Une matinée qui m’a un p(n)eu crevé …

Puisque les posts perso semblent inspirer mes ***51*** followers (yeah), une short story à peine romancée, en mode « exercice de style ». 

Hier soir couché fort tard après 3 heures de Skype où j’ai pu voir le ciel de NYC s’obscurcir dans le dos de mon interlocuteur, à peu près à la même vitesse que mon cerveau. On vit une époque formidable, l’autre jour j’ai passé un entretien d’embauche avec une boite de SF qui fait de la trad en mode « semi- caritatif » (amara) et l’entretien était en chat Skype. Pas idiot quand ton job est de faire des sous-titrages, mais un peu bizarre quand même. J’ai quand même réussi à faire marrer (enfin, smiler) mon interlocutrice en lui demandant si elle connaissait le test de Türing ; elle m’a promis que ce n’était pas un bot et m’a demandé si je vivais dans la Matrice. Je précise que tout le monde était à jeun (et que j’ai eu le job) !

Un moment d’égarement

Ciel de Sèvres en vrai après  New-York en virtuel, endormissement difficile (oui je sais que les écrans ça fait de la radiation bleue et que ça empêche de s’endormir …) et sommeil un peu comateux, dont je suis tiré à 7:30 par un numéro inconnu. J’ai le réflexe de décrocher quand même « c’est vot voisin ! vot’ fils il a laissé la voiture garée dans la rue et le camion qui me livre y peut pas passer ». Dans des moments comme ça où on maudit la reproduction sexuée et la vie en société, je descends et vais demander à S. (je ne dis pas son vrai prénom pour préserver sa vie privée) de bouger cette p**** de b**** de caisse de m****, dont je ne comprends pas ce qu’elle fout dans la rue alors qu’on peut se garer devant la maison. Et puis je retourne me coucher parce que je suis vraiment claqué.

Mais bon. Voiture qui démarre, camion qui vrombit, bruits divers de la ville … quand l’adrénaline retombe, moi aussi je retombe dans le sommeil et là … un autre numéro inconnu.

Sérieusement crevé

« Allo c’est moi S, j’ai pas mon portable paskil est déchargé, j’ai pris celui d’un passant,  chui désolé j’ai crevé et je sais pas changer la roue, tu peux venir me filer un coup de main ? »

La pitié paternelle a raison de la fatigue. Et puis je me sens compatissant parce que j’ai moi-même crevé en VTT la veille et je n’avais pas mon nécessaire de réparation, comme un con, donc j’ai pas vraiment de leçons de prévoyance caoutchoutée à donner.  J’ai quand même la présence d’esprit de prendre un jean que je peux salir, un café, et me voilà parti à l’autre bout de la ville.

Fort de mon immense expérience en changement de roue (fut une époque où crever ça arrivait souvent …) j’ouvre d’un air supérieur et condescendant la trappe à roue de secours pour trouver une galette un peu pourrie, et aucun équipement de démontage. Merde.

Que le grand cric me croque !

Je tente les deux compartiments latéraux du coffre, celui qui est vide s’ouvre tout de suite, celui qui ne l’est pas résiste, le salaud, mais je sais que le cric est dedans, j’ai lu la doc de la voiture (fut une époque ou lire les docs était un pré-requis indispensable à l’utilisation de machines peu ergonomiques, comme les magnétoscopes à cassette VHS).

Je ne sais pas à quel point ceci est un préalable à ce qui va suivre !

Finalement je défonce le compartiment. Aaah, cric, clé à boulons, et même une paire de gants pour pas se saloper les mains. Ya pas, chez Mercedes, ils savent y faire jusque dans les détails.

C’est bon, dans 10 minutes je suis de retour dans mon lit.

Le cric est bizarre, c’est pas avec une manivelle, mais avec une clé qui ne permet pas de faire le tour complet. Je maudis les ingénieurs de Mercedes pendant 5 minutes avant de me rendre compte que c’est une clé à cliquet et que je suis un abruti. Ca monte, ça monte.

Se faire déboulonner ? Pas question !

