Cross (neo) phyte

Pour tous mes potes (et les autres) qui me regardent bizarrement quand je leur dis que je « me suis mis » au CrossFit et que je ne cours pratiquement plus. Une petite explication, en espérant qu’elle soit inspirante pour votre propre pratique sportive.

Sandy et Grego

Mes premiers contacts avec le CrossFit remontent à un paquet d’années, 2012 pour être précis. C’est Grego (https://firstquartilerunners.wordpress.com) qui m’avait trainé dans la box Reebok sur la 5ème avenue et j’avais découvert avec surprise ce monde de kettlebells, barres d’haltères et autres agrès. C’était l’année de Sandy, marathon annulé, et nous avions déambulé (et couru) dans Manhattan pendant une semaine. A l’époque, Grego commençait sa journée par quelques KB swings, un paquet de pompes et une douche froide et je le regardais faire en me demandant qui était le plus barré de nous deux.

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Back in the day …

Et puis il m’a offert « Power Speed Endurance » de Bryan Mc Kenzie, crossfit appliqué au triathlon. J’ai regardé le bouquin avec intérêt : Bryan parlait de la méthode « Pose » pour courir, zero drop et sentir la chute vers l’avant et ça me parlait bien. Par contre, Box Jump, Squats et autres, aucun intérêt et je suis retourné faire mes tours de piste en essayant juste d’aller plus vite sans me blesser (note : j’ai pas réussi). J’ai quand même acheté quelques kettlebells et un bouquin sur le sujet et je me suis mis à faire quelques swings et autre cleans dans mon jardin, et puis, la course a repris le dessus.

Movnat

J’ai aussi regardé MovNat dont j’ai été fan pendant quelques mois (ceci dit je pense toujours que c’est une excellente méthode de culture physique). J’ai écrit quelques posts sur le sujet après mon stage d’initiation, et là encore, le soufflé est retombé.

Mais une idée d’Erwann Le Corre est restée gravée dans ma mémoire : bouger, c’est vital, et quand on est expert dans un seul compartiment (mettre un pied devant l’autre le plus vite possible et le plus longtemps possible), ça limite les possibilités et ça atrophie beaucoup de choses. Quid de grimper, de soulever, de sauter ?

Il n’est pas interdit de réfléchir …

Plusieurs autres concepts ont évolué en parallèle dans mon univers personnel …

Le cerveau sert à bouger avant tout, la pensée consciente est un plus évolutionnaire mais absolument pas sa fonction première. La dichotomie cerveau/corps, fruit de l’hypertrophie de notre cortex préfrontal est une vaste connerie (Oui, Descartes, c’est à toi que je pense). Les expériences sensorielles et la confrontation à des mouvements inconnus et nouveaux sont au moins aussi importantes que la lecture ou la réflexion pour l’entretien du paquet de gras, de flotte et de protéine qui nage entre mes deux oreilles. Pour le pur intello que j’ai été longtemps cette découverte est une sacrée épiphanie mais comme dit l’autre y’a que les cons qui ne changent pas d’avis !

Je vieillis, comme tout le monde autour de moi. La sarcopénie me guette ! Bon, elle finira par gagner, mais pas sans quelques batailles. Mes autres lectures  « évolutionnaires » montrent bien que l’organisme est en arbitrage permanent pour allouer les ressources là où cela parait nécessaire compte tenu des stimuli qui sont appliqués.

Qui vois-je comme modèles de personnes qui vieillissent bien (ie avec un cerveau et un corps qui fonctionne toujours correctement) ? Certes quelques coureurs, mais aussi des gens comme Art de Vany, dont j’avais dévoré le « new evolution diet » lors de sa parution et qui, à 80 balais bien sonnés, affiche toujours une patate de dingue et un cerveau super affuté. Et il fait quoi comme activité ? il lève de la fonte, et a toujours été très critique de l’endurance et de ses effets à long terme.

Ajoutons à cela deux ou trois études qui établissent une corrélation directe entre le pourcentage de masse musculaire et la probabilité de décès à court terme et ça peut motiver un peu pour, à défaut de prendre de la masse musculaire, essayer d’éviter de la perdre trop vite …

La perspective de continuer à chasser une poignée de secondes sur des courses ne m’excite plus tellement. Ca serait cool de me tester sur un ironman, mais je n’ai pas le temps de m’entrainer 15 heures par semaine et je nage comme une enclume. Il y a l’ultra bien sur mais là encore l’entrainement consiste à enchainer des séances à faible allure et à faire encore et toujours du volume … ce qui m’excite encore moins, même si c’est sans doute intéressant de faire des longues courses.

