to sixty
Can it ourun her memory
Yeah what I really need is an open road And a whole lot of speed

(Couplet 3)
I’d like to trade in this old truck
Cause it makes me things of her and it lones me up
See it’s the first place we made love
Where we used to sit and talk on the tailgate all night long
But now she’s gone and I need to move on

(Refrain)
So give me … Speed
How fast will it go
Can it get me over her quickly
Zero to sixty
And run her memory
Yeah what I really need is an open road
And a whole lot of speed

(Pont)
Throw me the keys so I can put some miles between us
Tear off that rear review but there is nothing left to see there
Let me lean on that gas, Oh she catches up fast

(Refrain)
Get me Speed
How fast will it go
Can it get me over her quickly
Zero to sixty
And run her memory
Yeah what I really need is an open road
And a whole lot of speed

(Ad Lib)
I’m tired of spinning my wheels
I’m tired of spinning my wheels

Vitesse

J’en ai marre de tourner en rond,
(traduction approximative de « spinning my wheels », littérallement « faire tourner mes roues »)
Il faut que je trouve un endroit pour me soigner le cœur
Il faut que j’y aille vraiment vite
Hé chef t’as quoi sur ton parking
Que tu peux me vendre en un clin d’œil ?

Peut-être un gros V8
Le genre qui vous fait croire que vous être plus fort qu’en vrai
La couleur je m’en fous et j’ai pas besoin de sièges en cuir
Tout ce qui compte c’est …

La vitesse
Elle va à combien ?
Est-ce qu’elle peut me la faire oublier à fond la caisse
Zéro à cent
Mettre les souvenirs dans le rétroviseur
Ouais la seule chose dont j’ai besoin c’est une ligne droite
Et un max de vitesse

Je voudrais l’échanger avec ma camionnette
Elle me fait penser à elle et sentir ma solitude
Vous savez c’est le premier endroit où on a fait l’amour
On avait l’habitude de s’asseoir à l’arrière et discuter toute la nuit
Mais elle est partie et moi il faut que j’avance !

Il me faut de …
La vitesse
Elle va à combien ?
Est-ce qu’elle peut me la faire oublier à fond la caisse
Zéro à cent
Mettre les souvenirs dans le rétroviseur
Ouais la seule chose dont j’ai besoin c’est une ligne droite
Et un max de vitesse

Allez filez moi les clés que je puisse mettre quelques kilomètres entre nous deux,
Circulez, y’a plus rien à voir,
Laissez-moi écraser cet accélérateur, elle comprend vite .

Donnez moi de …
La vitesse
Elle va à combien ?
Est-ce qu’elle peut me la faire oublier à fond la caisse
Zéro à cent
Mettre les souvenirs dans le rétroviseur
Ouais la seule chose dont j’ai besoin c’est une ligne droite
Et un max de vitesse

 

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La vieille dame à la pizzeria

Elle est assise à l’extérieur de la pizzeria, son déambulateur plié à côté d’elle. Le dos voûté, la peau sérieusement parcheminée, avec ces habits qu’on voit souvent sur les vieux, informes et douteux, et un cardigan aussi coloré qu’improbable.

Je me demande si elle est seule ou si elle attend quelqu’un. Je suis avec ma fille et nous passons sans trop regarder et allons nous installer en terrasse et papoter en regardant le menu.

Elle arrive quelques minutes plus tard, ayant du mal à passer l’encadrement de la porte fenêtre avec son déambulateur ; le serveur, qui a l’air de la connaître, lui file un coup de main et, une fois le déambulateur posé contre le mur, elle s’avance pour aller s’asseoir à sa table et accroche mon regard. « Ha vous êtes jeunes, vous ne savez pas ce que c’est d’avoir besoin de ça pour vous déplacer ». Je souris poliment, pensant que j’en sais plus sur les déambulateurs qu’elle ne peut l’imaginer, et qu’étant en présence de ma fille de bientôt 27 ans j’ai une première expérience directe de la vieillerie. Elle en rajoute une louche « Attention, si j’ai un problème il faudra que vous me fassiez le bouche à bouche». Ma fille s’étouffe de rire dans son verre de blanc, et j’essaye de trouver la bonne réponse « Si il faut le faire, je le ferai », je marmonne.

Elle a beau être vieille, c’est toujours une femme, et d’un coup de Photoshop intérieur, je l’imagine jeune et décide qu’elle a dû être jolie et désirable en son temps … Il ne lui reste qu’une blague à faire à un inconnu au restaurant comme tentative d’évaluation de sa propre capacité de séduction.

Ma fille et moi tentons de reprendre notre conversation mais notre voisine a jeté son dévolu sur nous et tente une reprise de contact en nous cherchant du regard et bon, après tout, pourquoi refuser ?

« Vous savez quel âge j’ai ? » Question toujours difficile avec une femme, même ridée et flétrie; l’idée que je n’ai pas pris de collagène dans mon café depuis plusieurs jours traverse mon esprit rapidement et j’opte pour la prudence – « 80 ? ». « 90, monsieur ! », affirme-t-elle fièrement. 90 balais, c’est du lourd. On lui dit évidemment qu’elle ne les fait pas et qu’on aimerait bien être comme elle à son âge, ce qui n’est pas totalement faux.

Le serveur vient prendre les commandes et nous offre un répit de courte durée.

« Vous avez l’heure monsieur ? je crois que ma montre ne fonctionne plus ».

C’est une élégante montre Michel Herbelin avec des petits diamants, mais elle est à quarz et la pile est morte. Même avec tous mes super pouvoirs de jeune, je ne peux rien y faire. « C’est pas grave, je demanderai l’heure aux gens dans la rue. Avant il y avait quelqu’un pour réparer les montres ici mais il a fermé … »

On baisse nos défenses :  tant qu’à discuter, discutons. Ce sera un monologue un peu en boucle, touchant. Notre nouvelle amie est native du lieu, tout comme ses parents et feu son mari qui est mort il y a 44 ans. Elle a dû drôlement être amoureuse, la coquine, puisqu’elle s’est mariée contre l’avis de ses parents et n’a jamais refait sa vie. Elle tenait une quincaillerie avec des clous des pointes et du grillage, c’était une époque heureuse Monsieur, on s’entraidant en ce temps-là et les gens étaient aimables. Le regard part dans le vague à l’évocation de sa vie passée.

Nous l’écoutons avec tendresse et attention, j’essaye de tirer l’essence de son discours et pourquoi elle le dit ? Moi aussi j’aurai peut-être un jour 90 ans et sera accroché à mes  souvenirs comme à une bouée de sauvetage …

Mais il reste de l’énergie vitale à revendre « Il faut se lever tous les matins, et moi tout ce que je demande c’est que mes enfants et petits-enfants soient en bonne santé. C’est tout ce que je demande ». Comme si, la fin de la vie s’approchant, on ne permet plus de trop demander (à qui ?) pour soi, on oublie ses propres désirs et finalement tout ce qui compte c’est la transmission.

