Conte de Noël (1)

Je suis avec ma femme et mon fils. Après diner, il se rue comme d’habitude sur son iPad et écoute ses chansons préférées. Il nous dépote du Goldman et du Balavoine en chantant à tue-tête : nous lui demandons d’enlever son casque et nous chantons avec lui. Je marche seul, L’aziza, Le chanteur … un juke box des 80s défile et ma vie avec.

Paleo-musique

La musique m’est tombée dessus indépendamment de la volonté, si je peux dire.

Mes parents, soucieux de me donner une bonne éducation, m’ont fait écouter Casse-noisette, Pierre et le loup, le Boléro de Ravel … Vagues souvenirs jusqu’à deux éléments fondateurs.

Un prof d’anglais en 5ème qui décide que « j’ai une oreille musicale » et que subséquemment il serait bon que je joue d’un instrument. Je ne saurai jamais si cette oreille musicale et anglophile était réelle ou due au fait que mes parents m’avaient fait pratiquer une méthode d’anglais avait que je rentre en 6ème et acheté des albums de Tintin en anglais (avec Milou renommé Snowhite, Tintin je ne sais plus, mais j’ai du lire « landing on the moon » quelques centaines de fois, avait de m’intéresser plus aux paroles des chansons d’Alice Cooper et de Deep Purple, mais c’était quelques années plus tard). Bref voici un piano droit à la maison, un prof de piano qui approche allègrement les 75 ans et qui me fait bouffer du Déliateur et de la Méthode Rose.

Et mon père, amoureux de belles mécaniques technologiques, achète un magnétophone à bandes Grundig qui permet de faire du « sound on sound », autrement dit de faire du « ping pong » et de superposer les sons sur lequel je vais passer un paquet de soirées et de week-ends.

le Revox du pauvre :-)

le Revox du pauvre 🙂

Alors que j’apprends à jouer « Le petit nègre » et du Scott Joplin parce que j’ai dit que je voulais jouer des morceaux modernes à ma prof septuagénaire (moi je pense à « Time » de Bowie sur « Alladin Sane » …) le désir de guitare s’impose à moi.

Peut-être vaguement à cause une fête où encore pré-ado, je vois un groupe qui joue et le son de la guitare me transperce, l’instrument aussi, bruyant, brillant et coloré, je veux faire ça, je veux faire ce genre de bruit, et en même temps arrivent mes premières écoutes de Deep Purple, Alice Cooper, Status Quo, Pink Floyd, et aussi plus calmement, America et CNS&Y.

En train de déchiffrer du América

En train de déchiffrer du América

Adolescence

Je prends des cours de guitare classique avec un autre septuagénaire, qui me fait travailler Villa Lobos. Ca plait à mes parents mais moi je veux faire du bruit, je vois vaguement les Stones à la télé, j’apprends par cœur les articles des rééditions des albums Decca  « l’Age d’or des Rolling Stones », je commence à lire Rock et Folk et Best et je tapisse ma chambre de posters des Stones, de Clapton et de Pink Floyd.

Je dois avouer aussi que j’ai écouté Joe Dassin, Il était une fois, Stone et Charden et acheté leurs 45 tours avant de concentrer mon intérêt sur le rock anglo-saxon. En fait mon père voyageait beaucoup à l’époque et me ramenait des disque « de Paris » et je me souviens de Joe Dassin, « Let it be » des Beatles et « My sweet Lord » de George Harrison … musique que mes parents toléraient à condition que j’ai de bonnes notes en math.

J’ai aussi en une histoire d’amour avec Polnareff, dont « Le bal des laze »,  « Holidays », « La mouche » … et son cul sur des affiches de 4×3 m’ont tellement impressionné que pendant longtemps ma signature a été une copie conforme de la sienne, telle qu’elle était sur son double live sorti au milieu des années 70.

Je suis un homme fidèle et pas très aventureux, en amour comme en musique. Mes premières amours vont faire long feu et je vais creuser le sillon, si j’ose dire, et me refaire toute la discographie des Stones, d’Alice Cooper et de Deep Purple. J’ai du écouter Machine Head quelques milliers de fois, transporté par des sons que je comprendrai bien plus tard, et il aura fallu que j’approche de la cinquantaine pour me colleter au solo de Smoke on the Water.

Et puis côté guitare il y aura Clapton et Beck qui seront deux grosses claques. Clapton, ça a l’air facile mais ça ne l’est pas, mais il m’aura fallu 30 ans pour m’en rendre compte. Beck, c’est pas facile et ça saute aux yeux, enfin, aux oreilles. Son toucher reste incroyable et continue à me transporter, et vu son succès approchant de 70 ans, je ne suis pas le seul.

