De l’anticipation à bon escient

Intro habituelle : je voulais écrire un post sur autre chose, mais je ne vais pas avoir le temps, donc je vais essayer de faire court et pertinent, mais vous savez déjà que je ne vais pas y arriver. Pour autant je vais essayer de faire ce que je vais bien : mettre en perspective des choses qui n’ont rien à voir. C’est comme ça que je fonctionne, et je n’y peux rien, et c’est sans doute pour ça que vous lisez mon blog. 

Il court …

Hier matin je pars courir, pour une séance de fractionné (que je redoute, bêtement). Bien plus tard que je ne voulais, ayant commencé (involontairement) ma journée de travail avec quelques mails et coups de fils un peu crispants, dormi 5 heures et donc dans un état de tension assez élevé. Mais je suis fort, j’ai déjà survécu à des séances de fractionné, il fait beau, je me projette dans le futur où je contemplerai fièrement mes courbes de FC en me disant « putain, je l’ai fait » et j’aurai la banane.

Echauffement prudent, sentant une tension dans le mollet gauche. Quand on court, on a toujours des tensions ici et là, des petites douleurs, et elles sont de deux types : celles qui passent rapidement quand le corps s’échauffe, et celles qui montent en puissance, et la perception de la douleur est souvent une courbe exponentielle, ce qui pour les non matheux ressemble à ça.

Exponentielle, ma douleur !

Exponentielle, ma douleur !

Donc, la pointe de gène devient rapidement une douleur légère, puis franche, puis insupportable. Au bout de 10 minutes, je m’arrête, évalue mes options, et décide que la moins mauvaise consiste à rentrer en marchant à la maison, un peu vite histoire de, mais bon, la séance est foutue et mon moral exponentiel aussi, mais dans l’autre sens.

Oui, moral déchargé, comme un condensateur !

Oui, moral déchargé, comme un condensateur !

Après avoir maudit tous les dieux auxquels je ne crois pas, avoir fait quelques étirements, je cherche à comprendre.

La vérité m’apparaitra toute nue et crue le lendemain, après un peu de réflexion.

Refaisant le film de la semaine précédente, lors de la séance de Samedi, au lieu de m’en tenir tranquillement à que Jean m’avait dit, quelques accélérations, j’ai décidé de faire des sauts d’escalier avec un autre x-runner; et comme monter les escaliers c’était pas assez, j’ai fait des sauts à pieds joints. Et aussi en descendant. Trois séries de 15.

What the fuck is wrong with me ? 

Bon ben mes mollets, sur le coup, se sont tenus tranquilles. Le lendemain aussi. Mais le Mardi, ils m’ont fait un gros doigt !

Pourquoi, alors que je sais que je suis fragile, compte tenu de mon grand âge, je m’embarque dans des trucs à la con ? Où sont ma capacité d’anticipation, et toutes les fonctionnalités de mon cortex pré-frontal ? Quand je cours, il y a sans doute quelque chose de primal qui se met en route; l’envie d’en faire plus pour prouver au monde entier je ne sais quoi.

En l’occurrence, je prouve que je ne sais pas m’entrainer. Et que ma capacité d’anticipation dans ce contexte ne fonctionne pas. Super !

Elle révise …

Ce matin je discute au téléphone avec ma fille, qui révise pour un oral alors qu’elle ne sait pas si elle aura l’écrit. Elle m’explique qu’elle a du mal à se concentrer parce qu’elle pense à l’échec pour se familiariser avec, histoire de ne pas être trop déçue si elle n’est pas admissible, et donc n’est pas à fond sur son travail.

Bien sur c’est difficile de travailler sans savoir si ça va servir; et notre cerveau est sans arrêt en train d’anticiper les options, les scénarios … c’est à ça que sert le cortex pré-frontal, justement.

Mais dans certains situations, il faut verrouiller ça … autant que faire se peut.

Le passé n’existe plus, le futur n’existe pas encore …

Etre juste dans l’instant, décider de l’avenir qu’on espère, tout faire pour qu’il arrive. Et si il n’arrive pas, prendre la grande claque dans la gueule, pleurer, vomir, maudire tous les dieux auxquels on croit ou pas (dans ce cas ils peuvent être vraiment utiles), et repartir le lendemain.

Une grande difficulté de notre existence, mise en miroir dans ces deux exemples, est d’anticiper quand c’est utile, et de ne pas le faire quand c’est contre productif.

Dans tout les cas, vivre dans le présent, avec mesure, et des projets dont on sait qu’on sera heureux si ils arrivent mais pas totalement détruits si ils n’arrivent pas, est sans doute la meilleure stratégie, et la plus difficile à mettre en oeuvre !

Et toujours se relever quand on prend une claque …

Rudyard Kipling l’a dit mieux que moi : 

If you can dream —and not make dreams your master
If you can think —and not make thoughts your aim
If you can meet Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same;

If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breathe a word about your loss;

If you can fill the unforgiving minute,
With sixty seconds’ worth of distance run.
Yours is the Earth and everything that’s in it,
And —which is more— you’ll be a Man, my son!

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8 commentaires pour De l’anticipation à bon escient

  1. Grégo dit :

    Le poème « Si » de Kipling me fait pleurer…souvent.

  2. Pratiques tu souvent la visualisation pour atteindre tes objectifs?

    Margaux

  3. ADELINE Thierry dit :

    Intéressant ton article
    Et si un jour tu décidais de faire un marathon entrainé et préparé mais en débranchant ton cortex pré frontal ( tu as vu je cause comme toi…) peut être que le résultat t’étonnerait ??
    Trop d’analyse et trop de projections ponctionnent de l’énergie et polluent le résultat final crois moi il y a du vécu dans mes propos
    Beaucoup de choses sont possible en cap, il faut parfois simplifier l’approche
    Je sais ce n’est pas simple compte tenu de ton analyse du sujet que j’admire dans son sens du détail, mais des fois a trop savoir comment ça fonctionne , on finit par faire dérailler la machine
    Ce n’est que ma réflexion du jour et celle que j’applique sur l’ultra désormais

    • paleophil dit :

      Merci pour ton commentaire Thierry … mais là je me blesse parce que je ne réfléchis pas assez, justement, et que je ne respecte pas mes propres limites. Ce qu’il me semble que tu as toi même commencé à accepter, et qui te permets d’aller de l’avant, justement.

  4. gillmad dit :

    Dieu ! Que cet article finit bien !

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