Je reste touché par cette rencontre toute simple (c’est pour ça que je prends la peine de l’écrire, d’ailleurs). J’ai perçu intensément cette réduction du champ cognitif qu’amène la vieillesse, ces phrases qu’on répète en boucle et qui sont toujours les mêmes à 5 minutes d’intervalle, les clous les pointes et le grillage … dans la tête, souvenirs et séquences verbales qui restent ancrées quand tout le reste se dissout, pourquoi celles-là d’ailleurs ? Une vie réduite à son essence en quelques phrases : un mari qu’on a aimé, un travail, des enfants, un lieu d’ancrage, et la nostalgie diffuse du passé.

Mais aussi toujours cette force de vie qui reste présente même si c’est compliqué, un diner toute seule à la pizzeria toutes les semaines, parce qu’il faut sortir et ne pas se laisser aller. « Et si mes enfants m’invitent, je suis la plus heureuse du monde ».

Quand on a sorti une bouteille de Prosecco elle nous a demandé ce que c’était et on lui filé un verre et trinqué avec elle. Elle avait la main qui tremblait sérieusement, mais elle l’a bu. Un selfie aurait été inconvenant, mais j’y ai pensé quand même.

C’est plus facile avec quelqu’un qu’on ne connaît pas d’entrer en interaction en mode «sans échec» -comme disait mon ordinateur Windows il y a bien longtemps- parce qu’on n’a pas l’historique. Je ne l’ai pas connue quand elle tenait la caisse de sa quincaillerie et qu’elle faisait l’amour avec son mari dans l’arrière-boutique entre deux rouleaux de grillage (OK, c’est du pur délire, elle n’en a pas parlé).

C’est sans doute moins drôle pour ses enfants de la voir tourner en boucle et se tasser petit à petit. Quant à elle, s’en rend elle compte ? Je ne suis pas sûr qu’on réalise la réduction de son propre champ de conscience (par définition). Les icônes disparaissent l’une après l’autre sur l’écran …

C’est pour ça qu’il faut être cool avec les vieilles dames qui vous branchent dans les pizzerias.

Moi qui suis en plein questionnement sur la nature de la conscience et la capacité des machines dans le futur à en avoir une, et incapable de finaliser un post sur le sujet, voilà une diversion bien sympathique.

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Open CrossFit 2018 : suite et fin

Deux centimètres.

Mon menton est à deux centimètres de la barre.

Je tends mon cou telle une girafe qui aurait juste dévoré les œuvres complètes de Lamarck, mais pour autant je n’ai pas de vertèbre qui pousse par miracle.

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Putain de barre !!!

De toute façon, le problème ce n’est pas le cou, mais les biceps. Impossible de finir cette contraction musculaire qui me permettrait de me hisser un tout petit peu plus et de faire ma douzième traction, et de ré-enchainer sur les thrusters, qui finalement sont moins difficiles que je ne l’imaginais.

Il me reste une minute, soit environ une soixantaine de secondes. Dans ces cas là, on compte les secondes, et certaines sont bien plus longues que d’autres. Est-ce que ce sera suffisant pour refaire un petit stock de créatine phosphate et me propulser au-dessus de cette putain de barre ? J’essaye une prise en pronation, plus facile, je me concentre, je respire, j’imagine un tigre à dents de sabre qui va me déchiqueter le postérieur si je ne me hisse pas à la hauteur voulue, sans succès.

Puis je jure et je peste et résiste à l’idée de bourrer ma barre d’haltères de coups de pieds rageurs, ce qui joindrait le ridicule à l’inutile. Après quelques tentatives, je décroche, au sens propre et figuré, et je regarde les dernières poignées de secondes s’écouler. 7 minutes, c’est fini.

C’était la dernière épreuve des opens CrossFit 2018, le 18.5. Une échelle croissante de trois : trois thrusters (pour les francophones : une combinaison de front squat et de presse épaule), trois chin to bar (traction menton au dessus de la barre), puis six, puis neufs, puis douze, mais la douzième traction aura raison de mes capacités de contractions musculaires. Sur le papier, ça a l’air facile … mais évidemment l’effort répété de plus en plus long et sans récupération aucune sature très vite les muscles en lactates et probablement plein d’autres trucs. De quoi, je ne sais pas, mais au bout d’un moment la machine s’arrête. Enfin, la mienne.

Fin de l’épreuve, fin des Opens. J’ai même pas eu le temps de transpirer. Un check avec mon juge, un newyorkais basané avec un épais accent espagnol. Lui non plus n’est pas très content de son score, et en plus je l’ai battu – même si la différence d’âge fait que mon épreuve était nettement plus facile que la sienne.

Finalement cette histoire m’aura bien occupé pendant pratiquement 2 mois. De la décision initiale de participer (abandon total de l’égo et de la peur du ridicule) aux savants calculs pour savoir comment découper les séries  et d’avoir fait ça sur trois continents, c’est quelques belles leçons (en plus des courbatures).

18.5 : Age is not just a number

Dernière leçon des Open : quand tu es vieux, tu lèves moins lourd et tu fais des exercices plus faciles. Même en Rx (niveau théorique, par opposition à « scaled », épreuve simplifiée). Implicitement, on considère que le niveau ne change pas de 25 à 45 ans, et ensuite on lève le pied. En gros, la difficulté de mes épreuves est la même que celle d’une femme dans la force de l’âge. Ça va paraître évident à beaucoup de monde, ben oui t’es vieux, t’es moins fort. Au marathon aussi les temps de qualifs ne sont pas les mêmes en fonction de l’âge. Mais quand même ! Je préfèrerais me dire que mon niveau passable est lié à mon manque d’entrainement plus qu’à ma vieillerie, mais non.

On va mettre ça sur le compte de ce qu’on veut, déni de réalité, tout ça. Le fait est que même si les signes extérieurs sont indéniables et acceptés (quoique qu’un petit tirage des paupières me tente de temps à autre …), dans la tête ça ne change pas, à part quelques mots qui disparaissent de temps en temps. Et ça n’a pas d’importance, ce n’est pas une raison de lever le pied … au contraire : il reste moins de temps. J’ai toujours un âge indéfini, et ce n’est pas mon âge qui me définit.

