CrossFit Games : Première impression

Allez, rame !

« Plus qu’une minute … c’est la dernière séquence de rameur … arrête de regarder partout, y’a que le compteur de calories qui t’intéresse, concentre toi !  » … Matt, coach de la box et en l’occurrence juge de l’épreuve que je suis en train de terminer, dose tant qu’il peut encouragements et conseils, et je tire sur cette putain de chaine de rameur autant que je peux, ou disons, autant que je crois que je peux. Y’a pas, impossible d’atteindre les 1.300 calories / heure, je plafonne à 1.100-1.200, putain !

Le rameur, c’est technique ; même si c’est censé être un exercice d’endurance aérobie, la puissance musculaire joue un rôle déterminant. Bien plus que dans la course à pied … Encore des excuses que mon cerveau, sans doute alerté par l’effort inhabituel que je suis en train de fournir, fabrique à loisir. J’ai déjà fait du 1.400 cal/heure, pourtant … Il ne pourrait pas me foutre un peu la paix, mon cerveau, et me laisser essayer de battre mon propre record du monde personnel, non ?

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Le théâtre des opérations …

Excel, la carte et le territoire

Après ces 20 minutes d’enchainement de 8 situps / 10 clean & jerk / 14 calories rameur, je termine en nage mais en ayant enchainé assez peu de « reps » supplémentaires par rapport à ma première tentative, faite totalement à l’aveugle trois jours plus tôt. 359 au lieu de 354. Je suis déçu. J’avais pourtant bien fait mon tableau Excel le matin même avec plein de formules magiques pour savoir le nombre de reps à faire par minute …

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Excel, que ce soit pour le sport ou les business plans, c’est trompeur, parce que la réalité est là, tapie derrière. Et la réalité, les tableaux Excel, elle s’en tape. Mon beau projet de 400 reps en 20 minutes (40 reps de plus en 20 minutes, ça fait 2 reps par minute, fastoche) était aussi ancré dans le réel que les BP que je vois passer sur lesquels je travaille, avec des taux de croissance monstrueux sur des bases qui paraissent tout à fait rationnelles. Excel est notre meilleur ennemi 🙂

Toute cette histoire a commencé il y a quelques mois, avec l’annonce des ….

Open CrossFit 2018

Pression du groupe : « tu ne peux pas ne pas le faire » ; « tu vas voir, c’est marrant » «arrête de réfléchir et inscris toi » « ça va te faire progresser » … Je tiens à ma place dans cette nouvelle tribu, et après tout, une fois la distance prise par rapport à la performance, qui est de toute façon une illusion narcissique si on n’est pas un professionnel du sport en question, j’ai pas grand-chose à perdre à part les 20 dollars de l’inscription.  Alors allons-y. Quoi qu’il advienne, je vais apprendre des trucs. Sur moi, les autres, le monde. No excuses. No ego.

Testostérone et sueur

Un truc super agréable avec le CrossFit, peut-être spécifique à la box (et à la « team ») dans laquelle j’évolue, est que la dialectique entre « on se tire la bourre et je vais te montrer que j’en ai une plus longue que toi (déclinable à l’infini, le symbole sexuel pouvant être métaphorisé par n’importe quelle figure d’exercice …) » et la connivence forgée dans la sueur collective fonctionne très bien. Testostérone et transpiration font bon ménage. On peut se donner des conseils et se tirer la bourre ensuite. Pour moi, c’est facile, parce que vu mon âge (et ma forme) canonique je suis un peu hors concours et je ne vais pas m’aventurer à revendiquer une place de mâle alpha. Ce qui ne m’empêche pas d’être très fier de pouvoir deadlifter plus de poids que des petits jeunes: oui, m’sieu, 100 kilos ce matin, et 15 fois de suite en plus ! Tendresse et respect de me voir à leur âge, bien loin de cet univers à l’époque, entre guitares, jack Daniels, Marlboro et psychanalyse …. Ce qui compte, c’est d’être ensemble, faire un truc qui nous plait et nous aider mutuellement à progresser. Et se tirer la bourre.

Donc je m’inscris aux « Open ».

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C’est quand même un truc de dingue, une épreuve sportive qui se déroule en même temps sur toute la planète, à laquelle plus de 400.000 personnes participent, sachant que quelques centaines iront en finale : donc c’est juste pour le plaisir de la compétition pour tous les autres.

Be ready for the unexpected …

Le responsable de l’organisation, Dave Castro, le dit bien – c’est à la fois une épreuve massive et populaire, et une sélection digne des Jeux Olympiques. Les vainqueurs des Games ont le statut de héros surnaturels (Quoi ? 1346 reps ? ce type est une machine !), pratiquent le CrossFit comme un métier (8 entrainements et deux lectures de Bible par jour …) et ont des documentaires dévolus à leur gloire (si vous avez Netflix, il y a de quoi regarder). On ne va pas tellement s’intéresser à eux ici, même si les documentaires sont cool et on peut glaner quelques idées sur les techniques d’entrainement. On est toujours dans une logique de « quelle est la meilleure manière de stresser l’organisme pour le prendre plus fort et efficace », et vu les objectifs antagonistes du Crossfit, la stratégie idéale n’est pas encore gravée dans la pierre.  Pour un sport qui revendique « soyez prêts pour l’imprévisible », c’est un peu logique.

Poussez pas, y’en aura pour tout le monde !

