Conte de Noël (2) : des clous, des cadeaux, du synchrétisme

J’ai fait hier un post plutôt très personnel, directement inspiré de mon quotidien.

Etant actuellement quasiment en vacances, ça bouillonne dans ma tête et les idées se bousculent au portillon. Et je vais essayer de faire une petite synthèse avant d’être happé par les festivités du jour.

Le Père Noël sauce Google

Le Père Noël sauce Google

La médecine du jour

Lisant actuellement sur l’histoire de la médecine, ou plutôt l’invention de la médecine scientifique moderne,  (trick or treatment) je suis frappé par la nouveauté extrême de l’approche scientifique (double aveugle, prise en compte de l’effet placébo, etc.) et en miroir par l’aptitude incroyable qu’ont les humains, à moment donné et dans un groupe donné, à s’auto- convaincre d’une vérité qui, si on la creuse un peu, est très relative, voire (souvent) complètement fausse. Qu’il est difficile d’essayer de trouver la vérité … Et comme il est facile de se persuader d’une croyance, qui parait d’autant moins absurde qu’elle est partagée par plus de monde. Une espèce d’application de la loi de Metcalfe aux croyances humaines, en quelque sorte 🙂

Mais où va-t-il là ? Pas d’inquiétude, moussaillon, je tiens fermement la barre de ma pensée et mes lobes frontaux ne sont pas sous influence chimique pour l’instant.

Noël au Brésil

Alors … passer Noël au Brésil pose quelques questions. Quand on voit des sapins couverts de neige artificielle dans un pays où il ne neige jamais et où l’arbre de référence est le palmier ou l’eucalyptus, des traineaux avec des rennes et des Père Noel qui devraient mourir d’hyperthermie sous leur houppelande, on peut se gratter un peu la tête.

Et si on commence à tirer le fil (ou les poils de barbe du père Noël) on trouve des choses intéressantes.

Le scénario hollywoodien

Noël c’est simple non ? La célébration Chrétienne de la naissance de Jésus, mâtinée d’un peu de bon sens business et de globalisation qui en fait un évènement mondial où on s’échange des cadeaux, en souvenir des rois mages,  et on va à la messe si on veut, suivi d’une orgie de calories : dinde, gâteaux, et tutti quanti. Et le Père Noël amène des cadeaux aux enfants sages.  C’est super et tout monde est content. Moi aussi d’ailleurs, j’adore la dinde et les cadeaux.

Après, on peut s’amuser à démonter le mythe et regarder un peu ce qui se trouve derrière, tout en appréciant le côté festif et grégaire de la chose.

De l’enfantement non désiré comme fondation des religions

En fait … ma réflexion sur le sujet a commencé à la lecture d’un post publié sur Alternet, sur une thématique à laquelle je n’avais jamais pensé.

La plupart des religions (à défaut de dire toutes) ont dans leur cosmogonie la fécondation d’une femme humaine par une créature mythique … sans son consentement. Un viol divin, en quelque sorte.

Une fécondation divine (Zeus et Diane)

Une fécondation divine (Zeus et Diane)

Zeus avec Diane, Jupiter avec Europe, Hermès avec une bergère, Mars avec une prêtresse,  et évidemment Marie avec Dieu. Je parle de viol à mon épouse, elle me répond « il n’y a pas de violence physique », évidemment, il n’y a pas de contact, (parthénogénèse, anyone ?) mais quand je lui demande « tu appellerais ça comment si tu étais fécondée sans qu’on te demande ton avis ? » elle reconnait qu’en tant que femme, ça lui ferai moyennement plaisir.  Mais comment pourrait une femme ne pas être satisfaite d’être honorée et révérée pour porter un enfant divin ou semi-divin ?

Du point de vue de l’auteur de l’article (que je partage totalement) ces histoires sont … des histoires évidemment, qui reflètent un état culturel et un rapport à la femme qui, si on le démonte, est assez tragique : la femme est une possession de l’homme, au même titre que le bétail, la ferme … et l’homme  (père, puis mari) a tout droit sur elle.

Dans les livres religieux, Ancien ou Nouveau Testament, Coran, notamment, la question de la capacité de décision de la femme sur ce qu’elle fait de son corps, notamment en ce qui concerne la reproduction, n’est jamais posée.

Ca se pose là en terme de valeurs morales, et on en voit les éclaboussures partout dans nos sociétés modernes (ou pas d’ailleurs).

Paradoxalement je pense que la société paléolithique était plus égalitaire parce que plus solidaire par nécessité, à cause de l’impossibilité d’avoir une forte séparation des tâches, permise par l’accumulation de stocks, et cause première de la spécialisation des tâches, et donc la femme propriété et machine à reproduire des humains. Mais je ne peux pas le prouver et franchement, on s’en fout un peu.

