Ce qui te rend plus fort finit par te tuer …

Après ce petit détournement nietzschéen, voici le vrai sujet du jour : le vieillissement … encore.

C’est bientôt mon anniversaire, et il  y a deux articles sur le blog de Josh Mittledorf qui méritent d’être accessibles à des lecteurs non anglophones : vieillir, ça concerne à peu près tout le monde, que ce soit pour nous mêmes ou nos proches !

Ce post va  être une petite ballade entre biochimie, nutrition, sport (on ne peut pas renier ses origines), parsemée de quelques jeux de mots de mauvaise qualité et d’un zeste de philo à deux balles.

Oxydation, oxydation ...

Oxydation, oxydation …

On considère en général le vieillissement comme une usure inévitable : un objet qui s’abime, une voiture qui rouille … Nous sommes entourés d’êtres vivants qui naissent et meurent, et notre propre histoire baigne dedans, de la mort de nos grands parents à la naissance de nos enfants et vice versa.

C’est une conception aussi communément admise que le fait de manger des glucides au petit-déjeuner.  Et jusqu’à il n’y a pas longtemps, on avait une vision assez mécaniste du corps, plus calquée sur les concepts de la révolution industrielle que sur le fonctionnement biologique, que nous sommes toujours en train d’essayer de découvrir.

Si on se pose deux minutes et qu’on essaye de sortir de ces évidence intuitives, l’idée de l’usure ne tient pas  la route. Un atome d’hydrogène ne s’use pas : il existe depuis quelques milliards d’années, perd des électrons et en gagne, éventuellement fusionne avec d’autres atomes pour devenir autre chose. Même chose pour une molécule : elle peut changer à cause de réactions chimiques avec l’environnement, ou péter toute seule si elle est très instable … mais il y a de fortes chances pour que la molécule d’eau dans mon café aie quelques milliards d’années aussi.

Si les objets qui nous constituent ne s’usent pas, pourquoi nous ?  L’organisme humain est dynamique et adaptatif, et renouvelle chaque jour quelques milliards de cellules sur les 100.000 milliards qui le composent, en suivant un programme bien précis, et ce d’autant plus qu’il est soumis à un certain niveau de stress.

Pourquoi donc cela s’arrête ou se dérègle à un certain moment ?

Il semblerait que certains signaux chimiques internes, mélanges d’hormones, vont en fait déclencher la destruction cellulaire qui va entrainer la dégénérescence et la mort.

Les processus en cause sont au nombre de 4 : inflammation, problèmes immunitaires, apoptose et raccourcissement des télomères.

Il y aurait donc des gènes qui régulent le vieillissement, et ils sont dans nos cellules depuis plus de 500 millions d’années – début des organismes pluricellulaires. Pourquoi conserver des gènes qui sont contraire à la survie de l’individu ? En général l’évolution favorise ce qui est bon pour l’individu, pas ce qui le détruit. Et pourtant les gènes du vieillissement sont présents dans toutes les espèces animales, donc elles ont été conservées par l’évolution et donc … servent à quelque chose. Je reviendrai sur le sujet en fin de post.

Qu’est-ce qui se passe si on supprime ces gènes ?

Des expériences ont été menées sur des organismes à génome ultra simple (le célèbre ver nématode …) et quand on supprime certains gènes l’animal vit plus longtemps. Un des premiers gènes découverts, le DAF-2, participe aussi de la régulation de l’insuline, et a probablement un rôle dans le fait que la restriction calorique prolonge la longévité (ou disons que l’abondance de nourriture accélère le vieillissement). Un autre gène, le AGE-1, permet de multiplier par 10 la durée de vie quand il est supprimé !

En plus il est transparent !

En plus il est transparent !

L’autre découverte intéressante est que la mutation du DAF-2 n’a pas le même impact en fonction de la cellule. Muter le gène dans des cellules musculaires ou intestinales ne change pas la durée de vie. Mais dans les cellules du système nerveux, la durée de vie double : elle est donc régulée activement par l’organisme – on est assez loin de l’image de la voiture qui rouille et qui s’use.

