Courir, quelle étrange idée …

Il m’est arrivé un truc étrange cette semaine avec le blog.

Ayant mis une petite galerie de photos, quelle ne fut pas ma surprise de me retrouver avec 1.250 visites dans la journée ! (normalement c’est plutôt entre 150 et 200). WordPress compte chaque clic sur une photo comme une visite, et comme chaque visiteur a regardé en moyenne une quizaine de photos, ça cube vite.

Ca fait plaisir de voir plein de monde qui vient sur le site, même si c’est pour regarder des photos ! Un zeste de plaisir narcissique je suppose, vu qu’il n’y a rien de financier à la clé. Le sentiment diffus d’une utilité sociale : si des lecteurs viennent c’est que qu’ils trouvent un intérêt à lire ma prose (autre que mes potes, mais si, il y en a). Un embryon de sens de responsabilité : moins envie de faire des posts strictement personnels mais plutôt me demander « qu’est-ce que je pourrais bien raconter qui puisse rencontrer un intérêt de lecteur ? ».

Avec toujours une hésitation entre « amener du contenu » ou « travailler le style ». Je me rappelle les interviews de Philippe Djian qui disait que quand il commence un roman il se fout de l’intrigue, qu’elle vient toute seule et que la seule chose qui l’intéresse c’est l’écriture en tant que telle. Bon, n’allez pas penser que je me prends pour un écrivain, pas encore, ça viendra peut être …

Comme je suis d’une nature un peu compétitive quand même, j’ai envie que vous m’aidiez à battre mon record de fréquentation d’Octobre 2014, donc allez y : cliquez, cliquez, y’a rien à gagner à part me faire plaisir et aussi exhumer un vieux post dans lequel vous trouverez une petite idée intéressante.

Pour les amateurs de photos, j’avais fait quelques galeries lors du marathon de NY qui n’a pas eu lieu (en 2012) et mis les photos sur Google (des rues, des batiments et paysages, des endroits où on mange)  et de ma ballade à Washington cet été.

Bref je suis en train de faire de l’auto-pub au lieu d’écrire quelque chose de pertinent.

Donc de quoi voulais-je vous entretenir ? Une autre fois je vous parlerai de vélo, de chômage, de technologie, de dysfonctionnements organisationnels en entreprise, de l’importance de la confiance dans les relations humaines, sujets qui virevoltent dans mon cortex préfrontal, mais non, pas aujourd’hui. A chaque jour suffit sa peine 🙂

Aujourd’hui je veux vous parler de sport et d’effort.

L’idée m’est venue lors d’une discussion avec Laetitia, femme de coureur mais pas sportive. En nous regardant nous préparer pour le Marathon de Chicago son regard avait cette lueur d’incrédulité  qui disait « Mais pourquoi faire tout ça, vous donner tout ce mal pour soumettre votre corps à une épreuve et être perclus de courbatures ensuite ? ».  Je lui demandes « Tu trouves qu’on est un peu dingues, non ? » … Sa réponse :  « Je trouve que la vie est assez dure comme ça pour ne pas m’infliger des épreuves en plus alors une fois que j’ai traité tout qui me soucie, je me cale avec un bon bouquin sous la couette, et j’ai vraiment pas envie d’aller me mettre des baffes ou des coups de pied au cul ».

Un avis tout à fait recevable, d’autant plus que c’est ce que j’ai pensé pendant de nombreuses années. Alors je lui ai dit que j’allais lui faire une réponse un peu argumentée.

C’est vrai que la vie nous en met plein la gueule des fois. J’ai eu mon lot, c’est pas fini, et vous aussi sans doute. Boulot (ou absence de), divorces, problèmes avec les enfants,  problèmes de santé pour soi ou ses proches, mort de personnes qu’on aime … la liste de courses est assez longue.

Alors, protégeons notre oasis et quand nous pouvons avoir un peu de paix, profitons en au lieu d’aller se prendre le chou à faire des 10*400 sur une piste sous la pluie ?

J’ai plusieurs éléments de réponse à proposer.

