L’ascension de Trump signifie-t-elle la fin du Libéralisme ?

Non je n’ai pas inventé ce titre de post tout seul. C’est la traduction d’un excellentissime article écrit par Yuval Harari, auteur de « Sapiens » et « Deus » sur ce qui se passe actuellement aux US (mais aussi de fait en Europe) d’un point de vue politique.

J’ai trouvé l’article tellement intéressant que je l’ai traduit intégralement. L’article original est  et est paru dans le New-Yorker la semaine dernière.

Harari est un penseur remarquable, qui, à défaut de proposer des solutions, donne des outils pour penser les problèmes que nous avons actuellement.

J’espère que vous aurez autant d’intérêt à lire l’article que j’ai eu à le traduire.

Bonne lecture !

Note : j’ai traduit Story par Histoire – j’ai hésité avec « narratif » mais ça aurait été lourd. C’est à entendre au sens de « raconter une histoire » et pas « l’histoire » (History). Et ne faites pas d’histoires avec ça OK ? 🙂

L’ascension de Trump signifie-t-elle la fin du Libéralisme ?

Le libéralisme aux États-Unis ne fait actuellement pas face à une opposition idéologique cohérente comme l’Impérialisme, le Fascisme ou le Communisme. Le « Moment Trump » est une farce nihiliste.

Les Humains pensent sous forme d’histoires plutôt que de faits, de chiffres, de tableaux Excel, et plus l’histoire est simple, meilleure elle est. L’histoire qui a donné du sens à notre monde ces dernières décennies est ce que nous pouvons appeler l’Histoire Libérale. C’était une histoire simple et attractive, mais qui est actuellement en train de s’effondrer, et pour l’instant aucune autre histoire n’a émergé pour remplir le vide qu’elle laisse. À la place nous avons Donald Trump.

L’Histoire Libérale dit simplement que si nous libéralisons et globalisons le système politique et économique, nous allons produire le paradis sur terre, ou au moins la paix et la prospérité pour tous. D’après cette Histoire – acceptée à l’identique, avec de légères variations, par George W. Bush et Barak Obama – l’Humanité avance de manière inéluctable vers une société globale de marchés libres et de démocratie.

Le scénario de cette histoire, toutefois, a commencé à perdre en crédibilité avec la crise financière globale de 2008. Les gens qui, dans les années 90 et 2000, imaginaient que jouer le jeu leur permettrait de progresser et de s’épanouir ont subitement commencé à craindre de s’être faits berner, et que le système ne fonctionne pas pour eux. Le Printemps Arabe s’est transformé en Hiver Islamique, et des régimes autoritaires à Moscou, Ankara, et Jérusalem ont abandonné les valeurs de la démocratie libérale en faveur du nationalisme et de l’extrémisme religieux ; et même dans les bastions libéraux de l’Europe de l’Ouest on commence à avoir des arrière-pensées.  La vague de désillusions est en train d’arriver au cœur du pays qui a promu cette Histoire Libérale sur toute la planète, parfois avec des armes, les États-Unis d’Amérique. Alors que les citoyens américains se sentent abandonnés après des décennies de promesses et d’assurances non tenues, leur désenchantement risque d’amener Donald Trump à la Maison-Blanche, à la grande horreur et la surprise des élites en place.

Pourquoi les gens perdent-ils la foi dans l’Histoire Libérale ? Une explication pourrait être que cette histoire est un mensonge : au lieu de paix et de prospérité, le régime libéral n’a pas produit grand-chose d’autre que violence et pauvreté. Ceci est facilement réfutable. D’un point de vue historique, il paraît évident que l’humanité est actuellement dans la période la plus paisible et prospère de son histoire. Au début du XXIe siècle, pour la première fois dans l’histoire de l’Humanité, plus de gens meurent de trop manger que trop peu ; plus de gens meurent de vieillesse que d’épidémies ; et il y a plus de morts par suicide que de par guerres, crimes, et terrorismes réunis.

