Faites moi confiance

Ce post me trotte dans la tête depuis un moment et là il y a une convergence d’observations dans des contextes totalement disjoints qui me donne envie de m’y lancer. Aussi le fait que j’ai un WE assez tranquille malgré une semaine de malade qui m’attend mais le boulot, ça sera pour le jour du seigneur, normal, non ?

Expérience vécue …

Allant à Lille il y a 15 jours pour voir la finale de la coupe Davis, arrêt pipi sur un parking. Je suis avec mon épouse et un couple d’amis. Le parking est assez désert (juste un pipiland, sans station-service. Peut être qu’un jour nos voitures utiliseront l’urine comme carburant mais pour l’instant ce n’est pas le cas).

Après ma méditation urinaire sur la complexité inutile du monde actuel (chiottes avec feu rouge feu vert, nettoyage automatique qui n’a pas empêché les précédents locataire furtifs de se répandre, au sens propre, enfin, plutôt sale) je retourne vers la voiture quand un mec m’accoste « do you speak english ? »

Yes I do et il le sait parce que j’ai échangé quelques phrases avec ma femme. Il est un peu gros, mal habillé, l’air aux abois, il a un psoriasis qui lui bouffe les mains et les avant-bras.

Il me raconte son histoire, enfin … une histoire. Anglais venu passé quelques jours de vacances en France avec son fils, il s’est fait tirer ses papiers, l’Ambassade lui a dit qu’ils ne pouvaient pas faire grand chose, sa femme ne peut pas lui virer de l’argent par Western Union parce qu’il n’a plus de pièce d’identité et il lui faut 100 euros pour prendre le ferry. Lu comme ça ça sent l’arnaque, non ? Oui, sans doute, mais il a bien une voiture immatriculée en UK, il me sort une carte de visite, m’explique qu’il sait que ça  l’air louche mais trust me i’m not lying and I’m a good christian et il me met sous le nez le crucifix qu’il porte autour du cou.

Alors c’est vrai ou pas ? je lui pose 2 3 questions pour essayer de d’objectiver l’arnaque, j’hésite, et je me dis « Pourquoi ne pas faire confiance pour une fois ? Et si c’était vrai ? Si j’étais dans la même situation, j’aimerais bien qu’on m’aide … »

And the winner is …

Après un conciliabule avec ma femme et mes potes (qui pense que je suis un doux rêveur) je finis par lui filer 50 euros au lieu de 100, en lui disant « je pense que vous me mentez mais pour le cas où votre histoire serait vraie, je vous donne la moitié de l’argent que vous me demandez ». Là il fait très fort, il me dit « si vous ne me croyez pas, je ne veux pas de votre argent ». Pretty powerful, no ? Je lui donne l’argent, un peu convaincu par l’argument, alors qu’il s’apprête à ressortir son crucifix portatif, je remonte dans ma voiture et nous partons.

CréduloPhil ou PaléoPhil ?

Sujet de discussion au diner : Philippe a t-il eu raison d’avoir confiance en cet inconnu et fait une bonne action ? Ou est il un naïf crédible et s’est fait tirer 50 euros en espérant une réponse à une question de fond sur l’espèce humaine ?

Les arguments fusent, avec le plus crédible l’histoire d’une copine a qui on a fait la même arnaque Gare du Nord et qui n’a jamais revu son fric et aussi beaucoup de discussions sur la nécessité d’être méfiant, le mal et les arnaques étant partout.

Je reste silencieux et pensif, après tout ça aura été un sujet de discussion plus intéressant que la nécessité de voter Le Pen au deuxième tour de la présidentielle à venir ou la question lancinante de ce que untel ou untel aurait fait sous l’occupation, sujets récemment débattus lors d’un diner auquel je participais.

Je sais au fond de moi que je me suis fait arnaquer mais j’aimerais croire le contraire.

Noir c’est noir !

15 jours plus tard et n’ayant pas reçu le moindre billet par la poste force m’est de constater que mon intuition était bonne et que je me suis fait piéger.  Quelles leçons en tirer ?