Sortir les boulons maintenant. Merde, on visse ou on dévisse ? Surtout que dans un sens ou dans l’autre ça ne bouge pas d’un poil, ça résiste même méchamment. Après quelques tergiversations trigonométriques et quelques simulations manuelles (heu quand ou ouvre la bouteille de lait, on tourne dans quel sens ?) nous sommes convaincus de connaître le bon sens et je saute à pieds joints sur la clé pour débloquer ces p*** d’écrous. Miracle, y’en a un qui bouge. Si un bouge, ils vont tous bouger. Nous voilà comme deux doux allumés en train de nous relayer pour sauter à pieds joints sur la clé, l’un après l’autre parce que quand on est en running zéro drop à micro semelle, une tige en métal, ça fait mal aux arpions.

Roue d’bignole

Au moins, ça réchauffe. Je reprends du poil de la bête, je connais bien la suite du processus. Sauf que – une fois les 5 boulons enlevés, impossible de sortir la roue. On se gratte la tête, on relit le manuel qui commence à être aussi maculé que nos mains, « une fois les boulons retirés, sortir la roue ». Bon, c’est pas une énigme des Illuminati (très à la mode en ce moment), c’est une roue à sortir de son moyeu. Mais bernique !

Pas moyen. On tire, on pousse, on latte (pas trop, la voiture est sur un cric, dans une rue en pente, pas envie de me faire rouler dessus, même si ma fille est une spécialite du Dommage Corporel). Que dalle, zip, nada.

C’est de la bombe !

On cherche un plan B. « Et si j’allais acheter une bombe anti-crevaison ? » N’ayant pas d’autre option sous la main, à part rentrer bredouille ou appeler une dépanneuse, je descends à la station-service la plus proche.

« Bonjour, je voudrais une bombe anti-crevaison ». ils ne comprennent pas, les taille basse 275 de mon bolide sont impec « c’est pas pour vous ? » «Non, c’est mon fils qui a crevé ». Et là, la caissière, que je vois sporadiquement depuis 15 ans que j’habite dans le coin, se lance sur un 0 à 100 en 4 secondes « Il a quel âge votre fils ? 23 ans ? Le mien il en a 39 et c’est une ca-tas-tro-phe ! » Je compatis à ses malheurs maternels, lui assure que moi aussi, hein, des fois, non mais, cette génération c’est n’importe naouak, nous, hein, on savait réparer des pneus tous seuls et puis à l’époque, hein, y’avait pas de portable alors fallait se sortir les doigts, merde quoi ! Son mari, gérant de la station à qui je relate mes difficultés, me rassure  « c’est normal, sur une classe A, c’est quasi impossible de sortir la roue à moins de se mettre sous la voiture et de taper dedans ». Une vision de bagnole qui me tombe dessus m’encourage à sortir ma carte de crédit et je repars avec ma bombe a 17 balles avec un conseil prémonitoire : «Si vous voyez la mousse sortir du pneu, laissez tomber, c’est qu’il est mort». Etant un garçon optimiste (ou totalement abruti devant l’adversité, c’est vous qui voyez), je remonte retrouver S. qui se morfond en méditant sur le temps perdu qu’on ne retrouve jamais.

Allez hop on y va avec la bombe. Cette fois c’est la bonne, nous allons sortir de ce trou noir spatio-temporel qui nous maintient prisonniers et la vie va reprendre son cours normal. En fait ce qui reprend son cours c’est la fontaine blanche de mousse qui sort tranquillement du flanc du pneu, en se tortillant, mode chantilly. Vite ! un doigt ! du scotch double face ! un chewing-gum !

Carrément dégonflés !

Moment de grande solitude quand nous comprenons que tout l’air va s’échapper du pneu en bien moins de temps qu’il nous fait pour aller à la station-service.

Des fois la réalité vous rattrape impitoyablement. Maudire le monde, la connerie qu’on a faite (personne n’est obligé de taper dans les trottoirs, hein), le temps perdu, n’empêche pas le polymère blanchâtre de nous narguer. Et puis on aurait aussi pu être 3 bornes plus loin, sur la 118 où il n’y a même pas de bande d’arrêt d’urgence. Ca aurait été nettement pire.