Je suis sans doute hyper-réactif au discours dans lequel j’ai grandi : « la vieillesse est un naufrage » et « qui veut aller loin ménage sa monture » … mais j’ai quelques épaves autour de moi aussi même si mes antécédents familiaux sont plutôt excellents. J’aurais bien aimé réussir convaincre mon père de s’initier au bonheur des kettlebells, mais ce sera dans un autre univers.

18.3 : Dépassement

L’autre leçon, toujours utile, c’est la dialectique subtile entre la gestion de ses propres limites et la tentative de dépassement de soi. Beaucoup de crossfitteurs expliquent qu’ils ont réussi à faire des trucs pendant les opens qui ne « passaient pas » à l’entrainement, et c’est vrai. Adrénaline, énergie collective, encouragements, compétition …

Ma modeste expérience en la matière était sur le 18.3. Séries décroissantes de deadlifts et push presses (soulevé de terre et presse épaule avec appel des jambes). J’assure le coup en faisant l’épreuve en mode « Scaled » (plus facile, poids inférieurs et presse épaule remplacée par des pompes à genoux) le vendredi matin et puis un copain de la box m’explique que si je le fais en mode Rx, même une seule rep, j’aurai un meilleur classement.

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18.3, première (scaled)

Bon, il faut deadlifter 85 kilos : fastoche. Le deadlift, ca fait pas trop peur, et j’ai déjà soulevé plus de 100 kilos. Et puis, si tu peux pas soulever, ben tu peux pas, la barre va pas te tomber sur la gueule, elle est déjà au sol 🙂  Mais ensuite il faut passer 42,5 kilos au-dessus de la tête. Tout ce qui est bras tendus, c’est une autre paire de manches (c’est le cas de le dire), de bras et surtout d’épaules. C’est à la fois un geste glorieux, de puissance et de victoire, mais il est complexe et puis j’ai pas des épaules de gymnaste. Et j’ai jamais levé autant. Donc je me dis mesquinement que je me contenterai de faire les deadlifts, c’est pas comme si ma vie en dépendait ou que je sois dans le top 3 du classement mon. Mais je me fais rappellera l’ordre par Yann, le coach qui me juge. « Ben tu prépares pas ta barre pour les push press ? » « J’vais pas y arriver » « T’en sais rien, essaye quand même». J’ai pas envie de montrer que je me chie dessus, enfin pas trop, et puis la box est vide à part Pauline qui s’entraine (et qui envoie du bois), alors allons-y.

Je vais passer mes 21 deadlifts tranquillement, et après il me reste quelques minutes pour le overhead. Le contrat est rempli, c’est que du bonus, alors j’en fais un.
Et puis mes épaules ne se disloquent pas, ma colonne vertébrale n’expulse pas les disque intercostaux (inter-costauds ?) comme des pépins de pastèque et Yann me regarde un peu narquois « ben tu vois ? allez, tu as le temps de faire la série de 21 ».
Alors je recommence. Une fois, deux fois … évidemment ça se corse sur la fin et j’ai l’impression d’être un vieux machin qui bringueballe et tremble de partout et là aussi les dernière centimètres pour arriver à verrouiller les coudes deviennent de plus en plus longs. Mais les 21 passent dans le temps, à ma grande surprise. Et pour mon plus grand bonheur évidemment, parce que rien ne vaut de réussir un truc dont on se pensait incapable 5 minutes auparavant.

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Les barres du 18.3

18.2 : Tribu

Dakar.

Ses taxis antédiluviens, ses rues crasseuses avec les magasins à ciel ouvert, ses micro-commerces alimentaires et … sa salle de cross-fit. Identifiée sur Facebook (qui peut parfois être utile quand il n’est pas en train de piller nos infos persos). Je m’y suis précipité dès mon arrivée, ai été accueilli à bras ouverts, participé à deux WODs et pris rendez-vous pour faire l’open Samedi matin, en mode vidéo parce que le gérant de la salle n’est pas encore un juge assermenté.

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La box de Dakar

Le seul problème c’est que j’ai eu la mauvaise idée de manger une salade de tomates la veille et subséquemment passé une grande partie de la nuit à me déshydrater en position assise. Et qu’en plus j’ai un début de crève.

Bref, je fuis de partout, mais est-ce une raison pour  fuir aussi … mon engagement ?

Je décide que non. En plus cette épreuve je peux la faire en mode Rx ; Dumbell squats à 34 kilos, ça passe. Bon c’est encore une putain d’échelle montante et ça va vite piquer mais ça dure 12 minutes, c’est pas comme un marathon non plus.

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Plus que 40 secondes … 

Là ce qui est génial c’est de débarquer dans une ville où on ne connaît personne, et se retrouver dans un terrain de jeu familier, et de rentrer en relation immédiatement par ce biais. Ce qui est une expérience assez unique et m’a fait réaliser la force unificatrice du sport pratiqué ensemble, indépendamment de la couleur, de la religion ou des opinions politiques.

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Un peu de réconfort dans un monde de brutes … 

Paradoxalement, je me sentirai nettement moins bienvenu dans la Box à Manhattan, que ce soit par le coach ou les autres participants.

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Crossfit Hell’s Kitchen

Mais le new-yorkais est un être humain particulier ; et j’ai quand même pu faire mon open donc l’essentiel est sauf, et puis, ça venait peut être de moi, après tout.

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Les 10 commandements

18.4 : Autonomie et responsabilité

Comment on gère un événement qui implique 500.000 personnes tous les week-ends ? En responsabilisant les participants, et ça aussi c’est vachement intéressant.

D’abord, à chaque épreuve, il faut réfléchir à sa stratégie. Dans mon cas : Rx ou Scaled ? Le 18.1 et le 18.4, je les ai faits deux fois. Et ensuite : comment on s’y prend, à quelle vitesse, comment on « breake » pour récupérer, est-ce qu’on va la faire une fois ou deux, etc, etc.. Je me suis vu à faire un tableau Excel pour calculer mes temps, et tout le monde se pose ce type de questions.

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Il faut convertir les livres en kilos aussi ! 

Mis à part le fait que c’est nettement plus challengeant et intéressant que la course à pied (marathon : tu cours à 4 :20 au kilo pendant 30 bornes et si ensuite il te reste du jus, tu essayes de faire 4 :15) c’est, comment dire, responsabilisant. Ce qui va de pair avec la relative complexité des mouvements, les cours de biomécanique et d’anatomie implicites dans les WODs. Si tu comprends rien, ça va pas le faire.

Et puis on se débrouille entre nous. On organise l’espace de compétition, on mesure, on discute. Un petit côté méticuleux et libertarien. Comme les premières « garage gyms » où on décide de ce qu’on va faire en toute autonomie. Et on se juge, en étant à la fois le plus impartial possible sans être sadique. No rep ! Oui, tu as raison, elle était pourrie cette rep.

