La réalité virtuelle : virtuellement réelle (post 2)

Préalable biologique

Un être humain (en fait toute forme de vie) est une usine gigantesque qui fonctionne avec un système d’information qui pilote le tout. Avec la particularité d’être une usine qui se réplique avec plus ou moins de variabilité selon la modalité utilisée (scissiparité, sexualité ou hacking divers).

Une usine qui organise la fabrication de protéines à partir de quelques molécules couramment trouvées dans l’environnement –  et de l’énergie. Nous sommes constitués d’eau, de protéines (combinaisons multiples de blocs de bases les acides aminés), de gras (plus ou moins 🙂 ) et de glucose.

Une usine qui fonctionne sur un code qui ressemble furieusement à un code informatique, à ceci près qu’il n’est pas booléen (base 2) mais en base 4 : les 4 «lettres» de l’alphabet de l’ADN sont ATCG, les 4 bases appariées qui sont accrochées dans la double hélice.

ATCG

Information, what else ?

L’information est contenue dans l’ADN, tout le monde le sait.

ADN produit en recombinant les gènes des deux parents, sauf celui des mitochondries, les générateurs d’énergie contenus dans toutes cellules, qui ne proviennent que de la mère. Et puis, à partir de la naissance, un ADN complètement exogène s’y rajoute, celui de notre microbiote, le mot actuellement à la mode pour dire « flore intestinale » (c’est vrai que c’est plus chic) : les bactéries qui habitent notre surface corporelle et surtout notre tube digestif (10 fois plus nombreuses que les cellules de notre corps).

Les gènes contenus dans l’ADN servent à la fois de plan de développement, puis de maintenance de l’usine – et à son fonctionnement quotidien.

Cette information n’est pas rigide, l’usine possède un haut niveau d’adaptabilité à la fois par rapport à son environnement (activation ou désactivation de tels ou tels gènes).

L’activité de l’usine est orientée vers un but ultime: la reproduction.

Avec une contrainte forte: l’énergie est rare.

On a un peu tendance à l’oublier quand on vit entourés de supermarchés avec un réfrigérateur à la maison ! Un peu comme une entreprise (collection d’individus) a une vision, une stratégie, des tactiques pour implémenter la stratégie, et une source d’investissement limitée.

La vision, c’est de se reproduire. Pour ça il faut au moins exister, être capable de fonctionner dans un environnement donné, puis attirer l’attention du sexe opposé, et vivre assez longtemps ensuite pour pouvoir aider les rejetons à poursuivre cette noble mission.

Le cerveau, ultime firmware pour l’instant, pilote tout cela à partir de sous-ensembles plus ou moins pré-cablés à la naissance, et des informations acquises par les différents sens, qui permettent l’action et également contribuent au modelage des circuits: la création des valeurs et des croyances qui pilotent notre fonctionnement.

Au centre de tout cela est la conscience, en tous cas pour les humains, mystérieuse et bien difficile à définir. Pas tant par son rapport à la pensée (comme le dit Descartes) qu’à l’expérience (au sens anglais, difficile à traduire, du « ressenti »). Je suis parce que je sens que je suis.

L’usine digitale

Des milliards de milliards de nano machines affairées refont de l’ATP avec de l’ADP en permanence (l’équivalent de notre propre poids tous les jours), d’autres réparent les cellules endommagées, ou en produisent de nouvelles, d’autres encore combattent les hackers divers qui veulent pirater la machine pour leur propre compte (les virus).

Des membranes font office de condensateurs miniatures et génèrent des différences de potentiel qui vont alimenter les pompes à protons … Les molécules sont cassées pour en extraire de l’énergie et en fabriquer d’autres, suivant un plan dont l’objectif est de permettre la duplication, le plus efficacement possible compte tenu de diverses contraintes, notamment l’accès à l’énergie.

F2.large

Rien de magique là dedans, même si on ne comprend pas encore beaucoup de propriétés, notamment la conscience ; et si nos connaissances sur le fonctionnement précis du cerveau sont encore très limitées.

Pour l’instant rien ne prouve qu’au plus profond de nous mêmes nous soyons plus qu’un système d’information, construit à partir d’une chimie carbonée et pas siliconée (non, je ne vais pas faire de blague débile sur Pamela Anderson).

