Six String Theories

Avertissement

Ceci n’est pas un post qui devrait être sur ce blog. Il fait 12.000 mots.

Ca ne parle ni de sport, ni de nutrition, ni de biochimie, ni de politique, ni de religion mais … de guitares, et de tout ce qu’elles m’ont amené depuis quasiment un demi siècle. Ce blog a toujours été mon véhicule d’expression personnelle, et en ce moment j’ai plutôt envie de raconter des histoires que de vouloir convaincre la planète du bien-fondé de mes idées (qui, vous l’aurez remarqué, ont souvent tendance à changer).

Là je vous invite plutôt à un voyage, l’histoire de ma longue relation avec les guitares et tous les méandres qui l’accompagnent. Laissez-moi vous y perdre, si vous aimez la musique et/ou si vous jouez de la guitare, il y aura sans doute de quoi vous faire résonner. Et sinon, faire le parallèle avec vos propres objets fétiches, on en a tous.

Remerciements

Eric Clapton, mon maître es-pentatoniques, à qui j’ai piqué le titre du post en rajoutant un pirouette quantique (quand même).

Mes parents, mon épouse, mes enfants, mes potes puisque même si on parle ici d’objets, ils sont une trame liée et entretenue avec eux tous, et c’est pas fini !

Mention spéciale pour mon vieux pote et maître initiatique en matière rock’n’rollienne Laurent, qui m’a fait le plaisir de fouiller dans sa propre mémoire pour préciser quelques éléments du début de l’histoire, et s’est transformé en relecteur assidu. Qu’il en soit ici remercié officiellement!

Préhistoire

Je me souviens clairement de ma première rencontre avec une guitare électrique. Je devais avoir 12 ou 13 ans, un groupe de potes qui jouait dans une « boum ». Je n’ai pas connu les surprises parties mais j’ai connu les boums, la négo avec les parents pour tirer l’heure du retour le plus tard possible. C’était avant d’avoir une Mobylette, sur laquelle je suis rentré souvent éméché, roulant approximativement sur les routes sinueuses de Dordogne.

Un concert ! Je ne sais plus ce qu’ils jouaient, mais le guitariste avait une guitare multicolore (une Emperador, copie japonaise de ES 335, mais ça je l’ai su bien après) et un gros son distordu qui m’a laissé bouche bée.

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Deux modèles d’Emperador. La mienne était sunburst, mais avec les micros stéréo.

A l’époque ma culture musicale était rudimentaire. Mes parents écoutaient assez peu de musique, quelques Django Reinhart avec Grapelli et le Hot Club de France, du New-Orleans. Je me souviens des bends rares de Django et la clarinette de Sydney Bechet. Du blues, déjà, mine de rien. Un peu de classique, aussi, pour me dérouiller les oreilles : Pierre et le Loup, Casse-Noisette, qui porte bien son nom … Et des chanteurs engagés révolutionnaires et totalement inconnus : Henri Tachan, Francesca Solleville. Quand j’avais 10-11 ans, mon père me ramenait des 45 tours quand il allait à Paris. Il allait chez un disquaire et demandait les 45 tours à la mode. Ça a commencé par Joe Dassin, et puis j’ai demandé des trucs en anglais. Je me souviens de Let It Be, puis My Sweet Lord et cette pochette bizarre en mode nain de jardin.

Mes parents m’ont mis au piano quand j’avais 10 ans parce qu’un de leurs collègues prof d’anglais leur avait dit que j’avais une bonne oreille (hélas non absolue). En fait l’anglais m’a toujours passionné ; peut-être parce que nous avions fait un trip dans la perfide Albion l’année précédente, où ils m’avaient acheté des Tintin en anglais. Je cultiverai par la suite mon anglophilie en allant trainer au rayon « 33 tours » du Monoprix pour apprendre par cœur les paroles de chansons, à l’époque souvent imprimées sur la pochette intérieure protégeant le précieux sillon des 33 tours.

Ils sont allés acheter un piano droit à Bordeaux et j’ai commencé sans conviction à prendre des cours avec une prof septuagénaire aux doigts tout ridés. Quand je lui ai dit que je voulais jouer des trucs plus modernes que la Méthode Rose et le Déliateur, elle m’a sorti « Le petit nègre », de Debussy. C’est sûr que c’était moderne. Même si j’adorais jouer le prélude 28 de Chopin que Gainsbourg a allègrement pillé ensuite, et dont j’ai écouté avec passion les disques période anglaise … l’Anamour, avec ses guitares claquantes et ses envolées de violons.

Après j’ai dit que je voulais faire de la guitare, ils m’ont acheté une guitare classique et j’ai pris des cours avec un autre prof, septuagénaire également, qui en plus empestait la vieille pipe (avec du tabac). J’ai réussi à négocier l’achat de « Deep Purple In Rock » chez l’unique disquaire de Périgueux et commencé à écouter en boucle cette lave sonore, musicalement incompréhensible, mais qui me plaisait bien. Sweet child in time, c’était de circonstance. Mes potes de 3ème m’ont acheté « School’s Out », d’Alice Cooper, pour mes 12 ans. Là aussi, ça faisait du bruit. Évidemment le son de la guitare électrique n’avait rien à voir avec celle de Django, et j’avais bien envie de pouvoir faire la même chose. Je me souviens aussi de «Parachute Woman» des Stones, acheté au supermarché du coin. Un single issu de Beggar’s Banquet, ce qui m’intrigue un peu, l’album est sorti en 68, j’avais alors 8 ans. A moins qu’il ait mis quelques années pour arriver en Dordogne ?

Mon père qui aimait la belle technologie avait un magnéto Grundig à bandes qui pouvait faire du « sound on sound », comme un Revox. Je m’en suis emparé rapidement et m’amusais à faire du multipiste en empilant des parties de guitares en mode « wall of sound », et c’est une habitude qui m’est restée. L’autre chose, à part le prénom, que je partage avec Phil Spector. Mais par contre je n’ai tué personne, moi.

Première(s) guitares et émois musicaux

Donc je tombe en arrêt devant cette guitare au son fantastique. A la fin du concert je vais discuter avec le guitariste, Marc, je lui dis que je trouve sa guitare extraordinaire et il me propose de me la vendre. Avec quelques bonnes notes au collège, j’arrive à convaincre mes parents de l’acheter, avec petit ampli Fender Champ (à trois potards). Un jour je saurai qu’il a été largement utilisé sur Layla, mais ce sera bien après. Là c’est juste un truc assez petit pour ne pas effrayer mes parents.

J’avais aussi un copain, Jacques, branché plutôt folk ; on écoutait ensemble America et CNSY. Ça me plaisait bien aussi et lors d’un trip à Paris je traine mes parents chez Paul Beuscher et repars avec quelques song-books et une 12 cordes Epiphone.

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En train de déchiffrer America avec l’Epiphone, dans l’herbe …

Pourquoi 12 et pas 6 ? Je me suis dit « qui peut le plus peut le moins » et si y’a des cordes en trop je pourrai toujours les enlever. Et sinon, plus, c’est mieux et c’est différent. Hé, les gars, moi j’ai une 12 cordes, hein, attention. Même si j’arrive pas à faire un barré, c’est une 12 cordes. J’avais sous-estimé le cauchemar de l’accordage et du passage des accords de 7eme majeure chers à America (sol si ré fa#), mais ça le faisait quand même. Je passerai des années à me prendre le chou sur les song-books, trouvant que les accords sont trop simples (à part le Sol majeur 7) pour être dignes de mes héros et ne permettant pas de retrouver les sons que j’entends. La réalité est un peu plus compliquée, Neil Youg et ses potes ont effectivement écrit des paquets de hits avec 3 accords et une petite descente chromatique de ci de la ( je devrais dire de si de la) et un sus 4 qui traine pour annoncer le refrain. Mais Steven Stills était aussi un expert en open tuning : bonne chance pour y arriver avec un arrangement pour piano si personne ne vous dit qu’il est en DADGAD ou autre. Il battait les femmes aussi, personne n’est parfait, et les héros artistiques ne sont pas forcément des belles personnes, surtout quand elles sont ivres ou défoncées.

Je ne sais plus laquelle est arrivée en premier, l’Epiphone 12 cordes ou l’Emperador … peu importe ; l’électricité a ma préférence. Le Fender a évidemment un son clean de chez clean : pour faire tordre un Champ, faut le mettre à fond, et encore. Difficile à faire dans la maison familiale, et je suis trop timide pour tout mettre à 10. C’est pas du tout le son que j’avais entendu lors du concert. Déçu, je rappelle Marc – et là il me parle de « pédale de distorsion ». Quezaco ? Marc, bricoleur introverti, électronicien en herbe, s’était fait une fuzz avec deux transistors au germanium, et évidemment pas question de me la vendre. Bon prince, il me dit que je peux trouver une pédale équivalente dans le magasin d’instruments de Périgueux.

Ouah Wah, ça fuse !