Dans la catégorie « massif et populaire », pas d’échappatoire possible. Si on ne sait pas faire les mouvements techniques demandés dans la version Rx (clin d’œil à la prescription médicale en Latin), il y a une version « scaled » plus accessible, tout en faisant travailler les mêmes groupes musculaires. Dans le cas présent, les « Toes to Bar » sont remplacés par des « Situps ». C’est moins spectaculaire, ça fait nettement plus mal au cul, c’est sûr, mais si on ne sait pas faire les « T2B » on peut quand même jouer, et ça donné évidemment férocement envie d’apprendre à les faire.

Il y a des variations par tranche d’âge aussi. Étant dans la catégorie « senior », je dois soulever un haltère de 10 kilos, au lieu de 25. Moment de soulagement (10 kilos, c’est tout ?) immédiatement suivi de la prise de conscience désagréable de ma vieillitude. Il croit quoi, Dave Castro, que j’ai déjà de l’ostéoporose ou quoi ? En Rx c’est 17 kilos, ça reste honorable, mais je n’ai pas le droit de jouer parce que je sais pas faire les T2B, that’s life. Je ne suis pas le seul cela dit, on est plus d’un millier d’inscrits dans cette catégorie, 1212 pour être précis. Au final, ce qui compte c’est de se bouger le cul et de se mettre des challenges dans un contexte un peu structuré, et là le contrat est rempli. 10 kilos pour un clean & jerk, c’est quand même un poids de Mickey, je suis auto-vexé parce que c’est trop facile. Et effectivement, pendant l’épreuve, ça l’est.

Le CrossFit est donc une activité délibérément schizophrénique : une élite de gladiateurs qui font le show et la grande majorité des pratiquants qui veulent juste avoir un sport fun et efficace. Ce que revendique le fondateur, Glassmann, qui préconise son activité de 7 à 77 ans, et plus si affinités . Pas si différent de pleins d’autres sports, sauf que les open sont pour tout le monde, en même temps. Les marathons que j’ai couru, j’ai vu le cul des champions pendant 10 secondes, et encore ! Là on peut faire l’épreuve en même temps que d’autres, plus ou moins forts que soi. Et ça n’incite pas à regarder ses héros à la télé le cul dans le canapé en mode pizza/bière, comme le foot ou la formule 1, ce que je trouve personnellement super, ayant peu d’appétence pour le phénomène « supporter » ou « fan » (sauf pour la musique, mais c’est un autre sujet !)

Ô vieillesse ennemie …

J’ai lu il y a déjà bien longtemps que la probabilité de décès était inversement proportionnelle au % de masse musculaire. Corrélation ou causalité ?  L’entretien de la masse musculaire va de pair avec des habitudes de vie saines (sauf si vous vous bourrez de stéroïdes anabolisants …) , et à contrario quand vous faites une grosse chimio pourrie qui va dézinguer autant de cellules saines que de métastases, c’est quoi qui vous tue finalement ?

On sait quand même que le tissu musculaire sécrète tout un tas d’hormones, plutôt plus bénéfiques que celles sécrétées par les adipocytes (c’est pas un papier scientifique, c’est un article de blog, me demandez pas les références, croyez-moi sur parole J). Et aussi que les muscles ça tire sur les os, et donc ça évite qu’ils s’effritent, et surtout, surtout, que tout cela fait travailler le cerveau bien plus que de faire des mots croisés.

Mea culpa

L’intello cartésien englué dans la dialectique « c’est le cerveau ou les muscles, mais pas les deux, choisis ton camp camarade » a eu un peu de mal à arriver à cette conclusion, mais y’a que les cons qui ne changent pas d’avis … La vérité implacable c’est que notre cerveau de primate est bien plus sollicité pour coordonner un mouvement complexe que pour coller un pourcentage dans un tableau Excel. Bon, le mien en tout cas.

Vous pourrez me dire que comme ma première rencontre avec un tableur remonte à une époque où Excel n’existait pas (si, si, avant il y a eu Multiplan et Lotus 123) mes circuits synaptiques sont bien rodés, bien plus que pour lever une barre de 100 kilos.

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10 + 15 + 5 + 5 + 5 = 40 plus 1/2 barre de 20. et en prime 2,5.

J’admets l’argument. Je vous répondrai que, pour avoir une fenêtre directe sur le handicap moteur avec mon fils, tout ce qui vous paraît évident (genre marcher) ne l’est que parce que votre cerveau gère tout ce bordel biomécanique infiniment complexe avec une précision d’orfèvre à l’insu de votre plein gré.  Et vous laisse à croire que ça fonctionne tout seul et que la vraie valeur ajoutée du cerveau dans l’organisme c’est la capacité à réfléchir, avoir une représentation mentale de soi et des autres. C’est vrai aussi et c’est pour cela que nous sommes le super-prédateur absolu, mais sans cerveau, y’a pas de mouvement.

En prime, la force musculaire est finalement LA qualité fondamentale. De la même manière que si vous êtes entrainés aux efforts aérobies, votre FC pour un effort (vitesse) sera nettement moins élevée qu’un personne sédentaire, économisant donc votre cœur quand vous montez les escaliers 4 à 4 ou tapez un sprint pour attraper le bus, la force brute que vous développez rend tous les gestes du quotidien nettement moins difficiles pour votre organisme.  La bataille sans fin entre tenants de l’aérobie et de de la force  (cardio or weights ?) nécessitera un post à part entière parce que c’est une histoire aussi déjantée et intéressante que celle  du cholestérol qui bouche les artères … La réalité est que la force pure en réalité développe aussi les capacités aérobies. Ami marathonien lecteur du blog qui ne me croit pas, viens donc faire un backsquat avec 60 kilos sur le dos et mesure ta FC à la 5ème répétition, tu seras surpris !

