Cancer et régime cétogène (suite …)

J’ai fait un post fin Juillet à propos d’un article que j’avais trouvé incroyable et fascinant sur le cancer, et le fait que les les cellules cancéreuses étaient des cellules qui retrouvaient leur « liberté primitive », en activant une partie de leur génome « pré-multicellulaire ».  Pour ceux qui ne l’ont pas lu, il est ici.

Je terminais l’article sur une réflexion personnelle à propos du métabolisme des cellules cancéreuses. Comme elles utilisent un programme énergétique ancestral,  « pré-oxygène », elles ne peuvent pas fonctionner en mode aérobie, et utilisent la fermentation du glucose (glycolyse) pour produire leur énergie. Mais alors, que se passe t’il si il y a pas ou peu de glucose, et des cétones à la place (Si c’est du charabia, pour les aspects métabolisme de base, regardez ici). Ces maudites cellules vont elle réussir à se reproduire ?

J’en étais resté là. J’avais mis un post sur les bienfaits du jeûne intermittent ici suite à  la lecture d’un article sur le site de Mercola, et puis voilà t’y pas que je tombe là dessus il y a une ou deux semaines :

Ketogenic diet may be key to cancer recovery.

Le titre parle de lui même. Tant qu’on ne connait pas les subtilités du métabolisme des cellules cancéreuses, ça a un côté, comment dire, moteur à eau ou mouvement perpétuel avec l’inventeur fou dans son garage qui se fait étouffer par big pharma.

Voici la traduction du résumé de l’article :

De nombreux patients atteints de cancer auraient pu vaincre la maladie en adoptant un régime cétogène, qui nécessite l’élimination des glucides dans l’alimentation, en les remplaçant par des graisses saines et des protéines.
Les études animales ont montré que des souris nourries avec un régime sans glucides avaient survécu à un cancer métastatique très agressif, même mieux que celles traitées avec une chimiothérapie.
Les cellules normales ont la possibilité de fonctionner sans glucose en utilisant des corps cétoniques. Les cellules cancéreuses n’ont pas cette flexibilité métabolique, donc quand vous éliminez les glucides, qui se transforment en sucre, vous « affamez » efficacement les cellules cancéreuses. 
Manger gras n’est pas mauvais pour le cœur. Notamment avec des graisses comme l’huile de noix de coco, beurre, œufs bio, avocat et  noix . La plupart des gens ont besoin de 50 à 70% de lipides dans leur alimentation pour avoir une santé optimale. 

Et il y a en prime l’histoire d’une personne (OK, méfions nous des études n=1, qui n’ont pas de valeur scientifique), qui n’est pas n’importe qui : Fred Hatfield, champion du monde d’haltérophilie, universitaire en sciences du sport, et auteur de plus de 60 bouquins sur le sport, et fondateur de ISSA qui a été une des premières entreprises de coaching sportif. Il se retrouve avec un cancer en phase quasi terminale, on lui donne 3 mois à vivre.

Il supprime tous les glucides, entre en rémission, et … voilà.

Bon, conte de fées ? Miracle ?

Je vous laisse vous faire votre propre opinion en lisant l’article ici.

Il y a plusieurs liens intéressants à la fin.  Du coup je me suis laissé aller à me balader sur les liens, finissant comme souvent sur le site de Amazon et j’ai découvert quelques trucs.

  • Le fait que les cellules cancéreuses tirent leur énergie de la fermentation du glucose (glycolyse) et non pas en utilisant le cycle de Krebs dans les mitochondries (transformation du glucose en pyruvate) a été postulé par Otto H. Warburg en 1924 et lui a valu un prix Nobel en 1931. Autant pour la nouveauté !!!
    (source : wikipédia). Donc ce n’est pas vraiment un scoop ! et Krebs (oui, l’homme du cycle cher aux sportifs d’endurance) a bossé avec lui et également eu un prix Nobel.
  • Sur Amazon, ce livre qui a l’air très bien sur le sujet … quoiqu’un peu cher. Et qui reprend justement l’hypothèse de Warburg. Pour les courageux, un papier de recherche (Fogg_Mitochondria_in_cancer) à propos de nos amies les mitochondries.
  • Un site très bien fait sur les mythes alimentaires, notamment autour de la diète cétogène.
  • Et enfin un autre site, celui de Dominic d’Agostino, un médecin, qui travaille aussi sur les diètes cétogènes, pour le cancer et d’autres choses, puisqu’on retrouve sur son site le papier de l’équipe d’Eric Verdin dans Science.

Bon. je voulais écrire sur mes performances récentes (et subjectives) en course à pied, ça attendra.