D’abord, la dépense physique est une nécessité biologique et psychologique. Donc ne pas le faire est une forme d’organisation d’un mal-être à venir. J’ai largement commenté les méfaits de la sédentarité, pas la peine d’y revenir. Maintenant même les brochures du programme nutrition santé disent qu’il faut bouger 30 minutes par jour au moins. Ma copine marche largement plus que ça tous les jours, mais pas tout le monde. Au delà de la consommation de calories, l’utilisation du corps (use it or lose it) et notamment le fait d’avoir des activités à l’extérieur, dans la nature, nous ramène à une essence de l’être … qui nous amène une cascade de bénéfices pour le reste de notre existence : meilleur équilibre psychologique, système immunitaire plus efficace, sommeil de meilleure qualité, etc, etc.

Ce matin sortie en VTT dans les bois : l’odeur des feuilles en Automne, la brume qui se déchire et laisse passer le soleil en fin de matinée, la boue, les châtaignes … c’est aussi stimulant que de lire un bouquin mais c’est en vrai. Et ça n’empêche pas de penser, en plus.

On oppose souvent l’activité physique et l’activité intellectuelle mais c’est absurde. J’ai été longtemps dans cette dichotomie de premier de la classe rachitique 🙂 qui haïssait les gros balèzes poilus (et Lycée de Versailles évidemment). Une fois rangés les bouquins de maths de prépa et avec un peu de culture générale, qu’apprends-je ?

Que la première fonction du cerveau a été de coordonner les mouvements, la conscience de soi étant un sous produit arrivant très tard dans l’histoire de la vie. Un cerveau qui gère un corps sédentaire et immobile va décrépir à grande vitesse. Et il est possible, voire recommandé, d’utiliser les moments d’exercice physique pour réfléchir. Ce que je fais très souvent, et je ne suis pas le seul : Mark Sisson a fait un post sympa sur les hommes qui marchent et c’est passionnant. Il la d’ailleurs oublié Steve Jobs qui faisait toutes ses réunions importantes en marchant, et Einstein qui faisait de grandes ballades en montagne avec ses potes avant de retourner écrire des équations à sa table de travail le soir.

Bref l’activité physique stimule l’intellect. Au moins autant que les pilules magiques de Dave Asprey 🙂

Stimulation « niveau 2 »: s’immerger dans un sujet choisi et y progresser. Le travail est tellement prégnant dans nos vies (vous je sais pas mais moi oui) qu’avoir un autre point d’ancrage qui ne soit pas du défoulement (de toute façon je ne crois pas au défoulement …) est une assurance de santé mentale, d’espace qui reste ouvert quand c’est la merde au boulot ou que vous vous faites pourrir ou virer,  dans lequel on peut avoir ses propres marges de progression, être en contrôle (relatif) d’apprentissage et évidemment de satisfactions.

Paradoxe : on peut réinvestir ces découvertes dans le travail. Comme outil de lien social, évidememment, mais aussi de confiance en soi : je sais courir un marathon, je sais que je sais planifier un travail sur la durée, je sais que je sais découper une grosse tâche en tâches élémentaires, etc.. Et d’estime de soi aussi dans les moments difficiles : le jour où votre boss, vos collègues, ou vos clients vous font trop chier, vous pouvez toujours vous dire « Là tu m’en mets plein la gueule, mais viens donc faire une petite séance de fractionné avec moi et on pourra discuter. Enfin, moi je pourrai parler parce que toi tu vomiras tes poumons 🙂 ». Une manière un peu sublimée de dire « Allez viens, on va s’expliquer tous les deux dans l’arrière-cour ». Ou vous pouvez simplement vous évader de cette réunion tellement ennuyeuse où chacun pérore et vous rappeler votre dernière bonne séance.

Faire du sport force aussi à une vision plus objective de la réalité, à la fois dans notre rapport au monde et à nous-mêmes : réalisme,  modestie mais aussi acceptation de soi.

Nous avons toujours tendance à nous enjoliver (80% des personnes à qui on pose la question pensent qu’ils sont plus intelligents que la moyenne …), la pratique sportive avec ses hauts et ses bas vous oblige à faire face à une réalité entre vous et vous-même. Je ne ferai jamais 2:30 au marathon. Je peux peut-être me contenter de 3:15, et apprendre à être heureux avec ça… Des fois j’arrive pas à faire les séances du plan, et je rate des compétitions. C’est chiant, mais faut que j’assume.  Quand j’ai pensé que je pouvais concocter mon propre plan d’entrainement à base d’elliptique, de fantasmes et d’orgueil mal placé, j’ai mis 5 heures et j’en ai pris plein la gueule. J’ai appris la leçon, et elle me sert aussi ailleurs. Et depuis j’ai appris, appris, appris, et je continue. Je ne sais pas encore ce que je serai capable de faire, mais c’est pas grave, je progresse dans une démarche parfois brouillonne mais toujours rationnelle.  C’est  précieux et ça aide aussi à démonter l’irrationalité et la pensée magique qui peuvent me prendre par surprise – et celle de mon entourage.