A moins qu’un amateur de Gödel vienne m’agiter sous le nez un des deux théorèmes d’incomplétude pour me prouver que j’ai tout faux – ou que je n’ai aucun moyen d’affirmer qu’il n’est pas prouvable  que ce ne soit pas faux – ce qui ne garantit pas que cela puisse être vrai un jour …

Conclusion provisoire

Mon postulat : rien n’interdit de penser que la conscience, produit indirect de toute cette machinerie, ne puisse pas un jour être simulée, voire carrément reproduite, sur un autre substrat physique.

A suivre … et à réagir si vous avez des arguments contradictoires !

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18 commentaires pour La réalité virtuelle : virtuellement réelle (post 2)

  1. Marc dit :

    Bonjour Phil

    Heureux de retrouver des billets où je puisse exprimer mon « désaccord ». 😉

    Tu écris : « Le cerveau, ultime firmware pour l’instant, pilote tout cela…… »
    Je pense que là tu es très réducteur.
    Je t’accorde malgré tout que c’est la pensée dominante.
    Comme je pense que tu es trop « simpliste », ta conclusion provisoire est donc pour moi fausse en ce sens qu’il y a trop de chose que nous ignorons pour pouvoir modéliser et donc reproduire.
    Par exemple, tu écris « Cette information n’est pas rigide, l’usine possède un haut niveau d’adaptabilité à la fois par rapport à son environnement (activation ou désactivation de tels ou tels gènes). » Je pense que tu fais allusion à l’épigénétique.
    Je pense que c’est l’exemple type de ce qui sera un frein à la reproductibilité car on ignore justement comment fonctionne cette adaptabilité.

    Tu évoques aussi le micro-biote.
    Encore un domaine quasiment inconnu. La « profondeur » de l’inconnu est telle dans ce domaine que même si nous savons comme tu l’écris qu’il représente plus de cellules que l’ensemble des nôtres, nous ignorons encore totalement le nombre total des « différentes espèces présentes dans notre tube digestif au point que notre précision est qu’il en existe entre 500 et 1000 différentes. Cette imprécision vient d’une estimation car nous sommes aujourd’hui incapable de les mettre en évidence, de les voir donc et à fortiori de les cultiver.
    Or par exemple nous savons que certaines d’entre elles produisent de la sérotonine qui agit sur notre humeur et donc sur nous.
    Par ailleurs, d’autres études envisagent qu’il existe un lien entre ce biotope et l’obésité.

    Donc beaucoup, beaucoup, beaucoup d’ignorance.
    Comment reproduire quelque chose dont on ignore « pratiquement tout » ?

    Je m’inspirerai donc de Coluche : « Quand on en sait aussi peu, on est autoriser à ……….  » ne pas aller trop loin dans la prospective.
    Non ?

    • Renaud GOMBERT dit :

      Hello Phil, Hello Marc,

      J’ai mon lot de points de désaccord avec ce que Phil a écrit, mais c’est parce que je suis un contradicteur pathologique. D’ailleurs, Marc, je vais de contredire aussi !

      Je suis totalement d’accord avec ton énoncé de la profondeur de notre ignorance. Par contre, de mon point de vue ça n’est pas un argument valable pour réfuter la possibilité de création d’une conscience sur un autre « substrat ».

      Le microbiote ou la machinerie (épi)génétique ne sont que des éléments qui supportent la vie et permettent à la conscience d’exister. En ce sens, il est fort possible qu’elles ne sont pas déterminantes ni de sa nature ni de sa fonction. Cela relève justement du substrat, et il me semble tout à fait envisageable que la conscience puisse effectivement être « obtenue » sur un substrat différent.

      De la même manière, on sait que l’ADN avec sa structure spécifique et la machinerie biologique qui le supporte n’est pas du tout nécessaire à la reproduction et à l’évolution. On a programmé des algorithmes génétiques en en reproduisant simplement le principe de fonctionnement… du coup on SAIT que l’on peut obtenir de l’évolution avec une recette très simple : créer des combinaisons et variations aléatoires d’un grand nombre de variantes d’un « code », sélectionnée par une fonction de fitness au fil du temps. Rincer, essorer, recommencer !