Une autre explication pour la perte de la croyance dans l’Histoire Libérale et que les humains sont plus préoccupés par leurs attentes futures que par les réussites passées. Quand on leur dit qu’ils ne souffrent plus des mêmes maux que leurs ancêtres – famine, épidémies, guerre – les humains se réjouissent pas ; ils comptent plutôt leurs dettes, énumèrent leurs frustrations, et pleurent les rêves qu’ils ne réaliseront jamais. Un ouvrier qui vient de perdre son boulot dans une usine de la Rust Belt (NdT : Nord Est des USA) n’est pas réconforté de savoir qu’il n’est pas mort de famine, de choléra ou dans la troisième guerre mondiale.

Les travailleurs au chômage ont raison de craindre pour leur futur. L’Histoire Libérale et la logique capitaliste du marché libre encouragent les gens à avoir de grandes attentes. Pendant la partie la plus importante du XXe siècle, chaque génération – que ce soit à Houston, Shanghai, Istanbul, ou Sao Paulo – a profité d’une meilleure éducation, d’un meilleur système de santé, et d’un niveau de vie plus élevé que ses parents. Mais dans les décennies à venir, la combinaison de problèmes écologiques et d’avancées technologiques fait que la jeune génération pourra s’estimer heureuse juste d’être là. Au fur et à mesure où les gens perdent foi dans la capacité du système à satisfaire leurs attentes, ils deviennent désillusionnés, même dans un environnement de paix et d’une prospérité jusque-là inconnu.

Une troisième possibilité est que les gens soient inquiets de la réduction du pouvoir des politiques, plus que de la stagnation de leurs conditions matérielles. Les citoyens ordinaires partout dans le monde se rendent compte que le pouvoir leur échappe. Alors que les pays deviennent de plus en plus dépendants des flux de capitaux, de produits, et d’information, les gouvernements à Londres, Athènes, Brasilia, et même Washington ont de moins en moins de capacité à modeler le futur de leurs propres territoires. De plus, au XXIe siècle, la plupart des problèmes fondamentaux seront vraisemblablement globaux, et les institutions politiques nationales dont nous avons hérité sont incapables de gérer ces problèmes de manière efficace.

Les disruptions technologiques posent une menace particulièrement aiguë vis-à-vis du pouvoir des gouvernements nationaux et des citoyens ordinaires. Durant le XIXe et le XXe siècle, le progrès, par exemple la Révolution Industrielle, a généré son lot d’horreurs – des puits de mine décrits par Zola jusqu’aux plantations de caoutchouc du Congo et le désastre chinois de la Grande Marche en Avant. Il a fallu des efforts colossaux aux politiciens et aux citoyens pour remettre le train du progrès sur des rails plus positifs. Mais alors que le rythme de la politique n’a pas beaucoup changé depuis l’époque de la machine à vapeur, la technologie est passée de la première à la quatrième vitesse. La révolution technologique prend désormais une avance considérable sur les processus politiques.

Internet nous donne une indication sur ce nouveau mode de fonctionnement. Le Web, désormais fondamental pour nos vies, notre économie, et notre sécurité, s’est construit sur des choix initiaux (conception et fonctionnalités initiales) qui n’ont jamais fait l’objet d’un processus politique démocratique – avez-vous jamais voté à propos du fonctionnement du cyber-espace ? Des décisions prises par des développeurs Web il y a des années font d’Internet aujourd’hui une zone libre et hors-la-loi qui érode la souveraineté des Etats, les frontières, révolutionne le marché de l’emploi, remet en question la vie privée, et pose un risque global de sécurité considérable. Les gouvernements et les organisations civiques débattent avec vivacité de la restructuration d’Internet mais la tortue institutionnelle ne peut pas soutenir le rythme du lièvre technologique.

Les décennies à venir vont vraisemblablement nous amener d’autres disruptions de même ampleur qu’Internet, et la technologie va continuer à dévorer silencieusement la politique. L’Intelligence Artificielle et les biotechnologies vont pouvoir transformer non seulement nos sociétés et nos économies, mais également nos propres corps et nos esprits. Et pourtant ces sujets sont à peine un bip sur le radar de la course présidentielle américaine actuelle. (Lors du premier débat Clinton – Trump , la référence principale aux technologies disruptives a été la débâcle du serveur e-mail de Clinton, et malgré le temps passé à parler des emplois qui disparaissent, aucun des candidats n’a abordé le sujet de l’impact potentiel de l’automatisation.)