J’étais naturellement méfiant. Comme n’importe qui. Pourquoi n’importe qui est méfiant ? Parce que la capacité à se projeter dans l’esprit de l’autre pose la question de la véracité du discours de l’autre par rapport à une manipulation potentielle. On appelle ça la « théorie de l’esprit » (theory of mind). Un peu comme dans un objet fractal, la récursivité peut être potentiellement infinie. En tous cas, souvent à deux ou trois niveaux.

La l’exemple typique c’est « si vous ne me croyez pas je ne veux pas de votre argent ». Analyse de premier niveau (la mienne : « si il dit ça c’est que c’est plus important pour lui que je le croie que de récupérer du blé, donc il ne me ment pas »). Niveau N+1 : il dit justement ça parce qu’il pense que je vais penser ça et que donc ça va renforcer la probabilité que je le croie et que je lui donne l’argent. En l’occurence j’ai sous estimé l’intelligence de mon interlocuteur.

C’est difficile (pour moi) d’être confronté à « dis moi que tu ne me croies pas, que je suis un menteur, vas y, dis le » parce que finalement ça me renvoie que je suis mauvais, tellement méfiant et peu amène avec mon prochain que je ne fais pas confiance à ce type qui a tellement l’air dans la merde. Plus facile de se faire délester de 50 ou 100 euros quand on roule dans une belle bagnole. Evidemment je ne lui aurai pas donné 10.000 euros, le montant reste dans une zone acceptable, disons « indolore ».

Difficile d’être objectif dans une situation pareille. En me rejouant la scène ensuite, j’aurais pu faire ma propre enquête pour me faire une opinion plus solide, ou essayer plus énergiquement de démonter l’arnaque, mais sur un parking d’autoroute avec un match de tennis qui vous attend, on n’a pas forcément tous les neurones dispo pour se transformer en super cop investigator.  La vitesse contribue au raccourcis dans le raisonnement, et l’arnaqueur le sait. J’aurai pu lui dire « OK, I don’t believe you, so I keep my money » pour voir ce qu’il aurait fait, mais je n’y ai pas pensé. Je ne suis pas doué pour les jeux de manipulation (je vais faire ça pour voir comment les gens vont réagir) ce qui des fois me fait penser que je suis un gros bisounours et d’autres que c’est le vrai sens d’une relation entre personnes et que c’est comme ça que j’ai envie de faire et pas autrement …

Mensonge, faiblesse et intelligence

Le mensonge est toujours un aveu de faiblesse. Qu’on mente pour se protéger soi, pour se faire aimer, pour protéger l’autre ou en obtenir quelque chose, on est toujours en situation de demande quand on ment. Aimez moi pour ce que je suis pas …

C’est aussi un formidable outil de manipulation, pour obtenir d’autrui quelque chose qu’il ne donnerait pas sans le mensonge (au sens propre : du fric ou figuré : de l’énergie, de l’amour …). L’éternelle phrase à la maitresse « je divorce le mois prochain, promis, mais en attendant, ça serait bien qu’on baise un petit coup » qui entraine la réponse « mais non, le fait que j’ai envie de te baiser est une preuve de mon amour, et tiens, en plus je t’ai acheté une bague » … grand classique des drames de couple. Valerie Trierveiler, anyone ?

Notre capacité sociale (basée sur cette récursivité des analyses du comportement dont notre cerveau est capable) va de pair, voire fonde,  la capacité de manipuler et de mentir.

Religieux et moralistes de tout poil nous expliquent que seule une instance supérieure peut nous rendre honnêtes mais il y a des preuves du contraire partout, par exemple cet article sur la corrélation entre recherche de sites pornographiques sur Google et densité de croyance religieuse dans les états des US. Au passage, ça me fait vraiment marrer.

Mais aussi le fait que des programmes de robots avec un objectif précis les amènent à mentir (sans qu’ils aient été programmés pour) pour arriver à l’objectif qui leur est assigné. Je ne retrouve plus l’article où j’avais vu ça mais pour ceux qui ça intéresse il y a une thèse complète sur le sujet ici  où l’auteur résume sa thèse par “The higher the reasoning order an entity is capable to use, the better it can successfully perform deceptive tasks.” The Lucifer Principle dirait Howard Bloom. Ca ça fait moins marrer !