Pause publicitaire

L’autre jour je faisais mes courses au supermarché du coin, et j’ai une double vision  entre un petit écriteau « plus de 8 kilos, on laisse dans le caddie » et le caissier scotché à sa chaise avec un IMC qui frôlait les 35.

8 kilos … Quelle blague.  Quelle tristesse plutôt. Même si je comprends que le caissier n’a pas forcément envie de soulever 10 tonnes par jour.

Compétition Œcuménique

J’ai donc fait mon 18.1 deux fois (oui, les noms des épreuves ressemblent à des versions de logiciel …). Et je suis allé voir mon classement, et je me suis dit « merde, je peux faire mieux » et « je voudrais faire la version Rx et donc je veux apprendre à faire tous ces mouvements que je n’arrive pas à faire encore ». Y’en a tellement …

En bon pro du marketing (« trouvez un marché sur lequel vous êtes le leader ») finalement réussi à trouver un sous-groupe dans lequel j’ai pas un classement si pourri dans la catégorie « 55-59 ans / Europe du sud / version Scaled). Je suis 3ème … sur 31 🙂

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Et actuellement en route vers Dakar j’irai faire mon 18.2 dans une box locale que j’ai déjà identifié, et comme je repars aux US fin Mars, sans doute le 18.5 à New-York.

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Danger du voyageur : confondre la corde à sauter avec le chargeur du mac …

On est de plein pied dans l’ère des plates-formes et de la désintermédiation ; on peut même faire son épreuve chez soi, se filmer et uploader la vidéo. C’est comme ça que j’ai pu voir un norvégien qui avait filmé son épreuve et que je me suis dit que j’allais lui niquer sa race en lui collant quelques reps dans la vue. Ce qui prouve que j’arrive à fabriquer encore un peu de testostérone 🙂

Ce matin, je me suis levé à 6 heures 15, j’ai fait mes 4 bornes en me-mover par -7° (ressenti -10, j’avais l’impression de faire une descente à ski) juste pour faire mon WOD avec mes petits camarades et nous étions tous hystériques à discuter des performances de untel et untel. Oui j’ai eu froid, et alors ?

Si vous me suivez un peu, vous savez que mon enthousiasme a une fâcheuse tendance à virer au prosélytisme parfois, mais je me soigne.  Le but de ce post n’est pas de faire un panégyrique du CrossFit et des crossfiteurs, qui sont des humains comme les autres et donc avec leur proportion de cons, de tricheurs, de mecs qui se la pètent, etc. comme dans tout groupe humain. On a toujours tendance à idéaliser le groupe auquel on décide qu’on appartient et à le penser meilleur que les autres, ça fait partie de notre fonctionnement cognitif. J’ai déjà donné :-).

Inconfort et limites psychologiques

Si panégyrique il y a, c’est plutôt de l’effort et de la mise volontaire dans des situations d’inconfort physique et mental, avec le dosage que vous voulez, en fonction de votre propre chimie interne.

Je ne sais pas pourquoi je n’ai fait que 5 reps de plus entre mes deux passages, alors que j’avais une stratégie, un tableau Excel 🙂 et que le geste que j’ai fait pour mes clean & jerk était plus simple et efficace que Vendredi. Nous sommes toujours dans des arbitrages inconscients sur ce type de truc. Tant qu’on est pas à FC max on peut toujours faire un effort supplémentaire, même si on ne peut pas tenir pendant 20 minutes. Zatopek courait en apnée jusqu’à ce qu’il tombe dans les pommes (post sur le sujet ici). Steve Prefontaine, grand coureur américain des 70s et pote de Phil Knight et un des premiers ambassadeurs de Nike (tiens, un autre post sur le sujet ici) disait que certes il était bon mais surtout il avait une tolérance à la douleur supérieure aux autres.

Dans mon cas il y a du boulot, entre l’apprentissage de nouveaux gestes techniques, la force pure, et la confrontation à la peur et l’effort (encore plus) intense. Mais au final c’est ça qui est intéressant, avoir des axes de progrès multiples. Et oser aller chercher ses limites. La prochaine fois je vomis, c’est promis 🙂 .

Miroir, miroir …

Suis-je en cela un reflet de l’époque narcissique et compétitive dans laquelle nous vivons, comme je viens de le lire dans un magazine ? Ais-je plus peur de la dégénérescence physique que la moyenne ? Franchement, je ne crois pas. Je n’ai rencontré personne dans mon entourage se déclarant satisfait d’avoir un cancer du poumon ou de ne plus pouvoir monter un escalier sans être essoufflé. Donc tout cela a vocation à vivre mieux, plus longtemps, avec le matériel génétique dont on dispose, qu’on ne peut pas changer mais dont on peut influencer l’expression.

Pour l’instant on n’a qu’un corps. Altered Carbon, la nouvelle série de Netflix, met en scène un monde où on peut en changer à loisir, et on y arrivera sans doute un jour et/où à vivre dans une réalité complètement virtuelle, à la Matrix. Mais on a un peu de temps …

Donc en attendant, aller transpirer de concert en contractant nos muscles et en surprenant notre cerveau, ce n’est pas une stratégie totalement idiote.