 

18.1 : Open, c’est vraiment open

J’ai fait le 18.1 en mode scaled parce que j’étais incapable de faire le premier mouvement de l’épreuve en mode Rx (toes to bar, toucher la barre avec les orteils en étant suspendu, remplacés par des simples abdos). Ca m’a permis de démarrer tout ce bazar.

Bien sur, on peut aussi s’aligner sur un marathon et viser de faire 5 heures. Mais c’est pas pareil. Parce que dans le Crossfit la gradation de l’effort en fonction des capacités est réelle, et permet à chacun de se confronter à ses propres limites, quel que soit le niveau.

Je trouve que cette dimension « universelle », qui correspond vraiment à la volonté du fondateur est super, en ces temps où le monde entier bouffe n’importe quoi, fait n’importe quoi ou rien comme sport et attend des pilules magiques pour résoudre ses problème.

J’insiste là dessus parce qu’en général ce qu’on retient des Open ce sont le top 0,001% qui réalisent des performances hallucinantes, mais en fait le CrossFit est vraiment une méthode qui se veut universelle et accessible. Qu’on peut ne pas aimer ou critiquer, bien sûr. Il y a des lacunes dans le crossfit (notamment la dimension « avoir un adversaire »), et il y a d’autres approche (comme MovNat) qui sont aussi focalisées sur la fonction, et d’autres que je ne connais surement pas.

Mais bon … je suis allé dans une salle de sports classique entre deux opens. Pleine de machines à 15.000 balles le bout, pour bien travailler les muscles en isolation et nous rassurer sur l’efficacité du travail. Y’a des poulies, des câbles, des plaques, ca brille et ça ressemble à tout un tas d’aliens, et chacun est dans son coin (en train de regarder des séries télé sur son téléphone …) et personne ne se parle (et sans doute personne ne progresse réellement non plus).

Il y a peu de matos dans une box : des haltères, des barres d’haltéro, des anneaux, mais tous les mouvements sont des mouvements complexes et fonctionnels. Au final ce qui compte c’est de faire fonctionner son corps le mieux possible, quel que soit le niveau, et ça se fait collectivement.

Et réussir à faire faire des épreuves sportives aux 4 coins du monde, à plus de 500.000 personnes, pendant 5 semaines, de tous niveaux, avec une organisation totalement autonome, c’est quand même un sacré tour de force. Je sais je me répète mais ça continue à me bluffer totalement.

Rendez vous l’année prochaine pour les Open 2019 ?

Vu mon classement assez pourave (2862 sur 4321 dans ma catégorie), c’est sur qu’il y a de la marge de progression !!!

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Si vous voulez voir les épreuves

Ou mon premier post sur les open … ou celui sur Dakar

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Transpiration anonyme

Séance de test LSee hier dans une salle de sport quelconque (mais très bien équipée) dans Paris.  Nous inventons notre propre protocole sur place, au feeling. L’idée est de voir ce qui brule du gras ou pas …
Au menu :
  • 30 mn de course sur tapis à 70% FC max. Ha ça rappelle des souvenirs, j’arrive à tenir à 11,5 pendant 20 minutes puis suis obligé de ralentir à 10,5 pour que ma FC ne dépasse pas 155. J’ai couru plusieurs marathons à plus de 12 de moyenne, bon, il faut s’y faire, l’adaptation physiologique est toujours transitoire …
  • 10 minutes de KB Swing en 30/30 @16 kg
  • 10 minutes de squat KB @2×16 kg en 30/30 (ça pique vraiment, ça m’a rappelé le 18.2)
  • un vrai tabata au rameur (20 on 10 off *8)
Tout ça entrecoupé de piqures aux doigts multiples évidemment et avec un cardio décathlon dont je découvre avec étonnement la qualité de l’appli et la facilité d’utilisation, l’essayer c’est l’adopter, en plus il cause directe avec le téléphone, donc on n’a rien au poignet qui pourrait être fracassé par une KB !
Où il s’avère que les squats chargés ça fait vraiment monter le cardio, surtout si on allonge la série (là on faisait 10-11 sur 30 secondes). Le tabata évidemment aussi (et ça ne dure que 4 minutes en tout).
A part ça une salle de gym par rapport à une box de CrossFit ‘est vraiment triste, et courir 30 minutes sur tapis à vitesse constante c’est vraiment chiant.

 

Chacun est dans son coin.
Beaucoup regardent des séries télé sur leur téléphone : bonjour la concentration et la conscience du geste effectué ! Certains font absolument n’importe quoi : quand je cours, ma voisine est à 6,5 à l’heure sur un tapis et va faire ça pendant une heure, les yeux rivés sur son smartphone, en train de regarder une série débile.
Aucune discussion, aucun échange. Mes quelques grognements en fin de série de squats m’attirent des regards étonnés : faire du bruit à l’effort, c’est OK en Crossfit, pas en salle !
Et les machines, ben c’est des machines. Il y a une espèce de dimension totalement désincarnée à faire des gestes hyper simplifiés et pas naturels, sur des objets rutilants desquels on essuie méticuleusement sa sueur après l’effort, pour le prochain, quand il y en a.
A comparer avec mon corps qui tremble de partout comme un vieux camion africain quand je fais mes derniers push press (presse épaule avec appel des jambes) pour le 18.4, et les rigoles de sueur en fin de WOD.
Y’a pas photo, comme on dit.
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Le bonheur du monde …

Quoi de mieux un samedi matin, avant de d’engager dans une journée qui va être pleine de bonheur (Ikea + montage de meubles …) de s’interroger sur le bonheur du monde ?

La WHO publie une étude tous les ans sur le sujet, basée sur des enquêtes dans tous les pays du monde (donc subjectif) et ensuite corrélé à quelques facteurs explicatifs qui sont :

  1. Le PNB du pays (l’argent ça ne fait pas le bonheur, mais ça aide, surtout quand il permet de sortir du seuil de la pauvreté, après, c’est plus compliqué …),
  2. Le système de support social. on parle ici du système privé (la famille, les amis, la congrégation religieuse) mais pas  public (assurance maladie et chômage), ce qui est un peu étonnant de mon point de vue …
  3. L’espérance de vie en bonne santé. Ca se passe de commentaires.
  4. La liberté de faire ses propres choix de vie. Idem.
  5. La générosité dans la structure sociale. La question est « avez vous donné à une organisation charitable le mois dernier ? »
  6. La perception de la corruption ambiante
  7. Tout le reste (qui compte quand même en général beaucoup).

Je ne suis pas un expert en stats mais j’imagine qu’ils ont fait des régressions et des analyses de corrélations pour trouver ces variables explicatives. Elles me paraissent logiques; lors de discussions en Afrique ou au Brésil la corruption des politiques est souvent un élément central de frustration, par exemple. Et aussi en France ou aux US- qu’elle soit réelle ou perçue, voir le succès des populistes sur le thème « tous pourris ».