Bienvenue au Trapèze

Tout ça combiné m’a amené à pousser la porte du trapèze il y a quelques mois. Faut dire que le fait d’avoir une box à 10 minutes de vélo de la maison est super pratique.

Les premiers contacts sont à la fois rudes et chaleureux.

Rudes parce que … à part courir, je ne sais rien faire de mon corps ! Bon j’exagère, quelques pompes, une demie traction, à peine sauter à la corde.

Il faut aussi rentrer dans je jargon infernal et toutes ses abréviations : DU, OHS, AMRAP, RFT, DL … et après … faire les exercices.

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Qui a dit « jargon » ??? (box à Iowa City) 

La mobilisation de mes ressources (bien limitées) de proprioception est une nécessité vitale. La première barre posée sur les épaules fait mal et pèse 20 kilos, même à vide. Sur les premiers squats j’ai les quadris en feu, littéralement, et pourtant c’est pas la partie de mon corps qui est la plus faible, merde, ça fait 20 ans que je cours.

Du coup il y a cette énorme remise à zéro des compteurs : je ne sais rien faire.

La bonne nouvelle, c’est que je m’en fous et que je suis là pour apprendre, et qu’il y a toujours une version « mode dégradé » des exercices, donc matière à transpirer et à progresser quelque soit le niveau. Tu sais pas faire des tractions ? pas de souci, voilà un élastique (ou une box) pour commencer. Pas d’OHS (pompes avec le corps à la verticale) ? no problemo, tu vas faire une variante.

Et puis … on est en groupe, avec un coach. Une fois avalé la pilule du non ego et compris que de toute façon chacun travaille à sa propre progression, quel que soit son niveau, il y a matière à challenge tous les jours, et la présence du coach, qui peut rectifier telle ou telle position (et te gueuler dessus à la fin quand t’en peux plus) est précieuse. C’est pour la bonne cause, donc on va mettre ça aussi dans la catégorie « chaleureux » 🙂 et non, je ne vise personne 🙂

Everyday is a surprise

Chaque séance est différente, même si le format échauffement / compétence / force / endurance est toujours généralement respecté. Et peut poser un challenge à chaque fois : soit pour exécuter des mouvements inconnus, soit pour décider à quel point charger les barres, soit la pure endurance (le coureur n’imagine pas comme le cardio peut monter dans les tours quand on lève des charges lourdes, mais je vous assure qu’on arrive au SV2 en moins de temps qu’il n’en faut pour faire 5 backsquats). Une fois apprivoisée la peur de la blessure (qui ne garantit pas, hélas, qu’elle n’arrivera pas, mais pour l’instant je m’en sors mieux qu’en courant) c’est plutôt la peur de l’échec qui rode et qu’il faut maitriser ; dialogue intérieur toujours complexe pour se sortir de sa zone de confort, mais pas trop.

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Qui a dit « zone de confort » ?

Un des points qui m’étonne le plus et qui a dézingué quelques un de mes préjugés sur l’imbécillité de la musculation c’est la complexité des mouvements et l’intelligence corporelle (et la connaissance de l’anatomie) nécessaires pour une bonne exécution.

Lever une barre, c’est compliqué, très technique, et très intense. Qu’on travaille en force pure ou en endurance.

Bizarre comme la barre pèse de plus en plus lourd à chaque round. Il faut aller chercher l’énergie je ne sais pas où … Comme je crois vraie la théorie du « gouverneur central » (le cerveau alloue plus ou moins d’énergie à l’effort en fonction de l’arbitrage nécessité de l’effort / risque pour l’organisme) cette confrontation est permanente. Allez, encore un.

C’est un peu comme un fin de marathon ou de séance de fractionné finalement, où il faut juste regarder la fenêtre de temps immédiate – je finis cette série, après on verra. Sauf qu’il faut garder une « forme » propre, ce qui n’est pas le cas en course.

Skills

Comme on travaille sur plein de dimensions simultanément (force, puissance, agilité, endurance) les challenges et la combinatoire sont infinis. Et l’organisme va faire ses propres arbitrages, personne n’est excellent partout. Moi par exemple, je suis nettement plus souple que la plupart de mes petits camarades :-). Et du coup, on apprend plein de choses. La mécanique du mouvement est disséquée dans tous les sens.