Dans le monde professionnel où l’on fait des longs contrats, c’est bien qu’on ne se fait pas confiance (sempiternelle excuse « non non je vous crois vous mais si vous passez sous un bus ou si vous vous faites virer, il faut bien que j’ai une trace ») même si, paradoxalement, cela reste un point fondamental dans la vie des affaires et on peut faire un deal avec une poignée de main.

Je me sens plus engagé par ma poignée de main que par un contrat de 200 pages, sans vraiment savoir pourquoi, à part ma « réputation » (important mais je connais des  voyous ont fait de belles carrières en empapaoutant leurs clients et leurs collaborateurs) et mon malaise personnel par rapport au mensonge. Que je peux interpréter positivement (j’ai une éthique personnelle et elle m’engage) ou négativement (je ne pourrai pas supporter qu’on pense de moi que je suis un menteur et un arnaqueur, et donc je suis en train de cajoler mon image de moi, alors qu’il serait plus efficace que je m’en foute complètement). Bon, je suis capable d’arriver au bureau couvert de boue ou avec des five fingers donc je pense que la deuxième hypothèse n’est pas la plus plausible 🙂 mais il y en a forcément un peu quand même.

Des moyens d’objectiver la manipulation ? Mettre en oeuvre un intérêt commun (je vais te faire confiance parce que je sais que tu n’as pas d’intérêt à me mentir / me trahir) ou un moyen de rétorsion en cas de mensonge (je te crois mais au cas où tu te foutrais de ma gueule ou tu changerais d’avis j’ai quelques ogives nucléaires au dessus de ta tête, à bon entendeur, salut).

(ajout après le commentaire de Nfkb0)

Un autre moyen est l’expérience, la durée. On a moins de chances d’être trahi ou manipulé par quelqu’un dont on a la preuve objective qu’il ne l’a pas fait pendant x années que par un inconnu. Si je suis fidèle depuis 15 ans, la probabilité que je le sois sur les 15 prochaines années est plus élevée que si j’ai été infidèle pendant 15 ans. En plus, le taux de testostérone diminue avec l’âge :-).

Mais c’est aussi comme ça que fonctionnent les espions  et autres infiltrés, autre source infinie de scénarios de films : je donne les preuves que je suis digne de confiance pour acquérir la confiance de l’autre, et quand je l’ai obtenue je le trahis. Pensez au nombre de films que vous avez vus qui sont construits sur ce simple schéma.

Quand rien de tout cela n’est présent, comment et pourquoi faire confiance ? Ou pour poser la question autrement, pourquoi ne ment on pas tout le temps, juste pour simplifier notre accès à notre contentement ?

Eloge de la confiance

Mentir, c’est compliqué. J’ai eu comme tout le monde mon lot de bassesses, de petites trahisons,  de tromperies diverses. C’est fatiguant. On se sent fragile. La posture de « je suis comme je suis, je n’attends rien d’autrui qui nécessite que je mente ou que je manipule, et si cela ne vous convient pas ce n’est pas mon problème » est d’une force immense et permet d’être connecté aux autres de manière bien plus efficace et agréable.

Il y  a d’ailleurs un petit livre de Sam Harris sur le sujet, gratuit, qui m’a un peu fait réfléchir sur le sujet. Pourquoi pas ne jamais mentir ? C’est la position que revendique Harris. Pas évidement.

Lying

Lying

Mentir au minimum ne permet surement pas de devenir calife à la place du calife, mais on dort mieux quand même. Enfin, ça c’est moi. Je ne sais pas si le mec qui m’a convaincu de son histoire se tord de rire le soir à la veillée se roule par terre en disant « je les ai bien eus tous ces cons » ou compte les picaillons en se disant juste que c’est un job, et qu’il fait ça parce qu’il ne peut rien faire d’autre pour gagner sa croute, et d’ailleurs il y a sans doute de quoi le plaindre.

Moi j’ai « décidé » la confiance sur quelques sujets. La fidélité en couple par exemple.  Pas toujours facile : je pense que nous sommes structurellement monogames sur des courtes périodes, mais pas pour toute une vie, ça c’est une norme culturelle et Pascal Picq est d’accord avec moi 🙂 et les statistiques sur les enfants illégitimes non détectés aussi. Mais décider de l’être et croire le partenaire qui dit qu’il l’est est un acte marquant dans le fonctionnement d’un couple.