Et pourtant, mon second prof de guitare classique, qui n’était plus le septuagénaire qui puait la vieille pipe (je parle de tabac, là) mais un mec plus jeune qui avait un gros Dual Showman Fender et une SG chez lui qui me faisaient baver, m’avait dit avec dédain quand je lui avais tendu « Wired » tout tremblant pour lui demander son avis « bah, c’est du blues ». Quel connard. Ca m’avait laissé carrément déconfit, j’avais dans doute besoin d’approbation et d’encouragement par rapport à l’émotion que me procurait cette musique incroyable mais je ne l’ai pas trouvé dans mon entourage proche.

Ca ne m’empêche pas de jouer …

Premier concert devant 10 personnes en 75

Premier concert devant 10 personnes en 75

Pour mon bac mon cadeau de mention sera un Marshall acheté à Pigalle avec mon père, que nous ramènerons par le train (un baffle 4*12 dans un train de province je peux vous dire que ça se remarque).

Marshall Artist 50W et Hiwatt 4x12

Marshall Artist 50W et Hiwatt 4×12

A l’époque les amplis n’ont pas de master volume et pour faire sonner le Marshall il faut le mettre vraiment à fond mais, pas assez rebelle ou informé sans doute, je ne fais pas, je découvrirai comment cet ampli sonne vraiment quand je le vendrai à un jeune punk 30 ans plus tard !

Je fais chier mes parents pour aller acheter des pédales d’effets à droite et à gauche (ah le Phaser MXR … le son de Gilmour sur Dark Side of the Moon …) des partitions à Paris, une 12 cordes en me disant que si il y en a 12 on peut en utiliser 6 et pas le contraire, une, deux guitare électriques et je passe mes mercredi après midi à baver sur l’unique Stratocaster du magasin de guitares de Périgueux et à apprendre par cœur les paroles de « No more mr nice guy » d’Alice Cooper qui est dans les bacs aux Nouvelles Galeries de Périgueux.

Je vais aussi découvrir Aerosmith avec mon pote Laurent, grand érudit du rock qui a mal tourné  :-). Il me fait écouter plein de trucs auxquels je n’accroche pas mais je me souviens encore de soirées avec en boucle « Sweet emotion» et « No more no more » en étant totalement médusé par le son de ces morceaux.

Les jouets dans le grenier

Les jouets dans le grenier

Après il y a les soirées guitares à jouer avec les potes, les premiers groupes, une identité qui se forge (rocker rebelle je suis même en prépa apprenant la physique quantique et les intégrales triples), et cette attachement qui reste pour l’instrument, la prise de son, la fabrication du son … avec mes premier salaires de stage j’achète une paire de JBL L36 pour écouter et un Tascam 244 pour enregistrer mes propres maquettes et d’autres.

Tascam 244, mon premier 4 pistes !

Tascam 244, mon premier 4 pistes !

Je vais même gagner un peu d’argent en faisant l’ingé son, jouer dans des groupes plus ou mois hasardeux, anciens taulards avec qui je vais jouer de la basse en faisant des copies grossières de Led Zep du haut de mes santiag rouge sang, enregistré dans un studio improbable en Belgique … taper sur une TR 808 en fumant de la résine de cannabis et en rentrant chez moi à 4 pattes, puis rencontrer un alter égo parolier et chanteur avec qui je passerai quelques années à faire des maquettes nocturnes sur deux Tascam 244 en série, pensant sérieusement que nous avions un talent qui nous conduirait au succès.

Adulte …

Avec les premiers vrais métiers, le mariage et les enfants, tout ça va passer en second plan, mais il y aura toujours des groupes, du matos, et des guitares dans la maison même si la prise de conscience que finalement ça n’est qu’un hobby et que je n’ai pas ce qu’il faut (talent, désir, ascèse, mono-maniaquerie …) pour gagner ma vie avec.