J’ai oublié la marque, mais je reviens chez moi avec une « Fuzz Wah ». Wah, Ouah ! Là ça change tout, et je commence à me trimballer un peu partout avec mon Emperador, mon Champ et ma FuzzWah, et parfois l’Epiphone quand je décide de massacrer quelques morceaux d’America autour d’un feu de camp. Horse with no name, je suis désolé de t’avoir fait tant de mal.

A l’époque je lis Best et Rock et Folk, remplis de photos de musiciens et de pubs de guitare. Je dévore les articles de Philippe Manœuvre et rêve devant les images. Je me souviens de photos de Keith Richards …

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Et d’une pub Ibanez, une page avec 50 guitares différentes, genre caverne d’ali-baba pour guitaristes.

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Mon interprétation perso de la pub Ibanez des 70s

A l’époque ils ne font que des copies de guitares US, le logo est toujours rondouillard et je crois que c’est une marque espagnole. Je ne retrouve plus la pub sur internet, mais il y avait tout Fender et tout Gibson. A force de lorgner les pubs je me rends compte que mon Emperador ressemble fort à une ES 335 Gibson et un jour je découpe un logo dans Rock & Folk que je vais coller sur la tête de la guitare, de travers, avec du scotch et de la peinture à maquettes, et je crânerai fièrement, en vil imposteur que je suis, avec ma fausse Gibson. Déjà poseur 🙂

Premier groupe

Ma vraie fausse Gibson me permettra d’intégrer un groupe local … avec Marc, qui me l’a vendue, et de commencer à répéter dans un garage.

De l’avis du batteur, Laurent , j’ai été « embauché » parce que je savais jouer le solo de Sympathy For The Devil. Enfin, j’ai réussi à lui faire croire que je savais le jouer. Il faut dire que l’avais passé un paquet d’heures à écouter en boucle Get Yer Ya Ya’s Out, fasciné par le petit bout de larsen au début du solo de Keith Richards… et tout le reste.

Malgré mon apprentissage classique, je fais tout à l’oreille et, tel un Champollion périgourdin, découvre tout seul la première position de penta mineure en Mi, et les doubles stops piqués à Chuck Berry. Il me faudra plus de temps pour comprendre qu’on peut aussi faire une penta majeure sur les mêmes accords et apprendre la partie rythmique géniale de Keith Richards. Sur les photos des livrets de « l’Age d’Or des Rolling Stones » on le voit aussi avec une Dan Amstrong en plexiglass. La Les Paul noire, surtout celle à 3 micros, reste une guitare qui me fascine, dans son élégance intemporelle. Il parle aussi de sa guitare à 5 cordes faites sur mesure dans une longue interview à Philippe Manœuvre que je connais par cœur tellement je l’ai lue et relue … et qu’on voit sur quelques photos de la tournée Européenne de 72.

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La Dan Amstrong custom 5 cordes de Keith Richards

On s’appelle « Electric Phallus » parce qu’à cet âge, le pénis, ça travaille tout le monde même si ça ne sert pas encore à grand-chose. Le groupe sera effectivement un véhicule efficace pour attirer les filles : je construirai mon image sociale adolescente sur le « moi chuis musicien » : plus efficace sur la gent féminine que « moi j’ai 19 de moyenne en maths », surtout quand on a deux ans d’avance, pas de poils au menton et qu’on mesure 20 cm de moins que les concurrents pour accéder à l’échange de fluides corporels.

On joue du Steppenwolf, quelques Stones, et du MC5, des punks énervés de Detroit, à l’opposé de la soul de Motown. Quand on travaille à la chaine dans les usines automobiles qui vendent le rêve américain inaccessible couvert de chrome et qui ne tient pas la route, il faut bien trouver un moyen de se défouler pendant le week-end. J’aime leur musique, mais pas assez pour craquer sur une Mosrite, dont je trouve la forme horrible, avec le micro manche décalé, quelle idée !

Laurent est un encyclopédiste du rock. Il a trois ans de plus que moi. A 15 ans ça fait toute la différence ; maintenant il y a prescription. Il va régulièrement à Paris acheter des précieux « imports », qu’on écoute à fond les ballons dans la maison bourgeoise de ses parents, l’après-midi. On arrive même à faire venir les flics lors d’un combo répète/blind test.

C’est lui qui me fera écouter mes premiers Aerosmith : Toys in the Attic, Rocks. Des gros riffs, la talk box de « Sweet Emotion », des chorus ad-lib noyés dans la réverb, des arpèges à la 12 cordes. La classe absolue. Et puis aussi « Layla » de Derek and the Dominoes. Je trouve Clapton « facile à jouer », je le sens bien. Layla, Have you ever loved a woman : l’expression pure de ce qu’on peut faire avec des pentas, le lyrisme en plus.

Plus tard je remonterai le temps et ira écouter ses maitres à lui, Robert Johnson, et les trois rois (BB, Freddy, Albert). Du son le plus gras au plus incisif, la palme revenant à Albert, sa pipe, sa Flying V montée à l’envers, ses amplis à transistors et ses bends de malade sur 3 notes ½. Je lirai un jour une interview de Van Halen expliquant que le seul guitariste avec lequel il a peur d’être sur scène, c’est Albert. Un bend de trois tons contre une avalanche de tapping, y’a pas photo.

Et je resterai collé à Clapton, dont j’ai tous les albums, un paquet de DVDs de concerts, et trois biographies. Un sacré collectionneur de guitares, lui, un amour immodéré des Strats, des jolies femmes et des costards Armani. Mention spéciale pour la Strat dorée à l’or fin qu’il utilise sur le concert de Montreux, et celle avec des peintures géométriques, bien loin des volutes psychédéliques de la SG qu’il utilise avec Cream, peinte par le même couple de hippies qui a aussi décoré la Rolls de John Lennon.

 

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Clapton et la SG « The Fool »

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La Strat dorée de Clapton

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Lennon et sa Rolls

Fender passion : Strat ou Tele ?

Alors justement, la Strat… Je traine toujours dans le magasin de guitares de Périgueux, il n’y en a pas des masses mais il y a une Strat en bois naturel de toute beauté. J’ai du passer des heures à baver dessus au lieu de réviser mes interros de math … C’est l’époque où Dark Side of the Moon démarre son carton planétaire, et parmi les posters qui décorent ma chambre il y a Gilmour avec sa Strat noire, et aussi Clapton … avec une Explorer. Et Keith Richards, évidemment.

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Clapton et son Explorer modifiée

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Gilmour, black strat, Dark side of the Moon

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Keith et ses carburants

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Keith et la Dan Armstrong en plexi

La Strat est hors de portée financière, l’Explorer bien lointaine et exotique mais il y a aussi une Telecaster noire, d’occasion, dans un autre magasin (oui, il y avait deux magasins de musique à Périgueux dans les années 70, c’est dingue, non ?).

Je ne sais plus comment j’arrive à convaincre mes parents de m’acheter une autre guitare. Tant que j’ai des bonnes notes, tout est possible. Une Fender, une vraie ! Que je ramène fièrement dans le groupe. Marc a aussi une Telecaster, mais lui, bricoleur barré, a coupé les deux cornes pour la faire ressembler à la « teardrop » Vox qu’utilisait Brian Jones dans les Stones en 65-66.

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Brian Jones avec une vraie Vox Teardrop

Il en tire un son acéré à la Wilko Johnson, la distorsion, pas question, et il a le même type de jeu rythmique énervé et précis.

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Marc et sa « Teardrop Tele »

Les pochettes

Ma discothèque initiale se limitait à Deep Purple in Rock, Schools Out, et Get Yer Ya Ya ‘s Out : la sainte trinité.

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Je m’étoffe musicalement et passe des heures à analyser les pochettes sous toutes les coutures. Les Stones évidemment, tous les albums. Les Beatles ? Pouah, quelle horreur … même si j’ai eu quelques échanges de salive animés sur « And I love her » et les larmes qui suivent en général quelques semaines plus tard.
Bowie aussi (Alladin Sane, jeu de mots sur « a lad insane » – un type givré, le frère de Bowie était schizophrène … et le solo de piano incroyable sur « Time », mais aussi les grosses guitares grasses de Mick Ronson sur Ziggy Stardust), Alice Cooper encore, Pink Floyd, Deep Purple toujours, Status Quo, Crosby Stills Nash & Young, America … J’écoute aussi beaucoup de prog rock, Genesis, Yes mais là les guitares ne sont pas en avant, tellement les orchestrations sont complexes. Suis aussi un grand fan de Michel Polnareff, et des incontournables Moustaki et Le Forestier, qui font la joie des feux de camps avec une guitare sèche, mais dont les pochettes sont sans intérêt.
Et il y aura aussi les Runaways, le premier groupe de Joan Jett. Elle a 16 ans, moi aussi … fantasme absolu.

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Logique, il y a souvent des guitares sur les pochettes d’albums. Je me souviens particulièrement de « Love it to death » d’Alice Cooper.

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Les deux SG, dont une blanche à trois micros et une avec Bigsby. C’est encore l’époque où les musiciens originaux du groupe jouent (assez approximativement d’ailleurs), avant d’être remplacés en studio par le duo infernal Dick Wagner et Steve Hunter. Qui jouent aussi sur Rock’n’roll animal de Lou Reed, avec l’intro de Sweet Jane de 8 minutes noyée dans du phasing.