La perception de liberté est aussi un élément intéressant – surtout quand on croit comme moi assez peu au libre arbitre. Mais même si on n’a pas de libre arbitre, c’est important de croire qu’on en a. Je prends ma position avec une pincée de sel, n’ayant jamais été marié de force contre une dot animale ni forcé à faire un métier que je haïssais juste pour survivre économiquement. Mais je vois cela sous l’angle de l’éducation, et du progrès technique. Quand dans un pays il y a suffisamment de richesse produite et d’éducation, on n’est pas obligé de faire la même chose que son père (si on est un garçon) ou être mariée de force pour renforcer la structure du clan (si on est une fille). Et c’est un cercle vertueux – même si le prix à payer est dans doute une distension du lien social familial.

Du coup ça dessine en filigrane une société idéale : suffisamment de richesses (à partager relativement équitablement tout de même), des liens sociaux forts (cf les blue zones et les études récentes qui montrent que la longévité est corrélée à l’insertion sociale), vivre le plus longtemps possible en bonne santé, pouvoir décider de sa vie, se sentir dans un environnement empathique, y compris pour les inconnus, et qu’il n’y aie pas trop de « free riders », tricheurs qui vont utiliser leur pouvoir pour s’en mettre plein les fouilles.

Et les gagnants sont … les pays scandinaves (Finlande, Norvège, Danemark, Islande).

Une pensée un peu attristée pour les US, pays que j’aime profondément, et qui, empêtré dans son bourbier idéologique religion-guns-conservatisme-individualisme forcené-injustice sociale regarde toujours ces pays avec dédain (« trop d’impôts ! sont tous communistes ! ») alors qu’ils s’enfoncent eux même dans une spirale infernale (et que la perception du bonheur diminue chez les américains). Votez pour Trump en 2020 les gars, vous êtes sur la bonne voie!

Je dis régulièrement que la preuve du pessimisme culturel des français se trouve dans le classement très bas de la France dans cet index, mais je raconte des conneries, la France n’est pas si mal placée : 23ème. Sachant que nos voisins européens sont répartis dans un nuage assez vaste :

  • Suisse : 5ème
  • Hollande : 6ème
  • Autriche : 12ème
  • Irlande : 14ème
  • Allemagne : 15ème
  • Belgique : 16ème
  • Luxembourg : 17ème
  • Angleterre : 19ème
  • Espagne : 36ème
  • Italie : 47ème

Je pourrais passer la journée à écrire sur le sujet, mais j’ai un meuble à monter 🙂

Je vous laisse à vos propres réflexions. Moi ce sera : que font dont les pays scandinaves de très différent de nous pour être en tête du classement alors que notamment au niveau climatique ce sont des pays très rudes ? Et comment maximiser la perception de bonheur personnel indépendamment des variables extérieures ?

Ci-joint le lien vers l’étude.  Et si vous avez a flemme de l’ouvrir, le classement :

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Il y a bien d’autres choses dans le dossier, notamment toute une analyse des migrations et de leurs conséquences dans les pays de départ et d’arrivée. L’argent que les migrants envoient à leurs proches dans leur pays d’origine représente au total environ 500 milliards de $.

Joyeux week-end (sous la pluie).

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Pensées éparses sur l’Afrique – 2 (Kenya)

Exceptionnellement je voyage en Business entre Dakar et Nairobi, espérant pouvoir dormir un peu (départ Dimanche 4 heures de l’après-midi, arrivée Lundi 6 heures du mat). Certes les sièges sont larges, mais le 737 est tellement vieux qu’il n’y a ni prises de courant, ni écran vidéo .. et un cendrier dans les toilettes. Je me console en écrivant la trame du post précédent et picolant plus que de raison, ce qui se traduira évidemment par une migraine carabinée à l’arrivée.

Wifi à l’aéroport; Ouf. Entre Orange qui m’inonde de messages incohérents et d’alertes sur ma consommation de data, ça me rassure sur ma capacité à communiquer avec mon taxi, trouvé sur un site internet en deux coups de Google – et qui me Whatsappe dès mon arrivée.

Je passe l’immigration sans souci, bien que le document que j’ai uploadé sur le site « e-citizen » pour justifier de ma visite sur le territoire ne soit pas valide puisque c’est celui …. de l’année dernière. Je voulais tester la rigueur du process, j’ai vu ! De toute façon, les mecs avant moi dans la file « visa » le font sur place, en griffonnant un formulaire sur leur cuisse en trainant leur valise, et c’est même moins cher que de le faire en ligne ! Cherchez l’erreur …

Devant le guichet, on me demande la preuve de mon visa qu’évidemment je n’ai pas imprimé. Je sors mon mac et présente fièrement la copie de la facture faite pour mes frais, à l’écran. Ça suffira pour passer.

Il y a quelque chose de totalement grotesque à être à 6 heures du mat en train de farfouiller dans ses dossiers d’ordi, pour sortir une preuve d’achat de visa inutile et qui plus est non conforme légalement, face à une personne en uniforme qui vous regarde gravement avant de vous demander de laisser vos empreintes digitales et de faire une photo. L’important c’est de passer avec le sourire. Je souris beaucoup … est-ce l’Afrique qui déteint sur moi ? Vu ma couleur de peau, ça ne ferait pas de mal pour que je me fonde un peu plus dans le paysage !

Mon chauffeur de taxi, aussi sombre de peau que jovial de caractère m’emmène au parking et nous nous retrouvons tous les deux devant une caisse de péage qui cache un ordi tournant sous Windows, qui est planté et nous demande de faire CTRL ALT SUPPR mais y’a pas de clavier sur une caisse de péage évidemment ! Ca augure bien de mon workshop tiens !