Professionnellement aussi. Dire ce que je pense et penser ce que je dis. Pas toujours facile.

Dans un job précédent j’ai eu un CEO alcoolique qui en fin de soirée était toujours raide bourré, et dans ce cas chopait qui était à sa portée (moi avant que ne comprenne …) et brâmait d’une haleine avinée « Are  you my friend ? if you are not my friend and try to fuck with me I will send my friends from the Hells Angels to your house ». Je précise que je travaillais dans une société Européenne tout à fait respectable et pas dans une filiale de la Camorra. Bon … après quelques épisodes de ce type, j’ai préféré prendre la tangente plutôt que de lui dire ce que je pensais de son attitude (ce qui n’aurait rien changé de toute façon). Evidemment j’avais régulièrement droit dans les moments sans alcoolémie trop élevée à « fais moi confiance, la stratégie est bonne » ou « fais moi confiance, on va gagner beaucoup d’argent ». Confiance, mon cul.

Eloignons nous discrètement …

Il y a des batailles qui sont inutiles parce qu’improductives. La confrontation au mensonge n’est utile que si elle permet d’en tirer parti, sinon, à quoi bon ? Si on sait que le menteur ne changera pas, on sait aussi qu’il réagira d’autant plus mal qu’il sait que son mensonge est détecté (récursivité).

Donc si il est sans une position de pouvoir vis à vis de vous, il vaut mieux fermer sa gueule, quitte à prendre ses cliques et ses claques quand ça devient insupportable, parce que ça le devient forcément à un moment ou à un autre.  Et le menteur sans proie crédule est comme le maitre sans esclave : il est baisé. Mais il il sait que vous ne partirez jamais (Syndrome de Stockholm, ou couplet final d’Hotel California …) là ça devient compliqué.

La question de la confiance se retrouve partout et tout le temps. Nous avons besoin d’autrui pour exister, mais est-ce que l’Autre va être sincère avec moi (par éthique humaine) ou me mentir pour obtenir quelque chose de moi ?  Sur un parking d’autoroute, avec son conjoint, ses enfants, son patron, ses collègues, ses collaborateurs …la question peut se poser tout le temps.

J’aurai tendance faire une petite pirouette (cacahouète) en disant que plus on entend « fais moi confiance » plus il faut se méfier. Personne ne dit « fais moi confiance, je vais faire les courses au supermarché » … et par contre combien de fois j’ai entendu « pour te dire franchement » « sincèrement » « sans mentir » ou « tu peux me faire confiance ». Ah ouais, vraiment ? Et avant, non ?

Conclusion personnelle …

Au final, il nous faut affuter notre intelligence et notre esprit critique, la même que celle du manipulateur pour détecter sa manipulation. Et nous en éloigner si il est trop fort pour nous … et accorder notre confiance dans des contextes où la réciprocité et possible, et toujours se demander à qui profite le crime (quel est l’intérêt de l’autre à ce que je le croie ?).  En sachant que le principe de la confiance, c’est qu’elle peut être trahie, et que même si le passé est une présomption de preuve (je ne me suis jamais fait avoir par untel en 15 ans, c’est pas maintenant que ça va commencer) …. Un peu comme une théorie scientifique, qui est vraie jusqu’à ce que que quelqu’un prouve qu’elles est fausse … mais elle peut le rester.

Conclusion médicale …

(Edité suite au commentaire de Nfkb0)

A appliquer aussi à la médecine alternative (qui n’est pas de la médecine, on est d’accord, ne te fâche pas :-)), et aux promoteurs de santé de tout acabit qui promettent des miracles moyennant finance.  J’ai eu mon lot d’enthousiasme, notamment autour du mouvement paléo, pour me rendre compte que Sisson vendait des anti-oxydants inutiles, Asprey aussi, Ben Greenfield aussi, De Vany moins mais il est quand même affilié à un fabriquant de glutathion, Gary Taubes des bouquins et des conférences, et toutes les newsletter que je reçois ont toujours un truc à vendre à moment donné. OK, c’est du business de toute façon. Ce que ne veut pas dire qu’ils mentent systématiquement non plus.