Le paradoxe évolutionnaire

Le principe de la sélection naturelle est qu’elle ne génère à priori que des adaptations bonnes pour la survie de l’individu.  Peut être que le DAF-2 a d’autres effets, positifs pour l’espèce, et que leur aspect destructeur est un effet secondaire ? Beaucoup de gènes sont « pleiotropes », c’est à dire ont plusieurs effets simultanés.

Le DAF-2 a effectivement des aspects positifs : les mutants « centenaires » sont gras et paresseux ; donc il stimule l’activité et la production de masse musculaire. Mais c’est l’effet de la mutation dans les cellules musculaires, pas les cellules nerveuses. Pourquoi la nature et l’évolution n’aurait elle pas appris à découpler ces effets ?

En fait, la théorie de l’évolution ne marche pas bien des lors qu’on s’intéresse au vieillissement. Les trois systèmes les plus importants pour la protection de l’organisme se transforment en armes de destruction massive interne avec l’âge !

Le raccourcissement des télomères semble être une horloge interne inéluctable détruisant notre corps sur commande. On a tendance à parler de dérèglement mais c’est le contraire : c’est  très bien régulé ! La nature ne fait pas d’erreurs aussi couteuses.  Si nous arrivons à comprendre ces mécanismes – les perspectives pour la médecine « anti-âge » peuvent être assez phénoménales.

Télomère ... veilleux !

Télomère … veilleux !

Rentrons un peu dans le détail.

Inflammation

L’inflammation est d’abord et avant tout un système de défense contre les microbes, et joue aussi un rôle important dans l’élimination des cellules malades et abimées, dans les zones de blessure notamment. Quand nous vieillissons l’inflammation se retourne contre nous. Inflammation des cartilages : arthrose. Inflammation des artères : athérosclérose. Inflammation de l’ADN : cancer.

Inflammation vasculaire

Inflammation vasculaire

 

Prendre des anti-inflammatoires basiques comme l’aspirine ou l’ibuprofène est une manière simple de prolonger sa durée de vie de quelques années. C’est un remède «idiot» qui réduit l’inflammation de manière globale, donc y compris dans les endroits où elle peut être bénéfique ; pour progresser dans ce domaine nous aurions besoin de molécules plus « intelligentes » qui pourraient traiter l’inflammation inutile tout en laissant l’organisme se défendre là où il en a besoin. On pourra en parallèle faire le lien avec la nutrition – et son aspect inflammatoire ou pas – cf toutes les discussions sur l’aspect inflammatoire des glucides, par exemple.

Maladie auto-immunes

Sur un principe assez proche de l’inflammation, le système immunitaire. Nos globules blancs combattent les envahisseurs et détruisent les cellules cancéreuses avant même qu’elles ne puissent nous faire du mal. Les cellules les plus sophistiquées sont les lymphocytes T, qui savent faire la différence entre une cellule du corps (à ne pas attaquer) et un danger externe (banzai !!!).

Lymphocyte T

Lymphocyte T

 

La maturation et la « programmation » des lymphocytes T a lieu dans le thymus … qui diminue de taille avec l’âge : à la puberté, 35 grammes, à 60 ans, moins de 15 ! Du coup les lymphocytes sont un peu à l’ouest et soit laissent passer des attaquants, soit s’en prennent à des tissus sains.

Si on arrivait à arrêter la dégénérescence du thymus (provoqué en partie par les hormones sexuelles), on pourrait sans doute prolonger la durée de vie de manière substantielle.

