Boue, froid, radiations et objets connectés …

Boue …

Je persévère sur le vélotaf.

Au point que je suis irrité quand les obligations professionnelles m’obligent à prendre ma voiture, ce qui arrive quand même assez souvent. Mais le plan « lever le matin, prendre un café, enfourcher le vélo, pédaler pendant 40 minutes, arriver au boulot couvert de boue, prendre une douche, commencer à bosser » me convient très bien. Je fais même souvent le  morning brief en prenant un café avec mon équipe avant la douche et démarre donc ma journée de travail en short, ce qui fait une espèce de transition en douceur entre le monde personnel et professionnel. Ceci dit il y a longtemps que chez moi cette barrière est assez poreuse et que l’habit ne fait plus le moine, en tout cas n’est pas nécessaire pour travailler efficacement. J’aime cette absence de barrière sociale qui pour moi va de pair avec un bon travail d’équipe. Ce qui rend d’autant plus amusant le fait de mettre mon « habit de lumière » quand je le juge utile. Je fais quand même gaffe à ne pas croiser un client en sortant de la douche, ce qui est un peu absurde : pourquoi ma performance et ma crédibilité professionnelles seraient affectées parce que je prends une douche ? Beaucoup d’études montrent que l’activité sportive se conjugue souvent avec l’efficacité professionnelle.  Et Scott Mc Nealy, le fondateur de Sun Microsystems, recevait ses clients en short et en tongs.

Hier soir au moment de partir mon patron rentre d’un rendez-vous,  il est trempé, me dit qu’il tombe des cordes et que je ferais mieux d’attendre. J’ai un diner à la maison, je suis déjà en retard, et puis  j’ai envie de me confronter à une situation climatique un peu difficile, juste pour voir. La veille il pleuvait un peu et il y avait un vent à décorner les boeufs, mais ça ne m’a pas posé de problème. Je jette un oeuil par la fenêtre et effectivement, il tombe des cordes. Bon. Ma femme me propose de venir me chercher. Je la rassure en lui promettant de l’appeler si jamais je rencontre une tornade en route :-). Dans le hall le standardiste me regarde avec une incrédulité certaine, me propose même de me prêter un blouson. Je n’ose lui dire que j’ai plutôt envie d’enlever mon t-shirt pour voir comment je réagirais à la pluie mais je le remercie en lui disant que ça va aller. Ma principale crainte est que s’il pleut vraiment fort, je vais avoir du mal à voir et qu’il fait quand même nuit noire.

Ca se passe très bien. Certes il fait un peu frisquet au début. Avec le garde-boue avant et  une lumière avant super puissante les gouttes d’eau projetées par la roue avant dans la lumière du phare sont très esthétiques (sorry, je n’ai pas fait de vidéo. Faudrait que je fasses le parcours avec une gopro un jour …); Sur route c’est impec, sur les petits chemins il y des feuilles, des flaques d’eau, de la boue. Tout ça fait un peu peur parfois, la roue arrière chasse un peu. Ca me rappelle les dérapages sur les graviers en bloquant la roue arrière quand j’avais 12 ans 🙂

Festival de sensations

Intérieures : je gamberge moins à vélo qu’en courant, mais quand même, la journée de travail y passe, le menu du diner … Sensorielles : la vitesse, l’obscurité, la flotte dans la figure, le regard qui se focalise sur le pinceau de lumière, l’équilibre à maintenir debout dans une descente glissante, les obstacles qui passent « au travers » du corps,les quadri qui brulent et le pouls qui arrive en SV2 en haut d’une côté . La texture des différents revêtements qu’on sent « passer »dans les mains. Extérieures : l’ouverture du ciel en quittant les berges de seine, la fermeture de la forêt, l’odeur des feuilles mortes, la puanteur des quelques voitures que je croise.

Et un sentiment d’alerte physique, ce léger stress que donne cet éveil nécessaire pour ne pas tomber tout simplement, être attentif, concentré. Pour le coup pas grand chose à voir avec la course, qui est bien plus pépère pour moi (OK j’ai jamais fait de vrai trail, je suppose que ça renvoie le même type de feeling). Vieux concept du moine zen qui ferme les yeux pour mieux viser : lâcher prise pour garder prise, être détendu et tonique en même temps.  Pas évident, mais nécessaire à la maitrise de l’art.

Du coup je travaille aussi pas mal la proprioception pour la course, même si je suis un peu en roue libre au niveau entrainement en ce moment (ouaf).