Oui j'ai eu ça : un 8 pistes K7 avec une synchro midi SMPTE sur un Mac :-)
Oui j’ai eu ça : un 8 pistes K7 avec une synchro midi SMPTE sur un Mac 🙂

Parent 1 : Alice aux pays des Marshalls

Ma première fille accroche assez peu à la musique, Je lui colle une Explorer et un Marshall entre les mains quand elle a 18 mois mais il ne se passe pas grand chose :-). Peut-être un peu tôt …

Parent 2 : Lucas « little wing »

Mon fils passe les 3 premiers mois de sa vie dans une couveuse, avec des tubes partout sur le corps et des néons hospitaliers dans la figure (je vous fais grâce des photos). Je peux rarement le prendre dans mes bras. J’enregistre quelques morceaux de guitare avec plein d’effets aquatiques en me disant bêtement que ça lui rappellera les sons qu’il entendait dans le ventre de sa mère avant qu’il en soit expulsé bien trop tôt et avec violence. Il a donc entendu « hey joe » et « little wing » en boucle sur un petit magnétophone à cassette les premiers mois sa vie, quand il aurait du tranquillement être en train de nager dans le liquide amniotique maternel.

Quelques années plus tard je vais me rendre compte qu’il a l’oreille absolue, lui acheter un petit clavier, puis un Discman, puis le premier iPod, en 2004, et il va en détruire un certain nombre … et ça continue aujourd’hui avec les iPads, sur lesquels il arrive à retrouver une chanson de Goldman plus vite que moi alors qu’il ne sait pas lire.

Premiers pas au clavier avec Papa

Premiers pas au clavier avec Papa, au ski (2004)

Famille recomposée et musicale : enter Sergio et Steven

Quand je me remarie en 2002, les enfants de ma femme sont plus dans le trip « sport », skate, foot, trampoline, et moi à l’époque je n’ai pas encore fait ma transmutation paléo / entrainement etc. même si j’ai couru quelques marathons. Mais ils sont intrigués par les quelques guitares qui trainent de ci de là.

Steven avec ma DNG custom

Steven avec ma DNG custom (2002)

Une Ricken 4001 plus grosse que lui !

Une Ricken 4001 plus grosse que lui ! (2002)

Sans que je pousse beaucoup il y aura une première guitare pour Sergio (une BC Rich, moi qui ai tellement bavé sur celles de Joe Perry !), Steven aura une mini Strat pour Noël sur laquelle il apprendra rapidement « Sweet Emotion » et « Walk this way ».

Steven et sa mini-strat

Steven et sa mini-strat en 2003

 

Je passerai quelques centaines d’heures à déchiffrer avec eux des chansons qui sont moins dans ma zone de confort, comme Metallica (ça va encore), Slipknot (que nous irons voir ensemble au Parc des Princes), System of a Down et autres Korn. Arriveront la batterie et la basse, qui deviendront leurs instruments de prédilection et les tours à prendre pour utiliser la salle de répétition que j’installe dans notre nouvelle maison.

En échange ils auront l’idée faire acheter à leur mère une Variax pour mon Noël – qui alimentera mon intérêt pour tout ce qui à voir avec la simulation de guitares et d’amplis, qui m’amènera vers le Fractal Axe FX que je n’ai plus quitté depuis.

Sergio, premier contact avec une guitare acoustique

Sergio, premier contact avec une guitare acoustique en 2000

Steven et Sergio vont devenir d’excellents musiciens multi-instrumentistes au fil du temps, puisant largement dans mon matos et ma patience infinie (au moins pour ces sujets :-)).

Scène de vacance 1

Scène de vacance en 2005 : Deux guitares, une basse, un Pod, un ordi …

En vacances chez mes parents ... échange de guitares !

En vacances chez mes parents en 2004 … échange de guitares ! Steven avec ma Variax et moi avec la mini strat. 

Lucas découvre la pédale wah-wah

Lucas découvre la pédale wah-wah en 2004

Je ne résiste pas à mettre quelques photos supplémentaires …

Steven avec mon Explorer maison

Steven avec mon Explorer maison vers 2005

Sergio en pleine action à la basse

Sergio en pleine action à la basse en 2006

Sergio à la batterie

Sergio à la batterie en 2009

Sergio à la basse

Sergio à la basse en concert au Hard Rock café en 2009

Avec Steven et Lucas (et Patrick, fidèle ami bassiste) pour une fête chez des amis

Avec Steven et Lucas (et Patrick, fidèle ami bassiste) pour une fête chez des amis

Lucas à l'hôpital en rééducation, duo piano guitare

Lucas à l’hôpital en rééducation, duo piano guitare en 2013

Steven à la batterie à la maison

Steven à la batterie à la maison en 2014

Epilogue

Je me suis souvent demandé à quoi pouvait servir tout ce savoir que j’ai accumulé, sans avoir vraiment le talent pour l’exploiter, à propos de la musique. On peut dire que c’est OK que ça ne serve à rien d’autre qu’à se faire plaisir, un hobby c’est fait pour cela, d’ailleurs ça s’appelle aussi un Violon d’Ingres. Mais cette accumulation qui ne produit pas de richesse, dans un système capitaliste, c’est du gâchis, non ?