      Donc pas besoin d’ARN, de ribosomes, ni même d’ADN pour avoir un processus aussi puissant et créateur que l’évolution.
      Possiblement pas besoin non plus d’organisme vivant au sens biologique classique pour exhiber de la « conscience ».

      Point de détail : on sait que l’évolution peut s’obtenir juste avec ce hasard et cette sélection, c’est absolument totalement irréfutablement établi. Par contre, dans le cas de l’évolution des espèces ça ne prouve pas que « le hasard est totalement aléatoire ». Ça laisse une place possible à l’intervention d’autre chose que le hasard.

      L’absence du microbiote et autres épifaceurs de la conscience signifie simplement que le couplage de la conscience à son environnement sera différent. Une conscience « artificielle » n’a pas a être une simulation d’humain au sens de « biologiquement équivalent ». D’ailleurs cette conscience serait certainement très différente de la notre, sans en être moins « conscience » pour autant.

    • Renaud dit :

      Intermède SPAM… mais je pense que ça peut en intéresser certains ici 😉

      Si vous êtes un peu dégrossi en informatique et curieux des approches heuristiques du genre réseaux de neurones, essaims de fourmis ou algo génétiques, foncez lire ce bouquin : http://cleveralgorithms.com/

      N’hésitez pas à l’acheter si le sujet vous intéresse assez (c’est pas franchement de la vulgarisation), car il n’est pas cher et il est BEAUCOUP plus lisible au format « commercial ». Il représente un travail énorme, et il est vraiment très intéressant.

      • paleophil dit :

        OK ! et tu me diras ce que tu penses du lien que j’ai mis – le type a l’air très pointu en IA et il raconte des choses intéressantes !

      • paleophil dit :

        Je viens de l’acheter. Ca serait un comble que ça me donne envie de me remettre à programmer. La dernière fois que j’ai fait du code (à part des macros Excel :-)) c’était en 1986. Et c’était de l’assembleur 8088 ! Ceci dit le champ de l’IA me démange un peu. A moment donné à force d’en parler tu as envie de rentrer un peu dans le truc et puis tout le monde raconte tellement n’importe quoi ! Si le sujet t’intéresse Olivier Ezratty a écrit un ebook (gratuit) sur le sujet qui est bien fait. Tu peux le downloader sur son site.

      • Renaud dit :

        Tu verras, les explications sont claires, les algos sont bien spécifiés (en pseudocode bien clair) puis ensuite en code Ruby (qui est un langage assez simple à comprendre et à prendre en main).

        Le lien dont tu parles c’est celui de l’article « The Brain vs Deep Learning » ? J’ai lu en diagonale et oui c’est intéressant. Supposition sur supposition puissance estimation facteur approximation à l’exposant pifométrique, mais oui, ça mène là où ça veut mener, et je suis plutôt d’accord avec l’idée générale. Mais là encore, j’ai lu en diagonale et il y aurait beaucoup à dire.

        On lit effectivement tout et n’importe quoi, et beaucoup d’opinions servies comme des faits alors qu’elles n’en sont pas. Ce qui ne les rend pas fausse pour autant.

        Le sujet m’intéresse depuis toujours (j’avais commencé un DEA de sciences cognitives, à l’époque, c’est dire), mais plus pour des raisons philosophiques que pratiques. En passant, merci pour les suggestions de lecture, et tes propres articles 🙂

      • Renaud dit :

        @phil (et aux autres) Lecture chaudement recommandée dans la lignée du sujet : http://ncase.me/OVC2016/

  2. paleophil dit :

