Bonheur, gènes, et système immunitaire …

Cela fait un moment que nous savons que le bien-être influence de nombreux facteurs biologiques.  De l’importance d’être heureux, positif, pas trop stressé, en contact avec la nature, etc.

Tout cela relève d’un certain « bon sens » et est très présent dans le discours paléo, notamment celui de Mark Sisson : il insiste sur l’importance de jouer, d’être en contact avec le sol (marcher pieds nus, manipuler de la terre) et aussi … de ne rien faire (ça j’ai vraiment du mal !!!). J’ai lu il y a quelques mois une étude qui montrait une amélioration de marqueurs biologiques après une ballade en forêt. On sait que le fait d’écouter le son de la mer ou du vent a une influence sur la réponse immunitaire …

Et il est vrai que j’ai un vrai plaisir profond, quasi « mystique », souvent raconté ici d’ailleurs, lors de mes courses matinales dans le Parc de Saint Cloud.

L’étude que je viens de lire va plus loin et amène une vision biologique d’un sujet auquel on ne penserait pas naturellement : pas tant le bonheur que la manière d’être heureux.

Pour résumer : les activités que vous pratiquez pour vous rendre heureux vont influencer l’expression de plusieurs gènes contribuant à la longévité.

Pour dire les choses de manière la plus simple possible, donc sans doute assez réductrice: On peut être heureux en ayant une attitude hédoniste (je maximise la satisfaction de mes besoins et c’est cela qui me rend heureux) ou en étant « eudémonique » (c’est du grec, eu = bon et daimon = esprit). Autrement dit le bonheur par « l’esprit du bien », c’est à dire par le don et/ou le fait de se préoccuper de son prochain, de la tribu, de trouver du sens à sa vie, etc.

On pourrait penser être dans des sphères cognitives très élevées et subjectives, non ? Oui, sans doute, mais n’empêche que nos gènes y sont sensibles.

L’étude que j’ai lue indique que les personnes qui ont un haut niveau de bonheur «eudémonique » ont des niveaux de marqueurs d’inflammation très bas et une expression élevée des gènes améliorant la résistance immunitaire, et en tous cas à l’opposé de ceux qui ont un bonheur « hédoniste ».

Il faut rappeler que, contrairement à ce que j’ai cru pendant longtemps, les gènes ne sont pas un déterminant absolu de notre fonctionnement. Certains sont exprimés de manière indépendante de l’environnement (la couleur des yeux), mais nous avons une grande quantité de gènes qui fonctionnent comme une série d’interrupteurs, et qui vont se mettre « on » ou « off » en fonction de leur environnement : c’est le principe de l’épigénétique, donc j’ai aussi parlé dans le post sur le sport et sur la diète cétogène.

Je vais essayer de rentrer un peu plus dans la dimension biologique

Quand nous sommes stressés, beaucoup de choses se passent dans notre organisme. Certains gènes s’expriment, d’autres se taisent. L’auteur de l’étude en question, Steve Cole travaille justement sur le sujet de l’influence de l’environnement sur l’expression des gènes dans les leucocytes (cellules du système immunitaire). Et il a écrit une palanquée de papiers sur le sujet !

Il a identifié dans des études précedentes que le stress génère ce qu’il appelle la  «transcriptional response to adversity » (CTRA). Le CTRA est  « activé » pendant les périodes de stress , de danger et d’incertitude. Il modifie l’expression des gènes des leucocytes et a les conséquences suivantes : intensification des processus inflammatoires, diminution de la réponse antivirale et de la synthèse d’anticorps.

Je ne comprends pas bien pourquoi le stress réduit la réponse antivirale, et l’article n’est pas très clair sur le sujet mais ce n’est pas vraiment la question ici. Ceci dit tous les coureurs de fond savent que trop d’entrainement (= stress de l’organisme) peut mettre le système immunitaire à plat et on tombe souvent malade en période de surentrainement ou après une course particulièrement dure, comme un marathon.

Sur une cohorte de 80 personnes « heureuses » , pas stressées justement, qui seront classifiées en fonction de leur recherche d’un bonheur « hédoniste » ou « eudémonique », l’analyse génétique du CTRA va montrer des résultats diamétralement opposés, alors que tout le monde est heureux et pas stressé pour un sou.

Dans un cas, pas d’inflammation, et plein d’anticorps, et dans l’autre, le contraire.

GeneExpression

Si vous voulez aller plus loin, l’article est .

C’est amusant, quand on pense que la vision « darwinienne » du monde est souvent (mal) interprétée comme une compétition impitoyable, que le meilleur gagne, etc. de voir ici que l’intérêt pour autrui est d’une certaine manière favorisé par nos gènes. Pas si égoïstes que ça finalement !

Comme conclut l’auteur de l’étude : « Le génôme humain semble être plus sensible que la conscience aux variations qualitatives de notre bien-être. » et « si vous voulez vivre vieux et en bonne santé, occupez vous des autres ! »

Ca tord aussi un peu le cou à l’idée que la charité et l’empathie doivent être entrées de force dans l’esprit humain, animal égoïste et méchant, notamment grâce aux règles religieuses.  Ce qui n’est pas pour me déplaire :-).

D’ailleurs l’auteur dit la chose suivante :

La dissociation d’un bien-être au niveau moléculaire par rapport à un bien être affectif sous-entend la possibilité d’une approche objective d’une philosophie morale, enracinée dans la valeur de la santé et de la biologie de la nature humaine, comme on peut la découvrir en analysant 2 millions d’année d’évolution du génome programmée pour aider les humains à survivre et  être fonctionnels dans le monde qui les entoure. 

Je vais revendre mes guitares et tout donner aux restos du coeur. Ou pas ?

Matière à réfléchir …

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Un commentaire pour Bonheur, gènes, et système immunitaire …

  1. Renaud dit :

    C’est super intéressant, et cohérent avec des études faites sur des méditants, montrant un impact du « mental » sur le physique. Mais si, dans la méditation, ces effets sont directement reliés, ici c’est plus délicat de trancher. On peut toujours ressortir le mantra « corrélation != causalité ».

    Ici ça paraît assez évident : un hédoniste ou un eudémoniste vont manifestement avoir des comportements **très** différents au niveau de la recherche de plaisir, et à tous les niveaux qui impactent la santé / le génome : activité physique, alimentation …
    On a donc peut être une explication (partielle ?) du mécanisme par lequel le mental joue sur le physique, pour ces traits précis : par le biais d’altération du comportement, connues pour agir sur l’expression des gènes.

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