Le citoyen lambda peut ne pas comprendre l’Intelligence Artificielle mais il peut se rendre compte que la mécanique démocratique ne lui donne plus tellement de de pouvoir. En réalité, les choix les plus cruciaux pour le futur des citoyens ordinaires et de leurs enfants ne sont probablement pas faits par des bureaucrates à Bruxelles ou des lobbyistes à Washington, mais par des ingénieurs, des entrepreneurs et des scientifiques peu conscients des implications de leurs décisions, et qui en tout cas ne représentent personne.

Ce n’est pas la première fois que l’Histoire Libérale fait face à une crise de confiance. Depuis que ce narratif a acquis une audience globale, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, il a été régulièrement en crise. La première ère de globalisation et de libéralisation s’est terminée dans le bain de sang de la première guerre mondiale, quand les politiques impériales ont coupé court à la marche globale du progrès. C’était le Moment Franz Ferdinand. Et pourtant le libéralisme a survécu à ce maelström et en est ressorti plus fort qu’avant, avec les 14 points de Woodrow Wilson, la Ligue des Nations, et les “Roaring Twenties”.

Ensuite vint le  Moment Hitler  quand, dans les années 30 et le début des années 40, le Fascisme parut pendant un moment impossible à arrêter. Le Fascisme accusait le Libéralisme de subvertir la sélection naturelle et de provoquer la dégénérescence de l’espèce humaine. Les fascistes considéraient que si tous les humains avaient la même valeur et les mêmes opportunités à la naissance, la sélection naturelle arrêterait de fonctionner et les humains les plus performants seraient noyés dans un océan de médiocrité. Au lieu d’évoluer vers le « surhomme », l’humanité disparaîtrait. Et pourtant, à la fin, le Libéralisme a prouvé qu’il était mieux adapté.

Le phénix libéral a ensuite dû faire face à une menace venue de la gauche, pendant le Moment Che Guevara, entre les années 50 les années 70. Alors que les fascistes trouvaient l’Histoire Libérale molle et dégénérée, les socialistes l’accusaient d’être une fausse-barbe pour le fonctionnement brutal, exploitant et raciste du capitalisme global. Quand on disait Liberté aux socialistes, ils entendaient Propriété. Défendre le droit de l’individu à faire ce qui lui paraît bon ne servait qu’à sauvegarder la propriété privée et les privilèges des classes moyenne et supérieure. À quoi bon avoir la liberté de vivre où on veut quand on ne peut pas payer le loyer, étudier ce qui vous intéresse quand vous ne pouvez pas payer vos études, et voyager où vous voulez alors que vous ne pouvez pas vous payer une voiture ? Pire, en encourageant les humains à se voir comme des individus, le libéralisme les sépare et les empêche de s’unir contre un système qui les opprime, perpétuant par là même l’inégalité.

Comme Libéralisme et Capitalisme était les deux faces d’une même pièce, une grande partie de cette critique de gauche a survécu. Les mouvements révolutionnaires et anti-coloniaux à travers le monde lorgnaient vers Moscou et Pékin, pendant que le Libéralisme était associé aux Empires Européens racistes. En 1970, les Nations Unies regroupaient environ 130 pays membres, dont 30 étaient des démocraties libérales – pour la plupart d’anciennes puissances coloniales. La démocratie libérale semblait être un club fermé pour impérialistes blancs vieillissants ayant peu de choses à offrir au reste du monde, ou même à leur propre jeunesse.