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« Frampton Comes Alive », encore une Les Paul à trois micros. Perdue dans un accident d’avion et miraculeusement retrouvée et restaurée 30 ans plus tard. Et de la talk box à la pelle (Frampton, Beck, Perry … trois grands utilisateurs). Blue Oyster Cult (l’intro de «The Reaper », encore deux SG, …), et Ted Nugent avant qu’il ne tourne mal avec ses délires sur le deuxième amendement, qui tire des larsens féroces de son ES 175 ¾, ce qui dénote une approche bien personnelle du gros son.

Un peu plus tard (76) dans le panthéon des pochettes indélébiles, arrive Wired, de Jeff Beck.

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Wired recto, Strat

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Wired verso, Les Paul

Je ne sais plus comment je tombe sur Beck (Laurent me souffle que c’est lui qui ne l’a fait découvrir, c’est bien possible) … A la première écoute je reste comme un lapin planté dans la lumière des phares. Un de mes albums de référence encore aujourd’hui. Mentions spéciales pour le larsen dans le solo de Led Boots et les sons de chorus dans Come Dancing et surtout Goodbye Pork Pie Hat. J’ai appris récemment qu’il avait utilisé un Ring Modulator pour avoir ce son incroyablement gras et dense, et je ne sais toujours pas comment il a fait. Du coup je vais acheter tous ses albums et découvrir son histoire incroyable. J’irai le voir un paquet de fois en concert, toujours sidéré par son jeu totalement organique (j’ai d’ailleurs fait un post là-dessus il y a quelques années, ici). L’intro de « Going Down », « Beck’s bolero » avec un Jimmy Page fantôme et tout ce qu’il fera ensuite une fois qu’il aura jeté ses médiators à la poubelle …Il reste mon guitariste préféré à ce jour.

Mon prof de guitare classique de l’époque, qui n’était plus le vieillard enfumé initial, mais un jeune gars qui se polit les ongles au papier de verre tous les jours, a chez lui un Silverface Fender et une SG et m’explique que quand on sait jouer du classique on peut tout faire. Il me prêtera sa guitare de concert quand je vais passer l’option musique du bac, avec un prélude de Villa Lobos, et me proposera de suivre un cursus de guitare classique au lieu d’aller en prépa. Inutile de dire que ce n’est pas du goût de mes parents, même si pour eux c’est moins pire que de vouloir être le Keith Richards périgourdin. Mon admiration pour lui s’écroulera à cause de Jeff Beck. Un jour je lui amène Wired pour qu’il l’écoute, il me le rendra la semaine suivante avec un haussement d’épaules : « bah c’est du blues quoi ». Je ne lui pardonnerai jamais (même si c’est pas entièrement faux !) et j’achèterai religieusement tous les albums de Beck en le vouant aux gémonies.

A la même époque je fais mon premier « vrai » concert, avec ma Telecaster, dans un tout petit club de Périgueux.

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La caverne, qui portait bien son nom !

L’occasion d’une rencontre avec un ami d’ami bien plus vieux que moi, qui le restera jusqu’à son décès l’année dernière. Fou de musique et vendeur les week-ends dans un magasin de hi-fi, son studio parisien est rempli de vinyles du sol au plafond et il écoute ça sur des grosses JBL propulsées par un ampli à lampes McIntosh. Il me vendra ma première chaine hifi, avec une paire de L36 qui me suivra pendant quelques décennies, et me fera découvrir notamment Lynyrd Skynyrd, Sweet Home Alabama, les groupes à trois guitares et ces sons de Strat qui font grincer des dents. RIP.

Aleas

Un accident de vélomoteur me cloue au lit pendant quelques mois. Mes grands-parents viennent habiter à la maison. Mon grand-père, postier de nuit, passionné d’électronique, avait appris tout seul à réparer des postes de radio à lampes, qui remplissaient la salle de bains de son minuscule appartement parisien : les bains c’était pour les bourgeois.

Il profitera de son passage pour me bricoler une disto maison, avec un schéma trouvé dans une revue d’électronique. C’est fou ce qu’on peut faire avec trois transistors, deux diodes et quelques résistances. Moi je ne serai jamais très bon avec le fer à souder, à peine capable de recabler les micros d’une guitare, même si mes études ultérieures me permettront de comprendre comment tout cela fonctionne.

La découverte de la transformée de Fourier (décomposition d’un signal complexe en une somme d’harmoniques à fréquences multiples) et des différentes classes d’amplification (A, AB, D …) rangera le « mojo » chers à beaucoup de guitaristes au rang des mythes fondateurs, m’aidant à comprendre que la « magie » du son est en fait une somme d’imperfections et de non-linéarités dans la chaine de traitement du signal, posé par les limites de la technologie du moment. Au final ce ne sont que des paquets d’électrons qui se déplacent, et qui finissent par faire bouger des molécules d’air qui viennent taper sur nos tympans. Et on fait avec les moyens du bord. On invente la classe A/B pour économiser de l’énergie par rapport à la classe A qui certes sonne bien mais dissipe les 2/3 de l’énergie électrique en chaleur.

Un micro magnétique de guitare (d’ailleurs ce n’est pas un micro à proprement parler, il n’y a pas de membrane, c’est un transducteur qui génère un courant électrique alternatif dont la fréquence est proportionnelle celle de la vibration de la corde) ne reproduit pas le spectre de fréquence linéairement. Le Humbucker, comme son nom l’indique, a été inventé pour supprimer les ronflettes des micros simple bobinages, ce qui se paye par une bosse dans les médiums ; une distorsion écrête et du coup rajoute des harmoniques ; certains modes d’amplification vont favoriser les harmoniques paires, d’autres les harmoniques impaires ; un haut-parleur de 12 pouces coupe toutes les fréquences au-delà de 5000 Hz, ce qui compense naturellement un paquet d’harmoniques générées par la distorsion.

Il suffit d’écouter le solo original de « Sympathy for the Devil », sur Beggars Banquet, qui a visiblement été enregistré directement sur la table de mixage, sans ampli, pour entendre cette brillance agressive qui vrille les oreilles, mais quand on demande de faire ami-ami avec Lucifer, c’est de bonne guerre. Je ne sais pas si on brule en Enfer, mais il y a sans doute des sons qui percent les tympans !

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Keith en train d’enregistrer « Sympathy for the Devil » avec sa Les Paul 3 micros

Neurologie et évolution

N’oublions que notre cerveau est une machine à donner du sens et que, d’un point de vue de l’évolution, l’oreille humaine a évolué pour détecter les menaces de l’environnement et nous permettre de communiquer efficacement. Oliver Zacks, neurologue fou de musique, raconte des histoires fascinantes dans son livre « Musicophilia ». Notamment le fait que les bébés naissent en général avec l’oreille absolue (la capacité à détecter la hauteur d’une note sans aucune référence, comme on voit les couleurs) mais que cette capacité interfère avec la compréhension du langage, où en général le sens est indépendant de la hauteur tonale, sauf quand ma femme est en colère . Donc le cerveau coupe ces circuits neuronaux et se focalise sur les mots, qui sont bien plus importants pour la survie. Il y a aussi les histoires incroyables de synesthésie (perceptions secondaires générées par stimulus sur une autre sens, en général voir des couleurs quand on entend des sons) qui est un dysfonctionnement cérébral très courant chez les musiciens de haut niveau. Pourquoi on parle de blues et de blue note ? tiens, c’est peut-être pour ça que j’aime les guitares bleues, pour jouer du blues 🙂

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Je m’emmerde tellement pendant les cours en Terminale que je passe mon temps à dessiner des guitares dans mes cahiers. Notamment les cours de Philo, qui ne me passionnent pas vraiment. J’ai appris récemment (en regardant l’excellent documentaire Life in 12 bars) que Clapton faisait pareil, et il a fait des très chouettes dessins de ses idoles de l’époque et de leurs guitares.

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Je vis dans un univers imaginaire, maquillé comme Alice Cooper, je chante comme Polnareff, j’ai un boa dans mon sous-sol, je joue de la guitare comme Keith Richards, j’invente des guitares improbables, ma mobylette est un chopper Harley, je fais des tournées mondiales les groupies se disputent ma virginité mais la femme de ma vie c’est Joan Jett, qu’on se le dise !

Retour à la réalité : je passe le bac, je suis reçu et vais me la couler douce un été avant de rentrer dans l’enfer des prépas (c’est ce qu’on dit). La récompense : acheter un « vrai » ampli, qui fait vraiment du bruit, à Paris. Inculte et arrogant (déjà :-)) je jette mon dévolu sur une tête Marshall avec un 4×12 Hiwatt, sans avoir réalisé que pour faire sonner une tête Marshall de l’époque, sans master volume, il faut le mettre à fond. Pas à 11 comme dans Spinal Tap, mais au moins à 10. Quand bien même le vendeur me recommande un MusicMan qui m’aurait sans doute mieux convenu. 50W à lampes Marshall, ça fait du bruit, et donc je n’arrive pas à avoir le son que j’ai dans la tête. Je passerai par des bricolages bizarres pour ne pas reconnaître ma faute originelle, genre faire faire une sortie préampli de mon Fender Champ pour le mettre en entrée du Marshall. Là pour le coup, ça sature sérieux, ça fait des ronflettes aussi, mais je réussirai à ne jamais m’électrocuter ! J’ai cette idée après avoir lu une interview de Ted Nugent qui fait la même chose.