Et je me demande bien ce qu’il va y avoir dans le 18.2 … je vous tiens au courant 🙂

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Merci aux membres de la #team7H, et Manue, Matt, Raph, Yann, Fx, et les autres, avec lesquels les conversations post WOD ont beaucoup alimenté ce post. Et félicitations à Maria que j’ai vu passer ses premières T2B en faisant le 18.1 !

 

 

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Ce qui nous tue aujourd’hui …

J’ai plutôt l’habitude de citer Niesche (ce qui ne te tue pas …) mais qu’on soit fort ou pas ou finit toujours par mourir.

Intéressant de voir les causes, de manière globale mais aussi pays par pays si vous voulez  sur ce super article  du blog « our world in data ».

Sans surprise, les trucs qui nous obsèdent (homicides, terrorisme, …) sont bien bas sur la liste des causes. Il y a plus de suicides dans le monde que d’homicides ou d’accidents de la route (en France, 12.000 suicides, 4.000 accidents, et pour avoir une idée des ordres de grandeur, plus de 400.000 morts entre cancer, diabète, démence et maladies cardio-vasculaires).

Si on considère que la plupart des maladies cardio-vasculaires sont des maladies de civilisation et une bonne partie des cancers aussi, (au moins 20% sont des cancers des voies respiratoires donc directement imputables au tabagisme)  … on ferait mieux de dépenser du pognon en prévention et en explications sur l’hygiène de vie plutôt qu’en portiques de détection de bombes dans les aéroports. Je sais, ça coute pas le même prix et ça rapporte pas autant non plus.

Quand à la démence, qui en France est la troisième cause de mortalité (plus de 60.000 personnes par an) … ca serait intéressant de savoir ce qui est du à la prise massive de médocs et/ou une alimentation inadaptée (je me permets de rappeler que l’alimentation cétogène a des effets remarquables sur ce type de pathologies, tout comme le jeûne).

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Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, mais le confort et l’abondance que nous chérissons tant et qui nous met dans une homéostasie béate nous tuent silencieusement et efficacement.

On dirait que ça ne choque personne. Quand on essaye de secouer ce status quo (mangez moins de glucides les gars, levez de la fonte, whatever) on rencontre  peu de résonance, beaucoup de mépris, surtout de la part du corps médical (Cholestérol, diabète ? Ne changez rien, prenez des statines. Mal au dos ? Reposez vous, allez surtout pas lever des barres).

C’est râlant qu’on arrive à un tel niveau de civilisation et qu’on soit toujours piégés par nos instincts de chasseurs-cueilleurs et des mécanismes de refus de la dissonance cognitive.

Moi je m’en fous, je viens de front squatter 55 kilos en 5 x 4 reps et je suis super content. Et je sais que ça ne me rend pas immortel pour autant, même en faisant la méthode de muscu de supers héros Marvel !

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L’haltérophilie : une médecine de poids !

Je tombe sur cet article superbe de 2011 que je n’ai pas le temps de traduire, mais pour les lecteurs anglophones qui ont passé le demi-siècle, il vaut le temps de sa lecture. Et pour mes potes qui se demandent pourquoi j’ai troqué les runnings pour le cross-fit, pareil 🙂

« Instead of slowly dwindling into an atrophic puddle of sick fat, our death can be like a failed last rep at the end of a final set of heavy squats. We can remain strong and vital well into our last years, before succumbing rapidly to whatever kills us. Strong to the end. »

Je traduits quand même : « Au lieu de nous recroqueviller lentement dans une flaque de graisse maladive, nous pouvons mourir comme nous échouerions à la dernière répétition d’une série de squats bien lourds. Rester forts et pleins de vitalité dans les dernières années de notre vie, avant de succomber rapidement à ce qui nous tuera. Forts jusqu’à la fin. »

Pas mal comme programme non ?

https://startingstrength.com/article/barbell_training_is_big_medicine

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La formation continue des diététiciens aux US …

Payée par MacDonalds, Coca-Cola, etc.

Pas si étonnant, mais retirer une licence de nutritionniste parce qu’elle « ne suit pas les règles » alors qu’elle obtient des résultats, well, ça pose question. Ou pas, d’ailleurs: ca confirme le biais.
via Why Giving up My Dietitian’s License Was the Healthy Choice

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Saturée ou pas (le gras, pas la guitare)

Trouvé vite fait dans mon mail ce matin, un article du NYT sur les graisses saturées :

Qui dit que bon, c’est quand même pas si bon, bla bla bla, il faut mieux des graisses non saturées et réduire le fromage et les laitages. J’ai pas trop la patience de lire les études (j’ai un business plan sur le feu) … alors je regarde les commentaires vite fait.

Il y en a un qui est éclairant : (Ms Brody est l’auteur de l’article; et Dr Sack a fait la méta analyse en référence de l’article)

Ms. Brody, like some president, when you are wrong, you simply refuse to admit it, but rather, just double down, huh?
From the jacket of your old book, Jane Brody’s Good Food Book: Living the High-Carbohydrate Way:
“For countless readers, the best-selling Jane Brody’s Nutrition Book became their “Bible,”…in which Jane Brody demonstrated that our diet should lean more heavily on complex carbohydrates—starchy foods such as potatoes, rice, pasta, beans, and bread—than it now does.”

So how well did that potato-pasta-&-bread thing work out for America’s obesity and diabetes rates?
How much responsibility do you and Harvard’s elderly men have for those rates?