Les démocraties libérales ont été sauvées en grande partie par les armes nucléaires. L’OTAN a adopté la doctrine de destruction mutuelle assurée, au nom de laquelle même une attaque conventionnelle soviétique générerait une réponse nucléaire. À l’abri de ce bouclier monstrueux, les démocraties libérales et l’économie de marché ont réussi à maintenir leur dernier bastion, et les Occidentaux ont pu profiter du sexe, des drogues, et du rock ‘n’ roll, mais aussi de machines à laver, de réfrigérateurs, et de télévisions. Sans les armes nucléaires il n’y aurait eu ni les Beatles, ni Woodstock, ni des supermarchés débordant de produits. Pourtant, au milieu des années 70 on avait l’impression que, armes nucléaires ou pas, le futur appartenait au Socialisme. En avril 75 des spectateurs du monde entier rivés à leurs télévisions ont regardé des hélicoptères évacuer les derniers Yankees du sommet de l’ambassade d’Amérique à Saïgon, et la plupart étaient convaincus que l’empire Américain était en train de s’effondrer.

En fait, c’est le Communisme qui s’est effondré. Dans les années 80 et 90, l’Histoire Libérale est de nouveau ressortie des poubelles de l’histoire, s’est refait une beauté, et a conquis le monde. Le supermarché s’est révélé bien plus puissant que le goulag. De plus, l’Histoire Libérale a montré qu’elle était bien plus adaptable et dynamique que n’importe laquelle de ses alternatives. Elle a triomphé des Empires traditionnels, du Fascisme, et du Communisme en adoptant quelques-unes de leurs meilleures idées et pratiques (comme l’éducation payée par l’Etat, les systèmes de santé et les filets de sécurités sociaux pour les masses). Au début des années 90, les penseurs et les politiciens étaient prêts à proclamer « la fin de l’histoire », en expliquant avec confiance que toutes les grandes questions politiques économiques du passé étaient réglées, et que le package libéral « marchés libres, droits de l’homme, démocratie » était la seule réponse possible.

Mais … l’histoire n’était pas finie. Après le Moment Franz Ferdinand, le Moment Hitler, et le Moment Che Guevara, nous sommes maintenant dans le Moment Trump. Cette fois-ci, toutefois, l’Histoire Libérale ne fait pas face à un attaquant idéologique cohérent comme l’Impérialisme, le Fascisme ou le Communisme. Le Moment Trump est une farce nihiliste. Donald Trump n’a pas d’idéologie, pas plus que les Anglais du Brexit n’ont de projet réel pour le futur du Royaume Désuni.

Cela peut signifier que la « crise de foi » actuelle est moins grave que les précédentes. Au final, les gens ne vont abandonner l’Histoire Libérale, parce qu’ils n’ont pas d’alternative. Ils pourront donner un coup de pied énervé au système mais, n’ayant nulle part où aller, ils finiront par revenir.

Une autre option possible est que les gens regardent plus loin en arrière et cherchent refuge dans d’autres histoires, contes traditionnels nationalistes et religieux mis de côté au XXe siècle mais  jamais complètement abandonnés. C’est d’évidence ce qui s’est passé au Moyen-Orient, où Nationalisme et Fondamentalisme religieux sont en pleine croissance. Néanmoins, en dépit de leur fracas leur furie, des mouvements comme l’État Islamique n’offrent pas d’alternative sérieuse à l’Histoire Libérale, parce qu’ils n’ont aucune réponse aux grandes questions de notre époque.

Que va-t-il se passer sur le marché de l’emploi une fois que l’Intelligence Artificielle dépassera les humains dans la plupart des taches cognitives ? Quel sera l’impact politique d’une énorme nouvelle classe d’humains, économiquement inutiles ? Que va-t-il se passer dans les relations interpersonnelles, les familles, et les fonds de pension quand des nouvelles médecines régénératives à base de nanotechnologies transformeront les octogénaires en quinquagénaires ? Que va-t-il se passer dans la société humaine quand les biotechnologies nous permettront de concevoir les enfants selon nos désirs, et créeront un fossé encore plus large entre les riches et les pauvres ? Il est très peu probable que vous puissiez trouver les réponses à ces questions dans la Bible ou le Coran. L’Islamisme radical, le Judaïsme orthodoxe, ou les chrétiens fondamentalistes peuvent promettre une ancre de certitude dans un monde de tempêtes économiques et technologiques, mais pour naviguer dans les tsunamis à venir du XXIe siècle il vous faut aussi une bonne carte et un solide gouvernail.