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11 commentaires pour Cancer et régime cétogène (suite …)

  1. Renaud dit :

    Ancien pratiquant paléo, et céto pendant plusieurs mois, je dois dire que je ne doute pas de l’intérêt thérapeutique de la diète cétogène pour certaines affections précises. Peut-être même pour certains cancers (il y a en effet une ou deux études encourageantes, mais concernant seulement, si ma mémoire est bonne, les cancers du cerveau). Mais ne sautez pas trop vite sur le bateau, et surtout pas sur l’argument simpliste de « priver le cancer de sucre » : c’est d’une absurdité totale !

    Même en ne consommant pas de sucre, l’organisme fait tout son possible pour maintenir une glycémie compatible avec la vie… c’est à dire pas nulle… pas suffisamment basse pour affamer un cancer. Par ailleurs, mon expérience personnelle (corroborée par bien d’autres) est qu’au contraire avec une alimentation cétogène ma glycémie tendait à être plus élevée qu’avant.

    Alors, il n’est pas impossible qu’un effet positif existe sur certains cancers (car, là encore, tous les cancers ne se ressemblent pas), mais cela ne peut pas s’expliquer par le sucre. Peut-être les corps cétoniques eux même ont un rôle, ou les changements hormonaux induits par la diète… je n’en sais rien.

    • paleophil dit :

      Merci pour votre commentaire. Je suis assez conscient du raccourci rapide « pas de sucre, pas de cancer », comparable au raccourci « si vous mangez des oeufs, vous allez avoir du cholestérol parce que les oeufs contiennent du cholestérol ».

      De là à dire que l’argument est d’une absurdité totale, c’est aussi un raccourci :-).

      Si la glycémie est à un niveau minimal et que les cétones sont utilisées comme carburant par le cerveau, en parallèle du glucose, ce n’est pas totalement délirant de penser qu’il y en aura moins de disponible pour les cellules cancéreuses, non ? Il est vrai que je me suis demandé pensant un certain temps comment l’organismes faisait pour continuer à avoir du glucose en l’absence de glucides dans l’alimentation – mais il existe plusieurs mécanismes pour produire du glucose à partie de protéines ou même d’acides gras, donc je suppose que c’est ce que l’organisme fait pour avoir une glycémie qui ne soit pas nulle.

      Est-ce qu’elle est toujours suffisante pour alimenter des cellules cancéreuses ? Quand le foie et les muscles sont bourrés de glycogène, le glucose sanguin est transformé en en acides gras. Je suppose qu’il y a des seuils qui activent tel ou tel « metabolic pathway »… Bon, en tout cas, j’étais en train d’écouter l’interview de l’auteur du livre « Cancer as a Metabolic Disease: On the Origin, Management, and Prevention of Cancer » , Seyfrield (http://articles.mercola.com/sites/articles/archive/2013/06/16/ketogenic-diet-benefits.aspx) et c’est ce qu’il affirme.

      Ceci étant, cela m’intéresserait de savoir pourquoi vous avez arrêté paléo et cétose, et quels effets indésirables éventuels vous y avez trouvé (à part la difficulté de manger un bon camembert sans baguette et verre de rouge …).

      • Renaud dit :

        Le problème c’est que la glycémie n’est jamais à un niveau vraiment bas. La glycémie « de base » reste, disons, peut-être autour de 0.7 mais ça reste assez pour alimenter toutes les cellules qui ont envie d’y puiser… et le foie s’arrange (péniblement) pour maintenir le taux.
        Le seul truc qui change réellement en « low-carb » c’est que, ne mangeant presque plus de sucre, on n’a presque plus de pic post-prandial. Bref, le taux reste à 0.7 quasi constamment au lien de monter transitoirement au dessus de 1 après les repas. Peut-être que cela peut jouer : on n’affame pas vraiment le cancer, mais on évite un peu de le gaver.
        On pourrait aussi supposer que l’insuline joue un rôle, de stimulant de la croissance cancéreuse (c’est une hormone « anabolisante », d’une manière générale) mais le « low-carb » est généralement assez riche en protéine, et cela cause aussi pas mal de sécrétion d’insuline.

        Pour ce qui est de ce qu’un tel ou tel autre affirme, il se trouve que j’ai pris beaucoup de recul après avoir fortement adhéré à la logique « low carb » et paléo. Et j’ai fortement aiguisé mon esprit critique… je me pensais futé, je dois être un vrai génie maintenant 😉

        Mon voyage vers paléo/céto, puis mon divorce, c’est une longue histoire ! Ce serait sans doute plus intéressant (et moins lourd) d’en discuter hors commentaires. Mais globalement ça me réussissait plutôt bien, mais j’avais un certain nombre de doutes et d’interrogations dans la tête, venant d’autres lectures dans les sphères de Peat et des végan… et même d’une lecture « critique » de certains articles des Jaminet ou de Peter (Hyperlipide), entre autres.
        J’ai acquis un lecteur de glycémie et constaté que ma glycémie était sur une pente glissante… vers le haut ! J’ai alors testé un retour aux « carbs », et me suis rendu compte que ça me convenait finalement fort bien ! La clé, au final, m’a semblé être la limitation de la junk food, une meilleure nutrition, et un apport calorique adapté, choses qui expliquent les succès initiaux aussi bien en paléo, végan, etc…