You write: “Dr. Sack’s team summarized the results of four “core” trials conducted in the 60s…”
Yes, Dr. Sacks, well over 70 years old, ignored literally hundreds of studies over the last 50 years in this latest diatribe to go back to the incorrect studies of the 1960s. The 60s.

News flash: In the 50 years since, science has advanced!
Turns out fats are actually generally good for you, not bad for you. And saturated fats are basically neutral. This is what hundreds of better, more modern studies say.
See, e.g., https://www.youtube.com/watch?v=j2DaqrKq6e0. If you want to read the literature itself, try: PMID 27547428, 26268692, 24723079, 20071648, 16467234 & 22208554.

Ms. Brody, you too are well over 70. Move passed the 1960s.

Toujours amusant de voir à qui profite le crime et de la difficulté de changer de position. Ce qui vaut pour moi aussi j’en conviens !

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WOD et rencontres matinales

C’est intéressant d’être en décalage par rapport au reste du monde. J’ai toujours beaucoup aimé travailler la nuit, me régalant de l’élasticité imaginaire du temps quand il n’y a pas de lumière.

Là c’est l’inverse : coucher relativement tôt et lever autour de 6 heures du matin, ce qui est pour moi un sérieux challenge. Lever 6 heures 20, séance de CrossFit à 7 heures. Boum. Certains matins sont plus durs que d’autres, mais le soir ça me met la pression pour aller me coucher à une heure raisonnable.

6:20

Quand le réveil sonne, il y a toujours la tentation de «et si je restais douillet sous ma couette», surtout quand il pleut dehors … mais je sais que je vais me maudire toute la journée si je ne sors pas de mon lit … et sans doute me faire charrier le lendemain, donc en général ça passe même si c’est de plus en plus difficile au cours de la semaine. En plus mon épouse fait pareil (voire pire, elle se lève à 5 heures du mat pour aller faire du sport à 5 :45) donc je vais pas faire le petit bras.

Sur la route

Rouler en me-mover dans Boulogne Billancourt endormie est toujours un spectacle. On croise assez peu d’humains à cette heure-là à pied. Les boutiques ouvrent … non, je ne vais pas vous faire la chanson de Dutronc mais y’a un peu de ça : les camions qui déchargent la bouffe, les restos qui sortent les tables, l’apprenti qui se grille une clope en attendant de rentrer dans la boulangerie rutilante.

Oui, il y a une boulangerie sur mon parcours, meilleur ouvrier de France en plus ! je passe donc tous les matins devant cet étal de baguettes croustillantes et de croissants, à l’aller et au retour. Les seules fois où je me suis laisser aller c’est quand un coach en amène à 8 heures à la box. Dans mon imaginaire, le croissant offert par un coach super fit est plus acceptable que si c’est moi qui vais l’acheter sans doute !

Caméo-croissants

L’autre jour, image irréelle (et motivation première pour écrire ce post). Un jeune homme au comptoir, obèse, vêtu d’un survêtement mode treillis militaire, en train d’acheter des viennoiseries. Concentré de ce qui déconne chez les humains et de comment on fait tous semblant de pas le voir.  Petite analyse symbolique: survet treillis = athlète et armée (force, discipline et rigueur). Obésité et croissants du matin = satisfaction immédiate et impossibilité de la discipline.

Combien on en voit (surtout aux US) de jeunes gens dans une condition physique épouvantable arborant des t-shirts de footballeurs célèbres qu’ils payent une fortune et/ou habillés de Nike de pied en cap, portant des vêtements bourrés de technologie et de marketing (dri fit , multi-layer, bla bla, air, amorti, etc.) et dont l’exploit sportif du week-end consiste à aller au mall pour faire des emplettes. Génie du marketing de Nike d’abord, suivi de près par Adidas et maintenant Under Armour – qui brouillent toutes les pistes en faisant du street-wear qui est clairement plus à vocation sportive mais qui garde l’aura athlétique. Et qui est souvent assez moche.

Mea culpa

Ceci dit moi je porte quasi exclusivement des Inov-8 minimalistes (et j’ai fait nettement pire avec les 5 fingers en cuir de kangourou …) à la ville … voire un t-shirt Reebok acheté à New-York, donc je suis aussi piégé par ces symboles que le gars qui achète ses croissants. J’ai même osé voyager en survet la dernière fois que je suis parti au Brésil (et je me suis fait engueuler par ma femme). Je peux vous donner mille raisons rationnelles du pourquoi du comment ; mais lui aussi sans doute !

Les fous sont lâchés

Il y a les rencontres en allant à la box et les rencontres pendant le WOD, qui sont toujours intenses. Nous avons régulièrement des exercices qui comportent une part de course, 200, 400 ou 800 mètres et donc il y a cette bande de fous furieux qui courent comme des dératés au milieu des passants à 2 de tension, en ce moment dans le noir et parfois sous la pluie.

Il y a aussi le « partner carry » qu’on a fait cette semaine, 200 mètres à porter le partenaire sur le dos, au milieu des gamins et des parents qui vont à l’école. Ça c’est plutôt rigolo. Et fatiguant.