Evidemment il y a toujours mon propre plaisir qui ne diminue pas avec l’âge …

En plein Jumping Jack Flash

En plein Jumping Jack Flash

Ce soir, à écouter Lucas pousser dans les aiguës pour chanter « Je marche seul » ou « l’Aziza » je me dis qu’évidemment ce n’est pas du gâchis puisque ma passion pour le sujet a été contagieuse et a ouvert des portes et des opportunités pour Lucas, Sergio et Steven, au delà d’un lien social fort construit sur un intérêt partagé et une curiosité commune … qui a contribué à me faire apprendre aussi.

Evidemment c’est étrange (et plutôt marrant) d’entendre Lucas chanter avec plaisir des chansons de mon adolescence, sans qu’il en ait aucune idée et que je ne l’aie induit. Ou Steven revenir vers moi en me disant « je voudrais apprendre à jouer du Blues … ».

Universalité du langage musical ?

En pleine ébullition intellectuelle après un moment de karaoké à trois voies (fausses !) sur Goldman et avant de partir faire la vaisselle, je demande à ma femme « c’était important pour toi de savoir que je jouais de la musique quand tu as décidé de venir vivre avec moi ? »

Oui, qu’elle me répond. Un musicien, c’est un homme qui a de la sensibilité …Et c’est vrai que je lui ai susurré quelques chansons d’America et le thème de Love Story (la magie de l’intervalle de sixte, cher aux bluesmen) plus d’une fois … du Led Zep et de l’AC/DC, pas trop :-).

Ce post long et personnel a juste germé dans mon esprit en entendant Lucas chanter « Chuis chanteur, je m’appelle Henri » … qui a bercé l’été de mes 17 ans. Et puis aussi, je viens de lire la bio de Joe Perry, le guitariste d’Aerosmith, qui m’a fait un gros, gros flash-back (et qui accessoirement est passionnant, pour découvrir les coulisses de ce groupe incroyable).

Joe Perry avec l'incroyable BC Rich à 10 cordes dans une finition d'une grande sobriété :-)

Joe Perry avec l’incroyable BC Rich à 10 cordes dans une finition d’une grande sobriété 🙂

Bref : cultivez vos passions ; je ne crois pas au karma, mais dans mon cas, ça a eu un impact énorme sur ma vie et celle de mes proches même si ce n’est vraiment pas celui que j’en aurais attendu !

 

 

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5 commentaires pour Conte de Noël (1)

  1. Thibault dit :

    Merci pour ce passionnant témoignage !

  2. serge dit :

    . Ta curiosité et ton goût pour la musique ont d’autres utilités: ce que Richard A.Schmidt appellerait: « le programme moteur ».
    Rapidement et de façon incomplète: tu as développé des « programmes moteurs » pour te permettre de jouer de la guitare.
    Si ton cerveau se trouve confronté à une situation inconnue, il va chercher dans sa base de données ce qui s’en rapproche le plus.
    Et à l’aide de « ton aptitude à jouer d’un instrument » créer un nouveau programme. Et l’ajouter à ta base de données.
    Tu as donc tout intérêt à multiplier les situations d’apprentissage…
    Qui sait, ton habileté à l’utilisation des Kettlebells a-t-elle à voir avec « I shot the sheriff » par Eric Clapton…

    (Apprentissage moteur et performance de Richard A. Schmidt collection sport+enseignement chez Vigot)

    • paleophil dit :

      Serge, tes commentaires sont toujours un savant dosage de « décalage » et de « en plein dans le mille » :-).

      I shot the sheriff : la chanson qui a relancé Clapton après ses quelques années d’errances dépressives et alcooliques. Et fait connaitre Bob Marley au grand public aussi.

      J’ai appris cette chanson bien avant de savoir ce que c’était qu’une KB. Mais je partage tout à fait ton point de vue, et il y a beaucoup de similitudes entre l’apprentissage d’un instrument et celui d’un sport, puisque dans tous les cas il s’agit de mémoriser des schémas moteurs et de pouvoir ensuite les utiliser de manière réflexe, que ce soit l’improvisation pour un solo de guitare ou l’enchainement d’échanges pour « construire » un point gagnant au tennis.

      D’ailleurs les guitaristes attrapent des tendinites, comme … les coureurs, ou les joueurs de tennis.

      Encore un livre qu’il faudrait que je lise … merci pour ton commentaire et excellentes fêtes de fin d’année !

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