Bon, donc Joyeux Noel à la Vierge Marie qui s’est retrouvée engrossée sans avoir rien demandé à personne, même si elle a eu quelques cadeaux et des honneurs, et est passée à la postérité, jusqu’à se retrouver sur un poster que je contemple actuellement :-).

Vierge  à l'enfant

Vierge à l’enfant

Mais il est né quand Jésus ? Est-il né d’ailleurs ?

Je n’ai pas trop le temps de rentrer dans cette grande discussion … mais les débats sur la date, voire l’année de la naissance de Jésus sont légion, y compris entre religions chrétiennes concurrentes. Si il a existé il y a une incertitude de plus de 50 ans sur la date de sa naissance, les évangiles se contredisent, etc.

Quelques érudits pointus mettent carrément en doute la réalité de son existence. J’en ai déjà parlé, j’ai lu « Nailed » et le bouquin est sérieusement documenté, et arrive à l’hypothèse que Jésus n’a carrément jamais existé.

Ca me fait plaisir pour Marie, notez bien 🙂

Mais pourquoi on fait la fête alors ?

Quand on commence à considérer la religion comme un phénomène social (ie sans dimension métaphysique) on réalise que comme toute activité sociale elle fonctionne par intégration, digestion, différenciation. Pas très différent du business, en fait, et du marketing 🙂

Dans les textes religieux même, Jesus nait au moment où les troupeaux sont dans les prés : donc surement pas en hiver ! Pendant longtemps, la principale fête chrétienne a été Pâques.

Les chrétiens ont donc récupéré des traditions existantes et se les sont appropriées, pour pouvoir « vendre » leur histoire à des populations qui n’en avait pas grand chose à carrer, et ont rajouté une bonne couche de mystère dessus. Allez hop, circulez, y’a rien à voir.

Les paiens célébraient la fête du soleil invaincu (Sol Invictus), le solstice d’hiver et les Saturnales romaines.  On y parlait déjà de nativité, fertilité, et de trucs étranges qui se passent dans le ciel. Et peut être même qu’on échangeait des cadeaux.

Des cadeaux ? des cadeaux ? et le Père Noël dans tout ça ?

Bon ça c’est un autre truc qui me chiffonne: il vient faire quoi ce mec qui chevauche un traineau dans le ciel tiré par des rennes, qui a son headquarter au Pôle Nord, dans une histoire qui traces ses origines au Moyen-Orient ? Il n’y a pas plus de sapins au Brésil que de Rennes au Liban, que je sache.

Synchrétisme encore : Le Père Noël, ou Santa Claus, ou Sinterklaas, tire ses origines du monde anglo saxon, carrément plein Nord et les religions paiennes scandinaves. Il y a bien ceci dit un Saint Nicolas de Myra, prètre chrétien grec ami des pauvres et aidant les jeunes filles en détresse à ne pas devenir des prostituées.

Saint Nikola (1294)

Saint Nikola (1294)

Les cadeaux aux enfants le 25 sont une idée de Martin Luther qui avait besoin de concepts différenciants pour établir sa propre religion : avant on fêtait Saint Nicolas, le 6 décembre, et d’ailleurs c’est encore le cas dans certains pays du Nord. et hop, on remplace Saint Nicholas par la naissance du Christ, et le tour est joué.

Dans les pays anglo-saxons, on fêtait le milieu de l’hiver (qui pourrait bien être le solstice, puisque c’est le jour le plus court de l’année et sans doute le moment où il fait le plus froid) – ça s’appellait « Yule ». Et dans ces moments où les jours étaient très courts, on avait des visions de trucs bizarres dans le ciel qui pouvaient être bien être pilotées par Odin, qui avait un traineau tiré par 8 rennes et une longue barbe blanche.

Odin sur son traineau

Odin sur son traineau

Marketing moderne

Aux US Thomas Nast, dessinateur populaire, fait un première illustration en 1863 représentant le personnage du Père-Noël proche du mythe actuel.

Un des premiers dessins de Santa Claus

Un des premiers dessins de Santa Claus

Puis ensuite les sociétés commerciales s’en emparent, donc Coca-Cola, mais ce ne sont pas les premiers et le phénomène devient mondial.

Il a plutôt une tête à boire du gros rouge qui tâche, mais bon ...

Il a plutôt une tête à boire du gros rouge qui tâche, mais bon …

... voire de gros pédophile :-)

… voire de gros pédophile 🙂

Epilogue

J’espère que cette petite ballade dans mon traineau intellectuel, tiré par quelques bouteilles de bière à défaut de rennes, vous aura amusé et secoué un peu les neurones. Là je vous laisse, il faut que j’aille emballer les cadeaux et que je répète un je vous salue marie en portugais 🙂

Excellent Noël à tous : tant qu’on fait la fête, on ne se tape pas dessus, et rien que pour ça, ça vaut le coup 🙂

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