Mais le plan « tout le monde vous a toujours menti et moi je vais vous dire la vérité parce que ce qui est vraiment important pour moi, c’est votre bien-être, et by the way, l’offre exceptionnelle sur mon livre/vitamine/plan d’entrainement expire ce soir alors qu’il y a 90% de remise » est le niveau zéro de la théorie de l’esprit appliquée à la manipulation.

Pour la médecine, ou la Médecine comme l’écrit Nfbk0, c’est plus compliqué. Comme le dit Martin dans son commentaire, les médecins sont des humains et à ce titre, statistiquement, ont leur proportion de menteurs, d’arnaqueurs ou de fêlés (mais c’est un autre sujet). Ce que je sais pour avoir travaillé avec c’est que l’industrie pharmaceutique a investi des sommes colossales pour créer du lien social avec les médecins et générer de la loyauté (ou de l’intérêt) et je ne parle pas du lobbying auprès des politiques. Mes potes visiteurs médicaux étaient experts en la matière, et un séminaire à l’autre bout du monde, c’est sympa. Bon maintenant c’est interdit.

Ceci étant en général le « bon » médecin va avoir à coeur / et a intérêt à  proposer une thérapie efficace à son patient, ne serait-ce que parce qu’il est engagé avec lui dans une relation à long terme, ce qui reste sans doute le meilleur moyen de fabriquer de la confiance.

Devoirs pour la semaine prochaine

Question d’éthique personnelle : quel est votre rapport à la manipulation ? Est-ce que vous en tirez une jouissance (j’en connais tellement des comme ça …)  ? Etes-vous prêt à le faire à tout moment pour vous débarrasser des obstacles qui peuvent vous gêner par rapport à vos objectifs ? En éprouvez vous de la culpabilité mais la fin justifie les moyens ? Ou au contraire avez vous des réactions psychosomatiques violentes à l’idée de mentir en disant les yeux dans les yeux « fais moi confiance » ? Seriez vous prêt à ne jamais mentir à personne, comme le propose Sam Harris ?

Question de protection personnelle : comment vous protégez vous vis à vis des tentatives des autres de vous manipuler ? En général selon la théorie de l’esprit, plus on est menteur et manipulateur et plus on va projeter ce type de comportement sur  autrui (Théorie de l’esprit encore), et voir du mensonge et de la manipulation là où il n’y a rien,  ce qui complique singulièrement l’existence et fait rentrer dans une boucle de récursivité qui pourrit la capacité à avoir une relation saine avec qui que ce soit. Mais si on est raisonnablement honnête, il faut quand même sortir couvert et ce n’est pas toujours évident. Mais la phrase « fais moi confiance » (si et seulement si l’autre a un intérêt à cette confiance) est un bon signal d’alarme.

note : ce n’est pas l’accroche classique « mon post se termine par une question ». Je trouve juste que c’est une bonne manière de conclure ce post qui est devenu un peu démesuré.

Réécrit en regardant « The big bang theory » par une après-midi pluvieuse et avec un paquet de scènes où cette question se pose !

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16 commentaires pour Faites moi confiance

  1. nfkb (@nfkb) dit :

    Good morning,

    je crois que la confiance se construit, même brièvement. Il y a donc un critère temps qui nous permet de valider la confiance investie.

    Dans une rencontre de parking, il faut instantanément faire confiance, pour moi ça n’est pas possible, je comprends ta réflexion, mais je n’aurais jamais donné une bille à ce mec. (Je passe sur l’analyse objective du problème, si tu étais dans la même situation que ce gars, avec ton éducation et tout, irais tu faire la manche sur un parking d’autoroute ? et le clin d’oeil subjectif : as-tu rencontré beaucoup d’anglais qui insistaient sur leurs vertus chrétiennes ?)

    Le lien que tu partages entre états très religieux et sites pornos me fait beaucoup beaucoup beaucoup penser à la discussion sur big data et bullshit analysis 😉 (une bonne question est : pourquoi le porno a t il tant de succès ?)