Apoptose

L’apoptose, c’est le hara-kiri cellulaire. Il est important pour un organisme pluricellulaire de disposer de mécanismes permettant de forcer la destruction de cellules malades ou inutiles. Sur un signal de la mitochondrie, la cellule implose proprement, et ses composants sont intégralement recyclés. L’apoptose est évidemment très utile. C’est ce qui nous permet de ne pas avoir des pieds palmés ou d’arrêter des cancers embryonnaires en déclenchant l’auto destruction de premières cellules abimées.

apopotose

apopotose

Avec l’âge, les cellules s’apoptosent alors qu’elles sont encore en pleine forme ! L’apoptose est un facteur de la sarcopénie (fonte musculaire) et sans doute d’Alzheimer. On a pu prolonger la durée de vie de souris en leur enlevant le gène p66, qui promeut l’apoptose. Là encore, une certaine hygiène de vie peut combattre ces phénomènes (notamment le fait de faire de l’exercice, qui permet l’expression de gènes qui vont produire de la masse musculaire et des nouveaux neurones dans le cerveau).

Télomères

La recherche sur les télomères est celle qui peut avoir le plus de promesses pour le futur, car elle est plus simple que les autres aspects, qui sont tous dans des chaines de rétroaction avec effets secondaires possibles. A contrario, il semblerait que la longueur des télomères soit « simplement » une horloge biologique et que limiter leur raccourcissement permette « mécaniquement » de vivre plus vieux.

De plus en plus court !

De plus en plus court !

L’hormone qui permet de rallonger les télomères est la télomérase. Si on arrivait à s’injecter de la télomérase directement dans les noyaux de nos cellules, ça pourrait marcher, mais la télomérase n’est pas facile à transporter ! Par contre, chaque cellule sait en fabriquer , mais le gène responsable de sa transcription a des oursins dans les poches et se fait souvent appeler désiré – sauf dans l’embryon.

La question devient alors de trouver des promoteurs de la télomérase ; Plusieurs sociétés commerciales proposent des pilules à base d’extraits végétaux censés remplir cette fonction.

Comme celle   ou celle .

Mais on peut aussi craindre que favoriser la production de télomérase provoque d’autres problèmes, comme des cancers. De fait, beaucoup de cellules cancéreuses produisent massivement de la télomérase, mais cela n’implique pas la réciproque. En fait les individus avec des télomères plus longs ont une espérance de vie plus élevée et un risque de cancer moindre.

A noter que l’exercice physique modéré, là encore, favorise le ralentissement du raccourcissement des télomères.

Les recherches à venir vont donc plus porter sur « comment inhiber les facteurs de vieillissement » que « comment réparer ce qui est cassé ». Et sans doute au passage modifier en profondeur la vision que nous avons de l’évolution …

Et Darwin dans tout ça ?

Le vieillissement et la mort permettent le renouvellement de la population et donc un équilibre dans les écosystèmes, où la famine est la plus grande menace, sauf dans l’écosystème humain des pays riches, et ce depuis très peu de temps. Quand tout baigne et que la nourriture est abondante, on peut vieillir, par contre avec du stress et peu de nourriture, l’organisme va tout faire pour se préserver le  plus longtemps possible, en attendant des jours meilleurs, ce qui semble assez logique en fait !

On comprend mieux que la restriction calorique et l’exercice aient un effet sur la longévité : pour vivre vieux, mettez vous dans des situations d’inconfort ! Cf cette étude sur les singes :

C'est pas celui qui mange le plus qui se porte le mieux !

C’est pas celui qui mange le plus qui se porte le mieux !

Et le stress dans tout ça ? 

Cela amène des situations assez paradoxales, par exemple par rapport au stress oxydatif, dont on parle souvent ; les radicaux libres sont des molécules folles qui attaquent et abiment tout ce qui est autour d’elles, et on a dit depuis quelques années qu’il faut se bourrer d’anti-oxydants pour rester en bonne santé (surtout quand on fait de la course à pied, grand générateur de stress oxydatif). Sauf que l’organisme sait les détecter et produire ses propres anti-oxydants, et que le fait de prendre des anti-oxydants externes (vitamines C, beta-carotène, vitamine A) aurait pour effet d’augmenter la mortalité !

A voir dans les publications médicales suivantes :

http://jama.jamanetwork.com/article.aspx?articleid=205797

http://online.liebertpub.com/doi/abs/10.1089/rej.2013.1484

Conclusion temporaire vaguement philosophique …

Tout ça pose la question de ce qu’on faire de la planète quand certains d’entre nos pourront vivre jusqu’à 150 ans … voire 1000 ? Il y a évidemment une question de partage avec les nouvelles générations : si on vit 1000 ans, ça va faire du monde !