C’est vrai aussi pour des slogans comme « reconstruire la grande Amérique » (Make America Great Again)  ou « Rendez-nous notre pays » (Give Us Back Our Country). On peut construire un mur contre les immigrants mexicains mais pas contre le réchauffement climatique, séparer Westminster de Bruxelles mais pas la City de Londres des flux financiers globaux. Si les gens s’accrochent par désespoir à des identités nationales et religieuses dépassées, le système global risque tout simplement de s’effondrer face aux changements climatiques, aux crises économiques, et aux perturbations technologiques que ni mythes nationalistes ni piété moyenâgeuse  ne peuvent conceptualiser ou résoudre.

Les élites globales voient donc avec horreur des événements comme le Brexit ou la montée de Trump, et espèrent que les masses vont revenir à la raison et à l’Histoire Libérale pour éviter le désastre. Mais cela risque d’être beaucoup plus difficile pour l’Histoire Libérale de survivre à la crise de confiance actuelle, parce que l’alliance traditionnelle entre Ethique et économie capitaliste, longtemps colonne vertébrale de l’Histoire Libérale, est peut-être en train de se défaire. Durant le XXe siècle, l’Histoire Libérale était extrêmement attractive parce qu’elle disait aux citoyens et aux gouvernement qu’ils n’avaient pas besoin de choisir entre “ce qui est juste » et « ce qui est efficace » ; protéger les libertés humaines était à la fois un impératif moral et la clé de la croissance économique. L’Angleterre, la France, les États-Unis ont d’évidence prospéré parce qu’ils avaient libéralisé leurs économies et leurs sociétés, et si la Turquie, le Brésil ou la Chine voulaient devenir aussi prospères ils devaient simplement faire la même chose. Dans la plupart des cas c’est l’argument économique plus que moral qui a convaincu les tyrans et des juntes de se tourner vers la libéralisation.

Au XXIe siècle, l’Histoire Libérale n’a pas de réponses pertinentes aux défis majeurs auxquels nous faisons face : réchauffement climatique et disruptions technologiques. Alors que les peuples perdent leur valeur économique face aux algorithmes et aux robots, protéger les libertés humaines peut rester une nécessité éthique – mais les arguments moraux seuls seront-ils suffisants ? Est-ce que les élites et les gouvernements vont continuer à valoriser les libertés et les désirs de chaque être humain même quand cela n’a plus d’intérêt économique ? Les masses ont raison d’avoir peur pour leur futur.  Même si Donald Trump perd les élections à venir, des millions d’Américains ont le sentiment que le système ne marche plus vraiment pour eux, et ils ont probablement raison.

Qui que soit le vainqueur en novembre, il nous reste à imaginer une nouvelle histoire pour notre monde. Comme les bouleversements de la révolution industrielle ont donné naissance à la nouvelle idéologie du XXe siècle, les révolutions à venir dans les biotechnologies et l’informatique vont probablement nécessiter de nouvelles visions. Dans “Homo Deus: A Brief History of Tomorrow,” j’explore cette nouvelle idéologie actuellement en construction dans la Silicon Valley. Si l’Histoire Libérale promettait la rédemption grâce à la globalisation et à la libéralisation, la nouvelle meta–narration promet le salut à travers les algorithmes de Big Data. Avec suffisamment de données biométriques et de puissance de calcul, un algorithme est capable de nous comprendre mieux que nous ne nous comprenons nous-mêmes, et à partir de là le pouvoir va passer des humains aux algorithmes, et démocraties,   élections démocratiques et marchés libres – comme dictateurs autoritaires et rigides ayatollahs– deviendront aussi obsolètes que les armures en cottes de mailles et les bifaces en silex.