    Enfin, je trouve que tu fais un raccourci dans ta dernière phrase. Mettre la Médecine et les soins alternatifs dans le même sac me choque. La Médecine propose des soins pour aider les autres. Elle se trompe parfois mais je n’ai vraiment pas le sentiment qu’on construit nos décisions sur de la manipulation. Moi quand je propose de faire telle ou telle technique, je n’ai rien à vendre, au contraire, ça me donne plus de boulot, mais si je pense que c’est bon pour le patient dans sa situation, je le fais. (Le cercle vertueux étant de comprendre qu’on est plus heureux dans la vie en faisant bien son travail, en étant investi, plutôt qu’en faisant le minimum syndical.) Et le point important est que je pense que c’est bon pour le patient du fait de mon expérience et surtout de l’expérience de milliers d’autres médecins partagée à travers leurs publications scientifiques.

    Les soins alternatifs eux adoptent à mon avis une stratégie différente : ils racontent aux gens ce qu’ils ont envie d’entendre. Et ils attendent que le temps fassent son effet sur la pathologie. Quand est-ce que les thérapeutes sont conscients de leurs limites ? quand est-ce qu’ils y croient vraiment à fond ? quand est-ce que ce sont de vrais arnaqueurs ? je n’en sais rien mais l’épreuve du temps n’a pas éprouvé leurs techniques en tout cas, donc pourquoi leur faire confiance ?

  2. Martin dit :

    Salut nfkb 🙂
    Le problème de la médecine n’est pas tellement la médecine elle-même mais la manière dont elle est utilisée et appliquée par une portion des médecins.
    Quand mon toubib (que j’adore malgré tout) me prescris une tartine de « médoc » pour soigner la rhinite du petit dernier sans aucune complication (je n’y étais pas allé pour ça), pshitt dans le nez et sirop qui ne servent à rien entres autres, je me dis qu’il y a un truc qui cloche. Et que dire du forcing d’une part des gynécologues pour pousser au dépistage du cancer du sein par mammographie dès 40 et une fois par an ?
    Pas plus tard qu’hier dans la salle d’attente de la clinique où j’attendais les résultat d’un IRM trônait une magnifique affiche vantant les méritent de la réflexologie plantaire….
    Bref la médecine basée sur les preuve est une très bonne chose, ce qui cloche c’est que des médecins, en l’oubliant plus ou moins volontairement, ouvrent grand la porte aux « médecines » alternatives, qui ne soignent que ce qui guérit tout seul, et qui retardent la mise en place de vrais traitements en cas de maladies plus sérieuses.
    Il existent bien des médecins homéopathes 😦 …. ou comment donner de la crédibilité à une pratique qui relève de l’obscurantisme et de la pure arnaque.

    • nfkb0 dit :

      Avec ce que tu me racontes j’aurais personnellement envie de changer d’interlocuteurs dans bon nombre de domaines… Pourquoi ne pas avoir refuser la prescription de poudre de perlimpinpin pour la rhinite ?

      Moi je refuse ce genre de pratique et j’ai bien cherché avant d’aller chez un généraliste pour prendre en charge ma famille

      La vraie difficulté aujourd’hui consiste à choisir les médecins qui conviennent à votre demande. C’est pas facile. T’a des moyens pour y arriver. Pas évident mais possible.

      • Martin dit :

        Pourquoi je n’ai pas refusé la prescription ? Parce que je connais assez mon médecin pour savoir qu’il ne l’acceptera pas (ne voudra pas l’entendre). Il est alors plus « facile » d’acquiescer et de demander au pharmacien de ne pas me donner les médicaments que je ne souhaite pas. Phil, on est en plein dans ton sujet de la version étendue là : mentir par facilité ou dire la vérité avec toutes les conséquences possibles, mais avoir la conscience tranquille 🙂
        Pourquoi je ne change pas de médecin ? À cause des liens qui ont été noués au fil des années… il fait partie de ma « tribu » avec sa manie du médoc à tout va et ses gentils sourire quand il voit que je ne vais pas bien. Un peu comme un membre de la famille qu’on ne choisi pas de toute façon, qu’on prend comme il est, et qu’on aime bien en fin de compte.
        Et pour le gynéco, je cherche encore la perle rare dont l’agenda permette de prendre une nouvelle cliente 😉