Qui a envie de vivre vieux, voire très vieux ?

C’est une étrange question. Le rapport à la mort est un sujet difficile, on se dit souvent qu’on a envie de vivre le plus longtemps possible dans la meilleure santé possible, et nous avons sans doute une représentation mentale de la limite : souvent l’âge auquel ses parents ou ses grands-parents sont décédés. Mais vivre deux fois plus longtemps ? Pour faire quoi de sa vie ? Battre le record du marathon dans la catégorie « vétéran 250 » ?

Bon … j’espère que pour ceux qui seront allés jusqu’au bout ça vous aura fait un peu de remue méninges. Qui est prêt à dépenser 100 euros par mois en espérant rallonger ses télomères ?

Moi je me tâte encore !

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8 commentaires pour Ce qui te rend plus fort finit par te tuer …

  1. Serge dit :

    Néanmoins, nous ne sommes qu’un ensemble de 50 à 100 000 milliards de cellules:regroupées: puis éparpillées.
    Il est certain que la régénération fait partie du monde vivant.
    Mais elle a un coût, et ne se fait pas sans problèmes collatéraux:. Cette prolifération de cellules permet l’apparition de nombreuses tumeurs. Et pour reprendre une analyse évolutionniste de telles conséquences ont impliqué le sacrifice de cette régénération au profit de la survie de l’espèce.
    http://www.amazon.fr/Le-secret-salamandre-m%C3%A9decine-dimmortalit%C3%A9/dp/2841112810

    Pour ce qui est de l’utilisation des 100 euros…

    http://www.e-winery.fr/f392-haut,medoc,chateau,cambon,pelouse,2008.html?gclid=CLy-0trou7oCFVMbtAodk0cASQ

  2. paleophil dit :

    ha ha … 100 euros dans une bouteille, il faut que tu m’invites un de ces jours ! J’ai du mal à dépenser autant, je ne suis pas assez connaisseur pour faire la différence entre un vin à 50 ou 100, voire 500 euros. ce qui ne veut pas dire que je ne voudrais pas apprendre 🙂

    • Serge dit :

      Non, le Cambon est à environ 15 à 18 euros la bouteille.
      Mais j’avoue avoir participé à une dégustation de « Chateau Yquem », lorsque le sommelier nous a demandé de recracher le vin, j’ai refusé et ai tout avalé.

      Je me suis un peu initié à la dégustation. mais j’avoue avoir toujours du mal à faire la différence: de plus, la tête me tourne vite…
      J’ai regardé ton lien: effectivement pour ce prix j’espère que c’est vraiment: « Le petit frère de l’un des plus grands vins au monde ! »

      Au fait…
      Feliç aniversari.
      Tu m’avais dit avoir des origines Catalanes.

      • paleophil dit :

        Oui ma mère est catalane. Ma grand-mère m’appelait « pouvret » et parlait catalan avec mon grand père. Malheureusement ça n’a pas imprimé mais je me sens toujours chez moi dans cette région (les Albères) où je n’ai malheureusement pas souvent le temps d’aller. Et où on fait du bon vin d’ailleurs. Tu es toi même catalan ?

  3. Serge dit :

    Je suis d’origine Catalane, mais de l’autre côté des Pyrénées.
    On dit le Catalan travailleur, mais aussi « très près de ses sous ». Les mauvaises langues précisent qu’il serait capable de boire l’eau d’une flaque, s’il y avait perdu une pièce de monnaie…

    Pour en revenir au sujet du post, ce qui est essentiel c’est surtout d’être en « bonne santé » jusqu’au dernier moment.
    Je partage en cela ton avis: que faire de toutes ses années si c’est pour être sur un fauteuil. « Ajouter de la vie aux années et non pas des années à la vie ».
    (proverbe Chinois semble-t-il)

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