D’ores et déjà des experts proposent d’utiliser des algorithmes dans des domaines comme l’éducation (une intelligence artificielle pour chaque étudiant), le combat contre l’obésité (votre téléphone portable pour gérer votre régime), et la réduction des gaz à effet de serre (l’Internet des Objets va s’en occuper). Les conséquences potentielles sont difficiles à appréhender, allant de l’anecdotique au terrifiant, voire carrément apocalyptique. J’ai quelques doutes sur le fait que les gourous de la Silicon Valley aient vraiment réfléchi à toutes les implications sociales et politiques de leurs idées, mais au moins ils amènent de nouvelles manières de penser. Quand les humains perdent leur capacité à conceptualiser les changements globaux rapides, et les anciennes histoires s’effondrent en laissant un vide, nous avons besoin de nouvelles manières de penser et nous en avons besoin vite. Pour l’instant, nous sommes encore dans le moment nihiliste de la désillusion et de la colère, où les gens ont perdu foi dans une histoire avant d’en avoir trouvé une nouvelle.

C’est le Moment Trump.

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7 commentaires pour L’ascension de Trump signifie-t-elle la fin du Libéralisme ?

  1. Elieusis dit :

    Bonsoir,

    Monsieur Harari possède apparemment une grande culture mais malheureusement pas économique, sinon, il n’aurait pas osé parler de société occidentale libérale. Chez quel auteur libéral a-t’il entendu une quelconque demande de banque centrale manipulatrice de la monnaie? Chez quel auteur libéral a-t’il entendu une quelconque demande d’éducation nationale dirigée par l’état? Chez quel auteur libéral a-t’il entendu une quelconque demande de service de santé contrôlé par l’état? Chez quel auteur libéral a-t’il entendu une quelconque demande de déficit colossal de l’état? Chez quel auteur libéral un état comme la France peut se permettre de s’accaparer 57% du PIB du pays, etc etc…Le libéralisme pour la gouverne de monsieur Hariri, c’est tout le contraire de ce qu’il avance, c’est surtout moins d’état et plus de liberté pour l’homme, c’est surtout que l’état s’occupe essentiellement du régalien et s’abstienne de s’immiscer dans l’économie et dans les médias.
    Si l’empire soviétique s’est écroulé, il n’a pas tout à fait disparu, il a vampirisé toutes les nations sous la conduite des élites occidentales, et c’est de la sorte un système entièrement socialiste qui domine actuellement la planète, un monde où le capitalisme de connivence est roi, un monde des lobbys qui achètent les hommes politiques pour vendre leur produit avec le minimum de concurrence.Et tout cela grâce à un cadenassage en règle de tous les médias dirigés par des milliardaires du système, qui passent leur temps à formater l’opinion publique et à accuser le libéralisme de tous les maux!
    Non monsieur Hariri, ce n’est pas le libéralisme qui détruit la planète, c’est le socialisme, il n’y a qu’à voir en France ce qu’on fait en quatre ans les socialistes de gauche de monsieur Hollande, ou précédemment les socialistes de droite de monsieur Sarkosy pour se rendre compte du désastre de ce système étatique fonctionnarisé.
    Non monsieur Hariri, ce n’est pas de trop de liberté que souffre la planète mais de trop d’état, alors plutôt que la socialiste Clinton qui n’a jamais dirigé la moindre entreprise, pourquoi pas un vrai entrepreneur comme Trump que je ne connais pas, mais qui est tellement vilipendé par la machine médiatique qu’il m’en devient sympathique.
    Revoyez votre copie monsieur Hariri et expliquez-nous ce que vous entendez par société libérale, avant d’accuser ce que vous ne connaissez pas.

    PS. Merci et félicitation à l’auteur de cette remarquable traduction.

    • paleophil dit :

