Douleur voulue, blessure subie …

Montée …

Je suis debout sur mon vélo, aggripé au guidon, en danseuse. Le cardio accroché au guidon indique 170 puls/minute, un bon 95% de ma FC max. Quelques secondes plus tôt, j’ai cherché un pignon supplémentaire, hélas imaginaire … Quoi, je ne peux pas démultiplier plus ? Il faut dire que le VTT donne de mauvaises habitudes. Je passe en ventilation maximale en espérant faire descendre un peu le cardio, mais que nenni. A chaque virage, j’espère un petit répit de plat qui me permettra de reprendre mon souffle, alors que j’ahane comme un soufflet de forge. Mon cardio en “autolap” au kilomètre me gratifie d’un 5:20 goguenard, je suis sur un vélo et à peine à mon allure d’endurance en course. C’est décidé, j’arrête au prochain virage, je n’en peux plus, je ne vais pas y arriver. C’était pourtant la route avec le moins de dénivelé pour arriver au “Betex”, partie de station de ski de Saint-Gervais où je séjourne pendant une semaine avec des amis…

Pèle-mèle, j’anticipe ma propre déception, le regard ironique de mes amis “ha ben on t’avais bien dit que c’était difficile de monter au Betex”, la difficulté de remonter sur le vélo après s’être arrêté, l’humiliation de devoir appeler mon épouse pour qu’elle vienne me chercher …

A défaut de reprendre mon souffle, j’essaye de reprendre mes esprits. Je repense à Greg qui s’en veut encore d’avoir abandonné dans le Trail du Grand Verbier dans un moment d’égarement “erreur de débutant ». Rémi qui m’expliquait Vendredi dernier les montagnes russes émotionnelles des longs trails avec les moments de découragement suivis d’une euphorie incroyable, la théorie du gouverneur central … Je suis à 170 mais stable. J’ai quelques pulsations de réserve, 5, 10 … mes cuisses ne me font pas mal, c’est juste la peur de l’asphyxie et le ralentissement qui pèse de plus en plus sur les quadris. Si j’arrive à gérer d’aller le moins vite possible pour ne pas monter dans les puls, sans m’arrêter, je peux peut être tenir les quelques kilomètres qui me restent pour arriver en haut. Il ne s’agit que de 7 kilomètres de montée, après tout, et tant que la machine ne se grippe pas, autant continuer à avancer. Je pousse et tire, expire et inspire, essaye d’avoir le geste le plus efficace possible et m’accroche à l’horizon du faux plat du virage à venir … le vélo parait tellement instable sur ces pneus ridiculement étroits, je me demande comment il y a assez de gomme pour assurer la traction, mais si.

La danseuse, pareil, le vélo balance de droite et de gauche mais j’avance quand même. Au bout de 35 minutes aussi dilatées que mon ventricule droit, je crois être arrivé alors qu’il y a encore une volée de virages, mais le déclic s’est fait, je pourrai finir. 450 mètres de dénivelé sur 6 kilomètres, ça fait un pauvre 7,5%. Et le cardio qui m’indique … 34 heures de récup ! Du jamais vu.

Pour monter, ça monte !

Pour monter, ça monte !

Ca vaut le coup la vue quand même !!!

Ca vaut le coup la vue quand même !!!

Descente …

En train de faire la queue pour le téléphérique de la Frégère qui doit nous ramener en bas de Chamonix après une ballade de 10 kilomètres dans des paysages lunaires et magnifiques.

Panoramique du Lac Blanc

Panoramique du Lac Blanc

Je viens de siroter une bière locale en me tapant les derniers 50 mètres de montée. Arnaud et Benjamin, trentenaires encore pleins d’énergie, commencent à imaginer descendre en courant le chemin qui ramène à Cham plutot que de faire la queue comme les moutons qui nous entourent (des vrais et des synboliques) . Il se trouve que c’est la fin du parcours de l’UTMB mais je ne le sais pas. Bah, descendre 800 mètres de dénivelé sur 5 kils, en faisant la course avec un téléphérique, parait une bonne idée à ce moment. Ivresse des sommets J. Nous laissons les sacs à dos à nos épouses, mes compères me disent “on va trottiner, t’inquiètes pas” et étant quand même en sérieux manque de course à pied en ce moment, je les suis. En descente, mon tendon d’Achille ne va pas trop morfler, me dis-je. Et Benjamin, gentiment, me dit “Enlève tes 5 fingers et mets tes running, ça va taper un peu quand même”. Pour le coup j’écoute son conseil et enfile mes Inov-8 … de route avec drop 3 mm, amenées en backup au cas où la rando en 5F aurait été trop pénible (ce qui n’a pas été le cas du tout et m’a valu quelques commentaires amusés de randonneurs avec des godillots cloutés :-))