        Mes derniers mois en céto, j’étais sur une approche très voisine de celle de Peter D. Je continue de penser qu’il tient peut-être quelque chose… mais je peux difficilement appliquer ça avec la rigueur nécessaire. Cette approche (vraiment « high fat ») nous rend extrêmement intolérant aux sucres. Or, par goût autant que pour des raisons de sociabilité, il m’était difficile de tenir les carbs toujours à l’écart.

        Ce mécanisme que Peter décrit très bien, la résistance « physiologique » à l’inuline, tient bien la route si on reste strictement dans ces rails. Le problème, c’est que la résistance touche autant le foie que les muscles. Or, l’IR du foie l’empêche de réguler la glycémie correctement, et c’est probablement ce qui explique que nombreux sont les accros à ces diètes qui voient leur glycémie croître avec le temps. En clair, entre autres choses, le foie n’a plus de signal de frein, et convertit en permanence divers substrats en glucose… même lorsqu’il ne le devrait pas.

      • paleophil dit :

        Je ne connaissais pas le blog de Peter D. Je viens de le parcourir très rapidement, c’est touffu et bien ancré dans la biochimie ! L’idée que la régulation de l’insuline puisse se mettre à déconner parce qu’on ne mange pas assez de glucides me parait étonnante mais je n’ai pas tellement de recul sur le sujet. Et c’est vrai qu’on facilement se perdre dans la multiplicité des boucles de rétroaction du fonctionnement de l’organisme humain … et dans des guerres de religion. Et un corps ne fonctionne pas tout à fait comme une culture de cellules 🙂 Bon. Il faut dormir aussi 🙂 Merci pour les éclairages, pour une discussion directe, mon mail est phil point delanghe (at) gmail.com.

  2. Sylvain dit :

    Pareil que Renault, ses arguments roulent très bien, très fiables. Blague à part, je suis comme lui sceptique sur les raisons. Pas de l’utilité de la diète en soi (déjà une diète kéto…tu manges moins, et *calories count* dans la croissance du cancer), mais des explications. J’attends plus de recherches pour statuer. Que ça n’empêche pas en soi d’en faire une (de diète kéto) mais bon voilà. Et Hyperlipid est très bon oui, quoiqu’un peu végéphobe, avec autodérision certes…

    • Renaud dit :

      Des échanges que j’ai eu avec lui, il ressort que Peter n’est pas réellement anti-végétaux. A titre personnel il n’aime pas vraiment ça, mais lorsqu’il tire dessus c’est surtout pour prendre le contre-pied de la tendance actuelle à les parer de vertus quasi miraculeuses.

    • paleophil dit :

      Ha ha … une petite pause dans ma journée. Lecture du titre : tiens, ça ressemble à l’idée de l’article dans Physics World. Intéressant. Hop, un saut sur Amazon, tu peux trouver le livre pour bien moins cher :
      http://www.amazon.com/Andreas-Moritz/e/B001JRVA3E et tant qu’à chercher sur internet, il est mort à 58 ans, bizarre, bizarre, et la on tombe dans les théories conspirationnistes « il a été assassiné par big pharma parce qu’il disait la vérité » … il y a un forum sur Amazon qui vaut son pesant de cacahouètes :
      http://www.amazon.com/gp/forum/cd/discussion.html/ref=cm_cd_fp_ef_tft_tp?ie=UTF8&cdForum=Fx22HN96ION0NXB&cdThread=Tx29OTI1HZY1IMN

      Bon, un gars qui fait parler des êtres de la 5ème dimension à travers ses cordes vocales (cité dans le forum), c’est un peu hardcore pour moi.

      Mais il a plein de fans qui disent qu’ils ont utilisé ses protocoles et que ça les a soignés.

      Evidemment les patients cancéreux qui ont refusé de faire une chimio et se sont soignés avec du jus de carotte bio, et qui sont morts, ne vont pas témoigner dans le forum, évidemment.

      Encore une fois, comme tu le dis, la réalité est plus complexe que notre capacité à l’appréhender, pour l’instant …

      Mais tu achètes le bouquin en édition kindle, c’est pas un gros investissement et ça peut être … intéressant, au moins.

  3. paleophil dit :

    Internet c’est fabuleux pour ça ! Le méta-cerveau connecté … par contre c’est pas très bon pour ma productivité 🙂

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