Ce type de progression peut se trouver dans d’autres activités : jouer d’un instrument de musique, par exemple. Mais l’activité sportive amènera des bénéfices physiologiques qu’on ne trouvera pas ailleurs.

En fait – c’est un excellent moyen de se ré-approprier son corps : outil, véhicule, objet d’analyse, d’expérimentation … et aussi de respect et d’émerveillement. Un corps humain c’est un monument de complexité intelligence et comprendre un peu mieux comment il fonctionne n’est jamais du temps perdu. Faire du sport c’est s’intéresser à son corps dans ce qu’il est capable de produire , pas uniquement d’un point de vue esthétique.

Il reste un autre aspect qui est peut être un peu plus personnel : c’est le rapport à la douleur et à la « plage de fonctionnement de l’organisme ». Je m’explique : autour de moi les médicaments en auto-prescription sont monnaie courante, on a facilement trop chaud, trop froid, trop faim, trop ceci, pas assez cela … mal ici, mal là …

Le sportif a souvent mal, surtout le coureur. Mais ces douleur et autres bobos permettent de mettre à distance les autres petits problèmes physiques du quotidien, et d’avoir une approche un peu plus ascétique, voire stoïcienne du rapport au corps en particulier et à la vie en général.

Capacité à supporter la souffrance, la douleur (dans des limites raisonnables, évidemment), ou tout simplement l’inconfort.  A la fois par une meilleure connaissance du fonctionnement du corps,  et aussi par une relativisation des douleurs, migraines, rhumes, etc.

Dit autrement : comme j’ai des soucis de tendinite, quand j’ai un rhume, j’attends que ça passe. Quand j’ai une migraine, je vais courir. Quand j’ai faim, j’ai faim et je sais que je ne vais pas « faire une hypo ». Quand je suis malheureux, je sais que ça va passer. Et ma plage de fonctionnement « froid chaud » est nettement plus étendue que celle de mes amis non-sportifs. Et ma plage de fonctionnement « heureux malheureux » aussi …

La pratique sportive renvoie aux basiques qu’on a tendance à oublier : respecter son corps, bien manger, bien dormir, apprécier l’instant. Et elle est impitoyable quand on ne les respecte pas : un bon garde-fou ! Mais quelle liberté gagnée !!! Et quelle capacité à apprécier les petits moments de bonheur que l’existence vous amène…

Et puis il y a le fait de se « rentrer dedans », se « mettre dans le rouge » – séances de fractionné rapide, fins de courses. J’ai écrit multiple fois ce cheminement intérieur vis à vis de ces séances d’entrainement où je vais en trainant les pieds et où je ressors transfiguré et tellement heureux et fier de l’avoir passée. Accessoirement, le corps humain en a besoin, même et surtout le corps vieillissant. Là encore ce stress auto-infligé nous rend plus forts pour le jour où vous tombe un gros seau de stress non prévu. Bénéfices additionnels : os plus solides, moins de risques de maladies dégénératives, moins de sarcopénie, etc, etc, et parfois le plaisir de doubler un « gamin » mal entrainé :-).

Je pense que souvent ce qui retient les gens de se mettre au sport, c’est que souvent on veut en faire trop quand on commence. (On mettra de côté tous les arguments de type « j’ai pas le temps » – on peut toujours trouver du temps).

Mon épouse qui « n’aime pas courir » court bien trop vite quand elle fait une sortie. Du coup elle se fait mal et elle a envie d’arrêter. Là nous venons de faire un plan d’entrainement mesuré (alternance marche et course) pendant 6 semaines et hier avons couru 10 bornes. Evidemment elle est contente, et la réussite amène l’envie d’en faire plus, en sport comme pour le reste.