    En fait vous êtes tous les deux d’accord avec le « fond » de mon argument :
    @Marc : je ne dis pas qu’on sait, je dis qu’il n’y a rien qui prouve qu’on ne puisse pas savoir un jour, autrement dit que cette complexité n’est pas « irréductible » (au sens de « MapReduce en IA »). Après, est-ce que cette complexité nous sera intelligible dans 10, 100 ou 1000 ans, c’est plutôt là que se pose le débat. et notamment pour les fonctions intellectuelles, on découvre de la complexité au fur et à mesure où on en avance (un très bon post sur le sujet, encore plus long que les miens) est ici : http://timdettmers.com/2015/07/27/brain-vs-deep-learning-singularity/ Une espèce de paradoxe de Zénon !
    @Renaud : d’accord avec toi sur le fait qu’on n’aie pas besoin de reproduire à l’identique pour arriver au « résultat » qui est est la conscience. Il y a sans doute des moyens plus simples d’y arriver. L’histoire de la technologie, c’est de regarder la nature, d’essayer de comprendre comment elle fonctionne, et de fabriquer quelque chose de différent, et qui va être plus efficace par rapport au contexte dans lequel on veut l’utiliser. Sachant qu’une contrainte majeure de l’évolution (en plus du fait qu’elle n’est pas « intelligente », donc travaille dans un processus d’essai/erreur qui est très coûteux en temps … et en vies) c’est l’économie d’énergie.
    Les deux exemples évidents qui me viennent à l’esprit sont la loupe (que je porte actuellement pour lire l’arial 12 de mon ordi) et l’avion : au début on a essayé d’imiter les oiseaux pour voler, et on a fini par faire un truc très différent, utilisant les mêmes lois de physique (la portance) et plus efficace de notre point de vue (essayez donc de mettre 600 personnes sur le dos d’un aigle) mais nettement plus vorace en énergie.
    Je reprendrai des commentaires plus pointus un peu plus tard. Merci pour les vôtres. Ce post à l’origine est plutôt destiné à LinkedIn (ou je vais plus discourir sur la techno et le business) mais ça fait plaisir de voir réagir mes « fidèles contradicteurs » ! Bonne journée à vous, la suite arrive et va être plus polémique à mon avis 🙂

    • Renaud dit :

      Rapport à @Marc: Non seulement ça, mais en plus rien ne dit qu’il faille nécessairement comprendre pour reproduire ou utiliser. On peut très bien imaginer découvrir des « conditions d’émergence » et les reproduire, sans maîtrise précise du processus de l’émergence.

      Certains problèmes sont irréductibles, en terme de complexité. En informatique on sait parfaitement classifier ces problèmes de complexité, et les cas ne manquent pas où on a un algorithme très simple pour résoudre un problème, inutilisable en réalité. L’exemple typique est celui des jeux comme les échecs, le go, ou des problèmes comme celui du voyageur de commerce. Dans tous ces cas on connait un algo parfait, qui trouve nécessairement la solution optimale. En simplifiant, il suffit de développer toutes les combinaisons possibles et de choisir la meilleur. Sauf qu’en pratique l’espace des solutions devient si gigantesque avec la croissance domaine que l’algo n’est pas utilisable en pratique. MapReduce ou l’explosion du multicore n’y changeront rien, c’est intrinsèque à la nature même du problème. Et je ne parle là que de problèmes pour lesquels on connait pourtant déjà parfaitement la solution !

      Face à ce genre de difficultés, justement, on laisse tomber l’algorithme « idéal » et on emploie des heuristiques (sorte d’algo « approximatifs ») qui ne garantissent pas de trouver LA solution idéale (en un temps qui tends vers l’infini très rapidement) mais une ou plusieurs solutions « raisonnablement acceptables » dans un temps « raisonnable ». C’est de ça dont il est question dans le bouquin que j’ai indiqué par ailleurs.

      Rapport à @Renaud: yep. Je pense que Marc commentait dans ce sens parce qu’il doit avoir qq part dans la tête ce à quoi tu va probablement nous mener à un moment ou a un autre : le « téléchargement » de la conscience humaine vers un substrat artificiel… c’est bien plus épineux que simplement créer de la conscience (qui n’est déjà pas évident). C’est comme un peu comme vouloir installer le même programme sur des OS différents : Windows ou Linux fournissent toute la couche OS nécessaire, mais les programmes ne sont pourtant pas directement transférables. Avec la conscience, c’est pareil : avant de faire de la copie de conscience humaine sur un autre substrat il faudra satisfaire d’autres contraintes que simplement la capacité à être une conscience.

      • paleophil dit :

        Oui tu as déjà une idée du dénouement 🙂 et c’est un processus par étapes effectivement : Modéliser, implémenter sur un autre substrat (enfin ça pas forcément, peut-être que l’informatique de dans 50 ans sera biologique), extraire l’info, et la transférer ensuite. Il faut inventer l’ETL du cerveau quoi 🙂

  3. nfkb0 dit :

    Tu parles un peu d’ADN et bim conclusion sur la conscience.
    #shortcut
    Ça va trop vite pour moi.