Tribu

La tribu des crossfitters est assez différente de celles des runners (sans blague ?) …  Même si je ne suis pas le seul a avoir ma collec de t-shirts marathon.

Evidemment, la dimension athlétique du sport par rapport à l’optimisation de la masse musculaire du marathonien (tout dans les cuissots, le moins possible ailleurs) donne des morphologies assez antinomiques, je ne m’étendrai pas là-dessus, on va croire que je ne fais ça que pour voir des éphèbes en nage :-).

La densité de tatouages est également nettement plus élevée 🙂 mais j’attendrais de d’être capable de faire quelques WODs à Rx avant de commencer à me pencher sur le sujet sérieusement sur mon cas personnel :-).

Non, le plus étonnant et intéressant est la passion pour le sujet et cette camaraderie forgée dans l’effort commun (surtout à 7 heures du matin …) . Ca donne un peu l’impression que tout le monde est en apprentissage permanent et en recherche d’optimisation. Ce qui est plutôt cool.

Un cocktail intéressant d’individualisme et de collectif… que je défriche à peine. Mais ayant pratiqué à Boulogne et à … Iowa City …  j’ai retrouvé la même passion des coachs et diversité des participants. Et le « well done » à la fin du WOD, qui est toujours un grand moment rituel 🙂 .

Un peu l’équivalent de la prière avant le repas, d’une certaine manière.  Juste apprécier et acter le moment présent.

Crossfit en liberté

Et puis s’il n’y a pas la box, on peut juste se faire son WOD tout seul en combinant quelques mouvements simples. A partir du moment où on combine intensité, explosivité et on va finir dans le rouge, on est bon.

Pumpkin Battle

Je suis passé ce matin à la box qui organisait une compétition amicale avec une autre box en région parisienne. En spectateur …

J’ai pris quelques photos. C’était juste une épreuve (les équipes s’affrontent sur plusieurs). 100 sauts à la corde double (à partager entre les deux membres de ‘l’équipe), 10 « wall climb » (5 chacun, il faut faire les pieds au mur et toucher le mur avec le ventre, et pendant ce temps le partenaire tient un disque de 20 kilos) et le plus possible de lever de barre à 60 kilos si j’ai bien compté. Et ceci en 3 minutes, avec une minute de récupération entre chaque et le dernier à 4 minutes. Le gagnant est celui qui a totalisé le plus de levé de barre.

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Ze battle …

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Echauffement …

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Master of Ceremony … No Bull !

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Double under

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Wall Climb

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1, 2, 3, … 50, 51, …

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Explosivité, endurance …

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Ca passe …

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On va chercher la dernière rep …

Alors, ça vous tente ?
Ou après avoir lu le post et les photos vous trouvez vraiment ça trop barré ?

J’en ferai d’autres 🙂

 

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4 commentaires pour Cross (neo) phyte

  1. Stephane Comtesse dit :

    Hé bien si tu passe dans le canton de Neuchâtel en Suisse et que tu veux faire un drop in dans une box atypique, contact moi avant, j’y suis coach. Ce serai un plaisir de t’y accueillir. https://www.crossfitlacustre.com/

  2. nfkb (@nfkb) dit :

    J’aime lire Phillippe passionné 🙂

    J’adore particulièrement cette phrase : « La dichotomie cerveau/corps, fruit de l’hypertrophie de notre cortex préfrontal est une vaste connerie » Le cerveau est dans le corps, il faut intégrer ça parce que c’est utile pour un tas de choses 🙂

    Par contre, même si je suis d’accord qu’avoir une bonne masse musculaire après 70 ans doit être un facteur protecteur, je me demande quand même comment vieillira toute la population de fanas de musculation parce que je ne sais pas si on a du recul comme avec la course à pied et le boom du jogging il y a 40 ans. Je m’interroge notamment sur la consommation de protéines animales chez les cross fitters et autres adeptes du fitness. J’aimerais bien connaitre la prévalence des consommateurs de whey par exemple parmi tes copains dans ta box. Je pense qu’on doit pas être loin d’1/2 au total et probablement plus chez les hommes qui pratiquent depuis plus d’un an (2/3 ?)
    Je pense en effet qu’une importante consommation de protéines animales peut être un facteur sanitaire délétère. C’est montré dans des populations déjà malades comme l’insuffisant rénal. Après, l’effet est peut être neutre ou bénéfique chez des gens sains qui font attention à leur santé. Grande interrogation pour moi en tout cas.