Passée la surprise de me retrouver avec une conduite à droite, je papote avec mon chauffeur. Il m’explique qu’il est obligé de jongler entre plusieurs applications de taxi et des petits jobs à côté pour joindre les deux bouts. Comme partout ailleurs dans le monde, Uber est une usine à sous-prolétariat exploité avec une promesse mensongère. J’espère que ce sera une des bulles qui éclatent … J’aime quand la valeur amenée par la techno est raisonnablement partagée entre toutes les parties prenantes, et je n’ai vraiment pas l’impression que ce soit le cas avec Uber. La question du partage de la richesse produite par la techno reste brulante, surtout quand on voit les effets sur les laissés pour compte, qui se défoncent aux opioïdes et votent pour des crétins qui vont juste faire empirer la situation. L’Amérique va retrouver sa gloire passée imaginaire en mettant des taxes sur l’acier ? L’acier c’était stratégique il y a 50 ans, le monde a un tout petit peu changé depuis et ça montre juste une totale incompréhension de la transformation numérique du monde. Tiens, allez, je vais sortir une slide …

Il est où l’acier, là, exactement ?A-ha-2017_Keynote.jpg

Salaire moyen à Nairobi, 300 USD par mois. Le prix de ma nuit d’hôtel, à peu de choses près. La course est à 40 USD mais une fois qu’il a payé la compagnie de taxi qui lui a filé la course et le mec à qui il emprunte la voiture (un particulier …) et payé l’essence, il lui reste en 10 ou 15 pour une course qui va durer plus de deux heures. Il ne se plaint pas, il me dit juste comment ça fonctionne. La question qui reste sans réponse dans notre conversation, c’est : « est-ce que le progrès économique fera reculer la corruption ? ». C’est une putain de bonne question, de poule et d’œuf, entre démocratie et progrès économique … Parce que l’économie a besoin d’un certain degré de transparence et de règles claires pour pouvoir fonctionner efficacement, même si tout business a tendance à essayer de devenir monopolistique pour maximiser ses marges, cf. Peter Thiel. Je n’ai pas la réponse à ce paradoxe, et lui non plus.

Les bouchons sont monstrueux. Pas réellement pire qu’un Roissy-Sèvres mais entre les camions africains dégageant une fumée noire et dense, les bus privés aussi antédiluviens que des combis VW brésiliens, et qui triplent leurs tarifs dès qu’il pleut (Uber n’a pas inventé le yield management pour les courses !) , les motos qui se faufilent partout …une impression de bordel visqueux et géant. Et, comme partout en Afrique, des gens qui marchent, sur des bas-côtés instables et boueux, et des véhicules régulièrement en panne.  C’est assez dantesque pour mon œil européen.

Arrivée à l’hôtel. Vue de ma chambre : trois mecs qui contrôlent l’entrée, un immeuble en construction qui visiblement ne sera jamais terminé, et quelques cahutes de vendeurs de tout et n’importe quoi. Mais dedans c’est l’environnement « business international », et tant mieux parce que c’est ce dont j’ai besoin.

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Je file tester la salle de sport. Plein de matos, même un rameur et des barres d’haltéro. Pas de kettlebells, faut pas déconner non plus. Le coach local, un gros costaud qui ferait baver mes camarades du Trapèze engage gentiment la conversation en me complimentant sur ma silhouette. Comme il est difficile de résister à la flatterie même quand elle est plus grosse que ses biceps … Rosissant comme une débutante à peine pubère, je lui demande si il a déjà entendu parler du CrossFit et 5 minutes plus tard je suis en train de lui montrer des vidéos du 18.2 (non, non, pas la mienne).

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Animant un séminaire dont une des concepts clé est d’avoir un prix pour la prestation de service qui n’est pas directement corrélé au coût réel (comme une facture de mobile où on paye la même chose qu’on ai consommé 3 gigas ou 30) j’utilise souvent comme métaphore le restaurant « all you can eat » – oui certains clients vont en profiter et manger pour 4 mais en fait la plupart vont consommer raisonnablement et au global l’opération peut-être au moins aussi rentable qu’une carte avec des menus.

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Comme nous sommes dans un hôtel qui fait un buffet pour midi, émerge l’idée d’aller demander au chef comment il gère les quantités d’aliments, et de le faire intervenir dans le séminaire. Il va se prêter au jeu de bonne grâce et nous aurons un cours de diététique internationale – où j’apprends que la quantité moyenne de nourriture pour un déjeuner est de 500 grammes, que la soupe en entrée est un moyen de mettre en appétit et le fruit en dessert (sucre …) de signaler la fin du repas et d’entamer la digestion. Et le chef de nous dire que tous les matins il regarde la liste des clients, infère leur origine par leur nom et va modifier son buffet en fonction des cultures majoritaires le jour j. C’est vrai que nous sommes à une confluence entre Afrique, Inde, Moyen Orient et Europe et satisfaire tous les goûts n’est pas une mince affaire.

J’étais ravi de trouver des aubergines, de la feta et du poisson cru ; maintenant je sais pourquoi !

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Doreen, une des participantes du séminaire,  est en train d’attaquer son dessert à 14 :10 alors que nous aurions dû recommencer le séminaire à 14 :00. Elle est devant une assiette colossale, alors qu’elle doit peser 40 kilos. Un peu à court d’arguments pour la faire revenir dans la salle de réunion, Je la vanne – mais comment fais-tu pour être aussi mince en mangeant autant ? Elle pouffe de rire et me réponds – je fais beaucoup de sport ! Ah du sport et quoi donc ? je cours … après quelques échanges j’apprends qu’elle tourne en 1 :20 au semi-marathon. Ben oui on est au Kenya, j’avais juste oublié.

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Esther a 30 ans, je l’avais déjà vue lors de mon intervention l’année dernière. Alors qu’elle était en train d’acheter du rouge à lèvres sur un site internet, elle m’expliquait qu’elle avait un gros problème parce que son compagnon n’était pas originaire de la même tribu qu’elle, et que leur union allait être difficile parce que les mariages inter-tribaux, ça reste compliqué au Kenya. Reprenant de ses nouvelles, elle me dit que finalement ils se sont quittés. Et que depuis elle avait bien du mal à retrouver quelqu’un. Après quelques banalités sur la difficulté de trouver un compagnon à notre époque pour cause d’attentes de plus en plus complexes, voire quantiques, je tente « oui c’est difficile de trouver un compagnon aujourd’hui, mais c’est peut-être moins pire que d’être forcée à vivre avec quelqu’un qu’on n’a pas choisi, non ? ». « Ah oui tu as raison ! ma grand-mère a été mariée de force en quelques heures à un type qui avait un troupeau de brebis, parce qu’il a donné quelques brebis en dot à ses parents. Elle l’a détesté toute sa vie et du coup s’est consacrée à l’éducation de ses propres enfants ». Un peu plus tard elle me montrera une photo de son père, qui a entrepris des études sur le tard, les deux tous fiers et rayonnants lors de la remise de son diplôme il y a quelques mois. Des études d’informatique, qu’elle a contribué à payer.

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Nous célébrons la fin du workshop en picolant avec quelques clients. Pas un vin français sur la carte, eh oui. D’Afrique du sud je peux comprendre, c’est tout près. Mais d’Australie ?