    • paleophil dit :

      Roooo ! le propos est de montrer qu’il n’y rien d’autre que substrat biologique, y compris pour la conscience. Mais comme je pense que la conscience est produite dans le cerveau et que je n’y connais pour le coup par grand chose, j’ai surtout parlé de l’ADN et paraphrasé Nick Lane 🙂

  4. Marc dit :

    @Renaud
    Tu écris ; « Je suis totalement d’accord avec ton énoncé de la profondeur de notre ignorance. Par contre, de mon point de vue ça n’est pas un argument valable pour réfuter la possibilité de création d’une conscience sur un autre « substrat ». »
    Pourtant, il me semble que « croire » que la conscience a pour siège unique le cerveau et donc créer une conscience sur un autre substrat en se basant sur cette modélisation unique ( le cerveau) me parait faire preuve de « légèreté ».
    Je veux bien admettre une conscience sur un substrat différent mais alors cela n’aura rien à voir , aucune similitude avec la conscience humaine. Je te suis donc parfaitement sur ce point.

    Pour ce qui est de la transposition de la conscience humaine sur un autre substrat, je n’y pensais pas particulièrement mais je trouve ce projet « fumeux » dans la mesure où nous ignorons tout du lieu véritable de la « conscience humaine » et il parait peu probable qu’elle se situe exclusivement dans le cerveau humain. ( à la différence de @Phil, apparemment)

    En te lisant, je perçois mon ignorance sur tout ce qui touche aux algorithme informatiques et donc je crains de ne pouvoir être accessible à la compréhension d’un certain nombre d’explications de ta part car n’ayant pas les « bases ». Ou alors il faudra que tu sois particulièrement pédagogue ;-))

    @ Phil
    Qu’on le sache un jour, c’est possible.
    Mais en attendant, je trouve que l’on balaie vite nos ignorances pour « monter en épingle » le peu que l’on sait et tirer des conclusions « définitives ».
    Je suis d’accord avec toi que l’innovation ce n’est pas de copier mais d’inventer des choses « inimaginables ».
    A la suite de Renaud, je pense au contraire qu’il faille comprendre mais en dehors de sa propre « spécialité ». Je m’explique : je crois que ceux qui ont « inventé » des choses novatrices étaient des personnages curieux de tout et hors normes. On n’invente rien quand on est dans la norme car alors on ne fait que reproduire. Je crois que c’est en mettant en perspective différentes choses qui sont individuellement incomprises que parfois, chez certains surgit « la lumière ».
    La nouveauté ne peut survenir que chez les anticonformistes, or dans mon domaine, le conformisme est la norme et est de rigueur.

    • Renaud dit :

      @Marc
      On a de vraies bonnes raisons de penser que la conscience est localisée dans le cerveau. En particulier du fait des effets bien documentés de divers atteintes « au cerveau » sur les capacités cognitives. Mais c’est vrai qu’on parle de conscience dans un flou total depuis un moment… il faudrait peut-être préciser pour y voir plus clair, mais les commentaires du blog ne vont pas y surir !

      On peut arguer que ces observations sur le cerveau ne prouvent pas que notre cognition et/ou notre conscience y soient localisés : peut-être n’est-il qu’une sorte de récepteur radio de notre âme ou de notre esprit situés « ailleurs » ? Cela pourrait aussi expliquer les observations évoquées, ou l’altération des capacités cognitives sous l’effet de diverses substances chimiques affectant les neurones. Sauf qu’il y d’autres éléments qui rendent cette hypothèse hautement improbable dans son sens fort, sans compter le rasoir d’Occam. J’admets pourtant que pour moi il n’est pas tout a fait impossible que le cerveau « capte » **aussi** des infos « externes », mais sans que ça remette en question la localisation de la conscience dans le cerveau.

