Daniel Lieberman : l’évolution, du barefoot running au cancer

Ce soir j’avais de grandes ambitions bloguesques, avec un super titre … mais l’énergie mentale qui  reste après une journée de boulot, une heure de surf sur des sites divers, quelques échanges avec mon inspirateur / contradicteur préféré (qui se reconnaitra :-)), un diner avec enfants et quelques coups de stress professionnels ne suffira pas à compléter la tâche, que je vais remettre à demain.

Pour autant, vu la quantité de visites sur le site et le fait que les articles « rapides » suscitent autant d’intérêt que les longues prises de tête, je vais faire dans la synthèse. Enfin, essayer …

Connaissez vous Daniel Lieberman ? Prof de biologie évolutionniste à Harvard, je l’ai « connu » par sa participation à « Born to Run » et le discours qu’il y développait sur l’adaptation à la course à pied comme particularité de l’espèce humaine : Perte des poils, renforcement des muscles fessiers, adaptation des muscles de la tête et capacité d’endurance, cela avait tout pour me plaire; c’est sans doute à cause de lui que je cours torse nu d’ailleurs 🙂

Ca a été un bon sujet polémique dans les diners jusqu’à ce que je m’en lasse un peu…

Ou que je trouve mieux, avec le livres de Pascal Picq sur la sexualité des primates, qui garantit un silence glacial ou des rires gênés à l’évocation de la sexualité orale ou de l’infidélité chez les bonobos et les chimpanzés.

Mais ce n’est pas le sujet du jour 🙂

Story-of-the-Human-Body-Evol

The story of the human body

Lieberman sort un nouveau bouquin intitulé « l’histoire du corps humain : évolution, santé et maladie » et il y a deux articles (ici et ici) dans le Guardian sur le sujet que j’ai lus ce matin.

Bon déjà on va admirer la couverture du livre :

Des lunettes, deux cuillères à café de sucre en poudre, et une paire de running. Même sans savoir ce qu’il y a dedans c’est un livre pour moi 🙂

Quelques points clés qui ouvrent matière à réflexion …

A propos du cancer …

C'est beau mais ça tue !

C’est beau mais ça tue !

J’ai déjà parlé ici de l’hypothèse de la cellule cancéreuse qui réactive un ADN fossile et qui décide de vivre sa vie, dont il parle. Mais il amène un autre thème qui m’est cher : l’abondance: les cancers causés par l’obésité et le surplus d’énergie. Ces cancers se développent en priorité dans les organes reproductifs : seins, utérus, ovaires, prostate et également le colon.

Quelle relation entre un excès d’énergie et un cancer ? 

Les oestrogènes. Aussi bizarre que ça puisse paraitre, mais l’explication est intéressante à défaut d’être certaine.

Déjà, il faut prendre conscience que la logique de l’évolution, ce n’est pas qu’on vive vieux; mais qu’on se reproduise et que les gènes (ou autre bidule à réplication) passe à la génération suivante, n’en déplaise à notre ancien pape.

Il y a deux mécanismes importants chez les femmes qui sont liés à la reproduction : la menstruation, bien sur, qui a comme conséquence physiologique majeure un accroissement massif de la quantité d’oestrogènes,  stimulant la division cellulaire dans les organes liés à la reproduction. Si dans le tas il y a des cellules cancéreuses, elles vont bénéficier de l’effet démultiplicateur comme les autres. Et le stockage d’énergie, sous forme de graisse, évidemment.

Une femme il y a 50.000 ans commençait à avoir ses règles à 16 ans, passait la majorité de son temps soit enceinte, soit en train d’allaiter,  et donc avait environ 150 cycles menstruels.

Une femme d’aujourd’hui aura ses règles à 13 ans (résultat d’une alimentation de meilleure qualité sans doute), aura deux ou trois enfants, à moins d’habiter Versailles, passera assez peu de temps à allaiter, et donc subira entre 350 et 400 cycles menstruels. Donc 3 à 4 fois plus que notre amie paléolithique. La probabilité de cancer n’est en plus  pas linéaire, puisque les mutations dans les cellules s’accroissent avec l’âge.

Et le gras dans tout ça ? Encore mes obsessions ? 

Que nenni, mes amis ! Nous savons tous que nos compagnes sont plus grasses que nous (et nous aimons ça d’ailleurs) et qu’à iso condition physique une femme va avoir environ 10% de plus de masse grasse qu’un homme. Si vous ne me croyez pas allez voir ici.

Evidemment, le gras est de l’énergie en réserve pour les périodes de disettes, et pour une femme enceinte, il faut avoir du stock pour deux. Mais les adipocytes ne sont pas juste de l’huile d’olive dans une membrane cellulaire. Ils ont la capacité à fabriquer … des oestrogènes, tiens donc, et les femmes obèses ont jusqu’à 40% d’oestrogènes en plus que celles avec un BMI normal.

Ouch !

Ouch !

Moralité, dans les femmes ménopausées obèses, la probabilité d’avoir un cancer du sein est 2,5 fois plus élevée que pour les femmes non-obèses.