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La conversation tourne sur les différences entre pays et ethnies, couleurs de peau et gradations de noir. Où j’apprends que le Rwanda est un pays super dynamique d’un point de vue économique (j’en étais resté au génocide d’il y a 20 ans) où les femmes sont parmi les plus belles d’Afrique, quoi que les Ethiopiennes tiennent la corde. -Et qu’il faut absolument que je visite la Tanzanie. La conversation est assez surréaliste, mais l’alcool aide à donner du sens, ou à ne pas faire attention à son absence.

Sur le trajet du retour  le taxi va passer dans une espèce de zone industrielle surréaliste, avec piste défoncées, usines géantes, et petites baraques autour desquelles des humains venus de je ne sais où s’agglutinent (c’est un raccourci, ne vous inquiétiez pas …) .  Le tout dans l’habituelle puanteur du diesel et une poussière rouge fine et pénétrant partout.

A l’aéroport je tombe sur une superposition d’affiches qui résument complètement ce que j’ai senti pendant ces quelques jours en Afrique, et se passent de commentaires !

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Les deux images se font face … et ce sont bien les deux faces du pays. Sauf que les banques ont intérêt à se sortir les doigts pour pas se faire bouffer par les opérateurs téléphoniques, mais c’est un autre débat !

 

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Pensées éparses sur l’Afrique

Encore un fois perché à 12.000 pieds, dans un vieux Boeing 737-700 sans prises de courant ni écran télé (vol Dakar – Nairobi), 12 heures de vol de nuit, après deux repas successifs et appréhendant l’arrivée décalqué à 5 heures du mat, j’ai la tête farcie des sensations accumulées depuis mon arrivée à Dakar il y a quelques jours, que j’ai envie de mettre à plat et de partager.

Perception subjective et revendiquée.

J’arrive, je file à l’hôtel, je fais mon workshop, je me casse – service minimum. Cette vision express a aussi l’avantage du coup de boule, autrement dit,  je constate que dès que je reste quelques jours les choses que je prends en pleine figure à mon arrivée deviennent quasi-normalité au bout de quelques jours. Magie de l’adaptation.

Je suis resté à Dakar 5 jours. Avec trois points d’ancrage : mon hôtel, le bureau, et (pour la première fois) la salle de sport (Crossfit en l’occurrence). Et mis un point d’honneur à me déplacer à pied entre ces endroits, histoire de respirer un peu autrement que derrière une vitre de voiture.

Inspiration

Respirer, justement, c’est toute une aventure. Marcher dans Dakar est une expérience olfactive qui prend littéralement à la gorge ! La ville est pleine de taxis bringuebalants, certains dont on peut identifier l’origine (Renault 21 et 19 notamment) et d’autres qui sont des Frankenstein mécaniques dont on se demande comment ils arrivent encore à rouler et … à passer le contrôle technique (oui, il y a un contrôle technique au Sénégal). Et je ne parle pas des vieux bus Mercedes, qui sont une bonne approximation de l’immortalité, finalement.

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Necessité

Tout ce parc roule au diesel avec des joints de culasse suspects, vu la densité de fumées émises, dans des embouteillages énormes, et dégage une puanteur qui attaque les bronches dès la première inspiration. En discutant avec mes interlocuteurs de travail, le taux de cancers est en progression massive dans le pays et y’a pas à aller chercher très loin pour réaliser que cette pollution massive est sans doute totalement délétère pour la santé.

En miroir, parce que se balader en Afrique renvoie évidemment à mon environnement en France et aux USA – on comprend mieux l’importance des mesures anti-pollution, l’absurdité à postériori d’avoir fait la promotion du diesel pendant des décennies … mais Paris ou Manhattan sentent définitivement moins mauvais que les grandes métropoles africaines, et c’est tant mieux pour leurs habitants.

Nécessité

Pour autant,  ils n’ont pas tellement le choix, parce que l’infrastructure actuelle ne permet pas d’avoir des voitures modernes, avec obsolescence programmée et boitier de contrôle indispensable pour la moindre opération de maintenance. Même si un superbe garage BMW en face de l’hôtel nargue tous les taxis jaunes et noir, et que j’ai failli me faire rouler dessus quelques grosses BM et autres Range Rover lors de mes déplacements pédestres dans la ville. Commentaire du chauffeur de taxi m’amenant à l’aéroport quand un X6 rutilant nous double sur l’autoroute, copie conforme surréaliste d’un autoroute française au milieu du désert, « Ha ça c’est un politicien ou un footballeur» … Je vous laisse juger en votre for intérieur lequel des deux est le plus légitime socialement pour faire fortune.

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Désir

Ce grand écart entre richesse/pauvreté est une tarte à la crème sur laquelle je ne vais pas m’étendre, mais il y a un autre qui m’intéresse plus:  celui entre tradition et modernité, coutumes locales et mondialisation.

Comme dans tous les pays en développement, l’urbanisation est chaotique, c’est sale, pas fini, il y a des ordures à chaque coin de rue. Je me plains souvent de l’aspect hyper- structuré et régimenté de la vie parisienne (parcmètres, …) mais je ne sais pas finalement s’il y a une alternative autre au terrain vague avec trois ou quatre personnes qui vont surveiller votre bagnole moyennant une petite pièce – activité également très commune au Brésil.  Avec le progrès et l’accroissement de la richesse locale, ils en arriveront à la même chose parce que … je ne sais pas ce qu’il peut y avoir comme autre chemin dans la recherche de plus de fluidité dans l’environnement urbain.

Touriste

Je me ballade dans la rue, rentrant du boulot. Je suis dans l’Afrique « carte postale » : gens assis ou debout dont on se demande ce qu’ils font, vigiles nonchalants devant les immeubles, mendiants avec enfants, vendeurs de tout et n’importe quoi (cartes de téléphone, oranges, objets divers, jusqu’au Monopoly), et tout le monde est prêt à entrer en transaction avec vous.

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Superposition quantique

La seule manière de s’en sortir est d’adopter la stratégie du serveur de restaurant, regarder à travers les gens et en cas d’abordage feindre l’absence totale d’intérêt ou l’incompréhension. Voire expliquer qu’on n’est pas français pour être tranquille (Dire qu’on est allemand, ça marche pas mal). Ça peut paraître un truc de gros con, mais lors de ma première sortie j’ai commis l’erreur d’accepter le contact, juste parce que je m’étais arrêté pour regarder la plage ; abordage immédiat, quelques palabres, cadeau offert parce que je suis vraiment sympathique qu’on ne peut pas payer, et ensuite avalanche de demandes. 10 minutes plus tard je me sauve en lâchant 10 euros et évidemment je retrouverai le même collier « offert » par d’autre vendeurs de rue … sans doute fait en Chine d’ailleurs.