      Si on se fie à l’expérience décrite de certains mystiques, la conscience peut aussi se situer au niveau du cœur (cf. l’hésychasme, entre autres). D’ailleurs c’est une zone où il y a des neurones, tout comme autour de l’appareil digestif, donc ça peut sembler envisageable. Il faut noter que ça ne réduirait pas l’hypothèse, si cette conscience se trouvait dans les neurones du cœur, puisqu’on serait toujours dans de la « matière grise », un peu délocalisée, mais pas trop. Malheureusement cela ne prouve rien, car le ressenti dans une zone ne garantit pas que « ça » se passe dans la zone, que ça vient de là. Le gars qui a l’estomac noué le jour d’un exam en est un bon exemple.

      Mais, tout cela étant dit, je pense aussi qu’il est assez fumeux d’envisager sérieusement l’idée du téléchargement de conscience pour le moment 😉

      Pour l’informatique je veux bien essayer de mon mieux d’être pédagogue, mais la place et le temps vont manquer ici (et j’envahis déjà un peu trop l’espace que Phil nous offre, tant je suis clavard). Mais c’est vrai que lorsqu’on s’intéresse à ces sujets l’informatique (au sens de science) jette un éclairage captivant sur les choses.

  5. paleophil dit :

    Cette discussion est finalement nettement plus à sa place ici que sur LinkedIn 🙂 L’espace est libre, mon abonnement WP ne me coute pas plus cher même si Renaud met des commentaires plus longs que mes posts ha ha ha donc faites vous plaisir. Effectivement une interrogation de fond sous-jacente à la série de posts c’est « qu’est ce que la conscience exactement » et c’est un problème biologico-philosophique compliqué, voire même métaphysique.

    Il y a le camp des rationalistes sceptiques, dans lequel je me range : rien n’existe en dehors de la biologie. Je me tiens là dans une posture « rasoir d’Occam » sur un raisonnement simpliste: il n’ a pas de saut qualitatif dans la montée en complexité des espèces et de leur système nerveux. Le ver c.elegans a 300 neurones et nous je sais plus combien de milliards; nous avons une conscience et pas lui mais il n’y a pas de différence qualitative entre ses neurones et les nôtres. On pourrait contester l’affirmation qu’il n’a pas de conscience, c’est vrai. Par contre nous sommes surs que ses capacités cognitives sont plus réduites que les nôtres, et il semble y avoir une corrélation forte entre capacités cognitives avancées et conscience. On pourrait aussi dire que c’est une corrélation … qui ne garantit pas une causalité, mais en fait, on s’en fout…
    Je pense que la conscience co-évolue avec les capacités cognitives, et les deux sont un avantage formidable au sens de l’évolution par ce qu’elles amènent de capacités à intervenir sur l’environnement pour en tirer parti: de la découverte du feu qui permet de faire cuire la viande et de la conserver à l’invention de l’informatique pour faire des ordinateurs qui nous battent aux échecs. Est-ce qu’un zombie ayant nos capacités cognitives mais dénué de conscience serait aussi bien outillé que nous pour survivre ? Je ne pense pas, même si une des conséquences de la conscience est de nous permettre de détourner nos impératifs de survie biologique au profit de notre plaisir (nourriture, sexe) sans modifier radicalement notre « pulsion de vie » comme dirait tonton Sigismond et nous empêcher de nous reproduire. Bref aucun mystère là dedans, juste une accumulation de complexité qui fait émerger une nouvelle propriété. Au passage, la localisation précise (coeur, cerveau, intestin) a assez peu d’importance; et si on repart dans les métaphores informatiques, la conscience peut se situer partout et nulle part à la fois. De la mème manière qu’on peut fabriquer une information qui va être visible sur mon écran d’ordi en allant chercher des données sur des serveurs aux quatre coins de la planète, et donc en exécutant des bouts de code dans plein d’endroits à la fois et en produisant un résultat à un endroit donné.

    On peut rester rationaliste et ouvrir le sujet en mettant une louche de théorie des cordes, à la sauce : l’univers est bien plus complexe que la représentation qu’on en a avec nos sens, il a 7 ou 21 dimensions, le modèle que nous avons du monde est incomplet, et certaines de ses propriétés nécessite d’avoir recours à ce modèle d’une complexité supérieure pour produire du sens. Peut-être qu’en allant plus avant en physique ou en biologie on butera sur des problèmes qui seront résolus en changeant de dimensions (si j’ose dire). Mais pour l’instant on n’en sait pas assez, on sait juste qu’on ne sait pas grand chose !