Certes, le tendon ne morfle pas (pas trop). Par contre, le reste … La descente est en fait une route couverte de cailloux de tailles diverses, et méchamment pentue. Pas exactement un pierrier, mais pas un chemin non plus. Disons que ça passerait avec un bon 4×4. Mes deux potes partent comme des boulets de canon, et moi j’essaye d’aller le plus vite possible tout en restant en contrôle, ce qui s’avère une gageure vu l’état de crispation de mes quadris au bout de 30 secondes de descente. A la peur de la chute s’ajoute (surtout) celle de me tordre la cheville, ce qui m’est arrivé une paire de fois par le passé. Vic Verdier de Movnat qui m’expliquait lors du stage que, si, on pouvait aller vite en descente, il suffisait de se laisser aller, mais quand il y a de la peur, difficile de se laisser aller. Tension sélective et peur ne font pas très bon ménage … Comme à ski sur une piste verglacée où une prise de care foireuse peut vous envoyer dans le mur, ou mes premiers “pas” en surf.

Ni ordalique ni suicidaire, ni en train de me faire ma propre coupe du monde de trail, je descends en espérant à chaque virage que le terrain va s’améliorer et en en étant à chaque fois pour mes frais.

Pensées en vrac : le trail c’est vraiment autre chose que la course sur route (note à la relecture : le traileur classe internationale descend surement en courant à fond. Le lamba que je serai … en trottinant). Quelle technicité, quelles qualités proprioceptives faut-il pour descendre un terrain pareil à 15 ou 17 à l’heure ! Un marathon à côté c’est un tapis roulant en pantoufles. Finalement, les Hoka OneOne c’est peut être pas si mal dans des terrains pareils … Moi faire un trail de 50 bornes si c’est ça ? Mais je vais mourir ! La “caisse” cardio, sur un terrain pareil, est une compétence relativement inutile. En tous cas, elle ne me permet pas de rejoindre mes amis. Ils m’attendront gentiment au détour de quelques virage, en repartant dès qu’ils me voient, coup classique.

Finalement arrivé en bas après 35 minutes, un appui vraiment foireux qui m’a fait craindre une entorse mais non, rien de grave, mes membres inférieurs ne sont plus que douleur à chaque appui mais je suis fier et content d’être arrivé en bas en un seul morceau. 778 mètres de dénivelé pour 3,75 kils, ça fait 21%, à 9 à l’heure de moyenne.

Un beau triangle rectangle

Un beau triangle rectangle

Contents d'être arrivés quand même

Contents d’être arrivés quand même

Malgré une séance de cryo improvisées dans mon abreuvoir à vaches favori, et quelques étirements, 48 heures plus tard mes quadri sont toujours plus douloureux qu’ils n’ont jamais été après les marathons que j’ai couru, hormis le premier couru sans entrainement et après lequel je n’avais pas pu monter d’escaliers pendant une semaine.

Cryo cheapo :-)

Cryo cheapo 🙂

Sur le plat …

Je m’élance pour faire une série de 1000 sur piste. J’ai pas mal augmenté ma charge d’entrainement récemment, courant notamment un peu plus que d’habitude lors de notre escapade au lac de Côme, dont une sortie dans la montagne totalement déraisonnable …

Vu comme ça ...

Vu comme ça …

… mais je ne pensais pas que ça grimperait autant. J’ai donc fait les entrainements avec une gène au tendon d’Achille droit, qui en général cède à l’échauffement, et puis, mal aux tendons d’Achille, c’est quand même un truc tellement récurrent chez moi; Par ailleurs je suis satisfait des mes progrès en endurance, et puis je fais plein de vélo, alors, cette fois comme les autres, ça va passer.

Est-ce que l'on voit les tourments à l'intérieur ?

Est-ce que l’on voit les tourments à l’intérieur ?

Le premier 1000 passe mais la douleur est bien là. Pas comme celle d’être dans le rouge au niveau cardio, ou le lactique des quadris dans la descente. Non, cette douleur là est plus sournoise, elle va, vient, augmente en intensité puis diminue, pique, bouge un peu le long du tendon, mais à chaque impulsion, mal. Alors dans ces cas là on essaye d’alléger le poids, de fléchir les genoux un peu plus, tous les trucs dans le livre. Des fois ça marche, mais là , je sens bien que ça fait de plus en plus mal à chaque foulée. J’ai beau me dire dans ces cas là que la douleur est une perception, ça fait quand même mal, et quand ça fait trop mal, il faut s’arrêter. Je repense brièvement à ce film “natural born runners” où une coureuse d’ultra se fait un strap avec du chatterton sur une un déchirure musculaire et puis repart, mais bon … les strappings pour tendons, je ne sais pas faire. Je pars quand même pour le deuxième mille, mais le coeur n’y est plus : je sais que je ne vais pas y arriver. La douleur croit avec l’allure, comme les contraintes mécaniques je suppose, c’est assez logique. Donc, il faut ralentir, et puis, s’arrêter.