      Bonsoir,
      Tout d’abord merci d’avoir apprécié la traduction. Il est difficile de garder la fluidité du discours d’Harari en français, donc si j’y ai réussi, tant mieux.
      Ceci dit, je ne partage pas votre critique sur le fond. Harari n’accuse personne, il propose une grille de lecture, qui est, en résumé « les humains fonctionnent socialement et collaborent grâce aux idéologies /croyances », et pour lui libéralisme et communisme sont des idéologies parmi d’autres (fascisme, religions monothéistes, etc.) . Le rapport à la réalité est assez lâche et votre commentaire en est la preuve. La CGT et la gauche de la gauche, Mélenchon et cie, hurlent à l’ultra-libéralisme en France … malgré les 57% du PIB « confisqués » par l’Etat. Il me semble que votre vision est plus libertarienne que libérale! Si vous lisez bien l’article, il signe plutôt la difficulté de l’idéologie « libérale » (même si elle ne l’est pas) à amener des réponses aux problèmes actuels des citoyens, qui permet à des populistes abrutis comme Trump de se faire entendre. Si vous pensez que la France est un pays socialiste, allez faire un tour en Chine ou en Russie, vous verrez qu’il y a une gradation (notamment dans la liberté de discourir). Même si mes amis Américains pensent, comme vous, que la France est un pays communiste et que donner la sécurité sociale à tout le monde est une hérésie. Certes, le manque de courage des politiques (c’est de la faute de Bruxelles ! des Américains ! de Daesh ! mais pas nous) n’aide pas à donner une vision d’avenir dans un monde angoissant et évoluant à grande vitesse. Le courage en politique, c’est compliqué ! Ma lecture, assez primaire, est qu’un Etat est une machine à redistribuer de la richesse. On prélève là où il y en a et on redistribue là où la communauté décide qu’elle en a besoin. Si l’état est plutôt de droite ou plutôt de gauche, on redistribue plutôt pour les riches ou plutôt pour les pauvres. A droite (plutôt libéral) on dit « prélevons moins et ça génèrera plus de richesse globale » et à gauche (plutôt socialiste) ont dit « prélevons plus et on s’en fout que ça réduise la richesse globale ». Dans les deux cas l’éléphant dans la pièce c’est : quid de la création de richesse ? Et que se passe t’il quand les entreprises deviennent plus riches et plus puissantes que les états régaliens ? Bonne soirée !

  2. Marc dit :

    Merci Philippe pour cette traduction de cet article passionnant.
    N’étant pas anglophone, je souffre de ne pouvoir lire un certain nombre d’articles et d’ouvrages qui hélas ne sont pas traduits.
    C’est un « cadeau » que tu nous fais en prenant sur ton temps pour nous « informer ».
    Je suis aussi persuadé que nous sommes en train de vivre une « révolution » dans le sens où notre société évolue en étant modifiée par ce qu’internet permet aujourd’hui et qui n’était pas possible hier.
    Il faut voir d’ailleurs, les réactions irritées, pour ne pas dire plus, de ceux qui ont « le pouvoir ».
    Quelque chose est en marche, c’est ma « croyance ».
    Cet article est très instructif.

  3. paleophil dit :

    Merci Marc pour ton commentaire. Le premier livre de Harari, Sapiens, est traduit en français et détaille bien l’influence des « histoires », croyances partagées, etc. Le second, pas encore. Oui, le monde change à toute vitesse et je partage avec lui le fait que les politiques sont pris de vitesse, et que c’est la technologie qui mène la danse. En ce qui me concerne, si je peux être un « passeur » à défaut d’être un « penseur », ça me va; Je me suis porté volontaire pour traduire des conférences TED, j’ai regardé hier soir celle de Sam Harris sur l’IA et regretté que la transcription ne soit qu’en anglais. Peut être une nouvelle carrière, en attentant que les machines le fassent toutes seules 🙂 mais ça devrait prendre quelques années quand même !

  4. nfkb (@nfkb) dit :

    Merci pour cet article passionnant.

    Le sophisme « les médias sont des salauds, les médias n’aime pas Trump, donc Trump est cool » est superbe.

  5. paleophil dit :

    … et aux US, quand on parle de média, on a aussi toutes les chaines internet de fous furieux conspirationnistes, révisionnistes … Hier je suis tombé sur ce type et au début j’ai cru que c’était une parodie, genre comedy central. Mais non, même pas. https://www.youtube.com/watch?v=7J2N8iK8uoo

  6. Mathieu dit :

    Tu as découvert Alex Jones 🙂
    Il « sévit » depuis le 11 septembre. Il a fait quelques documentaires et investigations intéressantes dans le passé, notamment « The Obama Deception »… Je ne l’ai plus suivi depuis quelques années.
    Sans prendre tout ce qu’il raconte pour des faits, loin de là, il y avait parfois matière à réflexion.

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