Que peut on faire si on ne veut pas avoir une ribambelle de marmots juste pour minimiser les risques de cancer ? Evidemment limiter les apports énergétiques (j’ai déjà parlé de diète, de jeûne, et plus j’en parle, plus ça me parait évident que les privations ont du bon) et, comme d’hab, faire du sport, qui peut réduire les niveaux d’oestrogènes de 25%.

Lieberman parle beaucoup de l’obésité, et j’en profite pour donner mon avis sur la question: nous sommes la seule espèce animale dont le principal problème est de gérer l’excès d’énergie que nous pouvons ingérer, et qui nous rend malades, alors que tout le règne vivant est placé sous le signe de l’optimisation et du rendement maximum pour un apport énergétique minimal. Nous sommes en train de nous mettre collectivement dans une situation complètement surréaliste : des problèmes de santé massifs, avec un coût économique et social colossal, parce que nous vivons dans une abondance que notre corps ne sait pas gérer.

Notre intelligence et notre capacité d’adaptation immense nous ont permis d’inventer des outils qui nous facilitent la vie et nous permettent (nous = pays riches) d’avoir un accès à l’énergie illimité avec une consommation minimale.

Un gorille passe 8 à 10 heures par jour à chercher sa nourriture – et moi ce matin je dois faire un effort conscient pour rester debout dans le RER alors qu’il y a des sièges libres,  choisir de monter les escaliers … et il y a des viennoiseries à la gare et dans les correspondances !

Notre corps s’adapte, stocke toute cette énergie que nous ne consommons pas (mieux vaut être gras qu’aveugle et diabétique, après tout), et développe tout un tas de pathologies.

Lieberman parle aussi des allergies. J’ai eu l’occasion d’en discuter avec un de mes clients récemment, la société Stallergènes, qui me confirmait que l’explosion des allergies était lié à l’adoption du mode de vie occidental. Pas uniquement à propos de la bouffe puisque l’exemple cité était le fait de mettre de la moquette dès qu’on avait des sous, paradis des acariens, et allergène notoire.

Lieberman a deux conclusions que je vous laisse méditer : 

« tant qu’on ne trouvera pas vraiment un moyen d’aider les gens à changer leur alimentation et à être en forme, les problèmes de santé publique vont continuer à s’accroitre et provoquer des problèmes sociaux et de la souffrance individuelle. »

« comme le cancer est un type d’évolution particulier des cellules à l’intérieur du corps, peut être qu’une logique évolutionniste nous permettra de mieux combattre cette maladie effrayante. »

Comme quoi cet article mérite bien d’être sur ce blog, puisque ces deux sujets  me tiennent à coeur, en essayant d’être ni dogmatique ni hermétique, ce qui n’est pas toujours facile.

Et je conclurai en disant que là ou il y a de l’oestrogène, il n’y a pas de plaisir.

C’est nul, mais il est tard 🙂 et mon post fait quand même 1200 mots.

J’espère que vous l’aurez lu jusqu’au bout !

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7 commentaires pour Daniel Lieberman : l’évolution, du barefoot running au cancer

  1. Benoit dit :

    Marrant, il est passe sur NPR hier, me suis rue sur Amazon US pour te faire envoyer une copie du bouquin, puis me suis dit que ca allait t’en faire 2, vu que ce n’est pas le genre de truc que tu rates… Je te trouverai un autre cadeau de Noel. 😉 En attendant il est sur mon Kindle Paperwhite.

    • paleophil dit :

      Effectivement avec le one click shopping c’est assez facile. Je dois avoir une dizaine de bouquins pas encore lus, et la liste s’allonge … Mais lui je vais le mettre au sommet de la liste. Comme cadeau de Noel, Coach a des très jolis blousons « racer » et ma taille est S. 🙂

  2. benberg dit :

    Marrant, il est passe sur NPR hier, me suis rue sur Amazon US pour te le faire envoyer… puis me suis dit que ca t’en ferait 2 copies, vu que tu ne rates pas ce genre de truc tres longtemps. En attendant, il est sur mon Kindle Paperwhite… 😉

  3. gillmad dit :

    Genre ! Tu prends le ReR toi, maintenant ? !

  4. françois dit :

    À propos de la très jolie phrase en épigraphe :
    « Je préfère des questions sans réponses que des réponses qu’on ne peut pas remettre en question »
    Pourquoi ne pas écrire « … à des réponses … » au lieu de « … que des réponses … » ? Ça sonne mieux, c’est aussi long et c’est français. Et puis, vous êtes sûr qu’il faille un « s » au premier « réponses » ? Moi j’hésite.
    Cordialement
    F

    • paleophil dit :

      En fait la phrase n’est pas de moi … je l’ai glanée dans un podcast de Sam Harris qui interviewait un physicien, Max Tegmark. C’était son commentaire sur la religion et les exégèses, par rapport à la science, et j’ai trouvé ça juste et parfait. En anglais c’est plus facile « I’d rather have questions without answers than answers I can’t question » (de mémoire). J’ai traduit cela un peu à la hussarde ! des questions : si il y en a plusieurs, est-ce que les réponses sont singulières ou plurielles ? j’hésite (mais en anglais c’est pluriel). Par contre, le « à » à a place du « que » est évident et je vais le modifier tout de suite :-). Merci !

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