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Marshall en campagne !

Le voyage à Paris me permet aussi de réaliser un autre fantasme absolu : l’album pirate ! Il y avait un magasin de disques spécialisé à Odéon, on se serait cru aux Caraïbes tellement il y a de pirates. Je ramènerai un album de la tournée Européenne des Stones en 72, la dernière avec Mick Taylor, juste avant la sortie de « Goat’s Head Soup ». Le meilleur groupe du monde, à l’époque, et putain, qu’est-ce que ça envoyait. Keith savait encore faire quelques chorus à l’époque, et avait ce son dur, peu distordu mais tellement puissant et dans ta gueule, qui fonctionnait si bien sur les rythmiques en open et les double-stops berrichons (oui elle est mauvaise, je sais).

Fin de carrière

Ma « carrière périgourdine » se terminera en apothéose, le Phallus Electrique faisant un concert en première partie de … Patrick Hernandez (si, si) dont la carrière décollera plus que la notre, avec « Born to be alive », cette resucée foireuse d’un Giorgio Moroder, qui lui assure une retraite paisible.

Un public de quelques centaines de personnes et évidemment beaucoup d’excitation. Fin stratège, je profiterai de l’opportunité pour inviter une fille du lycée dont je suis éperdument amoureux mais trop timide pour l’aborder. J’arpenterai les allées de la salle après le concert sans la trouver, mais le billet fera quand même son effet, on finira par se trouver et je resterai en couple avec elle pendant plusieurs années. Mon pote Jacques était censé enregistrer le concert, mix sortie de table, et évidemment, il oubliera.

Acte manqué ou pas, seul Oncle Sigmund pourrait le dire, mais il était déjà mort à l’époque, mon pote, lui, est toujours vivant et j’ai fini par lui pardonner cet outrage suprême. Pas sûr que ce soit une grande perte, nous étions assez approximatifs et je me souviens m’être lancé tout seul, en rappel, à jouer le riff de « Satisfaction » alors qu’aucun de nous ne connaissait la chanson, même pas moi. Entre l’adrénaline et l’adolescence, on fait parfois des sacrées conneries, celle-là ne sera pas la pire !

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Sound Check avec la Tele et la wah fuzz !

Boucherie électronique : époque punk

Ma Telecaster va me suivre dans mes divers lieux d’études, et je vais lui faire subir les pires sévices, pour me venger, sans doute.

Premier massacre, à Bordeaux, où je suis étudiant en Prépa : ayant compris qu’un double bobinage fait plus de bruit qu’un simple, je décide d’en poser un sur la Tele. A l’époque Di Marzio est à la mode dans l’aftermarket, va donc pour un Super Distorsion. Sauf qu’au lieu de remplacer le micro chevalet, je le pose au milieu. Oui, un luthier a accepté de faire ça, je devais être très convaincant à l’époque ou il crevait vraiment la dalle. Évidemment les niveaux de sortie ne sont pas vraiment compatibles mais je m’en fous, j’ai une guitare à trois micros avec plein de switchs et ça suffit à mon bonheur.

Je rencontre un gars qui me prête une Strat, une vraie, sunburst, avec un humbucking en position manche. J’adore le son de cette guitare, je découvre les positions intermédiaires, je joue beaucoup avec et quand il me propose de la vendre j’ai pas de sous, c’est un pote qui l’achète mais comme il s’en sert peu il me la laissera quelques années et c’est ma première histoire d’amour avec une Strat. Même si je pense qu’elle avait été volée lors d’un concert …

C’est l’époque des punks, Clash, Sex Pistols et aussi le premier album de Telephone qui restera mon groupe français favori. Je suis encore capable de sortir le riff de « Flipper » (on te donne trois ba-a-a-lles), faut dire aussi que j’y joue souvent au bar en face du Lycée. Il y a une section musique à la bibliothèque et on va y écouter de la musique, fort. Je fais quelques concerts par-ci par-là avec un groupe à géométrie variable. Souvenir ému d’aller à une répète à deux sur une mobylette, avec la guitare en bandoulière …

Rickenbrothers

Je découvre les Jam dans la tribu punk – hybrides de mods en réalité, et le son tranchant de la Rickenbacker de Paul Weller. Bizarrement, je n’ai jamais vraiment accroché sur les Ricken. Pourtant, j’ai embrassé des filles en écoutant des vieux Beatles, été initié à la magie de la 12 cordes électrique de Roger Mc Guinn des Byrds. Laurent, mon maitre initiatique sur pas mal de ces sujets les trouvait tellement belles qu’il achètera une magnifique 4001 même s’il ne sait pas jouer de basse du tout ! Et nous surnommera affectueusement les rickenbrothers. C’est mieux que les toxic twins (Perry et Tyler) ou les glimmer twins (Jagger Richards) !

La 4001 est actuellement en prêt permanent à la maison et utilisée régulièrement par les bassistes de passage. Gros son seventies, suffisamment polyvalent pour avoir à la fois été utilisée par Chris Squire (Yes) et Lemmy (Motorhead), qui faisait carrément des accords avec. Chacun son truc !

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C’est Lemmy !!!

Din ch’nord

Exit Bordeaux, je pars continuer mes études à Lille, entassant toutes mes possessions dans ma R5 d’occasion : ma Telecaster, mon ampli, mes L36 JBL et ma paire de santiagues. Ca suffit largement à remplir le coffre.

Étudiant en première année d’école d’ingé, je continue à torturer ma Tele. Je m’acoquine avec un électronicien fou et lui demande de me mettre un module de disto dans la guitare ; il me bricole un truc à piles qu’il met dans un boitier externe accroché à la sangle de la guitare : je viens d’inventer la guitare à électronique active :-).

Police est à la mode. Andy Summers a aussi une Tele, et je vais acheter un Chorus et un Delay (analogiques, je les ai toujours et ce sont des pièces de collection …) et commencer à noyer mon son dans des tonnes d’effets, habitude qui ne m’a pas quitté. Et je fais refaire par un luthier la finition de la guitare avec un dégradé de bleu (j’adore les guitares bleues, ne me demandez pas pourquoi) et tant qu’à faire je lui demande de chanfreiner l’arrière en mode Strat … Pour le coup, ma guitare devient complètement unique. Je joue dans le groupe de rock de l’Ecole, on fera quelques concerts, on joue Police, Joe Jackson, des Stray Cats et je ne sais plus quoi.

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Tele, trois micros, des switchs partout et du scotch !

Avec mon salaire de stage ouvrier dans une fromagerie périgourdine je m’achète un 4 pistes Tascam et une boite à rythmes Mattel (oui, ils ont fait des boites à rythmes) et je fais des prises de son de groupes Lillois. Je ferai même des maquettes où je chante et joue de tous les instruments, y compris la batterie, heureusement disparues. Je joue aussi dans un groupe local et je me ferai prêter une Les Paul pour enregistrer une maquette qui est une copie honteuse d’un morceau de Led Zep et qui sortira sur une compil … en cassette. On fait du gros rock qui tache.

Je ferai partie du comité d’organisation du Gala de l’Ecole, on fera venir Michel Jonasz en concert. J’écoute la balance de toutes mes oreilles, puis discute un peu avec son guitariste avant le concert, il a un Mesa Boogie et un son énorme. Il me regarde les yeux dans les yeux, me souffle « le secret, gars, c’est la compression », me montre une petite boite bleue, et me plante là. C’était peut-être bien Jean-Yves d’Angelo, et Manu Katché à la batterie. Ca envoyait grave.

Les outrages à la Tele se termineront à Lille, et je finirai par la remettre presque dans son état d’origine, en mettant juste un double en position manche.

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Enfin restaurée à peu près proprement

Life is a Bich

Je suis toujours hanté par les guitares de Joe Perry. Le sommet de la gloire d’Aerosmith est un peu passé, mais il y a ce live où il a un vrai catalogue de grattes sur scène, parfois en jouant deux à la fois … et cette incroyable BC Rich Bich à 10 cordes et 12 switches.

 

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Une des photos de l’intérieur de la pochette

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Double manche, avec 6 et 10 cordes !!!

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La pochette arrière, avec encore la Bich rouge …

A Lille il n’y a pas de BC Rich mais une Aria Pro II dans une boutique de la galerie marchande (plus glamour tu meurs) avec une forme bien découpée : une Urchin.  Les modèles haut de gamme ressemblent furieusement à la Bich, dans le genre usine à gaz biscornue à manche traversant 🙂

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J’ai pas les moyens, le modèle de base fera l’affaire, et elle a un vibrato aussi ! Allez hop, vendu !