Deux sorties cette semaine, en 5 fingers. Sur parcours hyper boueux, c’est un régal. Je passe partout : boue, flaques d’eau. Ayant vaguement commencé à lire le bouquin de Romanov sur la méthode Pose, j’en ai retenu l’importance de se pencher en avant, d’avoir les genoux un peu fléchis et de se laisser entrainer par la gravité. Le truc amusant c’est que sur un sol très glissant, les imperfections de foulée sur sentent immédiatement : si quand je pose le pied je dérape vers l’avant, c’est le signe que j’attaque mal. Bon l’exercice a des limites : sur une plaque de glace, on ne peut pas courir puisqu’il n’y a plus aucun frottement permettant la traction.  Bref à tous ceux qui me disent qu’ils détestent la course parce qu’ils s’ennuient en courant, je conseille une sortie torse nu dans la boue avec 5 fingers, et je promets qu’il y a de quoi s’occuper 🙂

Froid

Dernière sorties en courant et à vélo : entre 2 degrés dimanche dernier et 8 degrés, soleil, vent, pluie. Toujours en short, toujours pas malade.  Ce qui amène mon deuxième sujet.

Hormesis

Ce qui ne te tue pas te rend plus fort. Celébrissime phrase de Nietsche, qui fait partie des rares citations que je connaisse et qui éclaire très bien le fonctionnement de l’organisme humain. C’est le principe de l’entrainement. Il y a un post intéressant de Josh Mitteldorf sur le sujet qu’il a écrit cette semaine.

Disons que l’organisme humain est un système très complexe dont les objectifs sont la survie et la reproduction en consommant une quantité d’énergie minimale, l’énergie (sous forme de nourriture) étant une ressource critique et donc un facteur limitant. L’organisme arbitre en permanence entre les différentes fonctions qu’il a remplir et alloue l’énergie vers ce qui est perçu comme le plus important pour la survie. Avec d’ailleurs des arbitrages dont j’ai déjà parlé ici entre survie et reproduction : quand l’énergie est rare (ie restriction calorique) la priorité devient la survie, histoire d’être encore vivants quand l’énergie sera suffisamment abondante pour se reproduire et alimenter les nouveaux nés, charge supplémentaire.

C’est ceci qui peut expliquer que nous ne soyons tous pas gaulés comme Schwartzenegger : un gène contrôle la quantité de muscle que nous fabriquons. Peut-être d’ailleurs que certains body-builders ont ce gène inactif, ce qui leur permet de fabriquer une quantité de muscle considérable, et très consommatrice d’énergie, donc un handicap quand l’énergie est rare.

L’exposition à un stresseur produit logiquement une réaction qui renforce la capacité de l’organisme à résister à ce stress. Vu dans une logique systémique, nous sommes bardés de capteurs internes qui analysent en permanence tout ce qui se passe dans l’organisme. Un stress produit des réaction chimiques qui sont analysées, et qui induisent d’autres réactions, qui vont réparer, voire renforcer, ce qui a été « stressé ». Sempiternel système de boucles de contre-réaction qui permettent l’homéostasie.

Plusieurs  points notables et intéressants : Le stress répété va permettre de renforcer significativement un aspect du fonctionnement de l’organisme (pensez seuil lactique avec l’entrainement au seuil, ou la puissance musculaire si vous mettez à faire des pompes tous les jours). Dès qu’on arrête de s’entrainer sur tel ou tel sujet, la performance diminue. En course à pieds c’est terrible : on perd 50% des gains obtenus à l’entrainement en quelques semaines. Souvent la réaction est « c’est trop injuste » ou « alors ça ne sert à rien de s’entrainer », mais c’est une réallocation d’actifs, comme dirait Greg. L’énergie part ailleurs.

Certains aspects sont « ouverts », d’autres non : le VO2max par exemple, où la dimension héréditaire est bien plus importante que l’entrainement. Personne n’imagine qu’on puisse allonger ses os en faisait des exercices spécifiques (à part Lamarck peut être :-)).

La question intéressante c’est justement quels agents, à quelle dose, et pour quel objectif  ?

Quand je cours par 2 degrés sous la pluie, j’ai un objectif qui est que ce stress renforce mon système immunitaire, et pour l’instant ça a l’air de marcher. Il se trouve que des expériences faites sur des rats montrent que ceux qui sont immergés dans de l’eau froide de manière répétée attrapent moins de cancers que le groupe témoin.

On peut discuter d’un sujet plus classique : les anti-oxydants. La semaine dernière une personne au travail vient me vanter les mérites d’une boisson sportive « naturelle » et « bourrée d’anti-oxydants ». OK, mais si je me gave d’anti-oxydants, mon organisme économe décide de ne plus en fabriquer du tout et au final la balance est négative. Donc je ne veux surtout pas en prendre !

Encore plus contraire à l’intuition : une certaine quantité d’exposition aux rayons gamma pour des souris augmente leur longévité.

Je ne vais pas paraphraser tout l’article. Le point que je retiens est qu’une certaine exposition à des stresseurs est bonne pour la santé. Et la protection à tout prix des germes, bactéries, froid, chaud, etc. produit le résultat contraire à ce qu’on en attend.

Pas sur que ce soit une bonne raison pour se remettre à fumer … mais ça pose intelligemment question de la balance entre comportement « prudents » et stress, volontaire ou pas. Je vous laisse réfléchir à votre propre balance.

