WOD et rencontres matinales

C’est intéressant d’être en décalage par rapport au reste du monde. J’ai toujours beaucoup aimé travailler la nuit, me régalant de l’élasticité imaginaire du temps quand il n’y a pas de lumière.

Là c’est l’inverse : coucher relativement tôt et lever autour de 6 heures du matin, ce qui est pour moi un sérieux challenge. Lever 6 heures 20, séance de CrossFit à 7 heures. Boum. Certains matins sont plus durs que d’autres, mais le soir ça me met la pression pour aller me coucher à une heure raisonnable.

6:20

Quand le réveil sonne, il y a toujours la tentation de «et si je restais douillet sous ma couette», surtout quand il pleut dehors … mais je sais que je vais me maudire toute la journée si je ne sors pas de mon lit … et sans doute me faire charrier le lendemain, donc en général ça passe même si c’est de plus en plus difficile au cours de la semaine. En plus mon épouse fait pareil (voire pire, elle se lève à 5 heures du mat pour aller faire du sport à 5 :45) donc je vais pas faire le petit bras.

Sur la route

Rouler en me-mover dans Boulogne Billancourt endormie est toujours un spectacle. On croise assez peu d’humains à cette heure-là à pied. Les boutiques ouvrent … non, je ne vais pas vous faire la chanson de Dutronc mais y’a un peu de ça : les camions qui déchargent la bouffe, les restos qui sortent les tables, l’apprenti qui se grille une clope en attendant de rentrer dans la boulangerie rutilante.

Oui, il y a une boulangerie sur mon parcours, meilleur ouvrier de France en plus ! je passe donc tous les matins devant cet étal de baguettes croustillantes et de croissants, à l’aller et au retour. Les seules fois où je me suis laisser aller c’est quand un coach en amène à 8 heures à la box. Dans mon imaginaire, le croissant offert par un coach super fit est plus acceptable que si c’est moi qui vais l’acheter sans doute !

Caméo-croissants

L’autre jour, image irréelle (et motivation première pour écrire ce post). Un jeune homme au comptoir, obèse, vêtu d’un survêtement mode treillis militaire, en train d’acheter des viennoiseries. Concentré de ce qui déconne chez les humains et de comment on fait tous semblant de pas le voir.  Petite analyse symbolique: survet treillis = athlète et armée (force, discipline et rigueur). Obésité et croissants du matin = satisfaction immédiate et impossibilité de la discipline.

Combien on en voit (surtout aux US) de jeunes gens dans une condition physique épouvantable arborant des t-shirts de footballeurs célèbres qu’ils payent une fortune et/ou habillés de Nike de pied en cap, portant des vêtements bourrés de technologie et de marketing (dri fit , multi-layer, bla bla, air, amorti, etc.) et dont l’exploit sportif du week-end consiste à aller au mall pour faire des emplettes. Génie du marketing de Nike d’abord, suivi de près par Adidas et maintenant Under Armour – qui brouillent toutes les pistes en faisant du street-wear qui est clairement plus à vocation sportive mais qui garde l’aura athlétique. Et qui est souvent assez moche.

Mea culpa

Ceci dit moi je porte quasi exclusivement des Inov-8 minimalistes (et j’ai fait nettement pire avec les 5 fingers en cuir de kangourou …) à la ville … voire un t-shirt Reebok acheté à New-York, donc je suis aussi piégé par ces symboles que le gars qui achète ses croissants. J’ai même osé voyager en survet la dernière fois que je suis parti au Brésil (et je me suis fait engueuler par ma femme). Je peux vous donner mille raisons rationnelles du pourquoi du comment ; mais lui aussi sans doute !

Les fous sont lâchés

Il y a les rencontres en allant à la box et les rencontres pendant le WOD, qui sont toujours intenses. Nous avons régulièrement des exercices qui comportent une part de course, 200, 400 ou 800 mètres et donc il y a cette bande de fous furieux qui courent comme des dératés au milieu des passants à 2 de tension, en ce moment dans le noir et parfois sous la pluie.

Il y a aussi le « partner carry » qu’on a fait cette semaine, 200 mètres à porter le partenaire sur le dos, au milieu des gamins et des parents qui vont à l’école. Ça c’est plutôt rigolo. Et fatiguant.

J’ai un vif souvenir d’il y a deux jours, en courant, croisé le regard d’une dame d’un certain âge emmitouflée dans sa doudoune à poils, la clope au bec et qui m’a lancé un regard mélange d’incrédulité et de réprobation (j’étais torse-nu et assez luisant dans l’obscurité, faut dire) – et j’ai sans doute fait pareil. Ayant ré-arrêté de fumer il y a finalement peu de temps, je suis hyper-sensible à la vue de la clope dans la rue et même si je ne me vois pas, mon regard est sans doute tout autant agressif et désapprobateur. Et sans doute hautain, même si je suis en train d’en baver comme pas possible. Les flots d’hormones et de neuro-transmetteurs provoqués par l’effort physique intense font monter mon niveau d’agressivité intérieure de quelques ordres de magnitude.  Tu es en train de te suicider, connasse. Ce qui n’est pas très empathique, j’en conviens. Mais tout cela reste intérieur.

Et le sport dans tout ça ?

Faut quand même que je parle un peu des WODs. Même si au final on retrouve toujours les mêmes types de mouvements, le nombre de variations et de combinaisons est infini et entre ça et l’exploitation de toutes les filières énergétiques par la durée de l’effort, c’est toujours différent et surprenant.

Et difficile.

Le pire WOD et celui dont je sais que je ne vais pas finir dans le « cap time » ; ou où je suis sûr d’être dernier au bout de 5 minutes (et qui en dure 30). Comme celui d’hier : 400 mètres de run, 30 box jumps et 30 wall-ball. Repeat 5 times. Même si je tiens mon rang sur la course, faire des box jumps à fond la caisse nécessite une explosivité que je n’ai jamais eue (même si maintenant je sais qu’on peut changer le type de fibres musculaires en fonction de l’entrainement, merci Andy Galpin). Le WOD devient donc un long moment de solitude, où on voit les copains gratter un exercice, puis deux, puis un tour complet. Rien à voir avec un marathon où il y aura toujours quelques milliers de clampins derrière moi.

Un peu d’ocytocine pour finir en beauté !

Et quand on fait le dernier tour … en dernier … la « récompense » est d’être encouragé par tous ceux qui ont déjà terminé. Pour aussi l’avoir fait dans certains cas, c’est sincère. On sait que celui qui n’a pas fini en chie des ronds de carottes et c’est cette contrainte imposée volontairement qui entraine le respect. Et où on peut toujours gratter un petit dépassement de soi, qui vaut de l’or. En l’occurrence enchainer les wall-ball en deux séries de 15 au lieu de 3 séries de 10. Y’a pas de petites victoires !!!

On pourrait aussi être encore au lit ou fumer une clope emmitouflés dans une doudoune.

 

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