La mort dans l’âme, nous mettons 10 minutes à faire le kilomètre qui nous sépare de la station service, en se prenand quelques doigts de connards énervés qui n’ont pas l’air d’avoir compris que quand on mets ses warnings, c’est qu’on a un problème. Et que malgré ce qu’on voit dans les films de Bruce Willis, rouler sur une jante, c’est pas cool du tout.

Un p’tit coup de pompe …

Nous sommes bien accueillis à la station-service,  geste commercial sympathique en échange d’un train de pneus flambant neuf. Comme je vois que le gérant a un Touareg V6, on se met à parler boutique, papoter à propos des différences entre Cayenne et Touareg. « Bien moins qu’il n’y paraît, mon bon Monsieur, les bases sont communes et plein de pièces aussi, même le V6 est le même que le « petit » moteur Porsche, et on peut échanger nos portières arrières, heu, oui mais non merci ».  Nous nous gaussons de concert à propos des diesels sur des sportives (quelle faute de goût, vraiment !) et nous congratulons mutuellement pour notre amour du « gros son essence», le glou glou rauque et grave d’un V6 ou d’un V8 qui se fêle quand on monte dans les tours.

Un ange passe, un logo Tesla imprimé sur le front, en nous faisant des bras d’honneur …  Minute de nostalgie vis à vis de la marque du temps qui passe, incarné par les objets (et les gens)  qu’on aime et qui disparaissent.

C’est pas grave, demain je vais chez BMW essayer une i8.

Faut vivre avec son temps aussi 🙂

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9 commentaires pour Une matinée qui m’a un p(n)eu crevé …

  1. Marc dit :

    Oh le « looser » un VHS, j’avais un V2000 moi Monsieur ( non, non pas de Bétamax !!!) ;-))

    En vrai, j’ai pas tout compris, mais peut être qu’il n’y avait rien à comprendre !!!!

    • Grégo dit :

      Aparte : oui mes parents avaient un V2000 Philips et la qualité de l’image était juste à 1000 années lumières d’un méchant magnétoscope VHS (une vraie bouze : pourtant la part de marché du V2000 vs VHS était de 5% contre 95%. Tout ça pour dire que la plus belle des technologies ne signifie pas réussite commerciale. A l’époque aussi je pestais que l’OS d’Apple ne perce pas plus et ne devienne pas LE standard vs MS Dos qui était juste de la M. avec des parts de marchés respectives identiques à celle des 2 systèmes de magnétoscopes pré citées. Bon…cela nous éloigne des problèmes de pneumatique tout ça !

  2. jpf30870 dit :

    Ta vie est un roman. Mais ce que tu écris me rappelle quelques tranches de vie

    • paleophil dit :

      Ma vie est ordinaire mais j’arrive à faire croire que c’est un roman : c’est la manière dont je la vis et je la raconte surtout qui donne cette impression, qui est exactement le but recherché 🙂

  3. Renaud dit :

    C’était ton jour de la marmotte ? 😉
    Y’a des fois comme ça où la vie nous met la pression… la roue du karma p’têtre.

    Tout a fait accessoirement je ne peux m’empêcher de remarquer l’ironie de ces entreprises qui ont des budgets marketing indécents… mais arrivent tout de même à baptiser une bagnole « I hate ».

  4. paleophil dit :

    oui alors là bon … I hate, ça serait plutôt I ate. I ate Tesla for breakfast 🙂 Et on n’a pas le droit de dire du mal de BMW ici, c’est interdit 🙂

    • Renaud dit :

      Même après la sortie de la série 2 ?
      😉
      Je taquine, je taquine… mais je dois concéder que c’est une marque qui a tout mon respect.

  5. blandine dit :

    salut.nous nous sommes connus dans une précédente vie…nous tchations pas mal ensemble..c est vraiment un plaisir de te lire..ce serait bien que ton optimisme ton énergie soient contagieuses…
    ce qui est sûr. ..tu es comme le bon vin!

    • paleophil dit :

      Blandine Blandine … dans une ancienne vie ? Etrange j’ai l’impression de n’en connaitre qu’une et je suis toujours en contact avec elle, quoiqu’épisodique. Donne moi un indice ! Et merci pour ton message !

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