Archétype

Cela dit il y a là une espèce d’aspect primal de la relation humaine. La recherche de la transaction, et un accès à travers l’empathie. Pour la personne qui rentre en relation avec moi, je suis avant tout un moyen d’assurer sa subsistance quotidienne. Avant d’essayer de me fourguer quelque chose, il faut briser la glace.

Il y a des tas d’étude de psychologie cognitive qui montrent qu’on accepte plus facilement une demande d’un tiers si on est déjà entré en relation avec lui (par exemple, demander l’heure avant de demander une clope est infiniment plus efficace que de taper tout de go). Je comprends, mais je n’ai pas nécessairement envie de ramener un Monopoly à la maison. Donc je marche avec les yeux dans le vague.

Superposition quantique

Je croise un Casino sur ma route, j’y rentre parce que j’ai oublié de prendre deux trois trucs indispensables et là … je suis en France. Même organisation, mêmes marques, mêmes produits… mêmes prix. C’est totalement surréaliste, jusqu’à la caisse où là, cependant, tout le monde paye avec son … portable. Orange Money. La non bancarisation massive en Afrique a créé un boulevard pour les opérateurs téléphoniques qui sont devenus des banques et tout le monde paye tout avec son portable.

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Révolution technologique

Le siège de l’éditeur pour lequel je travaille est dans un immeuble entouré de petits vendeurs, fruits, cartes de téléphone, mais aussi chaussures de femme et costumes accrochés au mur. Les boutiques éphémères, finalement, ce n’est pas une invention nouvelle.

On arrive dans les bureaux et on est là encore dans un autre monde. On parle cloud, technologie, business models. Avec un mélange de locaux avides de progresser et d’enfants prodigues qui reviennent au pays après des études et des années de travail en Europe ou aux US, pour être utiles à leur pays, retrouver leur famille et que leurs enfants connaissent leurs racines.

One world

Où on voit la fonction œcuménique de la technologie, finalement, et de l’ouverture des frontières pour les études. Oui, ils travaillent dans une société américaine, oui, ils sont sénégalais et ils essayent d’harmoniser tout ça et de faire avancer leur pays et leur culture. Ils se sont ouverts à d’autres cultures, par nécessité,  et ramènent ca au pays – ils savent qu’il y a d’autres cultures et ça va faire bouger la leur.

Personnellement je trouve ça génial mais j’ai un biais, sinon je ne ferais pas ce métier.

Cette force qui tire toutes les sociétés vers le haut est vertueuse, parce qu’elle fabrique du progrès social et du brassage culturel. En une période où on parle beaucoup de fermetures de frontières, je mesure la connerie absolue de cette démarche. L’humanité progresse par le mélange et la découverte d’autres cultures, pas par la construction de murs …

Infidèle

Pour autant, le Vendredi, dans un pays massivement musulman, la prière c’est incontournable, et se mettre sur son 31 c’est important aussi. Je vais donc avoir un festival de vêtements colorés vis à vis desquels je vais faire pâle figure, si j’ose dire.

Trinité

Il y a deux autres éléments sociaux qui m’ont interpellé lors de mon séjour.

Sport

Étant en pleine phase « obsédé du CrossFit », il a fallu que je trouve une « Box » pour aller m’entrainer et faire mon épreuve du week-end. J’ai trouvé la box avec Google et Facebook (oui quelquefois c’est vraiment utile les réseaux sociaux), suis rentré en contact avec le propriétaire et j’ai pu aller y faire du sport tous les jours.

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Retrouver son environnement sportif et un langage commun en arrivant à Dakar, c’est assez remarquable. Le responsable de la box est d’origine Libanaise et a travaillé en France pendant 10 ans. Là encore, migrations diverses, et synthèse franco/américaine importée à Dakar. Avoir un intérêt et un langage commun permet de briser la glace très vite. Faisant un WOD le lendemain je vais me retrouver au milieu de 20 personnes dont je suis à peu près sûr qu’ils pourraient devenir des amis après quelques moments de transpiration commune.

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Transpiration solitaire

Le lendemain je fais la promotion de la salle vis à vis de mes interlocuteurs professionnels, qui me suivront le soir même pour voir à quoi ça ressemble. Amusement de présenter à des locaux une salle de sport à 500 mètres de leur bureau.

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… et collective

Musique

Aimant le rock, et donc le blues, je reste fasciné que cette musique d’esclave malheureux importés d’Afrique aie conquis la variété mondiale, qui plus est partant d’un pays raciste, les USA. La pulsation primale vient de ce continent, aucun doute là-dessus en ce qui me concerne, même si les petits blancs ont mis de la rigidité binaire dans le chaloupement du shuffle ou des rythmes plus primitifs, qu’on retrouve aussi au Brésil avec la samba.

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Sans aller dans des clubs locaux j’écoute le soir les groupes qui jouent à l’hôtel ; c’est un peu aseptisé bien sûr et comme pour tous les musiciens d’hôtels il leur est bien difficile de glaner quelques applaudissements. Je vais entendre un mélange de variété internationale, jouée sur des instruments d’origine japonaise, et spécifiquement africaine ;  où je pourrai à la fois reconnaître des structures harmoniques archi-classiques posées sur des beats chaloupés et des vocaux totalement africains. Ce qui reste pour moi toujours un grand bonheur.

IMG_1346 J’avais un jour lu un article sur un projet qui consistait à faire faire de la musique ensemble entre des juifs et des palestiniens. Qui après s’être regardés en chiens de faïence au début s’étaient mis à l’ouvrage et avaient fini meilleurs amis du monde.

Conclusion

Une des idées que je tire de ce séjour c’est que certaines activités unissent les humains, favorisent la tolérance vis à vis des autres et les tirent vers le haut : la technologie, la musique et le sport (en tant que pratique personnelle, pas en tant que supporter) en font partie.

L’autre idée est que le progrès, qui va avec la techno, est inéluctable (inévitable). Les marchands de de rue disparaitront quand les supermarchés et Amazon investiront le territoire et tout le monde sera content (peut-être même eux …) parce que ça simplifiera la vie, et parce que tous les pays en voie de développement rêvent du mode de vie occidental ; leur appétence pour les marques iconiques (Adidas, Nike, Louis Vuitton, Apple, …) et la technologie mobile en sont des symboles évidents.

Même si tous les interlocuteurs avec qui j’ai discuté de la comparaison entre le mode de vie parisien et dakarois ont mis en exergue l’isolement et la complexité de la vie en grande ville et loin de la famille / tribu.

Donc … peut-être que je me plante complètement.

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et le général, il en penserait quoi de tout ça ?

 

Un grand merci à mes interlocuteurs de travail (que je ne peux pas nommer ici) et à Alex Dina, patron de Motherland Crossfit. Prepare for the unexpected 🙂 

 

 

 

 

 

 

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