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J’achète aussi un Cube Roland, enfin un ampli avec un master volume, qui me permet d’avoir des sons un peu tordus sans rendre les voisins sourds. Les copains des groupes de l’écosystème ont tous des guitares différentes : une SG, une Les Paul avec des mini-humbuckers, une très belle Ibanez Artist avec laquelle je ferai quelques concerts. L’Urchin me sert de monnaie d’échange pour essayer d’autres guitares …

C’est à cette époque que ma 12 cordes prendra une retraite anticipée. Laissée dans la salle de répète couverte de boites à œufs dans le sous-sol de mon école, au retour des vacances je la retrouve dans 5 centimètres de flotte avec la table complètement gondolée. Déjà pas facile à jouer, mais avec les cordes à 1 cm du manche à l’octave, c’est juste plus possible.

Massacre à la tronçonneuse

On a déjà entamé les années 80 et Van Halen a tout changé depuis 78. Les guitares deviennent encore plus anguleuses. Je me souviens de ma première écoute d’Eruption et d’être resté bouche bée devant cette avalanche de tapping. Putain, mais comment il fait pour avoir un son pareil ? On voit, dans les magazines, son Explorer découpée à la tronçonneuse (c’est en fait une Ibanez, et il l’a largement utilisée sur le premier album).

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Franken-explorer en action …

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Une lutherie raffinée 🙂

Un jour, alors que j’ai quitté l’appartement conjugal pour habiter dans une piaule de 12 m2 dans une maison bourgeoise de Roubaix dans laquelle j’arrive à peine à arriver à mon lit en me faufilant entre ma paire de JBL L36, ma tête Marshall et mon Portastudio, un autre locataire passe la tête à la porte avec une Explorer Eagle qu’il a lui-même tronçonnée, et qu’il a montée avec des Di Marzio encore plus puissants que puissants. Il a besoin d’une guitare avec un vibrato, j’ai envie de ressembler à Van Halen, hop, on fait affaire.

10 ans plus tard j’en aurai marre de cette cicatrice horrible et je m’embarque dans un projet de restauration complète de la guitare, que je vais intégralement démonter, polir, revernir (au pinceau …) et même reconstituer le bout manquant. Hélas la teinture acajou ne prend pas sur la colle et la cicatrice restera. Elle sonne bien avec sa paire de humbuckers Gibson, et j’ai mis des switchs pour splitter les micros, et un inverseur de phase qui donne ce son complètement creusé si caractéristique.

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L’explorer restaurée maison

Patine maison … elle a servi !

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Mon chapitre Lillois terminé, j’aurai découvert le hard-rock dans le dernier groupe où je joue de la guitare puis de la basse, avec des fous furieux qui ont passé quelques années en prison, la new wave et les punks (ah, Clash … Mick Jones, aussi étendé que Keith Richards à l’époque où il se faisait des shoots d’héroïne entre deux sets de tennis avec Jagger …)

Parisien

Je pars habiter à Paris, en commençant par passer 2 ans sur un campus d’école de commerce célèbre en banlieue. Les guitares sont toujours là, et j’enregistre des maquettes avec un ami chanteur pas loin de là, sur deux Portastudios en parallèle pour faire du 8 pistes :-), chez le copain qui a acheté la fameuse Strat bordelaise.

Les années 80 se terminent. Je commence à bosser, habite dans le 12ème et vais trainer à Pigalle régulièrement mais il y a aussi quelques belles boutiques près de Bastille. Premiers salaires décents, mariage, appartement, j’aménage une première pièce musique dans un appart de 55 m2 (bon ça fait aussi bureau, et il y a le piano de mon épouse, qui a eu cette lubie de vouloir un piano comme cadeau de mariage, alors qu’elle n’en joue pas). Je m’achète un clavier, un Korg M3 avec un séquenceur, commence à bidouiller le midi avec de l’audio. J’achète un gros Mac d’occase et me fais ramener un boitier de synchro d’un pote qui est en stage aux US.

Mais je n’aime pas les sons de guitare que je sors. Je n’ai pas encore compris que la distorsion d’une pédale doit passer un HP qui coupe les aigus pour sonner correctement. Un jour je tombe sur une « Cream Machine » de Hugues & Kettner et qui contient la fameuse « red box » qui émule un 4×12 ; Euréka !!! à la même époque j’achète un préampli Mesa Boogie qui a aussi une sortie simulation de HP qui marche bien avec la Telecaster, ca me permet quand même de peaufiner mon interprétation personnelle de Keith. Mais je cherche aussi toujours du gros son et du larsen …

Infinite sustain

Un jour, je tombe sur une Kramer avec un Sustainer. Sans doute une des premières, il faut deux piles de 9 volts pour l’alimenter. Sustainer + Floyd Rose : le larsen infini sans ampli !!! Je l’achète immédiatement et frôle le divorce (qui arrivera quelques années plus tard, mais pour d’autres raisons …).

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Un logo tout en finesse …

C’est ma première « vraie » guitare, où je sais ce que je fais en l’achetant. Bon, le manche n’est pas parfaitement monté, le contrôle qualité chez Kramer est assez sloppy et le mi grave a tendance à partir dans les choux si on pousse un peu. Mais y’a le sustain de la mort et je vais passer un paquet de soirées à faire du dive bombing noyé de reverb et de delay. J’ai d’un côté la Tele que j’ai monté en open de sol pour faire du simili Keith et de l’autre la Kramer pour des trucs plus sauvages.

Je vais rester comme ça un moment et surtout étoffer le côté prise de son, achetant un Tascam Midistudio 644 (8 pistes sur une cassette !!!). Avec le revival récent de l’analogique récent, on en voit réapparaitre sur les sites de petites annonces. Même des 244. Moi une fois passé au tout numérique, franchement … Je ne dois pas avoir assez d’oreille pour entendre la différence.

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Vintage technology …

Sansamp

Je commence à avoir l’occasion d’aller aux US pour le boulot. Lors d’un premier voyage à NYC je veux ramener un préampli Bogner, mais manque de pot, y’en a nulle part. Je rentre avec un SansAmp, qui est nettement moins encombrant mais qui va permettre d’accéder au gros son au casque, sans réveiller les voisins.

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Ils le font toujours, et maintenant ils l’appellent « Classic » …

Le voyage suivant je reviens avec un préampli TriAxis Mesa.

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Une autre machine increvable. Plus en production aujourd’hui mais toujours utilisé.

Ma config de scène c’est le Mesa et un multi effet Alesis, et je découvre le bonheur de programmer des presets et les #CC du midi. Mais passer d’un son hyper clean à une grosse disto en appuyant sur un switch, quel bonheur. On peut même faire varier le gain du préampli et réduire le master volume simultanément avec une pédale d’expression. Essayez de faire ça avec une tête Marshall !

Théorie

A moment donné j’en ai marre de ne rien comprendre à ce que je fais et ce que je joue. C’est sympa d’être l’artiste inspiré dont les doigts bougent par magie sur les cordes, mais c’est du pipeau, et dans des situations de groupe, c’est très pénalisant à moins d’être totalement imbibé de substances diverses, mais ça ne le fait qu’une fois.

Et puis j’ai fait du classique. En classique on apprend à lire, mais hélas on n’apprend pas la grammaire. Pourquoi on rajoute un # à chaque tonalité dans le cycle des quintes ? Mystère, faut juste apprendre par cœur fa# do# sol# … alors j’essaye de comprendre, j’achète quelques livres et tout devient plus simple.

Laissez-moi vous expliquer.

Une corde qui vibre : une fréquence. On pince la corde ou on met le doigt au milieu : fréquence double. On pince ou on met le doigt au premier tiers : fréquence 3/2, et ca s’appelle une quinte. Do, Sol. Fréquence de sol :3/2 de la fréquence de Do. On refait pareil sur le Sol, on rajoute une quinte : Sol, La, Si, Do, Ré. Fréquence du Ré : 9/4 de celle du Do. Et à coup de fractions, on couvre toute la gamme. Ça c’est Pythagore et ça pose des problèmes de convergence, et il y aura pas mal d’autres théories avant d’arriver au clavier tempéré du 17ème siècle, qui répartit les fausses notes un peu partout.

C’est passionnant, et l’harmonie c’est pareil.

On empile deux notes, ça fait un intervalle, trois notes, une triade. Suivant la gamme utilisée à la base, toujours dérivée de la gamme majeure, trois tons, un demi ton, trois tons, un demi ton, on reconstruit tout. Alors je comprends enfin les bends, passage de la tierce mineure à la tierce majeure, les sixtes que j’adore, et puis le fameux triton, qui divise la gamme en deux parties égales dans un intervalle furieusement instable (do-fa#), entre les paisibles quintes et quarte, qui n’attend que de retomber d’un côté ou de l’autre pour soulager la tension auditive.