Stay in touch

Mercredi je suis allé assister à une conférence de Forrester sur les objets connectés. Sujet passionnant tant d’un point de vue personnel que professionnel. J’aime bien James Mc Quivey l’analyste qui fait la prez, il est intervenu à notre journée clients et j’ai sympathisé avec lui : il mange paléo et veut courir un marathon, ça crée des liens tout de suite 🙂 j’ai un peu l’impression de retrouver un vieux pote, c’est marrant. Mais on passe vite du paléo au XXIème siècle.

Il explique des choses très simples. Le portable n’est plus un portable, c’est un « système nerveux complémentaire » (c’est moi qui le dit, pas lui) qu’on est en train de connecter à de plus en plus de capteurs externes, et qui lui assure un premier niveau de traitement des données recueillies, les envoie dans des serveurs dans le cloud et récupère des infos qui vont nous être utiles. C’est comme ça que marche Siri, qui peut déjà vous lire un article de wikipédia sur tel ou tel sujet.

Pour l’instant en termes de capteurs nous sommes assez primitifs, même si un iPhone 6 comporte accéléromètres, boussole, gyroscope, détecteurs de mouvement, GPS … D’ici deux à trois ans nous aurons des capteurs dans nos chaussures, nos vêtements qui vont pouvoir renseigner des logiciels sur notre état de forme, de stress, émotif (on sait facilement mesurer l’état émotionnel d’une personne avec ses variations de pouls, de conductivité électrique …). Pour l’instant on ne parle que de capteurs externes mais aussi de caméra ingérable pour faire une coloscopie par exemple.  Moi j’aimerais bien savoir quel est mon taux de glycogène musculaire avant de faire un effort par exemple ? ou à quel moment je commence à fabriquer plein de lactates au cours d’un effort. Vous voyez l’idée ?

Si vous allez faire un tour sur Kickstarter, il y a des tonnes de projets d’objets connectés, pour les sportifs, mais aussi la personne lambda. Exactement 214. Sur une seule plate forme de crowdfunding. Je ne sais pas combien il y a en dans le monde, et le ratio entre les projets individuels et ceux qui sont dans les cartons des sociétés spécialités comme Withings ou Apple … Je sais que Apple travaille sur un système d’oreillette qui mesure la fréquence cardiaque et la transpiration. Ce qui serait une excellente mesure de l’état de stress.

Nous sommes déjà un système qui évolue en fonction d’informations remontées par des capteurs. On peut ajouter des tas de capteurs artificiels.  Et il peut aussi y a voir des capteurs dans notre maison, notre voiture, les gens qu’on aime … Ca dressait une image étrange, d’une espèce de perception augmentée et d’hyper-connectivité … mais en même temps d’abandon de certaines capacités qui sont intégralement déléguées à la machine, qui va les faire beaucoup plus efficacement que nous.

Il va falloir naviguer serré.

Je suis, comme tout le monde,  très  intéressé par ce qui va me permettre de mieux faire ce que j’aime et me rendre plus efficaces dans mes pratiques : après tout j’utilise un cardio-fréquencemètre depuis 15 ans justement pour ça et je me suis piqué pendant des mois pour mesurer ma glycémie.

Et effrayé par plusieurs choses.

Par ordre d’importance :

Ce que les marketeux de tout poil (moi y compris) vont en faire. Déjà j’ai des infos ciblées par rapport à mes centres d’intérêt, mais quand en plus mon état émotionnel sera connu de GAFA, comment je vais résister ? « Philippe je sens que tu as un peu les boules là, regarde, il y a une promo sur les PRS juste pour toi si tu te décides tout de suite elle est livrée demain, tu vas voir comme ça va te rendre heureux » ?

L’espèce d' »abandon de souveraineté » par rapport à ce que nous sommes qui nous pend au nez : une voix de synthèse qui me susurre qu’il vaut que j’arrête de m’énerver au boulot parce ça fait monter ma tension inutilement et que c’est pas pour ça que X ou Y arrêtera de me chier dans les bottes mais qui peut aussi me féliciter parce que j’ai fait mes 10.000 pas quotidiens. Ou qu’il faut que j’arrête de picoler dans ce diner (bon pour ça j’ai déjà ma femme :-)) …

Et puis cette idée d’hyper-connectivité qui pourrait générer une intelligence non humaine sans qu’on s’en rende compte. Il y a controverse sur le fait que c’est le nombre de connexions qui génère l’intelligence, mais c’est sur que les humains en ont plus que les animaux alors que la chimie sous-jacente est exactement la même … Le jour où 15 milliards de smartphones 64 bits avec 2 milliards de transistors chacun seront connectés à des bases de données pilotés par des systèmes d’IA comme Watson … qu’est-ce qu’il va se passer ?

Je vais être gentil avec Siri. Ca va être mon pari de Pascal vis à vis de l’IA 🙂

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2 commentaires pour Boue, froid, radiations et objets connectés …

  1. nfkb (@nfkb) dit :

    RPE is better than HRM. C’était le coeur de mon message, le reste j’avais brodé. #bises

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