=60000/(CNUM(GAUCHE(S2;2))*60+CNUM(DROITE(S2;2)))

Ca fait un moment que je me prends le chou pour essayer de voir comment je progresse ou je régresse au gré des entrainements … et des blessures. En fait c’est assez difficile, puisque même en faisant fréquemment les mêmes parcours, la FC moyenne n’est pas toujours la même, la vitesse non plus, et je me retrouve à faire des règles de trois merdiques qui n’amènent à rien. je ne suis pas sur que ce que je vais expliquer maintenant soit nettement meilleur, mais au moins j’aurai essayé et vous pourrez me dire ce que vous en pensez. 

Intro un peu barrée

En business on dit « ce qui ne se mesure pas n’existe pas ». Ce qui est souvent un prétexte à nous assassiner à grand coups de tableaux excel censés prédire l’avenir sous prétexte de mesurer divers éléments de performance. Ca peut peut aller du chiffre d’affaire trimestriel au nombre de prospects qui cliquent sur la bannière du site web, et j’en passe. Evidemment, trop d’indicateurs tuent les indicateurs (comment analyser une situation sur laquelle on a 40 paramètre différents sachant que notre mémoire de travail traite péniblement 7 variables) et les résultats passés ne sont pas une garantie des résultats futurs, comme on dit sur les brochures des Sicav. Et non, même la dernière version d’Excel n’est pas capable de prédire le futur, pas plus que la prochaine.

Extrapoler le futur à partir du passé à partir du moment où les phénomènes sont suffisamment déterministes, oui, c’est toute la promesse du big data, mais dès que de l’aléatoire entre en jeu ça ne marche plus. Nous avons un cerveau qui a évolué pour produire des raisonnements de causalité et d’analogie parce que ça nous a donné un avantage compétitif : il valait mieux mettre du sens là où il n’y avait pas que ne pas en mettre là où il y en avait. L’aléatoire, est-ce ce sur quoi on ne sait pas mettre de causalité parce qu’on ne connait pas les paramètres qui déterminent le phénomène, ou  « vraiment » aléatoire … Est-ce que l’univers est déterministe ou aléatoire, sachant que son soubassement quantique n’a pas l’air d’être tellement causal ?

En course à pied, c’est plus facile 🙂

Les paramètres principaux qu’on mesure, c’est la FC et la vitesse. OK le Garmin donne maintenant plein d’autres indications mais finalement, à part la cadence (toujours supérieure à 180 siouplait), on reste là dessus. Bien sur, Veronique Billat mesure plein d’autres choses, Monstade aussi mais c’est pas trop facile à emporter sur une sortie.

J’aimerais bien par exemple pouvoir mesurer ma glycémie, la répartition de consommation de substrats énergétiques en fonction de l’effort, ma dette d’oxygène à chaque fois que je fractionne, mon taux de lactate mais pour l’instant c’est hors de portée, et puis c’est pas sur que je pourrais en sortir quelque chose.

FC et vitesse.

La FC est une variable qui « synthétise » naturellement tout un tas d’autres paramètres, depuis le volume de mon ventricule jusqu’à la densité de capillaires dans les muscles (tiens, on pourrait faire des biopsies aussi) et elle est globalement linéairement corrélée à la vitesse sur un laps de temps court (après il y a la fatigue) et une fois qu’on est en mode « permanent » (en ayant eu le temps que la machine se mette en route) et suffisamment en dessous de VO2max, ce qui est le cas sur les entrainements en endurance.

A force de voir tous ces nombres je me suis dit que le rapport Vitesse en m/mn divisé par la FC en puls/mn devait donner une idée de l’efficacité de ma « machine à produire du déplacement ». En plus le ratio donne « nombre de mètres parcourus par battement cardiaque » et je trouve ça assez joli : à chaque fois que mon coeur se contracte et expulse quelques centilitres de sang, hop, je parcours x mètres. Mais combien, et comment ce ratio là évolue-t-il en fonction de ma vitesse, de ma fatigue, de mon entrainement ?

Application pratique

J’ai eu envie de faire ça pour pouvoir comparer l’évolution de ma performance sur les séances LMVL chères à Jean, parce que j’avais bien remarqué que depuis quelques semaines j’allais de plus en plus vite à quasi-iso pulsations.

Alors si je compare les dernières sorties, ça donne ça :

01 Mars 10 Mai 17 mai 30 Mai
L 1,36 1,42 1,45 1,59
M 1,37 1,32 1,46 1,54
V 1,34 1,29 1,42 1,48
L 1,19 1,15 1,34 1,34
MOY 1,30 1,29 1,42 1,47

Chaque fraction dure 15 ou 20 minutes et on passe de 75 / 85 /90% FC max (sous SV1, entre SV1 et SV2, SV2), donc un bon « éventail » de la performance aérobie.