Non je ne simule pas ! Et le MTP de Pascaline ça vait VRAIMENT mal !!!

Non je ne simule pas ! Et le MTP de Pascaline ça vait VRAIMENT mal !!!

J’ai envie de partager ces petites histoires banales de sportif, parce que tout cela m’interroge un peu, évidemment.

Il y a un vrai bonheur post effort dans la maitrise de la douleur, disons plutôt de la difficulté induite par l’entrainement. J’ai parlé moulte fois des séances de fractionné que j’aborde avec la trouille au ventre, là que ce soit pour la montée à vélo ou la descente en courant c’est pareil – une prise de risque calculée (enfin, on essaye, chacun a son seuil) qui va faire mal et dont on sort heureux, fier de soi et un peu fatigué 🙂

C’est un peu comme le jeûne : le premier repas qu’on saute, on a l’impression d’un exploit incroyable parce que tout le monde vous dit que vous allez succomber à une hypo lors de votre réunion stratégique que 14h30 :-). Au bout d’un moment, on réalise que le corps humain a cette capacité à gérer les fluctuations en alimentation énergétique, et c’est une grande liberté de vie qu’on peut acquérir finalement assez facilement. Et gagner le temps des repas inutiles … d’ailleurs quand je me retrouve en collectivité amicale ou familiale, je suis maintenant sidéré par le temps passé autout de la bouffe. Trois repas par jour, plus les courses, les discussions sur ce qu’on va manger ou pas, plus la vaisselle et le nettoyage, c’est un sacré paquet d’heures – qu’on peut passer à faire du sport, par exemple, ou juste rien.

Et mon tendon ?

4 ou 5 séances de cryo coup sur coup n’ont eu aucun effet (ben oui, c’est con, mais c’est la vérité). Par peur ou procrastination ou pensée magique je ne suis pas allé chez le kiné pour faire des ondes de choc, j’ai préféré arrêter de courir et ne faire que de la marche et du vélo (entre 5 et 7 heures par semaine, principalement en endurance).

J’ai repris la course cette semaine après pratiquement 6 semaines d’arrêt. Une sortie très lente (7:15 au kilo) de 15 bornes qui s’est très bien passée, Mardi. Une sortie en endurance Vendredi, ma boucle habituelle de 8,5 kilomètres dans le parc de Saint-Cloud avec la bonne surprise de pouvoir courir à une allure tout à fait respectable pour moi (5:30 au kilo).

Ce Dimanche je me suis élancé sur mon LMVL habituel et là ça s’est back to square one : au bout d’une heure, la douleur réapparait et j’ai vraiment du y aller mollo sur la fin. C’est frustrant, j’ai l’impression que mon temps d’arrêt n’a pas servi à grand chose et j’ai un marathon dans 6 semaines. Bref, il va falloir que je me soigne pour de bon.

Mais  maintenant il y a le vélo. Qui a l’immense avantage de ne faire mal nulle part : Parcouru 1300 bornes en deux mois sans aucun bobo …

Tant qu’on ne se casse pas la gueule au  milieu d’un peloton !

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4 commentaires pour Douleur voulue, blessure subie …

  1. Julien dit :

    En attendant les confirmations de Rémi et Greg, je pense pouvoir annoncer que 9km/h en descente ça reste plutôt rapide en trail 🙂

    Bon courage pour le tendon. Cryo / repos / vélo, ça me semble un bon trio. Mais quand je vois des sorties de 15k, une heure… pour moi c’est beaucoup trop. Je pense qu’il faut vraiment se limiter. 35′. 45′ maxi. Mais en sortant plus régulièrement et en ajustant au jour le jour ?

    • paleophil dit :

      Oui tu as raison, j’ai fait une connerie en voulant faire un entrainement classique LMVL de 1h20, ma sortie de 47 minutes le Vendredi s’était très bien passée, je pense qu’il y a un seuil de contrainte mécanique qui « réveille » l’inflammation de manière brutale. Enfin, la douleur, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Je vais faire Cryo/Vélo/sorties courtes et ajouter du stanish et un détrartrage (conseil de Rémi et de Thierry Adeline). Je me tâte pour faire des ondes de choc mais j’ai peur parce que ça fait mal 🙂

  2. Thomas dit :

    Salut Phil.
    Bon courage pour la suite mais tu sais, les ondes de choc, ce n’est pas si terrible 🙂 Et couplé avec Stanish c’est plutôt efficace.
    « Détartrage » kezeco?

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