Triton qu’on trouve dans tous les accords de 7ème de dominante, entre la tierce majeure et la septième (sol#-ré pour un mi 7) et qui est bien appuyé par exemple dans le refrain de Walk this Way d’Arosmith ou de Rock’n’roll de Led Zep… et donc présent dans tout le blues. Tension, relâchement, accord majeur et de septième de dominante, si fa qui résout en do mi, toute la musique occidentale et populaire repose sur cette construction. Impossible de faire la part de la culture et de la biologie, pourquoi le triton est tendu et la quinte relâchée, mais le secret est peut-être dans les neurones qui décodent les vibrations du tympan …

Handmade

Quelques années plus tard en amenant ma Kramer à réviser chez un luthier (les incroyables DNG) je découvre qu’on peut se faire faire une gratte sur mesure ; j’adore trainer chez eux, respirer l’odeur du vernis et du fer à souder, essayer toutes les guitares qui trainent, et germe l’idée de me faire faire une Explorer à ma sauce. On va discuter longtemps sur la forme et les specs. Ca convergera vers une config simple / simple / double splittable et un piezo dans le chevalet. Je sais, j’aime les usines à gaz :-).

Le résultat est magnifique, et me donnera le goût du custom, même si ce sont des guitares impossibles à revendre.

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En Maraude

Je me fâche avec le copain avec qui je faisais des maquettes, de toute façon, je ne serai jamais musicien professionnel, après beaucoup de maquettes et des rencontres avec des DA de maisons de disques, je suis dégoûté par le peu d’attention porté à mon travail génial et méticuleux :-). Et je comprends qu’être artiste, c’est être dépendant du goût du public et des gardiens du temple. Trop compliqué pour moi. Je ne parle pas du talent et de la motivation sans faille nécessaire, évidemment.

Beaucoup de boulot, plus le temps de jouer, des enfants qui commencent à prendre de la place dans l’appartement,  mon studio de musique devient une chambre d’enfant,  je donne mon baffle Hiwatt à un copain, vends ma tête Marshall à un jeune gars qui le met tout de suite à donf pour l’essayer, et mon Portastudio. Entretemps un collègue me laissera à demeure son combo Marshall et une Gibson Marauder, qui vaut mieux que son look un peu plastique. Un jour je la démonterai pour la faire repeindre par un pote de mon beau-fils qui fait des jolis tags mais … les tags ne seront jamais terminés, et elle est toujours en pièces détachées dans un coin de ma cave. Je n’aurai jamais dû vendre cette tête Marshall, aujourd’hui je saurais la faire sonner correctement mais ainsi va la vie. Mais comme je suis en train de divorcer, c’est le cadet de mes soucis.

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Let me be your king

Après mon divorce, je séduirai ma nouvelle compagne en lui jouant du Presley et du America sur une guitare acoustique à deux balles, achetée dans un petit magasin de musique aux US. Et puis ses enfants, qui habiteront avec nous quelques années plus tard, commencent à lorgner sur mes guitares et à les tripoter un peu. J’offre une mini Strat à son fils cadet, l’ainé préférant une BC Rich avant de se mettre à la basse. Ils me convainquent d’acheter une batterie électronique sur laquelle commencent des répètes où ils massacrent du Greenday et composent des chansons évidemment géniales.  tout en me demandant de les

Ma Tele et mon Explorer y gagneront une nouvelle vie. Le plus jeune, Steven, avec son premier groupe pré-adolescent qui lui ferai faire ses premières scènes à 12 – 13 ans, a besoin de plusieurs guitares, et ne peut se contenter de la SG que je lui ai ramené des US. A vrai dire, c’est moi aussi qui aurai une nouvelle vie musicale avec eux puisqu’il faut prêter des guitares, les accorder, chercher des partoches sur internet, aider à déchiffrer du Metallica et du Slipknot, et évidemment jouer ensemble. Et moi je leur fait écouter Aerosmith et les DVD Live de Clapton : échange de bons procédés. La transmission de savoir se renversera au bout de quelques années, et je me ferai engueuler un jour parce que j’ai la flemme de faire des allers-retours sur les arpèges et que ça manque de précision.

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Une nouvelle vie pour l’Explorer …

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Et la Tele !

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Au début des années 2000 je découvre Line6 et leurs premiers simulateurs d’amplis qui tournent sur PC, puis le fameux POD. Ma femme m’achète en même temps une Martin acoustique avec laquelle je découvre que mon fils handicapé a l’oreille absolue, le jour où il devine les notes que je lui joue sur la Martin sans que je lui dise. Début d’une longue relation complètement centrée sur la musique.

Donc … il y a beaucoup d’activités musicales avec les enfants et je reprends goût à la guitare, ou plutôt, commence à assumer mieux ma passion infantile pour cet objet magique.

Quand Line 6 sort sa Variax (guitare sans micro, avec tout un tas de sons simulés) le Père Noël en met une sous le sapin (j’ai vraiment une femme sympa !) et entre ça et le POD XT que je viens d’acheter, je vais tomber dans la marmite Line6 pendant quelques années. Il y a un soft qui permet de bricoler les guitares virtuellement (on choisit la caisse, les micros et leur placement) et c’est plus facile que de revernir une Explorer !

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La première Variax

En parallèle je prends pour la première fois de ma vie des cours, dans la même école de musique moderne que l’ainé de mon épouse (c’est d’ailleurs lui qui m’incite à y aller). Beaucoup de répètes studieuses (on travaille en groupe, principalement sur les mises en places) qui me font réaliser l’océan de mon incompétence. J’ai un prof qui lit à vue, c’est le genre de truc qui calme de suite. Je joue aussi avec Laurent, « mon » batteur périgourdin,  et Jacques, tout le monde était désormais à Paris.

Les Paul

Je découvre Larry Carlton lors du concert Crossroads de Clapton et je tombe amoureux de son son, et de son génie mélodique évidemment et je commence à lorgner sur les 335.

Un collègue collectionneur de grattes me branche avec un magasin US où il les achète, j’hésite un moment entre 335 et Les Paul et je finis par craquer pour une Les Paul reissue 58 mais dont le corps est creusé, ce qui la rend moins lourde et lui donne un son plus proche d’une 335, mais qui a un manche digne d’une batte de base-ball. Ca va devenir mon instrument de prédilection, et comme d’un seul coup j’en ai marre de la technologie et que j’ai enfin un peu compris comment marchaient les amplis, je m’offre un LoneStar Mesa Boogie, la vraie classe … A. le bestiau pèse une tonne mais ça sonne d’enfer, effectivement.

 

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Fractal

Mais la technologie va re-rentrer par la fenêtre. Un jour de 1998, peu de temps après avoir acheté le Mesa, je vois dans Guitar Player (snob que je suis, je ne lis que les canards de guitare US) une pub pour une nouvelle marque de préampli numérique, Fractal Audio. Déjà, le nom. Un Fractal, Mendelbrot, les espaces à dimension non entière … ça ne peut qu’être bien et en tous cas ça incite à la rêverie mathématique.

Je sais bien que les puristes ne jurent que par les lampes, mais pour moi un électron est un électron, un bit est un bit et E=MC2. Si on arrive à faire des images numériques, on devrait bien pouvoir faire des sons numériques, et d’ailleurs, j’aimais bien ce que j’arrivais à faire avec la Variax et le Pod XT.

Avec Fractal j’ai une intuition, la pub est bien faite, je craque … j’achète un Axe FX Ultra. Le son est là, par contre ce qu’il y a autour est assez roots. Câbles midi pour brancher le pédalier, convertisseur nécessaire pour brancher le midi sur USB pour accéder à l’éditeur, qui est en perpétuelle version béta, mais contrairement à Line6 les mises à jour du firmware pleuvent avec à chaque fois un nouvel ampli, une nouvelle pédale de disto, un nouvel algorithme de réverb et c’est Noël toutes les trois semaines ! Je réinvestis la prise de son, achète ProTools et une carte son Digidesign, et après quelques nuits passées à m’échiner sur des docs imbittables je vais réussir à m’en servir un peu et refaire des maquettes et des prises de son bourrées d’overdubs de guitares.

Fractal ne va pas me lâcher, et j’en suis à la 4ème machine que j’achète chez eux, avec toujours autant de bonheur. Et c’est comme les logiciels Microsoft, une fois habitué aux concepts et à l’interface, le coût intellectuel de la migration est élevé. Je viens de revendre mon Axe Fx II à un nouveau venu dans cet univers et après 3 heures d’explications on avait juste gratté la surface. Mais ça fait aussi partie de la magie du truc « et comment je pourrais faire ce son là ? » avec des outils impossibles à mettre en œuvre dans le monde analogique. Comme par exemple rajouter automatiquement plus de gain quand on joue dans les aigues que dans les graves. Surtout quand on n’a pas de roadie :-).

Made in China

Un jour je découvre AliBaba et les millions de copies bon marché de Fender et de Gibson qu’on peut acheter sur Internet à des fabricants chinois plus ou moins scrupuleux. Les guitares sont toujours très belles sur les photos, mais qu’en est-il en réalité ?

Après avoir bavé sur des Les Paul Supreme à 200 dollars et des Firebirds à 300, j’achète une fausse Strato Jeff Beck qui arrivera avec 6 mois de retard, n’aura de Jeff Beck que la couleur blanche. Sillet mal ajusté, manche qui a l’air en contreplaqué … j’essayerai de la faire ressembler à la 0001 de David Gilmour en mettant dessus une plaque en métal anodisée, et de la faire sonner mieux avec des Noiseless, le résultat est OK mais une imposture reste une imposture.