En moyenne je passe de 1,30 à 1,47 en deux mois, soit un gain de performance de 13%; C’est énorme ! Ca fait passer de 3:30 sur marathon à 3:05. L’amélioration la plus notable est à vitesse lente, mais c’est peut être un artefact vu qu’il y a la phase de « chauffe ».  En vitesse pure et en récup je progresse de 11% et 13%.

Ca se voit mieux sur un graphique :

Un petit histogramme

Un petit histogramme

Je me suis amusé à appliquer le calcul à l’évolution de ma performance sur marathon depuis que j’ai recommencé à courir, en 2010 (5 ans …).  Ca donne ça :

Marathon de Londres 2015 1,28
Marathon de Paris 2015 (MA) 1,13
Marathon de Chicago 2014 1,33
Marathon de La Rochelle 2013 1,29
Marathon de Paris 2013 !!! 1,32
Marathon de Paris, meneur d’allure, 2012 1,14
Marathon de NY … 2011 1,20
Marathon de Cheverny 0,93

Là aussi ça se tient. On passe sur Cheverny, que j’ai fait en 4:52 (même pas honte, c’était la reprise) . Mon PR pour l’instant est Paris 2013 (1,32), La Rochelle et Chicago j’étais bien entrainé mais blessé / emmerdé musculairement pendant la course et Londres donne un niveau assez comparable à Paris (un écart de 3%, qui correspond peu ou prou à l’écart de temps (10 minutes sur 300).

Bizarrement les marathons en meneur d’allure sont moins « efficaces ». Mais à Paris en 2012 j’avais la crève, et en 2015 j’étais totalement à jeun et j’ai eu une montée de FC sur le deuxième semi que je n’ai toujours pas expliquée.

Si je regarde sur des semis aux même périodes les ratios sont un peu meilleurs : c’est l’effet de la fatigue.

Semi-Marathon de Rueil 2015 1,41
Semi-marathon de Boulogne 2014 1,38
Pré marathon Chicago 1,59
Semi marathon de Boulogne Billancourt 2012 1,39
Semi marathon de NY … 1,36
Semi Marathon de Paris 2012 1,32

La meilleure performance toutes sorties confondues est mon échauffement avant le Marathon de Chicago : 1,59 ! Effet sans doute du « tapering » qui doit donc avoir un effet sur la fatigue cardiaque, et faire que le muscle se contracte plus efficacement (je ne pense pas que les mitochondries poussent pendant la dernière semaine d’entrainement :-))

Enfin, si on veut regarder la performance sur un marathon, on voit l’impact de la fatigue !

J'ai bien fait 42 bornes mais pas tout topé !

Londres 2015 : j’ai bien fait 42 bornes mais pas tout topé !

Sous le capot

A part ça pour faire ces calculs il faut pouvoir exporter les fichiers Garmin en CSV (marche bien avec Chrome, pas avec Safari), les réimporter dans Excel, se bagarrer avec les formats de date utilisés pour les exports de 00:05:30, convertissez le en nombre et c’est l’enfer … après quelques essais infructueux j’ai trouvé la fonction =TEXTE(ref_cell; »hh:mm ») pour convertir le format de date en texte utilisable et une petite formule de concaténation pour calculer la vitesse en m/s qui m’a rappelé des vieux souvenirs : =60000/(CNUM(GAUCHE(S2;2))*60+CNUM(DROITE(S2;2))). Bon enfin si ça vous inspire et vous intéresse je vous les enverrai.

Et si vous avez une meilleure méthode, plus automatique pour faire ces calculs, je veux bien aussi !

Vivement un gros big data pour faire tout ça à ma place 🙂 et une compète pour voir si toutes ces prévisions se réalisent dans la vraie vie 🙂

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4 commentaires pour =60000/(CNUM(GAUCHE(S2;2))*60+CNUM(DROITE(S2;2)))

  1. nfkb0 dit :

    Tu es le Joe Friel français 🙂

    Lui conseille de suivre le rapport Pa:Hr sur un circuit habituel, donc tout comme toi… le problème c’est effectivement de faire ça dans des conditions météos/fatigue un peu similaires, quasi mission impossible…

    C’est là où en vélo on a la magie du capteur de puissance (#jeradote)

    http://help.trainingpeaks.com/hc/en-us/articles/204071724-Aerobic-Decoupling-and-Efficiency-Factor

  2. nfkb (@nfkb) dit :

    Une question importante pourrait être de se demander pourquoi tu t’entraînes ? Moi je n’ai pas de désir de performance en ce moment par exemple : http://www.nfkb0.com/2015/06/03/lentrainement/

    Donc pas de nécessité de suivre de tels indicateurs pour moi (surtout que j’aurais peur de voir le truc stagner, ça me ferait chier, alors qu’en plus au fond je m’en fous)
    Mais ton idée est marrante et je pense qu’il s’agit effectivement d’une bonne mesure synthétique de l’efficacité 🙂 Faudrait juste mieux définir à mon sens plusieurs situations de mesure de ton rapport Allure/FC : comparé en footing à l’allure marathon par exemple… Comme tu le sais on peut progresser dans une plage de vitesse et stagner dans une autre.

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