  3. Olivier dit :

    Bien d’accord que « bouger, c’est vital, et quand on est expert dans un seul compartiment, ça limite les possibilités et ça atrophie beaucoup de choses ». C’est bien pour ça que le triathlon c’est pas mal, en tout cas ça permet de voir plus de la campagne et du pays que le crossfit, tout en évitant de rester dans la répétition obsessionnelle du mouvement unique. Par contre, on a vite fait d’y passer beaucoup de temps, donc ma vision, c’est qu’il faut se limiter, et éviter de se diéseliser et de sombrer dans la folie Ironman: http://silberblog.graphz.fr/10-commandements-pour-un-entrainement-durable-en-triathlon/ .

  4. Anais dit :

    Ce billet me parle!
    Le crossfit me semble une activité totalement adaptée à l’homme moderne!
    L’homme est fait pour bouger et pour être multi-fonction.
    Depuis que j’ai réalisé ça (après des années de course à pied comme principale activité), je me met à observer les enfants et m’émerveille de leur agilité, leur souplesse, leurs capacités physiques, ramper, sauter, courir, grimper, faire des arbres droits, des roues et j’en passe…
    Je me dis que quand j’étais gamine, moi aussi j’étais capable de réaliser toutes ces prouesses mais aujourd’hui???

    J’ai lu des trucs sur le movnat, j’ai trouvé le principe génial.
    J’apprends en passant que les muscles sont une réserve d’anticorps, que la course à pieds n’est pas forcément la panacée, bref…
    J’avais des cervicalgies à répétition, pas liées à la course à pieds mais c’était l’enfer. Sinon pas de blessure liée à la course mais je n’ai jamais effectué de très gros volumes d’entrainements.
    Je me suis dit: problème de posture liée à un manque de gainage et besoin urgent de renforcer le haut du corps. Et de me détendre, respirer, masser…
    J’ai mis en application le programme de Christophe Carrio: circuits métaboliques au poids du corps et avec bandes élastiques faisant travailler toutes les chaines musculaires (squats, soulevé de terre, pompes…), gainage dynamique systématiquement intégré dans les circuits, en y associant auto-massages et respirations diaphragmatiques. Je n’ai quasi plus jamais de cervicalgies et mon corps fonctionne 10 fois mieux qu’avant, c’est impressionnant.
    Et je dois admettre que je cours mieux!
    Ca n’est pas du crossfit mais le principe est un peu le même.
    Ca fait travailler l’équilibre, la force, le gainage, l’explosivité, l’agilité et le mental!!
    La grosse différence c’est que le crossfit se fait en salle avec d’autres gens, c’est une activité sociale.
    Je fais mes entrainements dans ma chambre toute seule donc ça nécessite beaucoup de volonté… mais c’est super pratique de pouvoir faire 30 minutes de sport à fond chez soi.
    Je ne sais pas si j’oserais un jour entrer dans une salle de crossfit! Ca me fait peur!

    En attendant, j’adore courir et faire du vélo car le sport en salle (ou plutôt en chambre!) ne me procure pas le même plaisir.
    Je suis sortie de garde ce matin et j’ai été courir 17 bornes en pleine nature dans le froid et les feuilles mortes, c’est juste du bonheur… J’aime courir, marcher, pédaler, crapahuter…

    En définitive, j’aime bien combiner les activités au maximum. Varier les activités me semble judicieux et tout simplement logique.
    J’avoue être tentée par les trails en montagne car je viens de la montagne à l’origine et c’est un univers que j’adore.
    Une de mes meilleures amies vient de faire la diagonale des fous et je me surprend à l’envier alors que c’est totalement à l’encontre de tous mes principes de base, j’entends le respect de son propre corps. Courir 165 bornes sans dormir et se taper 10.000 mètres de dénivelé, c’est juste anti-physiologique mais j’avoue être impressionnée.
    J’ai toujours du mal avec cette fameuse limite qu’on a tendance à vouloir repousser.
    Pour quoi faire??
    Est-ce que je fais du sport pour le plaisir, pour être en bonne santé ou pour le défi?
    Les 3 me semble une réponse plausible.

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