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L’industrie des « fake » en Chine est incroyablement dynamique (faut dire qu’ils fabriquent aussi des Epiphone, des Squier, …), tout est toujours possible et incroyablement bon marché mais … on paye cher pour avoir un faux logo. Au final il vaut mieux acheter une Harley Benton (sous-marque de Thomann) ou une Epiphone, quitte à acheter un décalcomanie Fender ou Gibson sur eBay.

Ne me regardez pas de travers, Slash et Billy Gibbons, entre autres, ont fait la même chose (pour le premier avec un luthier qui lui a fait une réplique exacte de Les Paul 58, pour le deuxième avec une Greco, copie conforme de Les Paul japonaise, souvent considérée comme mieux faite que les « vraies » Gibson de l’époque.

Considérations économico-philosophiques

Quand on s’intéresse à l’histoire des grands fabricants mythiques comme Fender ou Gibson, on réalise que ce sont des entreprises comme les autres, pilotées par le profit et soumises aux aléas des demandes des actionnaires (Fender) et à l’égo du dirigeant (Gibson).

Fender a failli faire faillite dans les années 70 après la prise de contrôle par CBS en 66, Léo ayant empoché son pognon et parti fonder MusicMan, et a décidé de délocaliser une partie de sa prod au Japon parce que la qualité des guitare US était épouvantable. Avec du pot, on pouvait tomber sur un instrument correct, mais c’était rare.

Les Strat Japon des années 70 sont considérés comme des instruments remarquables – fabriqués par le même sous-traitant qu’Ibanez. D’ailleurs, la légendaire Blackie de Clapton, revendue aux enchères 959.500 dollars après 30 ans de bons et loyaux services et autant de brulures de cigarettes sur la tête, a été fabriquée par le maitre lui-même à partir de trois strats achetée d’occase dans une boutique de Nashville en 72 pour une poignée de dollars (200 chaque).

Un bon investissement tout de même, la sueur évaporée des doigts claptoniens ayant visiblement autant de valeur que les immatériels d’Yves Klein. Si vous n’avez pas pu vous la payer, vous avez une seconde chance : une des 275 répliques exacte de Blackie fabriquées par Fender, sur lesquelles tous les pains et les pocs ont été méticuleusement analysés et reproduits. Il y en a quelques-unes sur Reverb qui apparaissent de temps en temps, pour environ 20.000 dollars. Je ne sais pas quel était le prix original de vente en 2006 … et évidemment toutes annoncent explique que cette guitare qui n’a quasiment plus de vernis sur le manche, comme l’original, n’a jamais été jouée depuis son achat. Rajouter un poc lui ferait sans doute perdre la moitié de sa valeur.

Mais vous pouvez aussi acheter une Blackie neuve, nettement moins chère (entre 1000 et 5000 euros selon l’année et le lieu de fabrication) et user le manche avec vos doigts moins habiles que ceux du maitre, et tremper le bloc chevalet dans un peu d’acide pour simuler sa paume moite quand il prend un solo de la mort. Ca vous évite les tournées mondiales, c’est moins fatiguant :-).

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Y’a de quoi se faire plaisir quand même, pour 20.000 euros !

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A la brulure de cigarette près …

Dans le même genre de de paradoxe absurde, il y a la Frankenstrat de Van Halen, qui revendiquait clairement son statut de machin bricolé. Un manche et un corps achetés pour 130 dollars, un vieux micro de ES 335 trempé dans la cire, un seul potard. Oui, sur une guitare, le potard de volume, c’est en fait le potard de tonalité ; Edward répliquera ce gag sur les Wolfgang faites avec MusicMan où le potard de volume est appelé « tone ». Qui a besoin d’une tonalité quand on joue sur un Marshall à fond ? Personne.

Après quelques séries « Artist » faites par Charvel, Fender, après avoir racheté la marque et entamé une collaboration fructueuse avec Van Halen, notamment sur les amplis EVH, fera 200 répliques exactes (jusqu’au sélecteur qui ne fonctionne pas et au micro manche qui n’est pas branché …) qui se vendent autour de 25.000 dollars aujourd’hui. Ce qui reste du pipi de chat comparé au prix d’une Les Paul Sunburst 58, qui va aller taper dans les 300K.

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Tout le monde en veut une, c’est sur !!!

C’est surement un bon placement. Nous vivons dans un monde où ce qui est authentique (même copié) prend de plus en plus de valeur puisque tout le reste, numérique, se réplique parfaitement et à l’infini.

C’est le prix astronomique des vieilles guitares, dû à leur rareté plus qu’autre chose, qui a lancé le marché des « relics » et autres « NOS ». Le gag étant que les vieilles guitares sont rares parce qu’à l’époque personne n’en voulait ! Gibson n’arrivait pas à vendre ses Les Paul, elles n’ont jamais été conçues pour être branchées dans un Marshall qui distord, mais le jour où Clapton l’a fait en 66 avec les BluesBreakers, abracadabra, la grenouille s’est transformée en prince charmant.

Et c’est pareil pour Fender. Entre le « Brownface » des années 50 qui vaut une fortune aujourd’hui à cause de la « qualité » de sa distorsion et la Strat à trois micros (parce qu’il fallait mettre un micro de plus que Gibson, et toc, pour générer de la différence sur le marché) où les fameuses positions intermédiaires 2 et 4, faussement appelées « hors phase », ont été découvertes par hasard, il y a là aussi beaucoup de sérendipité comme disent mes copains new age, et de hasard heureux dans ma terminologie personnelle.

Numérique ou analogique, encore …

Personnellement j’oscille entre les deux. Je reste fasciné par ces vieux objets, le design intemporel d’une Telecaster (51), Les Paul (52), Strat (54) que je trouve toujours beau et fonctionnel – mais c’est mon catéchisme, les images et concepts de la jeunesse ont une empreinte indélébile dans les circuits neuronaux.

Et la révolution numérique, guitares, amplis ou effets, parce que ça marche et que c’est pratique, et que c’est plus facile de modifier une guitare virtuelle que d’aller acheter un établi. Mais j’ai des potes (et plein d’artistes) qui ne jurent que par l’enregistrement analogique.

La console Neve de Sound City à qui Dave Grohl a dédié un film complet a-t-elle une âme, enfouie dans ses transistors et ses potentiomètres, une magie particulière aussi improbable que la position intermédiaire d’une Strat ou le grain d’un étage de puissance avec deux EL 34 qui écrêtent ? Des questions qui sont l’objet d’une exégèse sans fin. Les musiciens de rock ont finalement plus de points communs avec les Juifs orthodoxes qu’on ne pourrait l’imaginer.

Le feu noir qui s’éteint un peu vite

Toujours dans la mouvance numérique, et régulièrement  énervé par les guitares désaccordées dans les répètes, je découvre les nouvelles Gibson avec mécaniques automatiques et je vais craquer sur une Dark Fire, les premiers modèles où on peut changer d’accordage en tournant un potard ; enfin, presque. En fait c’est totalement inutilisable dans un contexte de scène, une vraie usine à gaz et je vais la revendre rapidement. La techno c’est bien quand c’est intuitif, sinon c’est la galère.

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AI3Y0624.jpgLe patron de Gibson de l’époque, Henry Juszkiewicz, qui vient de se faire lourder, avait parié sur la techno à mort pour changer des éternelles re-issues possibles et inimaginables. Mais même pour moi qui ai un côté technophile, c’était too much. La Firebird X avec toute son électronique embarquée a été un flop total. Et il faut dire qu’elle était vraiment moche aussi. Mais franchement, qui veut avoir un délai et un chorus dans sa gratte alors qu’il a déjà un multi-effets pour le faire ? On verra ce que James “JC” Curleigh arrive à faire. Il vient de chez Levi Strauss, donc aussi confronté à la même problématique. Faire des reissues de 501 et innover en même temps. C’est difficile de concilier tradition et modernité au sein d’une même marque, et les guitaristes sont des clients difficiles, pas spécialement ouverts à l’innovation.

Enter PRS : you’re welcome but you can never leave …

Du coup je refais un 180 côté guitare en tombant un jour sur un test comparatif de deux PRS dans un canard anglais, dont une 513 Private Stock avec une table flammée orange de toute beauté. Aucun de mes guitaristes favoris ne joue sur PRS (enfin, Santana, quand même) mais l’objet est magnifique et je passe un coup de fil au magasin qui m’apprend que la guitare est déjà vendue mais qu’avec le Private Stock je peux avoir quelque chose d’équivalent, si j’ai la patience d’attendre et assez d’argent pour me la payer.

Je peux bien faire une folie pour fêter mon demi-siècle qui approche et je signe le bon de commande. Je vais attendre quelques mois mais ne vais pas être déçu du résultat. Sans doute ma plus belle guitare, et toute la palette de sons que j’aime avoir sous la main, puisqu’on arrive à fois à avoir des sons de Strat, de P90 et de Humbuckers. Et un vibrato en prime.