  3. StéphaneCH dit :

    Salut Phil et merci pour la réflexion fort intéressante.
    Concernant le type du parking, de prime abord c’est une arnaque mais… l’histoire d’un collègue peux prouver l’inverse. Lui c’est fait gazé dans son camping-car alors qu’il faisait une étape sur une air de repos en Italie. le lendemain, dépouillé et n’aillant plus assez de carburant pour rentrer (il comptait faire le plein en repartant) il s’est retrouver à faire la manche afin de rentrer en Suisse puisque l’ambassade n’a pas dénié bouger une oreille. Il a remboursé toutes les personnes qui l’avait aidées et elle sont surement très fières maintenant de l’avoir fait. Bref, c’est jamais facile de démêler le vrai du faux et parfois il y a des gens vraiment en détresses (situation d’on profite les arnaqueurs malheureusement). Au final je trouve que tu as plutôt bien agit, en ton âme et conscience.

    Si tu pars sur le détox je te prie de visionner cette vidéo pleine de bon sens.

    Bon dimanche

  4. serge dit :

    Sans aucun doute aurai-je donné un ou plusieurs billets…
    Transposant la situation, j’imaginerai mon bonheur de trouver quelqu’un me dépannant si d’aventure je me retrouvais dans cette panade…
    Ensuite, « j’aurai juré un peu tard que l’on ne m’y reprendrait plus ».
    Faut-il pour autant le regretter? J’avoue n’en avoir aucune idée…

    Médecine, et soins alternatifs?
    Je partage ton avis: « moyennant finance »…
    Oh! Bien sur, le sujet n’est pas si manichéen.
    Mais des similitudes dans l’action m’interpellent….Le sens des affaires par exemple.

    • paleophil dit :

      Moi aussi mais je pense qu’on peut faire des affaires honnêtement. Faire une affaire est une transaction entre sociétés … et donc quelque part entre individus. Un échange de services ou de produits contre de l’argent. Cette transaction peut être honnête, et devrait l’être si on veut pouvoir recommencer …

  5. nfkb0 dit :

    @martin

    Une autre question intéressante est quel intérêt au suivi gynécologique de routine par un spécialiste versus un généraliste ?

    • Martin dit :

      La difficulté de trouver un généraliste qui accepte de le faire ? Je suis dans le bordelais, peut-être que les généraliste y sont particulièrement frileux 😀 ? Mais je n’avais pas téléphoné à tous les généralistes de mon coin à l’époque je l’avoue.

      • nfkb (@nfkb) dit :

        pour une super équipe je conseille Collectif Santé à Saint Caprais de Bordeaux.

        Les sage-femmes s’occupent des femmes en dehors de leur grossesse http://sous-la-blouse.blogspot.fr/2014/09/pour-vous-nous-sommes-tous-la.html

        attention, je ne t’encourage pas à changer, simplement par le biais de mes réponses je veux montrer qu’on n’est pas obligé d’entretenir une relation comme tu décris avec son MG, je pense qu’on peut le choisir plus activement avec des critères comme pédiatrie oui-non ; gynéco oui-non ; Lecteur émerite Prescrire oui-non ; critères qui se mêlent au feeling que l’on a de la relation lors des consultations

      • Martin dit :

        Merci pour les tuyaux !! Je vais regarder ça avec attention 🙂

  6. Hervé dit :

    Exhumation de post …
    Dans le cadre de la théorie des jeux, dans le classique dilemme du prisonnier (http://fr.wikipedia.org/wiki/Dilemme_du_prisonnier), si on doit jouer une seule partie, la stratégie optimale est d’être une ordure, de casser la confiance. Si l’on doit jouer un nombre d’occurrence indéfini avec le même partenaire, la stratégie gagnante est ‘oeil pour oeil, dent pour dent » (tit for tat) : on fait confiance, mais gare si l’autre casse la confiance…
    En terme de collaboration, l’analyse de nos proches cousins peut aussi nous apporter beaucoup, Franz de Waal, par exemple a écrit pas mal de livres qui montrent qu’il n’y a pas besoin d’avoir une instance suprême pour collaborer et avoir un comportement « moral ».

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