Back to (another) reality

Après mon post un peu dépressif qui m’a valu beaucoup de messages de sympathie et de commentaires techniques (et les deux ont de la valeur, donc merci, vous pouvez continuer) je m’apprête à rentrer sur Paris.

Une vraie valise de coureur ...

Une vraie valise de coureur …

Pas vraiment de coupure dans la mesure où  partir du moment où j’ai un wifi, mon ordi et mon téléphone je pourrai être n’importe où dans le monde et rester connecté à mes proches à et à mon travail (et pas toujours dans cet ordre hélas)

Par contre il reste du marathon une espèce de singularité temporelle, un trou dans mon agenda. C’est étrange parce en s’entrainant 5 fois par semaine, c’est très présent au quotidien, mais ça reste lointain.

Les quelques jours avant, il y a la baisse de régime d’entrainement, le voyage évidemment, le « carbo-loading », les bobos qui font peur … mais tout cela semblait irréel, même la veille au soir. Je vais courir 42 bornes demain, vraiment ? Et essayer de claquer un temps ? Et si je restais sous ma couette ? C’est peut-être aussi cette difficulté à visualiser l’objectif, à m’y projeter autrement que théoriquement qui m’a mis dedans. Je ne sais pas, je ne me souviens pas bien des veilles de marathons des fois précédentes.

Bonhomme de neige

Bonhomme de neige

Le matin je réalise à peine.

Pourtant il y a le rituel des épingles, de l’anti-frottement, et le picotement du froid et du vent en sortant dans la nuit à 6 heures du mat. J’ai beaucoup allégé les rituels avec le temps. Il y a 15 ans j’avais peur des ampoules (ceci dit je mets quand même des chaussettes, c’est la seule fois de l’année où ça m’arrive) et je me tartinais copieusement de la crème Nok dans la raie des fesses et mettais des pansements sur mes tétons (bon là j’en ai plus qu’un 🙂 et plus de t-shirt). Bin oui.  Le passage par Véronique Billat,  les 15 capteurs et les 2 kilos de matos a remis tous ces rituels à leur juste place : de la croyance qui rassure.

Je mettais aussi des Skins « Frère Jacques » payés une fortune « si si tu vas voir ça améliore la circulation », puis juste sur les mollets, puis plus du tout. D’ailleurs je vais bien finir par bazarder les chaussettes aussi. J’ai même pas pris de gels cette fois, mais quand même du sucre. Greg s’est contenté de ce qu’il trouvait aux ravitos et ça lui a plutôt réussi.

Plan made in Nike

Plan made in Nike

Et puis d’un seul coup on se retrouve au milieu de 45.000 personnes, y’a la sono qui crache « Start me up » et j’ai les larmes aux yeux. Merde, je suis parti pour 42 bornes et 3 heures et quelques d’effort que d’aucuns trouvent surhumain. Je vous rassure, surhumain ça ne l’est pas. Tout est une question d’entrainement … et de conviction, aussi. Mais par rapport à un ultra genre Badwater c’est une promenade de santé.

J’avais commencé la veille le bouquin de Romanov qui recommandait d’être dans l’ici et maintenant, ne pas penser à la fin de l’épreuve, ce que je fais tout le temps à l’entrainement. Etre juste une machine vite qui met un pied devant l’autre pendant 3 heures (soit environ 42.000 pas …).

Ca marche tant qu’on n’a pas mal. J’ai eu plusieurs vois le sentiment que tout allait bien, contrôlant les paramètres de mon corps comme le pilote de course qui regarde sa jauge. La c’était me rendre compte que l’allure indiquée par le 620 correspondait à ma perception et ne variait pas trop. C’est cool ça. On a l’impression d’être complètement en contrôle. Mon corps fait ce que je lui demande, je vais ce que je veux, je maitrise.

Et quand les douleurs arrivent, le paysage s’assombrit. Et là on se retrouve à se demander combien de temps ça va durer, si ça va empirer, si on va tenir encore comme ça deux heures, et les rêves de performance se fracassent sur cette réalité têtue : j’ai mal et je n’arrive pas à accélérer. Comme dans ces films de guerre où le pilote d’avion a eu son réservoir de carburant perçé par une rafale de mitrailleuse ennemie et il voit sa jauge qui descend dans le rouge alors qu’il est au dessus de la jungle. Pourquoi je pense à ça moi ?

Parce que me sentais surement dans le rouge avec un réservoir percé, d’ailleurs dans ces cas là je me jette sur l’immonde Gatorate en espérant un miracle qui n’arrive que dans les films ou pour les super-héros. D’ailleurs en regardant les temps des autres coureurs, il y en a vraiment très peu qui arrivent à péter un négative split.

Et puis il reste 10 miles puis 9 puis 8 … etc et même si l’allure diminue au fil des miles, la machine continue à avancer. A moment donné je me dis clairement « c’est mort pour faire un temps alors essaye au moins de profiter du paysage et de l’ambiance ». C’est vrai qu’il y a une super ambiance et que la ville est jolie. Et que je garde dans un coin de ma tête le butoir des 3:30 (QT pour Boston) – et je ferai 3:29 et des miettes.

La course se termine après une petite vacherie, un faux plat alors que je pensais être arrivé, mais quand il reste 800 mètres à faire, je pourrais les faire sur une seule jambe ou sur les mains. Arrivée, verrouillage immédiat de tous les membres inférieurs, couverture de survie, je m’offre le luxe d’un passage par la case « tente médicale » en espérant un massage mais je n’aurai qu’un gros paquet de sparadrap sur la plante des pieds.

Alors,  heureux ... que ce soit fini ?

Alors, heureux … que ce soit fini ?

Je vais claudiquer pour aller choper une bière puis faire une paire de photos souvenir avec ma jolie médaille, et mettre une heure pour rejoindre l’hôtel à 200 mètres de là en faisant des pas de 10 centimètres. Cette douleur est un peu humiliante quand je vois passer d’autres mecs avec des médailles qui marchent normalement, oui, il y en a !

Retour à l’hôtel, coup de bambou admiratif par rapport à la performance de Greg qui lui a fait un super négative split, et à vrai dire je ne me souviens plus de ce que j’ai fait le reste de la journée.

Le lendemain il reste la (très vive) douleur à la plante des pieds qui me rappelle que j’ai couru 42 bornes la veille, et le souvenir s’éloigne même si les interrogations subsistent. Mais la parenthèse se referme, je redeviens un touriste lambda avec une médaille et une démarche claudiquante.

Et deux jours plus tard je claudique un peu moins et l’épreuve disparait dans le rétroviseur. J’attends d’avoir les photos pour ré-alimenter la pompe à perceptions … et je cogite sérieusement sur prochain plan.  Pas question de rester là dessus.

Dommage de courir aussi vite avec une foulée pareille !!!

Dommage de courir aussi vite avec une foulée pareille !!!

Je refais la course dans ma tête et je suis déjà nostalgique de ce moment sungulier et pas vraiment agréable, en me disant que je recommencerai bien parce que c’est un chouette marathon finalement … mais cette fois je n’aurai mal nulle part.

C’est bizarre ce qui se passe dans la tête d’un marathonien quand même !

 

Cet article, publié dans Compétition, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Back to (another) reality

  1. Serge dit :

    Voici pour te donner encore plus de raisons de courir des marathons…
    http://theoatmeal.com/comics/running

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s