    Enfin, on peut invoquer Dieu et l’âme et postuler que c’est inexplicable parce que ça ne peut pas être expliqué (ou parler de complexité irréductible, ce qui revient un peu au même). Moi cette explication ne me va pas pour deux raisons :

    1. Une paresse intellectuelle manifeste (ben si c’est divin c’est pas la peine de se faire chier à réfléchir, hein) qui pour moi est une posture, si j’ose dire, diabolique ! Deux citations sur le sujet :

    Eric Schmidt (Président d’Alphabet) : Nous représentons une religion particulière, qui ressemble à ça: si vous prenez beaucoup de gens, et que vous leur donnez des moyens avec des outils de communication et des opportunités potentielles, la société deviendra meilleure. Notre solution est une combinaison d’autonomie individuelle (empowerment, intraduisible), d’innovation et de créativité sera notre solution … mais on peut considérer cela comme une religion !

    Socrate : There is only one good, knowledge, and one evil, ignorance.

    Je pense comme Socrate que l’ignorance est la pire des fautes. On peut contester ça : Être relativiste et dire que l’imam qui revendique l’excision des petites filles et la lapidation des apostats, l’indien yanomami qui adore l’esprit de la forêt, ou le membre de la secte de la terre plate (http://www.theflatearthsociety.org/cms/index.php/about-the-society/history-and-mission) ont des cultures et des représentations du monde qui ne sont ni meilleures ni pires que la mienne. Mais je crois à l’augmentation de la connaissance globale comme vertu suprême, et effectivement, c’est une croyance. Encore un autre débat !

    Le recours à l’âme est pour moi un raccourci facile. Et puis je ressors mon rasoir d’Occam et pour paraphraser Hawkings – je n’ai pas besoin de dieu dans mes équations (sauf si c’est dieu les équations mais c’est encore un autre débat) . L’idée de l’âme et tout ce qui va avec, les anges, la punition éternelle, le dieu barbu est tellement explicable par une lecture rationnelle de notre fonctionnement mental (projections à tout va, injustice insupportable, peur de la mort et capacité de sacrifice pour passer les gènes à la génération suivante) que je ne vois pas pourquoi il en faudrait une autre.

    Je vais publier les autres posts cet après midi parce qu’en fait on est déjà en train de discuter de la suite !

    • Renaud dit :

      Je suis aussi fondamentalement rationaliste, et je ne vois pas la nécessité de faire intervenir une âme ou un esprit externe pour expliquer la conscience. Il semble que ça ne soit pas nécessaire. Mais en même temps cela n’en exclue pas l’existence. Et je ne parle pas des théories fumeuses qui mettent un verni pseudo-scientifique aux bonnes vieille fadaises, à grande louche d’interprétations fantaisistes de mécanique quantique ou relativiste.

      Tu dis « Est-ce qu’un zombie ayant nos capacités cognitives mais dénué de conscience serait aussi bien outillé que nous pour survivre ? »

      Tu parles de conscience morale ? Elle manque souvent chez les zombies 😉
      Ou tu parles de la conscience au sens large ? LOL.

      En fait je ne suis pas certain que ton scénario soit seulement possible.
      Et non, ce n’est pas à cause du détail « zombie ».
      Plutôt à cause de cette possibilité : notre conscience peut être « simplement » une propriété émergente de nos capacités cognitives. Et particulièrement de la capacité au langage. Je « crois » assez fort à ça. Très fort, en fait.

      • paleophil dit :

        je pense que nous sommes parfaitement alignés sur le sujet 🙂 le coup des zombies c’était dans un podcast de Sam Harris. Conscience n’est pas conscience morale : un psychopathe a une conscience, mais dénuée d’empathie et pas de morale. Je ne sais pas ! On embarque en plein territoire philosophique et je manque cruellement de références sur le sujet !

  6. Renaud dit :

    Je suis tombé sur cet article ce soir, et ça me semble intéressant de l’ajouter ici. Bonne lecture.

    https://sergiograziosi.wordpress.com/2016/05/22/robert-epsteins-empty-essay/

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