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Je baptiserai la guitare lors d’une fête d’anniversaire où je loue les services d’un groupe professionnel pour jouer avec moi, et qui se terminera en gros boeuf avec des guitares dans tous les sens. Et je la ferai résonner dans une église, accédant à la demande d’un jeune couple d’amis de jouer « Wonderwall » pour leur mariage.

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Il fallait vraiment que je les aime pour accepter ça, et surtout la suite : accompagner les mamies cul-béni qui font les chants pour la messe à suivre, avec la PRS et le Fractal (qui pour une fois n’avait pas besoin de réverb ajoutée). Etant un garçon consciencieux, j’avais fouillé sur tous les sites cathos possibles et imaginables pour trouver les grilles idoines, mais hélas les mamies elles ne savaient pas lire la musique, et ont pris toutes les chansons dans des tonalités approximatives. Un vrai dialogue de sourds :  « L’Avé Maria, vous le prenez en La ou en Sol ? » Mais comme dans les messes tout le monde chante faux avec conviction, c’est passé comme une lettre à la poste, même si j’ai juré mais un peu tard qu’on ne m’y reprendrai plus, sans en faire tout un fromage quand même.

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Getting ready for the show

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Si, si, j’ai joué ça, enfin, essayé …

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Le rig diabolique !

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Show time !

Evertune

Je vais quand même faire quelques infidélités à PRS, toujours dans mon obsession de l’instrument qui ne se désaccorde pas (sans doute traumatisé par les mamies du mariage). Un génie au fin fond des US a inventé un nouveau type de chevalet entièrement mécanique qui ne se désaccorde pas, par un astucieux système de ressorts, et une marque européenne inconnue, VGS, vend des guitares équipées de ce chevalet. Dont une avec des frettes biscornues qui permettent d’avoir une intonation juste de haut en bas du manche. J’en achète une, puis je suis tellement content du résultat que j’achète aussi une copie de Telecaster pour la monter en open G – qui ne pardonne pas vraiment les accordages approximatifs, sans doute pour cela que Keith Richard en change à chaque morceau. Mais il y a vraiment une magie dans cet open G sur télé, sans doute le sus9 qui traine toujours sur le IV qui est devenu la marque de fabrique de Keith.

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La VGS aux frettes étranges …

 

Line 6 is back

Il y a aura aussi une Line6 James Tyler sur laquelle je vais monter un capteur midi mais une fois qu’on a fait une démo de piano ou de batterie avec la guitare, je m’en lasse vite.

Elle me jouera un tour pendable, lors d’un concert fait devant tous les collaborateurs de l’entreprise dans laquelle je travaille. Cette James Tyler permet de faire des accordages virtuels avec un petit potard cranté, ce qui est sympa et facile, si on veut se mettre en Mi b, en drop D ou en open G: on tourne le potard et hop, c’est fait. Sauf que quand on est sur une scène mal éclairée et sans lunettes, et que le groupe commence 3,4 sans prévenir et que ne je démarre pas dans la bonne tonalité, c’est l’enfer total. Je passerai un « Rolling in the River » complet en mode panique, ne sachant pas dans quelle tonalité je suis réellement accordé, et essayant de transposer à la volée sans vraiment m’entendre par manque de retour. Un grand moment de solitude !!!

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Euh on est dans quelle tonalité, en fait ?

La guitare aura son moment de rédemption, encore dans une église. Je l’utiliserai pour jouer « Tears in Heaven » en acoustique, pour l’enterrement d’un copain avec qui les répètes et échanges sur les guitares et la musique auront égayé les dernières années de sa vie où il se battait avec énergie contre un mauvais cancer. Difficile de ne pas pleurer à chaudes larmes quand on joue « des larmes au paradis » dans une église pour un copain très croyant qui vient de décéder, surtout quand on est un athée convaincu. Je garde mes larmes de tristesse et de rage, je lui laisse le paradis. RIP.

De l’importance d’avoir une mutuelle

Une de mes relations Facebook, collectionneur de guitares, doit vendre une partie de son stock pour financer une note d’hôpital assez salée, et me contacte pour me demander si je suis intéressé. Je vais lui acheter deux PRS rarissimes, en me disant que c’est un bon investissement, ce qui serait sans doute le cas si je ne m’en servais pas, mais visiblement je suis guitariste avant d’être investisseur.

Deux guitares bleues quasiment identiques extérieurement. Une faite sur mesure pour une employée de PRS, pièce totalement unique donc, corps creusé, vibrato flottant. Et l’autre faite pour Howard Leese, guitariste de Heart puis mercenaire pour Bad Company.

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Twin sisters

Il a le mauvais goût de remplacer les potards habituels de PRS par des potards d’ampli Fender, mais j’ai une valise avec son adresse à Malibu avec les backstage pass de l’époque. Nice. Elle sonne d’enfer, beaucoup plus gras qu’une PRS classique. Chevalet rarissime 2Tek qui défonce la paume de la main si on n’y fait pas attention … et pèse plus qu’un âne mort.

Je lui achèterai aussi une magnifique ES 335.

Je regarde le site Reverb tous les jours pour avoir ma dose de dopamine. Il y a des PRS à gogo, toutes plus belles les unes que les autres. Le prototype de Santana qui vaut plus de 100.000 dollars, mais aussi des choses plus raisonnables. Les 513 n’existent plus, remplacées par la 408 et je tombe en arrêt devant une rouge sang flammée Top 10 en vente dans un magasin en banlieue de NY.

Elle est trop chère mais on peut faire une offre. Un matin blême à l’aéroport de Montréal où je tue le temps en attendant mon vol pour NY, je fais une offre à la moitié prix annoncé. Le mec me répond immédiatement, pas assez cher mais on peut s’arranger, j’arrive à NY dans la matinée et prend le train de banlieue pour filer l’acheter. Ca tombe bien, c’est mon anniversaire dans 3 jours. Elle m’inspirera un post que vous pouvez lire ici.

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Nature morte à la 408

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Mon épouse ne râlera pas trop, elle sait que c’est peine perdue. Et c’est mieux que la John Mayer Super Eagle II tirée à 200 exemplaires que j’ai vraiment failli acheter. 12.000 dollars, mais elle en vaudra sans doute le double dans quelques années. Si on la laisse dans un coffre-fort, ce que je ne sais pas faire.

Enfin une Strat !

Quelques mois plus tard, je vois une jolie Strat Mexique sur un site d’enchères néerlandais, en bois naturel, comme celle devant laquelle je rêvais adolescent. Je tente ma chance et remporte l’enchère.

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Strat en mode plage !

Ma première Strat ! La guitare sonne bien, et je décide de faire monter un préampli Clapton dessus. Les micros ne sont pas noiseless donc y’a de la ronflette en veux-tu en voilà mais le noise gate de l’Axe FX fait bien le job.

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La Strat en répète avec ses copines …

Même si j’adore les effets, quand j’écoute Clapton, qui fait tout un concert avec la même guitare, sans effet à part sa cabine Leslie, juste en jouant sur le volume et le préampli dans la guitare, c’est inspirant. Et effectivement la guitare est d’une versatilité impressionnante. Préampli à fond, boom, 25 dB de plus. Le Fractal, tout numérique qu’il est, supporte bien et on passe du cristallin intermédiaire à une énorme disto micro manche en deux secondes. Un régal. Je mettrai des noiseless un de ces jours. Ou achèterai une Artist Clapton. Et puis une Artist Jeff Beck pour avoir un chevalet flottant. Et m’énerver en arrivant pas à avoir le même son que le maitre alors que j’ai la même guitare. Story of my life 🙂

Epilogue

J’ai aussi commandé une guitare à un luthier fou en Australie. Perry Ormsby. Ne me demandez pas comment je l’ai trouvé, je ne sais plus. Il fait des « limited runs » de 15 à 20 guitares, un peu comme les Private Stock de PRS, dont on peut choisir les specs dans certaines limites (bois, finition du manche, accastillage).

C’était premier arrivé premier servi, il a vendu ses 20 grattes en exactement deux minutes. J’ai dû me lever à 2 heures du mat pour faire ça (heure australienne) et j’ai été le dernier. Bon j’attends la gratte depuis 3 ans maintenant … mais je garde confiance. Ce sera mon premier instrument avec des « fanned frets », on verra si ça améliore mon vibrato.

Et puis il faudra sans doute que je rajoute quelques guitares à mon arsenal. Il y a un luthier américain qui fait des répliques d’Explorer sublimes. J’aime bien les guitare rouillées de Loic Lepape aussi. Et puis des PRS … Une John Mayer Silver Eagle peut être, le boulot qu’il a fait avec le père Paul et l’aspect totalement maniaque de Mayer, capable de gloser pendant 40 minutes sur la différence de son entre les micros de sa Strat 63 et sa Strat 64 me plait bien. Comme Eric Johnson qui dit entendre la différence de son de sa Fuzz Face en fonction des piles qu’il met dedans.

Que ce soit vrai ou pas, ça fait rêver, ça entretient l’envie de jouer,  et c’est l’essentiel.

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