J’ai un vif souvenir d’il y a deux jours, en courant, croisé le regard d’une dame d’un certain âge emmitouflée dans sa doudoune à poils, la clope au bec et qui m’a lancé un regard mélange d’incrédulité et de réprobation (j’étais torse-nu et assez luisant dans l’obscurité, faut dire) – et j’ai sans doute fait pareil. Ayant ré-arrêté de fumer il y a finalement peu de temps, je suis hyper-sensible à la vue de la clope dans la rue et même si je ne me vois pas, mon regard est sans doute tout autant agressif et désapprobateur. Et sans doute hautain, même si je suis en train d’en baver comme pas possible. Les flots d’hormones et de neuro-transmetteurs provoqués par l’effort physique intense font monter mon niveau d’agressivité intérieure de quelques ordres de magnitude.  Tu es en train de te suicider, connasse. Ce qui n’est pas très empathique, j’en conviens. Mais tout cela reste intérieur.

Et le sport dans tout ça ?

Faut quand même que je parle un peu des WODs. Même si au final on retrouve toujours les mêmes types de mouvements, le nombre de variations et de combinaisons est infini et entre ça et l’exploitation de toutes les filières énergétiques par la durée de l’effort, c’est toujours différent et surprenant.

Et difficile.

Le pire WOD et celui dont je sais que je ne vais pas finir dans le « cap time » ; ou où je suis sûr d’être dernier au bout de 5 minutes (et qui en dure 30). Comme celui d’hier : 400 mètres de run, 30 box jumps et 30 wall-ball. Repeat 5 times. Même si je tiens mon rang sur la course, faire des box jumps à fond la caisse nécessite une explosivité que je n’ai jamais eue (même si maintenant je sais qu’on peut changer le type de fibres musculaires en fonction de l’entrainement, merci Andy Galpin). Le WOD devient donc un long moment de solitude, où on voit les copains gratter un exercice, puis deux, puis un tour complet. Rien à voir avec un marathon où il y aura toujours quelques milliers de clampins derrière moi.

Un peu d’ocytocine pour finir en beauté !

Et quand on fait le dernier tour … en dernier … la « récompense » est d’être encouragé par tous ceux qui ont déjà terminé. Pour aussi l’avoir fait dans certains cas, c’est sincère. On sait que celui qui n’a pas fini en chie des ronds de carottes et c’est cette contrainte imposée volontairement qui entraine le respect. Et où on peut toujours gratter un petit dépassement de soi, qui vaut de l’or. En l’occurrence enchainer les wall-ball en deux séries de 15 au lieu de 3 séries de 10. Y’a pas de petites victoires !!!

On pourrait aussi être encore au lit ou fumer une clope emmitouflés dans une doudoune.

 

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Drogues et perception irrationnelle

Sans faire de long post (j’ai un business plan sur le feu) je suis toujours surpris comme on prend pour des évidences ou des vérités absolues des affirmations qui sont en fait modelées par une histoire dont nous n’avons pas conscience, parce qu’elle est méconnue ou oubliée.

Je ferai quand j’aurai le temps un post sur l’histoire du fitness, qui m’intéresse de plus en plus, suite à l’écoute de « Body of knowledge », un super podcast sur ce sujet justement.

Le débat force vs cardio vs régularité vs intensité … tout çela a une histoire, avec des individus qui se foutent sur la gueule parce qu’ils sont tous persuadés d’avoir raison, et il y en a qui gagnent et d’autres qui perdent – comme en nutrition qui est aussi un sujet bien teinté d’irrationalité. Ca s’est passé il y plus de 50 ans et tout le monde l’a oublié, mais les idées sont restées dans l’inconscient collectif : « lever de la  fonte c’est dangereux pour les articulations » … « faire du jogging c’est bon pour perdre du poids », etc, etc, vous pourrez mettre votre propre croyance dans les commentaires si vous voulez.

Le seul moyen (imparfait) de sortir de la croyance, c’est la science et elle est souvent complexe à mettre en oeuvre sur ces sujets, même si elle progresse indéniablement.

Là l’exemple est sur une autre thématique : les drogues. Encore un vaste sujet, qui, quand on regarde l’histoire de la civilisation humaine, la traverse totalement : les peuplades primitives encore existantes ont régulièrement des cérémonies chamaniques largement à base de produits hallucinogènes, on ne peut pas dire que ce soit un phénomène récent.

Ce qui est récent c’est :

1. la législation; à moment donné, l’Etat dit « Halte là les petits gars, la défonce OK mais uniquement avec certains produits et pas d’autres » et

2. l’aspect récréatif et moins « magique ». Quand on se saoule entre potes ou qu’on fait tourner un joint, on est dans le festif pur (enfin, tant qu’on est pas en train de vomir) – et pour les autres modificateurs d’état de conscience comme la MDMA (Extasy), pareil, c’est pour « passer un bon moment ». On peut se poser la question de cette « translation » de l’usage, globalement permis par nos conditions de vies nettement plus confortables et moins dangereuses que celles de nos ancêtres… mais qui nous fait perdre de vue l’inévitable dangerosité des substances qui altèrent notre état de conscience.

La conscience, c’est utile. Rouler en voiture bourré ou défoncé, c’est suicidaire.

Ce qui est intéressant dans le papier du WaPo c’est que … la législation n’est pas logique et ne fait pas de corrélation directe entre la dangerosité et rigueur de l’interdiction. Deux drogues très dangereuses, le tabac et l’alcool, sont en vente libre (mais contrôlée par l’Etat qui prélève sa dime au passage, 80% de taxes sur le paquet de cigarettes je crois), et par ailleurs le cannabis est considéré par la loi au même titre que l’héroïne. Je ne vais pas oser vous dire que fumer de l’herbe c’est bio alors que l’héro c’est un immonde produit industriel permis par la chimie moderne, mais bon. On n’est quand même pas dans la même dimension.