Bref, en résumé : Si vous ne faites pas de sport, essayez d’en faire un peu, le sport vous le rendra au décuple rapidement et au centuple un peu plus tard. Choisissez un sport qui va vous plaire, ne le faites pas « juste » pour perdre du poids ou être en forme. Il faut que ça vous rende heureux, pas que ce soit un pensum : c’est trop triste de voir des coureurs du dimanche qui ont l’air d’être dans des douleurs affreuses : c’est acceptable pour Zatopek, mais pas pour le week-end warrior :-). Certains préfèrent la méditation de la course ou de la natation (à propos, un post excellent sur la natation ici.). D’autres le tennis, la marche à pied, le foot … en groupe ou tout seul, ou les deux … les variations sont infinies, et souvent une activité en amène une autre. Du marathon au trail au triathlon à l’ultra …

Une pratique raisonnable et réfléchie vous amènera des satisfactions  que vous ne soupçonnez pas encore. Il faut juste commencer doucement !

Special thanks

Merci à Laetitia pour l’inspiration du post (j’espère que tu le liras et que tu l’apprécieras). A Géraldine aussi qui revendique fièrement sa non pratique sportive et ses pauses clope café : je comprends, j’ai fait la même chose.

Une pensée aussi pour mes amis qui n’ont jamais fait de sport et approchant de la soixantaine pensent qu’il est trop tard parce qu’ils ont déjà mal partout.

Une autre pour mes collègues sportifs qui se plaignent des ravages de l’âge. Il n’est jamais trop tard et même si à 60 balais on ne fait pas les même choses qu’à 25, il y a toujours matière à en profiter. Regardez Charles Eugster … à 93 ans.

« Spécial dédicace » pour Nfkb0 qui vient de finir le trail des templiers en 13:16:43 : félicitations et toute mon admiration !

Amis sportifs : qu’en pensez vous ?

Amis non sportifs : ça vous donne envie ?

Et allez lire le texte de Diagana que Runner lambda a mis sur son blog (voir dans les commentaires)

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6 commentaires pour Courir, quelle étrange idée …

  1. mlzun0 dit :

    Ton analyse est tellement juste.
    J’ai moi aussi, comme tous les coureurs, rencontré des amis ou des inconnus qui me regardaient comme l’a fait ton amie: avec beaucoup d’incompréhension, et trop souvent beaucoup de critique. J’aurais beaucoup de chose à leur répondre sur la course à pied, mais je m’en tiens généralement à un « Si tu savais ce que tu rates… » énigmatique. Pour moi, les grands discours, qui peuvent être très longs pour saisir tous les avantages de la pratique régulière d’un sport d’endurance, en persuadent rarement un. Ils peuvent très bien entendre les arguments, mais restent toujours sceptiques. Seul un éléctrochoc personnel (obésité, perte d’un proche…) ou la curiosité peuvent les mener à tenter la course. Il n’y a que l’expérience du running qui peut les convaincre. Preuve en est certains de mes amis qui s’y sont mis, et ont commencé à tout comprendre.

    Personnellement, je suis ton blog pour la curiosité de tes articles. Et puis tu es un peu un phénomène, rien qu’à la vue du titre de ton blog 🙂

  2. Jpf dit :

    Très bien écrit, comme d’habitude. Je ne sais pas dire si ça me redonne envie de courir mais de faire quelque chose d’autre, c’est sûr. Run, Philippe, Run 🙂

  3. Runner λ dit :

    Très pertinent.
    Après trois décennies pendant lesquelles j’ai considéré mordicus la course à pied comme le sport le plus c*n du monde, je m’y suis mis un beau matin et je continue depuis pour un mélange des raisons que tu évoques, lesquelles je découvre petit à petit et après coup.
    Et sinon je te suggère de faire aussi lire à ta copine Laetitia la préface que Stéphane Diagana a écrite pour Bruno Heubi et que je trouve tellement vraie que je l’ai honteusement copiée/collée sur mon blog : http://lmbda.com/2014/08/16/j-aime-courir/.
    (Je mets un lien, tant pis pour mes stats qui vont exploser si quelqu’un clique).

  4. Marc dit :

    Philippe, je ne te cache pas que lire cet article ce matin me donne du courage pour ma sceance de ce soir en forêt !!!!! Bon run à tous

  5. nfkb (@nfkb) dit :

    Chouette billet !
    J’avais fait un truc dans le même goût, un peu plus versé dans l’introspection là http://www.nfkb0.com/2013/10/04/apres-quoi-je-cours/

    Merci pour le clin d’oeil !

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