C’est une manière intéressante de reposer le débat sur prohibition/légalisation. L’Etat a toujours la posture de vouloir protéger ses citoyens, en autorisant certaines choses et en en interdisant d’autres. Mais on voit à travers cet exemple que ces décisions sont largement induites par des contingences historiques et politiques, et pas toujours rationnelles.

L’article qui m’a inspiré est ici, et je l’ai trouvé dans une newsletter d’analyse de financement de startups. On vit dans un monde étrange … mais ce qui est sur c’est que l’économie du cannabis est en train d’exploser aux USA, suite à la dépénalisation dans certains états et l’autorisation de l’utilisation médicinale dans d’autres.

Si vous avez la flemme de lire, le schéma explicatif est ici :

Drugs

Il y a pas mal de substances que je ne connais pas, et je ne sais pas vraiment ce que les stéroïdes anabolisants viennent faire dans cette liste. Mais c’est pas ls sujet principal,quoique ce serait sans doute la solution la plus rapide pour moi pour prendre de la masse musculaire:-).

Allez y, commentez.

 

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Statistiques et statines …

Statin Wars:  have we been misled about the evidence?

Un papier de fond sur les statines publié dans le British Journal of Sports Medecine, par Maryanne Demasi, journaliste et docteur en médecine, qui tire les sonnettes depuis un moment par rapport aux statines.

L’article complet est accessible en pdf ici.

Une version simplifiée pour les flemmards:

Part 1 – Statin Wars: the secret data

Part 2 – Statin Wars: influence of Big Pharma

Ca vaut le coup d’être lu.

Sans être conspirationniste, si j’étais PDG d’une société qui a un produit qui se vend comme des petits pains sur une cible donnée (taux de cholestérol >x)  je ferais tout pour faire grossir la cible en question … donc en essayant de réduire x.
Ca coule de source non ?

A noter le toujours intéressant utilisation du risque absolu par rapport au risque relatif. Un taux de mortalité passe de 2% à 1%, hop, le médicament réduit le risque de 50%.

Enfin, pour avoir traduit une conf TED sur les essais cliniques, je sais que 50% des essais cliniques ne sont jamais publiés. C’est quand même beaucoup, et la science progresse plus vite avec de la transparence que si chacun interdit aux autres d’accéder à ses données, non ?

Quand Trump refuse de présenter ses impôts, on pense quoi ?

Quand un labo interdit l’accès aux données de ses essais cliniques, il faut penser quoi ?

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Sports extrêmes my ass !

Allez j’ai pas trop le temps de blogger là mais un bon ami m’envoie un lien vers un article du monde sur « le sport extrême, un moyen de se surpasser ». Comme je ne suis pas abonné, je ne peux pas tout lire mais tout est résumé dans le titre.

Le chapô dit ça « Dans les salles d’entraînement, CrossFit, boxe thaïe et autres activités extrêmes sont à la mode, traduisant un besoin de repousser ses limites. »

Ironie du click-bait, sur la page de l’article il y a un lien vers un publi-reportage qui dit « Surpoids, fatigue : Un ingénieur grenoblois aurait découvert une formule pour perdre un peu de graisse tous les jours » avec une photo de geek devant un tableau où visiblement il essaye de démontrer le théorème de Pythagore. La société qui fait la pub propose une n-ième méthode pour maigrir, sur le thème « on nous cache tout on nous dit rien » avec un joli vernis conspirationniste.

La juxtaposition est grinçante.

Mettre dans le même panier CrossFit et boxe thaïe, c’est une méconnaissance des sports en question. Greg Glassman, le fondateur de CrossFit, explique à qui veut l’entendre que sa méthode s’adresse à tout le monde et qu’il vaut mieux apprendre à faire des squats avant 75 ans plutôt que de se retrouver à se faire torcher le cul par une infirmière parce qu’on n’est pas capable de se lever du siège des toilettes. Bien sur, il y a les CrossFit games avec des gros costauds sans doute stéroidés capables de faire 90 snatch et plus en moins de 10 minutes avec des charges croissantes. C’est le WOD que j’ai fait ce matin, et comme je suis vieux et pas très musclé j’en ai fait 85 et pas 90+ avec des charges ridicules (15 puis 25 kilos).  C’était effectivement extrême, à mon niveau extrêmement limité!

Présenter le CrossFit et le besoin de se surpasser comme des conséquences de la « modernité » est à mon avis un contre-sens total.  Le besoin du dépassement de soi est ancré dans les gènes, sinon on serait toujours dans des cavernes vêtus de peaux de bêtes.

Foin de psychologie à deux balles, même si elle est vraie. C’est surtout que notre corps a besoin d’être poussé dans ses retranchements pour rester fonctionnel, tout simplement. Notre aspiration au confort (alimentation en permanence, température régulée, aucun effort physique à fournir) tue notre espèce de manière à peine insidieuse. Les 600 millions de diabétiques à horizon 2040 n’existeraient pas s’il repoussaient les limites de leur alimentation et de leur sédentarité. Et je ne parle pas des obèses, des cardiaques, etc, etc.

Donc si on ne souhaite pas que la vieillesse (qui commence vers 20 ans …) soit un long naufrage vers l’incapacité motrice et/ ou cérébrale, le meilleur moyen de l’éviter, c’est de se bouger le cul avec un minimum d’extrémisme, si j’ose dire; c’est à dire se mettre dans le rouge régulièrement, parce que c’est le seul signal physiologique que l’organisme entend pour investir de l’énergie dans la maintenance de la machine.  Il faut transpirer, il faut haleter, il faut se demander si on va y arriver, il faut se mettre dans l’inconfort. Ce que nos ancêtres faisaient « naturellement », n’ayant pas le choix du confort, et devant donc régulièrement se sortir les doigts pour trouver à bouffer, ne pas se faire défoncer par la tribu d’à côté, ou échapper à un tigre à dents de sabre.

Et pour reboucler sur l’aspect psychologique, le cerveau a servi à bouger avant de servir à réfléchir … La réflexion « initiale » étant d’ailleurs pour élaborer des stratégies de mouvement pour attraper des proies ou échapper à un prédateur; le journalisme arrive un peu plus tard dans l’échelle temporelle.

Donc pratiquer un sport réputé extrême est aussi une manière d’entretenir ses neurones de manière au moins aussi efficace que de faire des mots croisés ou des sudoku.

Bref, soyez extrémistes, votre corps vous en sera reconnaissant.

Si un lecteur est abonné au Monde, je veux bien une copie de l’article complet 🙂

Publié dans crossfit, Evolution, longévité, Société | 7 commentaires

Trois articles intéressants en passant

Je vais moins poster sur FB et plus sur le blog, parce que sur FB tout disparait très vite, y compris pour moi quand je me dis « tiens, j’ai lu tel ou tel article, où est le lien ? »

Donc entre hier soir et ce matin, quelques pistes de réflexion que je partage avec vous …

  • Peter Attia sur la démarche scientifique. Avec en prime une vidéo bien vintage de Richard Feynman, un grand physicien américain qui explique en une minute ce qu’est la méthode scientifique. Un must-see pour votre prochain diner-débat avec des fans d’astrologie ou de créationnisme. L’article est ici. Vous pouvez creuser son site, il a plein de trucs passionnants sur l’alimentation en général et la cétose en particulier.
  • Art de Vany sur le rôle du glucose comme signal … pour faire du gras. Art trace son sillon depuis un moment, et a toujours des approches originales. Et si la boisson de récup après l’exercice faisait … grossir ? Lui, si j’ai bien compris, attend 4 heures avant de manger (après le sport) pour favoriser les mécanismes d’autophagie.  Voilà l’abstract du papier :« Glucose, muscle, stem cells and fat tissues.

    High glucose exposure sends stem cells that regenerate muscle along a differentiation path that leads them to become apipocytes instead of muscle. In other words, a muscle stem cell that ought to become a muscle cell or new myodomain in muscle transdifferentiates under glucose stimulation to become a fat cell. That is how your muscles undergo fatty degeneration and glucose is the culprit.

    Regeneration of mesenchymal tissues depends on a resident stem cell population, that in most cases remains elusive in terms of cellular identity and differentiation signals. We here show that primary cell cultures derived from adipose tissue or skeletal muscle differentiate into adipocytes when cultured in high glucose. High glucose induces ROS production and PKC activation. These two events appear crucial steps in this differentiation process that can be directly induced by oxidizing agents and inhibited by PKC siRNA silencing. The differentiated adipocytes, when implanted in vivo, form viable and vascularized adipose tissue. Overall, the data highlight a previously un-characterized differentiation route triggered by high glucose that drives not only resident stem cells of the adipose tissue but also uncommitted precursors present in muscle cells to form adipose depots. This process may represent a feed-forward cycle between the regional increase in adiposity and insulin resistance that plays a key role in the pathogenesis of diabetes mellitus.

    Aguiari, P., Leo, S., Zavan, B., Vindigni, V., Rimessi, A., Bianchi, K., et al. (2008). High glucose induces adipogenic differentiation of muscle-derived stem cells. Proceedings of the National Academy of Sciences, 105(4), 1226–1231. »

    Pour les courageux, l’article complet est ici. C’est une étude avec des boites de pétri, un modèle animal et 8 candidats (des rats) donc ça ne va pas révolutionner les pratiques nutritionnelles du sportif demain :-). Mais quand même …

  • Josh Mittledorf qui est moins connu, mais que je suis depuis quelques années, qui travaille plutôt sur la longévité avec une approche de statisticien (son métier d’origine) et qui a fait un bouquin intéressant sur le sujet. Et là il nous sort un post sur l’importance considérable des relations sociales, le couple, la famille, les amis pour la longévité. C’est pas un scoop parce que c’est une caractéristique des Blue Zones, mais savoir que vos télomères vont rétrécir plus vite si vous êtes stressés, et si vous vous engueulez avec votre moitié, ça devrait inciter à une vie plus zen. Article ici.

Special bonus (ca c’est la semaine dernière et les trajets en voiture) :

  • Dans la même mouvance, un podcast très intéressant de Sam Harris sur le thème « on est plus heureux quand on a conscience qu’on va mourir ». Un peu contre-intuitif au premier abord 🙂 mais très vrai.  C’est ici.
  • Et vous voulez vraiment vous mettre les neurones en ébullition, le dernier podcast sur la conscience avec Anil K. Seth (3 heures …) est remarquable, même si après deux écoutes j’ai l’impression d’avoir compris 25% du contenu.
Publié dans longévité, Low-carb, Psychologie evolutionniste | 12 commentaires